La grand-mère paternelle de Charles Aznavour

Charles Aznavour en concert à Deauville en 1988.
Charles Aznavour en concert à Deauville en 1988.

Le père de Charles Aznavour se nommait Mamigon (aussi surnommé Mischa) Aznavourian, artiste dramatique, musicien, chanteur baryton, serveur, restaurateur, arménien né le 26 mai 1897 à Akhaltzikhé (actuelle Géorgie, alors en Russie) et décédé à Paris XVe, le 3 juin 1978.

D’après l’acte de notoriété demandé par Mamigon et Knar, la mère de Charles, le 19 septembre 1947 – pour combler l’acte de mariage conclu à Izmir et qu’ils disaient lacunaire – le père de Mamigon se nommait Missak Aznavourian et sa mère Haïganouchi Soudjian[1]. D’après l’acte de décès de Mamigon Aznavourian, sa mère s’appelait Aikanouche Soudjian, donc ce fait semble bien établi – excepté une petite variation sur l’orthographe, mais cela donne une bonne idée de la prononciation.

D’après les dires familiaux, Missak Aznavourian aurait quitté femme et enfants en Asie Mineure, et aurait émigré à Paris en compagnie de Lisa, une Allemande qu’il aurait emmenée avec lui depuis la Turquie, et avec qui il se serait établi à Paris avant d’y ouvrir un restaurant[1]. Si on ignore les dates précises de leur arrivée à Paris, on trouve néanmoins bien trace de ce couple, domicilié au 3 rue Champollion en 1926, à l’adresse où se trouve le restaurant dont ils s’occupent et dont Missak avait acheté le fonds de commerce en novembre 1924[2]. Si on connait un peu l’histoire de Missak et de sa compagne Elisabeth (c’est le prénom trouvé dans les recensements de 1926 à Paris et de 1931 à Enghien-les-Bains), ce que l’on connait un peu moins c’est ce qu’il est advenu de la mère de Mamigon.

Arbre Simple Aznavour
Arbre généalogique de Charles Aznavour jusqu’à ses grands-parents. Sa grand-mère paternelle est-elle Haïganouche Soudjian, arménienne de Turquie ayant passé 20 ans dans la capitale parisienne, ou alors est-ce la dame de 96 ans restée en Arménie que Charles Aznavour y a rencontré le 8 mars 1964 (aussi née en 1867) ?

Selon Charles Aznavour, Haïganouchi avait 96 ans quand il l’aurait rencontrée à Erevan le 8 mars 1964 (donc née avant le 8 mars 1868, plutôt donc en 1867)… Mais certains des observateurs de l’époque ne semblaient pas convaincu par la véritable identité de cette vieille dame qu’il y a rencontré, du fait du comportement un peu distant de la vedette. Il se pourrait qu’il s’agisse en réalité d’une grand-tante, ou d’une cousine restée au pays. Ainsi, chaque histoire ayant un fond de vérité, on peut admettre que la grand-mère paternelle de Charles Aznavour s’appelait bien Haiganouche Soudjian et que son âge potentiel était correct (née en 1867), d’une famille arménienne.

Quelle ne fut pas ma surprise en cherchant cette personne, pour vérification, dans les tables journalières des inhumations parisiennes… En effet, au cours de la recherche sur Elisabeth l’Allemande (Elisabeth Bier/Christof, le patronyme n’étant pas garanti) dont on ignore toujours l’état civil, les imprécisions concernant les orthographes des patronymes arméniens, les mystères autour de la famille du chanteur, méritaient les vérifications qui sont d’usage dans une recherche généalogique remplie d’inconnues et de mythes fondateurs. Une certaine Haiganouche Soudjian, célibataire, 78 ans, domiciliée à Paris 20e, à été inhumée le 9 juillet 1945 au cimetière de Pantin[3]…

Célibataire, 78 ans, voilà qui est peu commun… Elle a été transportée au cimetière depuis son domicile en 8e classe (sur 9 classes, la première classe étant la plus chère) par les pompes funèbres payantes. Le fait que le transport était payant indique déjà qu’elle n’était pas indigente (le transport de défunts indigents étant gratuit). Néanmoins elle ne semble laisser aucune succession[4].

