Un secret bien gardé

Le présent article évoque une partie de la vie d’un habitant de l’Outre-Forêt, que je nommerai par la suite Z, mort il y a plus de vingt ans maintenant.

Bien que chaque situation soit unique, et que nous ignorons souvent les réelles motivations des personnes de la minorité locale qui a préféré soutenir l’envahisseur pendant la dernière guerre, il m’a semblé nécessaire de relater l’exemple du parcours de cet Alsacien puisqu’une partie de notre devoir de mémoire est aussi de reconnaître l’existence de cette minorité. Le cas de Z ne faisant pas exception, il est, me semble-t-il, important que cette réalité ne soit pas occultée.

Une proche relation généalogique m’a informé en janvier 2023 que les Archives d’Alsace (site de Strasbourg) avaient indexé quelque temps auparavant les noms de mis en cause dans les dossiers des Renseignements Généraux relatifs à la Seconde Guerre mondiale et ses suites (après la Libération). Quelques semaines plus tard, je fus surpris d’y découvrir tardivement une vérité que j’ignorais : Z s’était rangé du côté allemand, tandis que j’avais jusque-là surtout eu connaissance des Malgré-nous et des Résistants. C’est pourquoi j’ai décidé d’en apprendre plus sur lui au cours de la période 1940-1945. Un certain temps a par la suite été nécessaire avant que la décision ne soit prise de publier anonymement ici le résultat de mes investigations pour sa famille.

Une enfance heureuse

Z est né en 1927 dans un village de l’arrondissement de Wissembourg. Il était le fils d’un ouvrier-mineur originaire du même village et travaillant à Pechelbronn, et d’une mère native du village voisin. Il passa toute son enfance dans le village paternel, en compagnie de sa famille.

Pendant cette enfance, son père, par ailleurs conseiller municipal, et lui jouaient souvent à la belote, une tradition familiale, dans un restaurant du lieu. Lors de ces parties interminables, le père de Z pouvait se montrer très dur avec lui, lorsque ce dernier n’avait pas bien joué une carte.

Début de la Seconde Guerre mondiale

Lorsqu’éclata la Seconde Guerre mondiale, Z n’avait encore que 12 ans. Il aurait rarement évoqué cette période d’exode vers le centre de la France, à l’automne 1939. Son père était resté à Pechelbronn, réquisitionné par l’Armée française pour l’effort de guerre.

Quelques mois après leur retour, en avril 1941, Z fit sa profession de foi à l’église paroissiale, en Alsace annexée. La même année, il commença son apprentissage à Wissembourg, le 1er septembre 1941. Son contrat d’apprentissage fut signé pour une durée initialement prévue de trois ans (du 1er septembre 1941 au 1er septembre 1944, comprenant 1 mois d’essai). A ce moment-là, la famille est domiciliée au village dans la Hindenburgstrasse, une rue renommée par les Allemands, en l’honneur du Maréchal Hindenburg, le président allemand à l’époque où Hitler accède à la chancellerie.

C’est le 1er janvier 1942 que l’incorporation aux Jeunesses Hitlériennes (JH) devint obligatoire, mais il est possible que Z y fût déjà embrigadé depuis mai 1941. Le bureau d’arrondissement du NSDAP (le parti national-socialiste) se trouvait pendant l’Annexion à Wissembourg.

Il poursuit son apprentissage à Wissembourg jusqu’au 21 mai 1943. Il se plaisait à raconter cette période de sa vie à Wissembourg. Alors que son patron a été recruté par la Wehrmacht, Z poursuivit sa formation à Soultz-sous-Forêts. Il y sera officiellement du 31 mai 1943 au 1er août 1944.

Engagement volontaire et Parteigenosse (NSDAP)

Le 7 janvier 1944, le Trésorier du Reich, le Reichsschatzmeister Schwarz, établit l’ordonnance, l’Anordnung 1/44, concernant la procédure d’admission des candidats au NSDAP pour les jeunes gens nés en 1926 et 1927, et issus des JH («­ Aufnahme von Angehörige der Hitler-Jugend in die NSDAP. Hier : Aufnahme der Jahrgänge 1926 und 1927 »), qu’il envoie à tous les Gauleiter, dont Robert Wagner, Gauleiter en Alsace. Il est stipulé que le candidat doit fournir des garanties de son engagement et notamment qu’il devait avoir servi aux JH sans interruption depuis le 1er mai 1941 (pour les jeunes gens nés en 1927). C’est le responsable local NSDAP des JH, lui-même membre du parti, qui devait attester de cet engagement. Le candidat devait se montrer digne de pouvoir rejoindre le parti nazi. Le formulaire de demande d’admission au parti devait être rempli et signé par le candidat, puis remis au responsable local des JH. Devait être joint à la demande une attestation établie par le responsable des JH, le dossier devant être remis avant le 12 février 1944 au NSDAP-Ortsgruppenleiter, puis de là au Gauleiter. La demande d’admission devait être envoyée par le Gauleiter à la Reichsleitung du parti nazi (Maison Brune) à Munich avant le 15 mars 1944. La date d’admission retenue pour ces nouveaux admis sera, comme stipulé dans l’Anordnung, systématiquement le 20 avril 1944 (date d’anniversaire d’Adolf Hitler). Les cotisations pour le parti ne commenceront alors qu’à partir du 1er mai 1944. En étant admis comme membre du parti, il a acquis la pleine nationalité allemande 1. Il possédait également cette nationalité allemande définitive à compter de son incorporation 2.

Copie de l’Anordnung 1/44, avec ses sept points (source : bundesarchiv.de).

Le 27 janvier 1944, à 17 ans passés, Z devance l’appel éventuel de sa classe d’âge et se rend à Haguenau pour la remise en main propre de son Wehrpass 3. Il s’engage volontairement dans la Wehrmacht, étant donné que la décision d’appel des jeunes de sa classe d’âge n’a eu lieu qu’en mai 1944 4. Ce devancement d’appel lui permet également de choisir l’arme. Il choisit non pas la Waffen-SS, mais la Luftwaffe (armée de l’air). Z opère une demande d’incorporation largement anticipée qui sonne comme un aveu d’engagement pour l’Allemagne hitlérienne… ce d’autant plus que le lendemain, le 28 janvier 1944, il date et signe son dossier de demande d’admission comme membre du NSDAP, suivant l’Anordnung 1/44. L’intégralité de sa demande d’admission ne nous est pas parvenue, seule subsiste en Allemagne sa fiche d’admission NSDAP 5. A cette date, il est bien apprenti et réside à Soultz-sous-Forêts, sans doute dans une chambre de la maison de son patron, dont le commerce se situe dans la rue correspondant à l’adresse inscrite.

Voilà ce qu’expliquent les Archives d’Alsace à propos des P.G. : « Parteigenosse, PG : membre du NSDAP. Il est placé en abréviation devant le nom, à titre honorifique. En Alsace, pour être admis au parti, il est indispensable de donner des garanties. » Z devait probablement être sous influence d’Allemands ou de sympathisants pro-allemands de son entourage (familial, amical, des JH ou professionnel) ; ses parents l’ont du moins autorisé à demander son admission au NSDAP et à s’engager dans la Wehrmacht.