En approfondissant la recherche, on découvre qu’elle est arménienne, née le 25 mars 1867 à Erzéroum (Turquie), et présente dans le 20e arrondissement de Paris, au 4 rue Jouye-Rouve, depuis au moins 1926 et jusqu’à son trépas[5]. Elle n’y vit pas seule mais avec une parente Satenik (mentionnée en 1926, 1931 et 1936[6]), beaucoup plus jeune qu’elle, et exerçant la même profession de couturière. Le 11 novembre 1929, Mlle Haiganouche Soudjian se voit même remettre, en compagnie d’autres “demoiselles” mais aussi de mesdames d’origine arménienne, un « prix de vertu » d’une valeur de 2000 Francs par une association arménienne, pour avoir réussi à subvenir aux besoins de sa famille (Satenik?) depuis qu’elle a été « transplantée en France sans ressources » et qu’elle a « fait preuve des meilleurs vertus de (sa) race, en faisant vivre sa famille par un travail assidu, sans avoir recours à des tiers » [7].

Aïda, la sœur de Charles Aznavour, indique dans son livre “Petit Frère”, qu’ils étaient cinq enfants dans la fratrie de son père : quatre filles et un garçon, son père Mamigon. Elle écrit aussi que l’aînée des quatre filles se prénommait Astrik et que cette dernière était passée avec son époux à leur domicile de la rue de Monsieur-le-Prince (où ils habitaient au moins entre 1924 et 1926) pour faire de la musique. En 1926, au domicile de Missak le grand-père, on trouve une certaine Astgik, désignée comme sa fille, avec le patronyme Géramian (Yéramian?). Ce devait donc être la fameuse tante Astrik, Géramian (Yéramian) étant son nom marital.

Mais plus intéressant, au recensement d’Enghien-les-Bains de 1931, Missak déclare trois filles, alors absentes au passage du recenseur, mais déclarées donc comme y étant domiciliées. Avec les prénoms déformés Astlise (Astgik de 1926), Roussiak (Aroussiak) et Chanchanis (Chouchanik). En sachant qu’une jeune femme célibataire Satenik était présente au domicile d’Haiganouche Soudjian sur la période 1926-1936 au moins, n’avons-nous pas alors exactement une répartition des quatre filles du couple, 3 filles chez le père Missak et 1 fille chez la mère Haïganouche, époux alors séparés ?

Arbre Descendance Missak
La quatrième fille de Missak ne serait-elle pas Satenik, qui vit seule avec sa mère Haïganouche Soudjian dans la capitale parisienne

Nul doute que la famille de Mamigon Aznavourian, si elle avait été mise au courant de la présence de leur grand-mère (séparée de leur grand-père) dans la capitale, aurait eu la joie de la retrouver, et aurait été heureuse qu’elle s’en sorte si bien. Peut-être que certains membres de la famille étaient au courant et que malgré tout il fallait préserver ces informations (par honte, par pudeur, par crainte de ternir la carrière de Charles), maintenir la tradition que leur grand-mère était restée en Asie Mineure ? Peut-être qu’il ne s’agissait que d’une homonyme après tout ? Chacun pourra en faire son avis.

On ne retrouve pas trace des quatre filles dans la capitale par la suite. D’ailleurs si elles étaient restées, cela aurait été plutôt à elles de s’occuper de leur père Missak et non pas à Knar, Mamigon devant être sa seule famille restante en région Parisienne. Sans doute étaient-elles retournées en Asie Mineure, à Erevan. Déjà avant-guerre, et surtout en 1936, s’organisait en France, un retour au pays de la diaspora arménienne, un peu comme ce qu’il s‘était passé également pour les juifs avec Israël. Trois des quatre sœurs de Mamigon ont pu prendre ce chemin. Mais Mamigon, avec les projets artistiques d’Aïda et de Charles débutés dès 1934, ne pouvait s’y résoudre. Au fil des années, leur liens avec la France étaient sans doute devenus plus solides que pour les autres membres de la famille Aznavourian.

En 1951, Charles, au tout début de sa carrière solo, quand il n’était pas encore célèbre en Europe, indique dans un courrier pour Aïda, qu’il venait d’écrire à la famille en Arménie. Faut-il croire à des liens gardés pendant toutes ces trente dernières années ou une subite envie de renouer ? Ou alors les sœurs de Mamigon étaient-elles retournées au pays seulement une quinzaine d’années auparavant (1936) voire peut-être en 1947, année ou une autre émigration des Arméniens de France vers l’Arménie a eu lieu ? Une histoire familiale bien complexe. Quant au côté maternel, du côté de Knar, la mère de Charles, des liens plus solides avec des cousins germains (ou plus éloignés encore), aussi survivants du génocide arménien de 1915, ont servi de point de repère à la famille de Charles Aznavour.

Il faut bien comprendre que ces recherches sur la grand-mère paternelle de Charles Aznavour se basent sur des hypothèses, que les héritiers Aznavour pourront confirmer ou infirmer, s’ils le souhaitent. Dans le cas où ces mêmes héritiers souhaiteraient approfondir les recherches pour y voir plus clair, je me tiens à leur disposition pour les y aider.