Il faut ensuite mentionner les pages déchirées de son Wehrpass, annihilant ainsi l’espoir de connaître son véritable parcours au Reichsarbeitsdienst (RAD, service allemand du travail paramilitaire) et dans l’armée au moyen de ce livret militaire… Dans quelles unités était-il exactement ? Il a choisi la Luftwaffe (tampon en page de couverture de son Wehrpass), mais sa plaque d’immatriculation non nominative, qu’il indique être la sienne, indique un régiment du Heer (armée de terre)

Le mardi 29 février 1944, Z passa son examen de fin d’apprentissage (qu’il réussit), à Wissembourg, en présence des examinateurs, et probablement de son maître d’apprentissage. Il a ensuite continué à travailler chez son patron, à Soultz-sous-Forêts.

Le vendredi 9 juin 1944, peu après le début du débarquement allié en Normandie, on retrouve Z à Munich, ville-berceau du nazisme. Il y passe son inspection médicale militaire, sa Musterung, auprès de la Luftwaffe (Flieger- untersuchungsstelle 1/VII München 22), arme qu’il avait choisie, et y est clairement mentionné comme volontaire (Freiwilliger6. Il réside alors bien à Soultz-sous-Forêts, quoiqu’il n’y soit apparemment pas enregistré dans les registres de domiciliation, et la profession renseignée correspond. Z indique, sur l’une des pages suivantes, être un gros fumeur et buveur, avoir reçu la médaille d’argent pour ses entraînements sportifs (Wehrsport, sport militaire) réguliers aux JH, avoir déjà volé en avion, ne pas disposer d’une licence pour voler, avoir été à l’école publique pendant 8 ans et fait son apprentissage pendant 2 ans et demi (cela confirme la période entre septembre 1941 et fin février 1944), puis signe au bas de la page 4. Suit l’examen médical, rempli par un médecin (exceptés la date de naissance et l’âge, champs remplis par Z). Le tampon suivant est appliqué, à l’encre rouge, en page 6 et sur la page 10 :

Nachtsehleistung genügend (vision nocturne suffisante). En page 6 figure une remarque « Engen Körpergrösse » (petite taille). En page 9, dans la partie neurologique et psychologique, le médecin mentionne que Z a un corps athlétique. Au niveau de sa personnalité, voici ce qu’on y lit : « gute Aufmerksamkeit, noch genügendes Konzentrationsvermögen. Schulung u(nd) Allgemeinwissen schlecht, noch bildungsfähig » : « De bonnes aptitudes d’attention et de concentration. Incertain dans son jugement. Formation et connaissances générales mauvaises, encore capable de s’instruire. » Sur la dixième et dernière page, voici la conclusion de cet examen : « Entspricht in allen Punkten den vorgeschriebenen Anforderungen. Wehrfliegertauglich. Tauglich als Fallschirmschütze. Nachtsehleistung genügend. » « Correspond en tous points aux exigences prescrites. Convient comme pilote militaire. Convient comme parachutiste. La vision nocturne est suffisante. (signé : le médecin-chef du bureau). » Ce document est ensuite resté au bureau, comme il est stipulé en page 1 qu’il ne devait pas être remis à l’examiné.

Extraits de l’inspection médicale militaire de Z à Munich, datée du 9 juin 1944 : première et
dernière pages (Bundesarchiv, Berlin : Fonds B 578).

D’après son dossier d’ancien combattant et sur sa propre déclaration, en l’absence de documents, il a par la suite été convoqué en juillet 1944 pour le RAD. Selon un document individuel de l’Allgemeine Ortskrankenkasse (la Caisse locale d’assurance-maladie) de l’arrondissement de Wissembourg (période allemande), il serait parti au RAD le 8 août (notification auprès de la caisse le 9 août) 7.

Selon lui, il aurait effectué son RAD à partir du 8 août 1944 à Zeitldorn près de Straubing, en Bavière. Selon sa carte de rapatrié, il est arrivé en Allemagne en 1944 et aurait été en dernier lieu en camp à Straubing, avant son incorporation dans l’armée allemande le 6 avril 1945. Il est à cet effet titulaire du titre « personne contrainte au travail en pays ennemi » pour la période allant du 8 août 1944 au 6 avril 1945.

Pourquoi serait-il resté si longtemps (8 mois) en camp de RAD, sachant qu’au bout de 3 mois, les jeunes hommes étaient soit renvoyés dans leur foyer, soit directement mobilisés dans la Wehrmacht. Il était visiblement possible aux nouvelles recrues du RAD de pouvoir y rester 6 à 12 mois supplémentaires en étant promu instructeur auxiliaire (Hilfsausbilder). Il y a des cas avérés, où des instructeurs d’un camp de RAD étaient mobilisés dans l’armée allemande et il fallait alors que des instructeurs novices, volontaires, les suppléent. Accepter de passer instructeur auxiliaire était une manière de concrétiser davantage un engagement pour le régime allemand.

Son service dans la Wehrmacht couvre, selon lui, la période du 6 avril au 7 mai 1945. Le 6 avril 1945, il aurait été enrôlé dans l’armée allemande, dans l’Artillerie-Regiment Friedrich Ludwig Jahn, régiment d’artillerie F.L.Jahn, quatrième détachement d’artillerie de la Division F.L.Jahn, aussi appelée RAD-Division Nr.2. Son régiment faisait partie, selon lui, de la batterie d’état major. La division était sous le commandement du colonel Gerhard Klein. Il s’agissait de la division de la dernière chance du régime nazi. Le numéro de matricule figurant sur la plaque de soldat qu’il a ramenée d’Allemagne est le suivant : « 223 IV/AR FL Jahn ». Cette unité était sous les ordres du capitaine de réserve Hans-Günther von Wilmowsky.

Voici une synthèse du parcours de ce régiment (traduit de l’allemand) : Le régiment d’artillerie Friedrich Ludwig Jahn fut établi le 30 mars 1945 dans le camp d’entraînement des troupes à Jüterbog, dans le troisième district de combat. Le régiment a été créé avec 3 détachements. Lors de l’établissement du 3e détachement a été rattaché le 5e détachement du Heeres-Artillerie-Korps 412, lequel fut déplacé en camion au camp d’entraînement des troupes à Jüterbog. Le régiment fut un sous-ensemble de la division d’infanterie Friedrich-Ludwig Jahn. A la mi-avril 1945 arrivent ensuite en premier les huit obusiers lourds pour le 4e détachement. Quelques jours plus tard arrivent également les obusiers légers depuis Hambourg ainsi que les cuirassiers. Le 19 avril, le régiment a dû se préparer au départ avec la division. Vers le 22 avril, le régiment a été au combat contre l’Armée Rouge. Lors de ce combat, le régiment s’est dispersé au sud de Berlin et perdit presque la totalité de son artillerie. Le régiment se replia avec la division sur l’Elbe, puis continua son combat contre l’Armée Rouge. Le régiment ne rejoignit le secteur de la 12e armée qu’à la fin du mois d’avril 1945.

Z déclare avoir été blessé le 24 avril 1945, à la cheville gauche, par un éclat d’obus. Ce qui lui occasionna une infection des glandes. Il a ensuite été hospitalisé à Fürstenwalde. Pourtant Fürstenwalde n’est pas sur le parcours de la division FL Jahn… A-t-il été blessé ailleurs le 24 avril puis hospitalisé après sa capture du 7 mai par les Russes à Fürstenwalde ? C’est fort possible, car les premiers lits sont mis en place à l’hôpital de Fürstenwalde après la capitulation, entre le 7 mai et le 8 juin 1945 8. De plus, un Alsacien a été soigné dans un hôpital pour prisonniers de guerre, en zone soviétique, à Fürstenwalde en juillet 1945, et y décède, ce qui confirme qu’il y avait bien un hôpital pour prisonniers de guerre sous administration soviétique dans cette ville.