 

Photo par Roland Godefroy — Travail personnel, CC-BY-SA


[1] Robert Belleret: Vie et légendes de Charles Aznavour, 2018.

[2] Le restaurant au 3 rue Champollion, dans le quartier latin, semble être au nom de la compagne de Missak, Christof (annuaire du commerce Didot-Bottin, 1921 et 1922, dans l’édition de 1925 il est au nom de Mme Driessens). Une certaine Elisabeth Christopher est citée par Charles Aznavour dans l’ouvrage de Robert Belleret (op. cit.), comme étant la compagne de son grand-père paternel Missak Azna(v)ourian, cuisinier de son état. Missak acquiert le restaurant à son nom en novembre 1924 et le revendra en février 1935.

[3] Registre journalier des inhumations au cimetière de Pantin. Numéro d’ordre 2858. Acte en mairie n°2105. Date d’inhumation 9 juillet 1945. Défunt : Soudjian Haïganouche, 78 ans, décédée dans le 20e arrondissement. Situation de la sépulture : Hytchkijian / (division) 50 (ligne) 6 (numéro) 9. (sans autres commentaires)

[4] Table des décès de l’administration de l’enregistrement : l’entrée la concernant indique les mêmes nom et prénom que l’acte de décès de l’état civil, et aucune référence vers une éventuelle succession n’y est mentionnée.

[5] État civil de Paris, 20e arrondissement. Registre des décès de l’année 1945, Acte n°2105. “Le cinq juillet mil neuf cent quarante cinq, six heures trente, est décédée en son domicilie, 4 rue Jouye Rouve – Haïdanouche SANDJIAN, née à Erzeroum (Turquie) le vingt cinq mars mil huit cent soixante sept, sans profession, fille de Krikor SANDJIAN et de Kazazian PEPROUCE époux décédés; célibataire. – Dressé le cinq juillet mil neuf cent quarante cinq, quatorze heures, sur la déclaration de André CHAUVET, trente six ans, employé 10 place Gambetta qui, lecture faite, a signé avec Nous, Alexandre TARD, adjoint au maire du vingtième arrondissement de Paris/B”

[6] – Recensement 1926 au 4 rue Jouye Rouve, ménage : Soudjian Haiganouch, née en 1872, arménienne, chef de ménage, couturière. Soudjian Satenick, née en 1896, arménienne, parente, couturière.
Recensement 1931 au 4 rue Jouye Rouve, ménage : Soudjian Satenik, née en 1905, arménienne, célibataire, chef de ménage, couturière. Soudjian Haiganouche, née en 1878, arménienne, célibataire, amie, couturière.
Recensement 1936 au 4 rue Jouye Rouve, ménage : Soudjian Haiganouche, née en 1867, Turquie, célibataire, chef de ménage, tresseuse chez Garby dans le 19e. Soudjian Satenik, née en 1891, Turquie, célibataire, soeur, tresseuse cez Garby dans le 19e.

[7] Journal “Le Foyer. Organe des Arméniens réfugiés en France”, édition du 1er décembre 1929, page 3.

M. Jean Musaeus, pasteur et alchimiste

glyphTransparent

Magister, Pasteur, doyen ecclésiastique, alchimiste, marchand. Plus alchimiste que ministre du culte, il correspond avec plusieurs aristocrates sur son art. Ses activités annexes agacent ses paroissiens à Obermaßfeld ainsi que le surintendant ecclésiastique général de Meiningen. Il se retire à Meiningen vers 1607 et est l’auteur d’un traité d’alchimie appelé Flores Planetarum, qu’il envoie en 1613 au prince Auguste d’Anhalt-Plötzkau.

Obermassfeld

J.Musaeus est né le 28 avril 1549 à Fürstenwalde/Spree, dans le Brandebourg, comme il l’indique lui-même dans l’un de ses écrits avec son affinité pour les sciences occultes (« Als der ich Anno 1549, do die Sonne im Taurum getreten, Drey tage vor Ostern geboren » – né en 1549, alors que le soleil est entré dans le signe du Taureau, trois jours avant Pâques[1]). Son père, alors encore simple pasteur, y était en poste. J.Musaeus était le fils aîné du Dr.Simon Musaeus, disciple de Luther, originaire de Vetschau/Spreewald (Brandenbourg), un théologien et réformateur gnesio-luthérien (la branche luthérienne la plus originelle, la plus intransigeante), également ensuite professeur et recteur de l’Université d’Iéna. Sa mère était Marguerite Adelhauser, issue d’une famille bourgeoise de Cottbus (Brandenburg), que son père avait épousée quelques années à peine avant sa naissance, vers 1547.

Il suivit son père lors de ses multiples affectations ecclésiastiques et académique (Crosse/Oder 1552-1554, Breslau 1554-1557, Gotha 1557-1558, Eisfeld 1558-1559, Iéna 1559-1561). C’est à Iéna où son père avait obtenu la chaire de théologie ainsi que le poste de recteur en 1560, que J.Musaeus s’inscrivit à la réputée université d’Iéna (“Ioannes Museus Furstwaldensis”). Il avait alors à peine 11 ans, ce qui dénote une certaine précocité, et probablement le suivi très strict de son père. Il suivit alors à nouveau sa famille (une fratrie comptant déjà sept enfants – qui atteindra onze enfants en 1572), son père déjà retenu comme surintendant à Brème en octobre 1561, puis de là au poste de prédicateur à la cour (Hofprediger) du Duc Jean VII de Mecklembourg-Schwerin vers 1562. C’est pendant cette période que père et fils s’inscrivent à l’Université de Rostock (12.07.1563 : “Iohannes Musaeus, D.Simonis filius”). Il avait alors quatorze ans. C’est après le passage dans cette université que son parcours est incertain, il semble tout de même obtenir le grade de Magister par la suite[2] (mais visiblement pas à Iéna[3]). Il suit probablement son père à Gera (1565), puis à Toruń (1567) et enfin Cobourg (1570) sans avoir le temps de s’attarder longuement dans une université. À l’inverse de l’un de ses frères cadets, Paul, qui obtiendra ce grade après le décès de leur père. En Saxe, à Cobourg, son père est nommé surintendant ecclésiastique général (General-Superintendant), le poste ecclésiastique le plus élevé de son parcours tumultueux.

C’est dans le comté de Henneberg, en Thuringe, que J.Musaeus choisira de se fixer et de se détacher définitivement de son père, non sans son appui. Il a alors 23 ans lorsqu’il obtient son premier ministère en tant que diacre à Römhild en 1572. Il est remercié l’an suivant du fait de sa filiation, son père étant pris dans la controverse synergétique – les gnesio-luthériens croyaient à l’incapacité de la volonté naturelle à participer à la justification et pensaient que les bonnes œuvres étaient inutiles au Salut.

J.Musaeus trouva rapidement le même poste à Schleusingen, en 1573. C’est pendant ce ministère que son père fut chassé de Coburg (1573) par les modérés et que J.Musaeus se maria à Römhild avec Christine Rüdiger (23 février 1574). Son épouse était la veuve du diacre de Römhild Jean-Georges Boxberger – qui avait été précédemment moine – et la fille de feu le surintendant ecclésiastique de Römhild, M.Adam Rüdiger, initialement curé. Des alliés qui se sont donc convertis au nouveau courant religieux de la Réforme.

Il fut ensuite nommé pasteur et doyen à Obermaßfeld, où il fait son premier sermon en juillet 1575. Le 15 août 1577, il signe la Formule de Concorde, symbole de souplesse (à l’inverse de son père, resté intransigeant jusqu’à son dernier souffle). J.Musaeus reçut un suppléant en 1602 avant de prendre sa retraite vers 1606. A cette époque, il n’y avait pas de pasteur comme J.Musaeus dans tout le comté de Henneberg. Il n’avait pas pu devenir ministre du culte par libre choix, mais seulement de la volonté de son père, car la principale force de son esprit et de sa nature ne résidait pas dans la vie paroissiale, mais dans les affaires d’argent et dans le commerce. Pour cela, il avait du talent, du sens et de l’oreille.

SimonSon père, le Dr. Theologiae Simon Musaeus, l’un des leaders des réformateurs fondamentalistes, ici recteur à Iéna (1560, collection de portraits de l’Université).

Ses penchants et son activité spéculative, dirigés vers les branches industrielles et marchandes les plus diverses, étaient portées et stimulées non par un noble sens religieux, mais par sa prédilection pour les découvertes. Grâce à un esprit naturellement vif et aiguisé par l’expérience, il a parfaitement su, pendant de nombreuses années, comment cacher sa vie professionnelle privée, qui contrastait fortement avec son pastorat. Cette vie était devenue évidente et conduisait à des plaintes de ses paroissiens ; pour le blanchir on lui demandait de se justifier[4]. Il n’a pas hésité à porter des accusations contre ses plaignants. Malgré sa culture protestante prédominante, il se livrait à une forte libre pensée d’une part, de sorte qu’il fréquentait les catholiques, les juifs et les sectaires.