D’après l’historique de la division, il y eut beaucoup de morts à Fresdorf le 23 avril et le commandant fut fait prisonnier à Michendorf, un peu plus au nord, le même jour. Le 24 avril 1945, le plus gros de sa division était alors arrivé à Geltow, mais étant donné que Z était dans l’artillerie, il a effectivement pu être blessé ce jour-là et recevoir les premiers soins à Geltow (voir le tableau, avec les lieux successifs de positions et de combats pour sa division).

Son régiment est ensuite fait prisonnier en territoire allemand par les Russes, sur les bords de l’Elbe, conformément aux souvenirs qu’avait racontés Z. Plus précisément, la capture a été effectuée le 7 mai 1945 aux nord-est de Magdebourg, à Redekin.

  5 – 9 avril 1945Fuchsenbergkaserne(Jüterbog, au sud de Berlin)
  18 – 21 avril 1945Adolf-Hitler-Lager (Fort Zinna, sud de Berlin)
  21 avril 1945Ruhlsdorf (périphérie sud de Berlin)
  21 / 22 avril 1945Berkenbrück, Nuthe-Urstromtal(au sud de Berlin)
  22 avril 1945Rieben(au sud de Potsdam)
  22 / 23 avril 1945Stücken
  23 avril 1945Fresdorf
  23 / 24 avril 1945Michendorf (périphérie de Potsdam, lieu de sa blessure?)
  24 – 28 avril 1945Neu-Geltow
  28 – 30 avril 1945Luftkriegsschule Geltow
  30 avril / 1er mai 1945Golzow(au sud de Brandebourg)
  1er / 2 mai 1945Ziesar
  2 – 6 mai 1945Gr. Wusterwitz
  6 / 7 mai 1945Gr. Wulkow
  7 mai 1945Redekin (sur l’Elbe)

Il fut transféré dans un camp de prisonniers au Brandebourg (à priori Fürstenwalde, où il fut soigné dans un hôpital) du 7 mai au 25 août 1945, puis du 25 août jusqu’au 2 septembre 1945 à Francfort-sur-l’Oder, dans des camps de prisonniers gérés par les russes où d’après lui il fut chargé de préparer les repas, à cause de sa formation professionnelle (il mettait pour lui de côté un morceau de lard, à cause du rationnement). Il y apprit à compter dans différentes langues (russe, italien, etc.). C’est à Francfort-sur-l’Oder que s’organise le retour des prisonniers des différentes nationalités vers leur pays d’origine. Z fut ainsi libéré par les Russes et son retour a été effectué en train par transport des prisonniers blessés rapatriés, à partir du 2 septembre. Le trajet de retour en train était le suivant, selon le journal de Jacques Sadler, le grand-père du généalogiste Greg Wolf : Francfort-sur-l’Oder, Berlin, Helmstedt (9-11 septembre), Osnabrück, Eindhoven (Hollande), Bruxelles-Schaerbeek (Belgique), puis rapatriement à Valenciennes (59) le 15 septembre 1945.

En provenance de Bruxelles, Z est donc remis aux autorités françaises du Centre de rapatriement de Valenciennes le 15 septembre 1945. Le 16 septembre, on lui établit la carte de rapatrié et il prend ce jour le train (tampon de la gare de Valenciennes-Faubourg-de-Paris) en direction du Centre de triage des Alsaciens-Lorrains de Chalon-sur-Saône, où il est présent le 18 septembre, et libéré le même jour. Il prend alors le train en direction de l’Alsace le lendemain et y arrive le 20 septembre. Il bénéficie de 10 jours de convalescence, délivrés à Chalon-sur-Saône le 18 septembre, du 20 au 29 septembre. Il reçoit enfin une « fiche de congé illimité » du Centre de libération de Strasbourg, en date du 1er octobre 1945, et c’est ainsi que se termine son parcours guerrier. Z s’établira très rapidement ailleurs, dans un village éloigné, puisque le 29 du même mois, il y retrouva du travail, dans le métier qui lui avait été enseigné par son maître d’apprentissage.

Un passé dissimulé

Ce secret avait été bien gardé. Le 6 décembre 1962, lors de sa demande de statut de personne contrainte au travail (PCT) en pays ennemi, il déclare sur l’honneur « ne jamais avoir appartenu volontairement à une formation politique nationale-socialiste », alors qu’il a de son plein gré demandé et obtenu son admission au NSDAP.

Dans une lettre datée du même jour, il indique ne plus être en possession de pièces officielles allemandes (le Wehrpass était alors demandé par l’Office National des Anciens Combattants – l’ONAC – dans un courrier daté du 31 octobre), alors qu’il l’avait toujours en sa possession. Celui-ci contenait en effet une indication majeure étant donné qu’il avait été établi en janvier 1944 et comportait vraisemblablement la mention d’engagé volontaire, et mettait ainsi en évidence son devancement d’appel, qui ne se produisait effectivement qu’en cas de volontariat. L’ONAC validera ensuite son statut de PCT, grâce à une attestation requise par lui et dans laquelle le maire du village natal de Z certifia avoir eu personnellement connaissance de son « incorporation de force » – RAD et ensuite dans la Wehrmacht – (cf. photo ci-dessous)…

On peut ainsi se demander si son parcours entre août 1944 et mai 1945 comportait également des choses à cacher. Que dire de sa période de huit mois au RAD ? Cela semble bien long… Néanmoins l’absence d’un numéro de matricule sur la première page de son Wehrpass milite en faveur de l’absence de mise à jour de ce livret (car rempli dans l’urgence ?), peut-être à cause de la proximité immédiate des Russes. Il aurait alors vraiment été mobilisé dans la Wehrmacht uniquement vers la fin de la guerre (entre mars et mai 1945) lors de l’urgence qui régnait alors.

Par la suite, pour obtenir son statut d’incorporé de force (sic!), il cite deux de ses camarades, dans un courrier à destination du bureau à Strasbourg du Secrétariat d’Etat aux Anciens Combattants : « le 21 août 1978. (…) En réponse à votre lettre du 11 août 1978, veuillez trouver ci-après le nom et prénom et l’année de naissance de deux camarades qui ont servi en même temps que moi dans la Wehrmacht et dans les mêmes unités : Meyer Ernest né en 1927 et habitant en 1944 à Reutlingen. Kemmer Léo né en 1927 et habitant en 1944 à Wurtzbourg. »

Après quelques recherches, il s’avère qu’un certain Ernst Rudolf Mayer, né le 7 décembre 1927 à Reutlingen, aurait été dans les Panzers et envoyé en Grèce en août 1944, puis serait resté dans cette unité jusqu’en mai 1945 selon les propres réponses qu’il aurait fournies à la cellule de dénazification présente à Reutlingen après-guerre (1945-1949). Était-il lui aussi volontaire ?

La Bundesarchiv n’a pas trouvé de dossier à son nom dans ses fonds. Z a pu le rencontrer sur le terrain en avril-mai 1945, ou en détention ensuite, car la seule division Panzer en Grèce à cette époque (la 4. SS-Polizei-Panzergrenadier-Division) n’est de retour, aux alentours de Berlin, qu’en janvier 1945. A moins que Z n’ait été à un moment donné dans la même unité Panzer que Ernst Mayer, peut-être à partir d’octobre 1944, après sa période de RAD.

Ernst Mayer s’est par la suite engagé dans la Légion étrangère et est décédé à Caobang (Tonkin), en captivité, en août 1951 (acte de décès 624 de l’année 1953, Paris 1er arrondissement). Il avait été recruté au 3e régiment étranger d’infanterie, à Marseille, en 1949 (année de son départ de Reutlingen), avec comme numéro de matricule 5540, et était domicilié en dernier lieu à Reutlingen.

Quant à Léo Kemmer, je n’ai pas trouvé d’information à son sujet. Il n’a visiblement pas habité à Wurtzbourg même, et il n’y est pas né. Il pourrait être de la proche banlieue de Wurtzbourg car ce patronyme apparaît bien dans ce secteur. Je n’ai pas approfondi mes recherches le concernant.

L’ONAC ne trouva rien sur eux, ni sur Z, auprès du WASt (Berlin). Malgré l’absence de documents allemands attestant de l’incorporation de Z dans la Wehrmacht et de témoignages de soldats ayant servi dans la même unité que lui, l’administration française émettra, après discussion, un avis favorable à la reconnaissance de sa qualité d’incorporé de force dans l’armée allemande9.

Contexte du volontariat

Très peu d’auteurs se sont intéressés sérieusement aux volontaires alsaciens dans les forces allemandes. On peut toutefois citer les travaux de Geoffrey Diebold. Lors de son master de recherche, il réalise une compilation de différentes sources d’archives, même si cela n’est pas exhaustif et indique que les volontaires étaient très minoritaires parmi les Alsaciens incorporés (vraisemblablement moins de 3%) 10.

Un volontaire interrogé lors de procédures de purge après-guerre plaide, à tort, avoir choisi la Luftwaffe car elle nécessite une formation plus longue qu’un engagement dans la Waffen-SS, ou dans la Heer. A tort, car l’exemple donné est le cas d’un soldat engagé début 1941, c’est-à-dire bien avant de savoir que les Alsaciens allaient être forcés d’intégrer les troupes allemandes (décret du 25 août 1942)… D’autres volontaires se seraient engagés par passion de l’aviation, ou par goût de l’aventure 11. Tous les volontaires étaient en tous les cas pro-allemand et persuadés de la victoire de l’Allemagne nazie.

Lorsque Z choisit de s’engager dans la Wehrmacht, l’Allemagne a déjà perdu son allié italien (armistice de septembre 1943), et que dire des Soviétiques qui ont déjà battu et menacent toujours sérieusement l’Allemagne sur tous les fronts ? Vouloir candidater au parti nazi et s’engager comme volontaire dans la Luftwaffe en janvier 1944 relève bien du fanatisme hitlérien, d’un esprit pro-allemand, ce d’autant plus qu’en janvier 1944, ni la classe 1926 ni la classe 1927 n’étaient encore incorporées, tout juste savait-on que la classe 1926 alsacienne était déjà mobilisée au RAD… Par exemple, la classe 1926 ne fut incorporée (aussi en grande majorité malgré-elle) dans les Waffen-SS qu’en février 1944, soit après l’engagement de Z dans la Wehrmacht et sa candidature au NSDAP.

Concernant les personnes résidant en Alsace et membres du NSDAP le 19 janvier 1944, il y avait 21.809 personnes. Une partie d’entre elles étaient des Allemands de la «­ Vieille Allemagne » et établis en Alsace, notamment certains fonctionnaires. Il n’y avait pas que des Alsaciens. Ce pourcentage est très faible au regard de la population vivant en Alsace à ce moment-là (un peu plus d’1 million d’habitants), soit environ 2% 12.

C’est un facteur d’autant plus aggravant de vouloir être admis au NSDAP que la population locale était soumise à la brutalité quotidienne du régime totalitaire alors en place en Alsace : l’expulsion des francophiles et des juifs et la confiscation de leurs biens, l’internement pour redressement au camp de Schirmeck (La Broque), la transplantation outre Rhin, la déportation en camp de concentration, la condamnation à mort et l’exécution de Résistants. Par ailleurs, être volontaire pro-allemand passionné par l’aviation, ou aventurier, ne nécessitait pas la candidature au parti nazi, à qui il fallait donner de bonnes garanties de fidélité pour y être admis… Quelles étaient ces garanties pour Z ?

Notes :

1) Conformément à l’arrêté du Gauleiter Wagner pris le 15 septembre 1942 en exécution de la circulaire d’application du ministère allemand de l’intérieur du 26 août 1942 concernant l’ordonnance du même ministère du 23 août 1942.

2) Conformément au même arrêté de Robert Wagner. Cette nationalité allemande définitive a été rétroactivement annulée par la loi du 17 novembre 1949.

3) Wehrpass, son livret militaire : cette date du 27 janvier 1944 est tamponnée sur la page 1 de son Wehrpass, la date d’établissement de ce dernier.

4) Eugène Riedweg : Les « Malgré nous » : Histoire de l’incorporation de force des Alsaciens. p.99.

5) Bundesarchiv, Berlin (BArch) : NSDAP-Gaukartei. Z avait aussi un numéro de membre sur 7 chiffres. Il existe également une autre fiche dans le fonds des Archives d’Alsace, site de Strasbourg : 1558 W 722 : « P.G. coll. région Wissembourg », comprenant des admis au parti nazi dans l’arrondissement de Wissembourg non épurés après la Libération, à la lettre de l’initiale de son nom de famille. Il s’agit d’une fiche nominative du parti, le document qui a initié cette enquête.

6) Bundesarchiv, Berlin (BArch) : B 578 Krankenbuchlager. Il s’agit de son « Certificat d’examen médical attestant de l’aptitude à voler pour l’armée de l’air et l’aviation civile (vols motorisés) », «­ Aerztliches Untersuchungs-Zeugnis über Fliegertauglichkeit für Luftwaffe und zivile Luftfahrt (Motorfluge) ».

7) Le tampon apposé sur sa fiche (auprès de la Caisse d’Assurance Maladie) pour ce départ début août 1944 porte le numéro 209 b, Voici ce que dit la réglementation de l’Assurance Maladie Allemande de cette époque pour ce numéro, Reichsversicherungsordnung §209b (traduction) : «­ La participation à une formation de courte durée ou à un exercice de la Wehrmacht n’affecte pas l’assurance existante, mais l’obligation de payer les cotisations et l’assistance médicale de l’assuré sont suspendues pendant la durée de la participation. Le dernier salaire de base avant le début de la formation ou de l’exercice s’applique pour le calcul des prestations d’aide familiale, en espèces. Le Reich rembourse à l’Assurance Maladie quatre-vingts pour cent des dépenses d’assistance familiale engagées par les proches de l’assuré lors de sa participation à une formation de courte durée ou à un exercice. Le ministre du Travail du Reich en déterminera les détails ; il peut fixer un tarif forfaitaire. »

8) Tageszeitung für die deutsche Bevölkerung, édition du 8 juin 1945, page 4 : «­ Ein Krankenhaus mit 200 Betten wurde eingerichtet. »

9) Qualité d’incorporé de force dans l’armée allemande ouvrant droit à l’indemnisation idoine ainsi qu’à la retraite du combattant.