D’autre part, il pratiquait les arts alchimiques des métaux précieux. Par cette dernière activité, il sut gagner la faveur de hautes personnalités. Peu importe la détermination avec laquelle les autorités ecclésiastiques de Meiningen se sont opposées à de telles activités non spirituelles et ont donc cherché à retirer Musaeus de ses fonctions, il a néanmoins réussi à se maintenir longtemps à son poste, en partie grâce à ses talents rhétoriques et en partie grâce au soutien de personnalités puissantes. Cela se manifesta notamment en 1601, lorsqu’il fut jugé nécessaire de procéder à son éloignement et donc de rejeter ses propositions de se faire représenter par un remplaçant dans ses relations d’affaires avec Maßfeld. Comme ses connaissances alchimiques étaient largement connues, les seigneurs d’Assebourg voulaient également pouvoir l’utiliser à leurs fins pendant un certain temps. Avec la permission du duc et administrateur Frédéric Guillaume de Saxe-Weimar, ils se rendirent à Meiningen avec la demande de suspendre le pasteur Musaeus de son bureau pendant trois mois pour leurs besoins afin de fabriquer de l’or. Musaeus a accepté cette offre à condition que son gendre Jean Salender veuille reprendre son pastorat entre-temps. Pour cela, cependant, il devait d’abord être ordiné. Depuis que le surintendant ecclésiastique de Meiningen s’est déclaré contre une telle ordination, qui ne devrait avoir lieu que pour une courte période et non pour un service paroissial permanent, les seigneurs d’Assebourg se sont plaints à l’administrateur princier et le 14 septembre 1601 vint l’ordre de Dresde, que Salender soit ordiné et utilisé comme substitut. L’autorité ecclésiastique supérieure de Meiningen admettait désormais que Salender prendrait en charge les sermons d’Obermaßfeld et de Grimmenthal en remplacement, mais que les sacrements devraient être administrés par le clergé local voisin. Le 24 octobre de cette année-là, les seigneurs d’Assebourg acceptèrent cet arrangement[5]. Salender est depuis resté à Obermaßfeld pour soutenir son beau-père.

Le 25 décembre 1605, son emploi pour les seigneurs d’Assebourg étant terminé, il écrivit au prince Christian II, électeur de Saxe, lui demandant de pouvoir revenir dans son décanat et paroisse d’Obermaßfeld, comme consenti par le régent de ce dernier en 16012. On suppose que l’électeur ne confirma pas son retour à Obermaßfeld, car on retrouve Musaeus dès 1607 à Meiningen, où il passa le reste de sa vie. Le controversé pasteur a trouvé sa paix dans le cimetière St-Martin de Meiningen. Il a pu fonder une famille nombreuse et intellectuellement distinguée, qui a ramené le nom Musaeus à un grand honneur dans les domaines de la science et du pastorat, notamment la descendance de son fils homonyme, un pasteur bien plus soucieux de ses paroissiens que ne l’était son père.

Jean Musaeus – l’alchimiste

On ignore qui l’a intéressé aux arts alchimiques, néanmoins il dit, dans son tract Flores Planetarum, avoir été à la mine de Saalfeld (Thuringe) dans sa jeunesse où il aurait beaucoup discuté et appris au contact des célèbres alchimistes David Beuther, John Dee et son collègue Edward Kelley : “ […] David Peuter, Johan De EE und seine Collega Kelleus zu Salveld uff der Hütten, do ich den in meiner Jugend viel mit Ihnen conversirt […]”.

David Beuther, originaire de Saxe, inspecteur des mines à Annaberg (Saxe), est devenu alchimiste à la cour du prince électeur Auguste de Saxe en 1575 et jusqu’à sa mort en 1582, année où il se serait suicidé, ne parvenant pas à faire de l’or pour son maître. Il est probable que David Beuther ait fait quelques passages à Saalfeld avant 1575 pour affiner son art, donc pendant les premières années de la présence de Musaeus en Thuringe ou à proximité (Cobourg), entre 1570 et 1575, période où il a pu le rencontrer. Entre 1575 et 1582, par contre il travaillait presque exclusivement dans le laboratoire de chimie du prince Auguste de Saxe, sous surveillance, car ne parvenant pas à transmuter les métaux en or. Malheureusement la vie de David Beuther avant 1575 demeure très obscure, ce qui ne nous permet pas de certifier sa présence en Thuringe.