10) Geoffrey Diebold : «­ Les engagés volontaires alsaciens dans la Wehrmacht et la Waffen SS (1940-1945) », 2016-2017, master de recherche sous la direction de Ségolène Plyer, Université de Strasbourg, Faculté des Sciences Historiques. 2648 volontaires ont été trouvés par G.Diebold (chiffre non exhaustif) et 103.000 malgré-nous sont évoqués en Alsace. Il y a un pointage par les officiels allemands le 17 novembre 1941 de 1258 volontaires, le 29 mars 1943 de 2200 volontaires actifs, et le Gauleiter Wagner, lors de son procès en 1946, indique de mémoire un chiffre de 3000 volontaires (ce dernier chiffre n’étant pas vérifiable).

11) Diebold, op.cit.

12) Diebold, op.cit., (Annexes). Le nombre de membres du NSDAP a ensuite augmenté jusqu’à 30.000 admis au 25 juin 1944, portant le pourcentage à un peu moins de 3% de la population alsacienne.

Un bloc armorié princier à Steinseltz

BlocArmorieSteinseltz
Photographie montrant l’objet de cette étude, un bloc armorié arborant le triple écu quelque peu tronqué sur trois de ses côtés et surmonté d’une figure angélique tenant en chef, les deux écus supérieurs. Dimensions : 68 x 32 cm. L’épaisseur n’est pas connue, probablement une quinzaine de centimètres. Le relief des écus est de 29mm.

Il y a quelques années, mon frère Raphaël, demeurant à Steinseltz, m’avait évoqué l’origine quelque peu mystérieuse du bloc armorié intégré dans la façade de son habitation. Il m’a paru très intéressant de percer ce mystère, de découvrir son origine et son parcours au fil du temps.

En premier lieu, il était important d’identifier les trois écus. Le Service de l’Inventaire du Patrimoine culturel de la Région Alsace indiquait en avoir déjà identifié deux, en 2000 : « 3 écus : l’un portant les armoiries de Spire, le deuxième celles du chapitre de Wissembourg, le troisième, portant une bande et dont le tiers inférieur a disparu, n’est pas identifié». Il indique par ailleurs une estimation de datation, qui servira de bonne base par la suite : « Fragment d’un relief datant probablement du 17e siècle dont l’origine est inconnue».

Dans un second temps, il a fallu savoir qui avait intégré ce bloc en grès dans le mur de l’habitation. Mon frère avait obtenu l’information suivante, d’une personne qui s’était déjà renseignée auparavant (on ignore si la source originelle était l’un des propriétaires précédents ou un autre habitant de Steinseltz) :

« Cette sculpture a été amenée par l’épouse du Maire Rupp, c’est un souvenir de la famille de cette femme, qui était originaire d’Altenstadt. »

Identification des armoiries

Ce bloc armorié est très probablement un élément décoratif dédié à un prince-évêque de Spire, alors aussi prévôt du chapitre de Wissembourg depuis 1552, et jusqu’en 1809. En effet, nous avons bien un écu correspondant à l’évêché de Spire et un second au chapitre de Wissembourg (crosse abbatiale traversant l’écu). Par ailleurs, le matériel lapidaire dont dispose la ville de Wissembourg concernant les chanoines de ce chapitre, même les plus réputés, ne comportent qu’un unique écu, personnel, jamais surplombé par les deux écus prestigieux. Un faisceau d’indices nous met ainsi sur la piste d’un personnage bien plus important, le prince-évêque de Spire, prévôt du chapitre de Wissembourg. Ci-dessous, dans la même disposition que sur la sculpture :


Figure 1. Liste des douze princes-évêques de Spire, prévôts du chapitre de Wissembourg (1546-1810), accompagnés de leurs armoiries personnelles, depuis Philippe de Flersheim, prince-évêque de Spire, premier évêque-prévôt du chapitre de Wissembourg, mort en 1552. Ce dernier a succédé au premier prévôt du chapitre (aussi dernier prince-abbé) Rüdiger Fischer, de «basse extraction». Il y a deux écus à première vue compatibles avec le troisième écu du bloc armorié de cette étude.


En observant les écus des douze prince-évêques (Fig.1), la bande étant en diagonale sur la sculpture, seuls ceux de ces deux princes-évêques pouvaient correspondre : Marquard de Hattstein (1560-1581) et François-Christophe de Hutten (1743-1770).

Il a fallu donc voir plus en détail le descriptif de leurs armoiries. Celles de l’évêque François-Christophe de Hutten sont «de gueules à deux bandes d’or»(1). On retrouve le blasonnement complet incluant les armoiries de Spire et du chapitre de Wissembourg sur un tonneau ayant appartenu à cet évêque (Fig.2). En observant ce montage d’écus, il y en a bien trois, et il appartient à un évêque, ce qui renforce la première intuition. On remarque aussi qu’il n’y a pas de créneaux entre les deux tours sur l’écu de la prévôté de Wissembourg mais le pignon d’un toit, contrairement aux créneaux présents sur le bloc armorié en grès. En outre, il y a une inversion des couleurs rouge et argent sur cet écu, ce qui parait un peu étrange.

Les armoiries de l’évêque Marquard de Hattstein, quant à elles issues de son sceau de 1560 sont «de gueules à trois bandes d’argent». En outre, on retrouve sur ce sceau également une figure angélique (deux anges) et trois écus (l’évêché de Spire, le chapitre de Wissembourg et les armoiries personnelles), comme sur le bloc armorié(2). Le florin en or (Fig.3), la médaille en argent (Fig.4) ainsi que le blason dessiné de la Fig.1, sont bien directement rattachés à la personne de Marquard de Hattstein. La médaille fut frappée en l’honneur de sa nomination à la haute-juridiction de la chambre impériale à Spire (1570). Cela ressemble énormément à la sculpture… De même pour le florin en or frappé en 1574.

Sur la médaille et le florin en or, on voit trois bandes en relief, et trois bandes dans le support, qui correspondent respectivement à la couleur argent (en relief comme le métal argent) et à la couleur gueule (rouge, le support donc), soit six bandes au total.

De même pour l’écu de l’évêché de Spire, sur la médaille en argent, la croix d’argent est également en relief, ce qui confirme que le relief du matériau argent suit la couleur argent de l’armoirie. Idem sur l’écu du chapitre de Wissembourg, les tours d’argent sont aussi en argent dans le relief de la monnaie. Ici on distingue bien les créneaux entre les deux tours sur la pièce en argent.

Voici le résultat (Fig.5), après passage d’un calque sur l’écu. La partie supérieure correspond à ce qui est visible sur la sculpture. La partie basse est une extrapolation. L’épaisseur des deux bandes visibles étant la même, nous avons pris la même pour les autres bandes. On constate qu’il y aurait six bandes en tout, ce qui semblerait indiquer qu’il s’agit plutôt de l’écu de Marquard de Hattstein, étant donné que l’écu de l’évêque François-Christophe de Hutten ne comporte que cinq bandes. Quant aux reliefs du bloc armorié, ils correspondent aux reliefs des pièces de monnaie du prince-évêque Marquard de Hattstein et non pas aux reliefs en bois du tonneau de Hutten où les bandes couleur « or » émergent, et non les bandes rouges (coin supérieur droit notamment).

Enfin, l’analyse des armoiries liées à l’abbaye de Wissembourg par un membre de la société d’histoire de Wissembourg de l’époque de Stiefelhagen (début 20e siècle) confirme l’analyse : l’armoirie officielle de l’évêque François-Christophe de Hutten ne comporte pas de créneaux entre les deux tours(3), à contrario des armoiries de l’évêque Marquard de Hattstein, qui conviennent parfaitement. Par conséquent le bloc armorié se rapporte bien au prince-évêque Marquard de Hattstein.