A l’inverse des alchimistes britanniques… En avril 1586, Le Docteur John Dee et Edward Kelley, alors en visite à Leipzig, sentant le vent tourner après qu’un jardinier ait brûlé une copie des travaux de Dee restés à Prague, décident de fuir la capitale impériale et de s’installer dans le secteur d’Erfurt. Le pape Sixte V publia un édit le 29 mai 1586, leur intimant de quitter Prague sous six jours, pour utilisation interdite de la magie. Kelley était le médium de Dee, et les deux savants britanniques étaient arrivés en Europe en 1583, afin d’expérimenter la transmutation des métaux en or et en argent. C’est vers juin 1586 que Dee cherche à s’installer à Saalfeld, à proximité des mines[6] ; ils repartirent de Saalfeld en septembre de la même année pour la Bohème, à Trebona, qu’ils ne quittèrent plus. Dee retournera en Angleterre en 1589. Un certain Dr. Victor Reinhold, de Saalfeld, a visité Dee à Trebona juste après son départ de 1586, suggérant que Dee a bien laissé sa marque dans la ville minière. On peut donc admettre que la rencontre entre Jean Musaeus avec John Dee et Edward Kelley a eu lieu à Saalfeld en 1586.

ImageAlchimiste

Sächsische Landesbibliothek- Staats-und Universitätsbibliothek Dresden, Manuscrit N.36 : Figurae hieroglyphicae de lapide philosophorum, page 12r. Première étape pour la transmutation des métaux en argent et en or (lune et soleil), l’alchimiste mélange des métaux sans valeur dans un grand récipient.

La référence principale de J.Musaeus en alchimie serait John Dee, dont il reprend la monade hiéroglyphique (ci-contre) dans son Flores Planetarum, en le mettant au centre de la table hermétique, elle-même transmise à priori par le même John Dee. Ce dernier était un célèbre mathématicien, astronome, astrologue, géographe et occultiste britannique. Il a consacré une grande partie de sa vie à l’étude de l’alchimie, de la divination et de l’hermétisme.

Musaeus cite par ailleurs dans son Flores Planetarum l’ouvrage de Nicolas Solea, publié en 1600 à Zerbst[7] et dont il reprend aussi des enseignements intéressants (“welcher Flores der weltberühmte Berg Philosophus Nicolaus Solea, in seinem Bergbuch, des Elias Montanus fürstlicher Leib Medicus zum Brieg, in der Schlesien den löblichen Fürsten Lignitz und Anhalt dediziert, viele gedenkt, sonderlich Cap:3 pag:9 das solche Flores halb metallisch sein”).

SignatureJMSignature de Jean Musaeus (1613)

JohenDee

Dr.John Dee à 67 ans (1594). Artiste inconnu.Portrait ayant appartenu à son petit-fils Rowland Dee. Collection de l’université d’Oxford.

Ci-après, le passage majeur traduit de son Flores Planetarum[8], où Jean Musaeus conçoit bien l’alchimie tant sur le plan spirituel que matériel.

La table hermétique de transmutation de l’or et de l’argent

Table hermétique

« Comment obtenir de l’or et de l’argent purs grâce à la conjonction et la fermentation du ciel universel sidéral, élémentaire et métallique [Mercurio] des douze signes célestes [Soleil] et [Lune], et des quatre planètes métalliques Vénus, Mars, Jupiter et Saturne.

Parmi tous les monuments des anciens, pour une certaine délimitation de l’art alchimique, c’est un récapitulatif des innombrables écrits des sages.

Selon l’esprit supérieur de John Dee, il n’y a pas d’autre document synthétique aussi précieux, marqué de signes et de caractères hiéroglyphiques, que cette table. Ainsi cela a été écrit pour le débutant de l’hermétisme trismégiste, aidé par un certain nombre de moyens. John Dee l’utilisa pour écrire sa monade hiéroglyphique. mais avec des caractéristiques découvertes et immédiatement écloses, dont l’élucidation, dès cette époque, arborait une considération toute particulière. Ainsi une telle table des amoureux de la chimie a voulu vous faire voir la division des trois cieux minéraux, dont la structure vient de leurs 7 planètes puissantes, virtuelles, matérielles et formelles, qui ne jaillit que d’un matériau initial l’antimoine sidéral, élémentaire et corporel. C’est une certaine raison pour laquelle nous pouvons aussi avoir une telle distribution, puisqu’il faut nourrir le ciel métallique avec ses six corps métalliques, dans la calcination, à partir de laquelle il est fermenté dissous et transformé en teinture.