Origine du bloc armorié

Il y avait plusieurs maires Rupp à Steinseltz, notamment Georges Rupp (1928-1990), son père homonyme Georges Rupp (1901-1962) éminent homme politique de l’arrondissement de Wissembourg, qui est né dans cette maison « armoriée » et qui a donné le nom à la rue où se trouve cette maison, et enfin le père de ce dernier Henri Rupp (1867-1924), maire à partir de 1908.

Henri Rupp avait épousé Caroline Greiner, originaire de Niederbetschdorf. Le maire Georges Rupp (fils), lui, s’était marié avec une jeune femme native de Kuhlendorf, Renée Linger. C’est le maire Georges Rupp père (1901-1962), qui a attiré notre attention, car il avait épousé en 1924 à Steinseltz, peu après le décès de son père Henri, Hedwige Biehler (1900-1995). Cette dernière est effectivement née à Altenstadt, d’une famille de meuniers originaires de Kandel (Palatinat) qui était propriétaire du moulin de Saint-Rémy, ban d’Altenstadt, depuis environ 1863-1866(4). Depuis 1504, Steinseltz est sous la coupe des Deux-Ponts et cela jusqu’à la Révolution. Le bâtisseur de la maison, en 1779, encore à cet endroit en 1792 (dates portées), était un certain Martin Wenner, protestant. Le lien avec la prévôté de Wissembourg ou l’évêché de Spire avait immédiatement paru étrange, ce bloc armorié semblait dès le départ venir d’ailleurs.

Il faut savoir aussi que l’Ortsgeschichte de Steinseltz(5), établie par l’instituteur du village en 1908, bien que mentionnant des sculptures sur grès ornant les datations des maisons, ne mentionne aucunement ce bloc armorié. Il n’aurait pourtant pas dû passer inaperçu et aurait dû être relevé ce qui signifie qu’il n’était alors sans doute pas encore visible et aurait été intégré postérieurement à la rédaction de ce texte de juin 1908, accréditant davantage la source orale, qui indique que l’oeuvre venait de la famille de l’épouse du maire Rupp, originaire d’Altenstadt, plus précisément du moulin de Saint-Rémy.

Histoire du moulin de Saint-Rémy

Intéressons-nous donc un peu à l’histoire de ce moulin. Celle-ci a toujours été fortement liée à l’histoire du château (puis fort) de Saint-Rémy, qu’il desservait probablement depuis ses origines. Château et moulin faisaient partie du bailliage de Saint-Rémy, avec également les trois villages environnants de Kapsweyer, Steinfeld et Kleinsteinfeld. En 1504, le bailliage fut rendu intégralement par l’Empereur Maximilien Ier à son premier détenteur, l’Abbaye de Wissembourg, après quelques siècles troublés principalement par le puissant électeur palatin voisin. Le village de Schweighofen, pourtant tout proche, faisait quant à lui partie du second bailliage de la prévôté, celui d’Altenstadt(6). Depuis cette année 1504, le seigneur du bailliage de Saint-Rémy était donc le prince-abbé de Wissembourg, en l’occurrence Rüdiger Fischer, qui devint prévôt du chapitre de Wissembourg à partir de la sécularisation de l’abbaye (1524). Le château fut érigé en 1385 par l’abbé Hugues de Nohfelden, comme l’atteste un autre bloc armorié conservé au Musée Westercamp(7), et peut-être que le premier moulin avait été construit à peu près en cette fin de 14e siècle. Quoiqu’il en soit, sa présence est attestée un siècle plus tard : dans la nuit du 17 janvier 1470, on incendia le moulin de Saint-Rémy, pour empêcher les paysans des environs d’y moudre et au retour on pilla le village de Schweighofen(8). Le 6 mai 1525, lors de la révolte des Rustauds, Saint-Rémy fut pillé et incendié (on imagine que cela concernait aussi bien le château que le moulin). Le château servit ensuite de refuge pendant la Guerre de Trente-Ans. En 1703, le château de Saint-Rémy fut à nouveau détruit lors de la guerre de Succession d’Espagne avant d’être reconverti en fort par Villars en 1706 ; le moulin a pu à ce moment-là également pâtir de cette guerre. Nous disposons d’un plan très précis du site de Saint-Rémy en 1775. On y voit un moulin fonctionnel et intégré dans le fort et les lignes de la Lauter (Fig.6 et 7).

Après la Révolution, c’est Michel Graff, né en 1762 à Leiterswiller, de religion réformée, qui prit en charge le moulin (depuis environ 1798), puis son fils Philippe Graff en 1822. Philippe Graff, une fois veuf, se remaria en 1830. La même année, le fort de Saint-Rémy fut démantelé, « entièrement rasé » dira l’érudit et contemporain Jean Rheinwald. En avril 1985, René Schellmanns écrira encore : « Toujours opérationnel au 18e siècle, [le château] n’a été définitivement détruit et rasé au niveau supérieur des douves ou fossés qu’en 1830. Comme cela arrive souvent dans ce genre d’opérations, les matériaux provenant de la destruction ont été réutilisés (surtout les pierres de taille) tant par la Ville que par des particuliers, p. ex. pour construire le moulin Saint-Rémy sur la Lauter à moins d’une centaine de mètres de là »(9). Les Dernières Nouvelles d’Alsace, en 2004, précisent au sujet du moulin que « durant la deuxième guerre mondiale, les restes du château, tout comme le moulin et la ferme construits à proximité, furent complètement rasés. Des pierres de l’ancien château ont servi aux fondations du foyer paroissial d’Altenstadt, inauguré en 1954 ». En outre, en 1998, le Service de l’Inventaire du Patrimoine culturel de la Région Alsace, qui ne cite pas sa source, indique une provenance plus précise des pierres utilisées par la construction du moulin de Saint-Rémi : « le front nord [de l’enceinte du fort] était incomplet, son matériau ayant servi à la construction du moulin voisin (détruit).»

Mais reprenons un peu le fil du temps. Après la mort de Philippe Graff en 1845, on retrouve la famille Ballweber aux commandes du moulin. Elle y restera moins de temps que les Graff, puisqu’en 1863, un incendie à priori accidentel, ruina à nouveau le moulin. L’incendie avait ravagé tous les bâtiments du moulin le 4 octobre 1863(10) (ci-dessous).

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Après cet épisode tragique, le meunier Adam Jacques Biehler, déjà présent à Altenstadt depuis 1862 et qui avait donc vécu à priori comme eux cet incendie, le reprit à son compte, puisqu’on l’y retrouve comme chef de famille en 1866, lors du recensement de cette année-là(11). Mais un autre drame survint deux décennies plus tard. Le 21 août 1888, l’un de ses fils, Emile Biehler, fut retrouvé mort à 6h du matin, mis en pièces par un engrenage de la turbine(12). Adam Jacques Biehler ne quitta pas pour autant le moulin après ce sinistre épisode. Son fils Charles le reprit au décès de son père en 1892. Et c’est ensuite que naquit Hedwige Biehler, le 26 février 1900, au moulin de Saint-Rémy. Elle épousera Georges Rupp, à Steinseltz, le 7 novembre 1924. Le moulin était connu ensuite, et en dernier lieu, sous le nom de Moulin Ruff. Salomé Marguerite, la fille aînée de Charles Biehler, avait épousé en 1915 le meunier Bernard Ruff, originaire d’Aschbach. C’est lui qui reprit le moulin à la suite de son beau-père. Le moulin de Saint-Rémy fut une dernière fois détruit les 13 et 14 mai 1940, d’abord incendié puis dynamité par les Allemands de la 246e ID, lors de leur offensive pour reconquérir tout ce secteur(13). Le village d’Altenstadt ainsi que Wissembourg furent pris les jours suivants. Cette fois s’acheva l’histoire de ce moulin car il ne fut pas reconstruit. Une nouvelle ère s’ouvrit.