La connaissance de la table hermétique nous sert à cet effet, qu’un artiste doit savoir ce que sont l’officine du ciel sidéral et ses six signes ou éléments animaux, qui sont générés dans de telles officines, qui sont six fleurs planétaires, afin que ces métaux morts, qui ont perdu leur esprit animal dans la fonte, pourraient à nouveau s’animer, se teinter et se graduer, car l’animatio est un esprit vivant et non mort. […]”

Famille et descendance

D’après l’éloge funèbre prononcé en 1654 à l’occasion du décès de son fils Jean, Jean Musaeus et son épouse Christine Rüdiger ont eux deux garçons et cinq filles. Voici la liste de leurs enfants et leur alliances :

1 – Marie Musaeus, née vers 1575 à Obermaßfeld, a épousé en 1594, à Meiningen, Jean Steitz, né vers 1568 à Schmalkalden, immatriculé à l’université de Leipzig en 1587, également alchimiste, il est un propriétaire minier important de Schmalkalden. Il était aussi le fils de Jean Steitz (°av.1543-1599 Schmalkalden), bailli à Meiningen, Maßfeld et Kaltennordheim.

2 – Régine Marie Musaeus, née vers 1577 à Obermaßfeld, a épousé vers 1601, sans doute à Obermaßfeld, Jean Salender, pasteur, immatriculé à l’université d’Iéna en 1588 (“Ioannes Salenderus Nidermassfeldensis”), ordiné en février 1602 à Meiningen. Pasteur adjoint de son beau-père à Obermaßfeld (1602-1606).

3 – Jean Wolfgang Musaeus, né vers 1580 à Obermaßfeld, a épousé en 1631, à Meiningen, Mathilde Guth, née en 1593, veuve du pasteur Johannes Grebner, et fille du surintendant de Meiningen (1612-1629) Jean Guth. Il est décédé avant 1646. Deux enfants connus mais ayant peu vécu : Jean Volkmar né et décédé en 1631 à Meiningen et une petite fille (Mägdlein) décédée en 1646 à Meiningen à l’âge de 8 ans.

4 – Jean Musaeus Jr., pasteur, né le 14.02.1582 à Obermaßfeld, a épousé en 1607, à Ilmenau (Thuringe) Sybille Sturm, décédé le 20.11.1654 à Dannheim. École puis lycée à Schleusingen (1590-1599). Imm. Iéna (1599, “Joannes Musaeus, Masfeldensis Hennebergiacus”). Pris d’une terrible fièvre, il revient chez ses parents en 1601 où il reste un moment avant de retourner à Iéna pour terminer son cursus universitaire en 1606. Il devient ensuite Recteur à l’école d’Ilmenau en 1606 et y enseigne six années aux jeunes élèves. Ordiné à Arnstadt en 1612, il est investi pasteur à Langenwiesen le 28.06.1612. On lui proposa quelques années plus tard un poste de prédicateur (Hofprediger) à la cour de la princesse douairière de Henneberg qu’il refusa pour se consacrer pleinement à sa paroisse de Langenwiesen ou il restera en tout 17 ans et demi. Il est alors investi à la paroisse de Dannheim le 28 février 1630 où il restera jusqu’à sa mort. Dans sa descendance, on peut citer de nombreux professeurs d’université, de Docteurs, Magister, etc.

5 – (soeur) Musaeus, non identifiée.

6 – Elisabeth Musaeus, née en novembre 1586 à Obermaßfeld, décédée en 1661 à Meiningen, a épousé en 1607, à Meiningen, Wolfgang Siebenfreund (+1639 Meiningen), célérier et juge censier. Huit enfants, donc cinq ont vécu : Jacques Wolfgang (1611-1673), Catherine (°1613), Elisabeth (°1616), Jean Daniel (°1619) et Madeleine Sibylle (°1627).

7 – Anne Musaeus[9], née vers 1588 à Obermaßfeld, décédée en 1635 à Meiningen, a épousé le 4 juin 1610, à Waltershausen im Grabfeld (Bavière), Otto Schott (°ca.1575, +1630/35), administrateur/trésorier (Vogt) (ca.1608-1617) à Waltershausen, bourgeois de Meiningen (1617), notaire public (1625), trésorier de l’Ecole du comté de Henneberg et de l’hôpital de Grimmenthal (1625-1630/32). Six enfants dont trois ayant vécu : Jean Georges (°1622), Otto Daniel Schott (°1624) peut-être par la suite Receveur du chapitre de Surbourg (67), Madeleine Elisabeth (°1626) qui a épousé le pasteur de Ste-Marie-aux-Mines (68) Emmanuel Agricola, avant de finir ses jours à Rittershoffen (67) en 1695. On ignore ce qu’est devenu Jean Georges.