Un bloc armorié similaire provenant de St-Rémy

Le musée Westercamp de Wissembourg comporte dans sa collection un autre bloc armorié très similaire qui avait été trouvé lors des fouilles entreprises sur le site du château de Saint-Rémy en 1976-1977, notamment par René Schellmanns (Fig.8). Il est à attribuer au prince-évêque Philippe-Christophe de Soetern (première moitié du 17e siècle), dont on reconnaît l’armoirie en forme de Z. Le sens du Z est ici inversé par rapport à l’armoirie de la Fig.1, mais il ne faut pas en tenir rigueur. On le retrouve en effet dans cette position sur un autre écu de ce même évêque, figurant sur un tableau monumental en grès visible au Stadtmuseum de Worms (et créé en 1621, Fig.9). Il y a tout lieu de croire que le bloc armorié, sujet de cette étude était également un élément de décoration du château de St-Rémy, au vu des fortes similitudes (triple écu du prévôt) et des dimensions comparables.

On aurait pu supposer que le bloc faisait partie d’un cénotaphe du prélat Marquard de Hattstein, intégré à l’abbaye de Wissembourg, mais il n’en est rien. En effet, Bernhard Herzog dans sa Chronicon Alsatiae éditée en 1592, s’il détaille le cénotaphe du prélat Philippe de Flersheim (décédé en 1552), ne parle en revanche pas d’une quelconque oeuvre destinée au prince-évêque Marquard. Pourtant la date de décès de ce dernier (1581) est bien antérieure à l’écriture de l’ouvrage et des recherches entreprises par Bernhard Herzog au sujet de l’abbaye de Wissembourg. Sachant que l’abbaye n’a pas souffert d’une guerre entre 1581 et 1592, ce bloc armorié n’aurait ainsi pu y disparaître et on peut admettre qu’il était bien exposé à un autre endroit qu’à l’abbaye, à priori donc au château de Saint-Rémy, le siège de l’évêque-prévôt.

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Un bloc armorié similaire d’origine inconnue

Au Musée Westercamp est conservé ce bloc armorié (Fig.10, ci-dessus), dont l’origine est inconnue. Bernard Weigel indiquait ceci : «Etant donné sa datation, cette pierre n’a rien à voir avec le cénotaphe de Philippe de Flersheim décédé en 1552. Se rapporte-t-elle à la prise de possession par l’évêque de Spire de la collégiale wissembourgeoise en 1546 et à l’une des conséquences de l’incorporation ou à un monument édifié alors ? Nous l’ignorons.»(14). Et si en fait, l’évêque-prévôt Philippe de Flersheim avait simplement initié une sorte de tradition de blocs de grès armoriés, décoratifs, pour le château de Saint-Rémy ? Il faut savoir que le château de Saint-Rémy était le siège du prévôt dans ses bailliages du chapitre de Wissembourg : il y dormait et y recevait.

Apparence originelle du bloc armorié de Steinseltz

Il a paru intéressant de vérifier l’existence de blocs armoriés similaires outre-Rhin, avec une figure angélique portant deux écus. Il y en a très peu et datent tous de la fin du XVIe siècle (Renaissance). C’est ainsi qu’on y voit de fortes ressemblances sur le bloc armorié du successeur de l’évêque Marquard de Hattstein, l’évêque Eberhardt de Dienheim, sculpté vers 1600 (Fig.11). Une figure angélique tenant dans ses mains les écus de l’évêché de Spire et du chapitre de Wissembourg.

Une autre figure angélique, tenant dans ses mains deux écus existe également pour cette fin de XVIe siècle (Fig.12). Il s’agit d’une pierre tombale sculptée dans le grès. Il y a également un cadre, qui comporte cette fois des inscriptions.

Le bloc armorié de Steinseltz, on le sait, étant incomplet, on peut ainsi imaginer la dimension réelle qu’il a pu avoir avant sa destruction partielle, même si ce ne sont là que des hypothèses. Y avait-il des inscriptions autour de l’oeuvre ? Était-il intégré dans un édicule, typique de la Renaissance ? Assez probable étant donné les similitudes.

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Le château de St-Rémy, hôte des princes
(XVIe siècle)

En plus d’être le siège de l’évêque-prévôt dans ses bailliages de la prévôté de Wissembourg (« sein Sitz »), le château de Saint-Rémy fut en effet également un lieu d’hébergement pour ses prestigieux invités. Ainsi le prévôt Rüdiger Fischer, en 1537, le présente ainsi aux juridictions : «le château et le lieu avec sa ferme ont été construits à un point tel que le prévôt n’a pas eu pour lui seul une cour et un service communs. Parfois, le château de Saint-Rémi pouvait héberger les électeurs et les princes, comme cela s’est produit à un moment, avec l’hébergement sur plusieurs jours des princes et seigneurs les plus illustres, les plus distingués, les plus nobles, MM. les comtes palatins Louis du Palatinat Prince-électeur, Henri du Palatinat administrateur à Worms et Wolfgang du Palatinat, avec une cinquantaine de chevaux et autant de gens»(17). Cela va sans dire, que le château se devait d’être décoré avec tous les honneurs dus à leur hôte. Ainsi, la mise en lumière des armoiries des prévôts en rehaussait quelque peu le prestige, et affirmait l’appartenance du château à ceux-ci. Il apparait donc tout naturel, au vu du lien entre les Rupp et Saint-Rémy (via cette alliance avec une fille du meunier Biehler), que ce bloc armorié était bel et bien originaire (initialement) du château de Saint-Rémy, parmi ceux d’autres évêques-prévôts. Voici décrite l’arrivée du prélat Marquard de Hattstein lors de sa prise de possession : «L’évêque Marquard de Hattstein fit son entrée à Wissembourg à cheval, le lendemain de l’Assomption 1560, avec un cortège de soixante-dix-huit cavaliers, et descendit comme Rodolphe [de Frankenstein, son prédécesseur] chez le chanoine Jean Gulchen au Reffenthal [docteur en théologie, en droit et en médecine]. La ville lui fit remettre cinq mesures (hectolitres) de vin et dix sacs d’avoine»(18). On y apprend également, comme cela est bien documenté, que les évêques-prévôts avaient coutume depasser la nuit au château de Saint-Rémy lors de la prise de possession de leurs bailliages, après avoir passé leur première journée à Wissembourg. Le second jour, ce sont les villages de leurs bailliages qui lui prêtent serment au château de Saint-Rémy, son siège.

Le bloc armorié était-il déjà prêt dans la décoration du château de Saint-Rémy lors de la journée de prise de possession du prince-évêque Marquard de Hattstein ? Peu sûr mais on peut admettre qu’il a été réalisé au plus proche de son investiture, vers 1560-1562. Il y aura eu ensuite plusieurs événements lors desquels ce bloc armorié a pu passer du château au moulin de Saint-Rémy, surtout à compter de la destruction du château en 1703. Et ça n’est qu’après 1924, année de mariage entre le maire Rupp et Hedwige Biehler, qu’il a donc transité jusqu’à Steinseltz.

Hattstein, Marquard von
Fig.10. Ci-dessus, une gravure représentant le prince-évêque Marquard de Hattstein en 1580, avec une erreur sur le nom de famille (Holstein), et accompagné de sa devise : CERNIT DEUS OMNIA VINDEX (« Il y a un Dieu vengeur qui voit tout »). Source : collection d’estampes de la Bibliothèque Nationale d’Autriche.


(1) Franz Xaver REMLING. Geschichte der Bischöfe zu Speyer, zweiter Band. Mainz, 1854. p.670 : « Das Hauptwappen dieses Bischofes ist eine rothen Schild mit zweien goldenen Schrägbalken. Die Helmzierde bildete ein gebärdeter Jude mit der Spitzkappe. / Les armoiries de cet évêque [François Christophe] sont de gueules à deux bandes d’or. L’ornement du heaume est un juif barbu avec chapeau pointu.

(2) Op.cit., p.359 : « Marquard’s Wappen sit ein rothes Schild mit drei silbernen Querbalken, die Helmzier hat zwei gleichfarbige Fittige. Sein Hauptsiegel, mit der Jahrzahl 1560, ist gewöhnlich in rothes Wachs eingedrückt. Es zeigt in der Mitte unter einem gothischen Baldachin mit vier Thürmchen die Madonna, das Christuskind auf der Rechten und das Zepter in der Linken. Unter den beiden Seitennischen stehen zwei Engel, mit dem Wappen des Hochstiftes und der Probstei Weissenburg. Das Familienwappens Marquard’s ist unterhalb der Madonna angebracht. / Les armoiries de Marquard sont de gueules à trois bandes d’argent, la garniture du heaume est assortie de ces deux couleurs. Son sceau principal, daté de 1560, est généralement estampillé de cire rouge. Au milieu, il montre la Vierge, l’enfant-Jésus à droite et le sceptre à gauche sous un auvent gothique à quatre tours. Sous les deux niches latérales se trouvent deux anges, avec les armoiries de l’évêché de Spire et de la prévôté de Wissembourg. Les armoiries de la famille de Marquard sont placées sous la Madone. »

(3) Paul v.BROCKE. Die Wappen der Abtei und der Stadt Weissenburg im Elsass in Vierter Jahres-Bericht des Vereins zur Erhaltung der Altertümer in Weissenburg und Umgegend, herausgegeben für das Jahr 1908. Ackermann : Weissenburg, 1909. p.71-109, avec impression en fin d’ouvrage des armoiries étudiées. Ainsi à la page 99, l’auteur affirme : « Die Wappenschilde der Bischhöfe Franz Christoph Frhr. von Hutten (1743-1770) und Aug. Phil. Carl Graf v.Limburg-Styrum (1770-1797) zeigen die Burg ohne Zinnenmauer ; an deren Stelle befindet sich zwischen den Zinnentürmen ein Giebel, über dessen Spitze die Krone schwebt. / Les armoiries de l’évêque François Christophe de Hutten contiennent le château sans mur crénelé; à sa place, il y a un pignon entre les tours, surplombé par la couronne. »

(4) AA-Sbg 7M228, 294D/A7, 295D/B7 : Altenstadt – Recensements de population pour les années 1836, 1841, 1846, 1851, 1856, 1861, 1866, 1880 et 1885. AD67 : Etat-civil d’Altenstadt (1793-1912).

(5) Archives municipales de Wissembourg : Ortsgeschichte von Steinseltz, verfasst von Lehrer Wehrung (juin 1908).

(6) Jean RHEINWALD. L’Abbaye et la Ville de Wissembourg : avec quelques châteaux-forts de la Basse Alsace et du Palatinat, Monographie historique. Wentzel : Wissembourg, 1863, page 22.

(7) Musée Westercamp (Wissembourg), N° d’inventaire MWWI.2003.0.203 : La pierre se rapporte à l’abbé bénédictin Hugues de Nohfelden et est datée de 1385. Dans l’Outre-Forêt N°99, page 39, Bernard WEIGEL l’a déchiffré ainsi : ANNO. DNI / M.CCC.L.XXX.V / HUGO [P.P.] ABBAS / HOC CASTRU EDIFICAV, ce qui veut dire : « En l’An du Seigneur 1385, l’abbé Hugues a fait construire ce château. »

(8) Op.cit. : J. Rheinwald, page 139.

(9) René SCHELLMANNS. Le château Saint-Rémy in l’Outre-Forêt n°145 (I-2009).

(10) L’Espérance : courrier de Nancy, du 9-10-1863, page 3. AA-Sbg : Etat-civil d’Altenstadt (1793-1912), contenant les trois actes de décès en cette date du 4 octobre 1863.

(11) AA-Sbg 7M228 : Recensement de population de 1866.

(12) Express, du 26-08-1888, page 3.

(13) Johannes NOSBÜSCH. Damit es nicht vergessen wird… Pfälzische Verlagsanstalt, 1983. p.139 : « Wie der Kappelstein war auch die Remy-Mühle bereits vorher das Ziel deutscher Unternehmungen, doch blieb das zur kleinen Festung ausgebaute Anwesen in französischer Hand. Nun setzen Stosstrupps mit Schlauchbooten über die Lauter und traten zum Sturm an. Der Widerstand war so verbissen, dass die Mühle in Flammen aufging und zum grossen Teil zerstört wurde. Der Rest fiel nach der Einnahme einem Sprengkommando zum Opfer.»

(14) Op.cit. O.F. N°99, p. 39.

(15) Anneliese SEELIGER-ZEISS. Die Inschriften des Grosskreises Karlsruhe. München, 1981. « Nr. 329. Ubstadt (Gem. Ubstadt-Weiher), Obere Str. 168, um 1600. Wappenstein des Speyerer Bischofs Eberhard von Dienheim.»

(16) Op.cit. Seeliger. « Nr. 404. Hofen (Stadt Bönnigheim), ev. Pfarrkirche St. Ottilia. 1562/1585. Grabplatte des Adam Besler und seiner Frau Barbara.»

(17) SCHMITTER (instituteur à Riedseltz). Plünderung und Zerstörung des Schlosses St. Remigius bei Weissenburg in Jahres-Bericht des Vereins zur Erhaltung der Altertümer in Weissenburg und Umgegend, herausgegeben für das Jahr 1906. Ackermann : Weissenburg, 1907. p.18-23. Extraits d’actes de procédures à la Chambre Impériale, datés du 16 mai 1537, la description par le prévôt Rüdiger Fischer afin de faire valoir les droits de la prévôté de Wissembourg sur le Saint-Rémy, après l’anéantissement de celui-ci lors de la guerre des Paysans (1525) : « Schloss und Sitz war mit seinem Vorhof dermassen gebaut gewest, dass sein gnaden (der Probst) nit allein ein gewöhnlich hof und hausshaltung darinn mag haben unnd gehapt. Sonder auch zu Zeitten Chur- und fürsten darinn enthalten und beherbergen mögen, wie denn uff ein Zeit geschehen, so die durchlauchtigsten hochwürdigen durchlauchtigsten und hochgeborenen Fürsten und Herren, Herrn Ludwig Churfürsten, Herrn Heinrich Administrator zu Worms und Herr Wolfgang alle drei pfalzgraven, etlich tag mit etwa fünfzig pferden und soviel personen darinn enthalten und beherbergt worden.»

(18) Op.cit. : J. Rheinwald, p.259.