A cette liste, il faudrait rajouter Georg Adam SCHOTT, né vers 1612 à Meiningen, dont le baptême est lacunaire à Meiningen, tout comme à Waltershausen. En effet l’un de ses fils se prénomme Otto Georges. Il est devenu Magister à l’université de Strasbourg, puis a été chapelain à l’hôpital de Strasbourg, avant d’être pasteur à Muhlbach-sur-Munster (68).

Je remercie Xavier Maillard pour sa collaboration notamment au moment de l’énumération du parcours de Simon Musaeus.


[1] Staatsarchiv Meiningen, Gemeinschaftl. Hennebergisches Archiv, Sektionen Altes Rechnungsachiv II, Maßfelder Amtsrechnungen, Sekt. IV C 2 Nr. 9

[2] Staatsarchiv Dresden, Loc. 08623/04 : Magister Johann Musäus’, Pfarrers zu Obermaßfeld [s. Meiningen], Erlassung. Dossier concernant la mise à l’écart de Johann Musaeus de son ministère à Obermaßfeld (1601-1605), Supplique pour son retour (1605)

[3] Georg Mentz : Die Matrikel der Universität Jena, Band I, 1548 bis 1652 ; §Die Matrikeln der juristischen und der philosophischen Fakultät 1558-1576§. Jena, 1944.

[4] Staatsarchiv Meiningen, Gemeinschaftl. Hennebergisches Archiv, 4-10-1040: Kaufmännische Geschäfte des Pfarrers Johann Musaeus zu Obermaßfeld, 1575-1601. – n°164 : référence à la paroisse, salaire et matières scolaires, 1575-1577, 1580; Demande de congé, 1581 (fol. 13) ; Déclarations de tiers sur la conduite de M., commentaires à ce sujet, listes de dettes, 1581, 1588, 1592, 1599-1600 ; Plaintes / actes de procédure de la communauté d’Obermaßfeld, réponses du pasteur, 1598, déclarations du consistoire, 1599 ; Offre de Musaeus de découvrir des mines, 1599 (pp. 110-128) ; Menace de licenciement, fixation d’un délai pour renoncer à l’entreprise, demandeurs d’ajournement, déclarations à ce sujet, 1599-1600 – n°165 : Recommandations personnelles de M., 1576, 1585, 1594 ; correspondance officielle avec M., entre autres recensant des caisses de l’église et l’argent du pont à Obermaßfeld, 1584-1597 ; Responsabilité du consistoire de l’hôpital Grimmenthal, 1595 ; Cautions de tiers, 1596 et suivantes ; Diffamation de tiers par M., commentaires à ce sujet, extraits du procès-verbal, 1598-1599; Explications de Musaeus, 1599-1601 ; Clarification des responsabilités entre gouvernement et consistoire, déclarations des personnes concernées, 1599-1600, compilation des affaires de M., témoignages, extraits du procès-verbal, 1600- 1601. – n°166 : procès-verbaux du consistoire ; Liste des titres de créance ; Collection des affaires ; Témoignages, 1600 ; questionnaires ; évaluations ; index ; écrits de procès, concepts. – n°167 : Recouvrement de dettes, 1576 ; Demandes de subventions, 1580 ; Occupation du poste de maître d’école, 1581 ; Plaintes du maître d’école à Obermaßfeld contre Musaeus, 1581 ; Querelle avec le meunier d’Obermaßfeld, 1585 ; Différend sur les transactions immobilières à Rentwertshausen et Meiningen, 1586 ; Différend avec la municipalité d’Obermaßfeld, 1587 ; Déclarations d’allégations, lettres commerciales, 1592-1600, réponse du consistoire, déclarations de tiers, 1600 ; Liste des comptes débiteurs, 1600 ; congé pour faire de l’or, 1601 (pp. 183-189); Liste de questions.

[5] Staatsarchiv Meiningen, Gemeinschaftl. Hennebergisches Archiv, 4-10-1130, n°575 – Beurlaubung des Pfarrers Johann Musaeus in Obermaßfeld u. Bestellung eines Kaplans, 1600-1602. Contient : Démarches d’Auguste d’Assebourg et de ses frères pour libérer Jean Musaeus afin de rechercher des minerais et de l’ardoise, correspondance avec le prince-électeur Joachim Frédéric de Brandebourg en tant que co-tuteur du prince-électeur Christian de Saxe et avec le gouvernement de Meiningen, déclaration de Musaeus à ce dernier avec une explication de son art d’alchimiste, 1600 avril / mai (pages 1-16, 42-43), juin (pages 17-21), correspondance avec le gouvernement de Meiningen concernant la nomination de Jean Salander comme substitut de son beau-père J. Musaeus, 1601 sept./oct. (p. 23-27), déc. (p. 28-30), avec le prince-électeur Christian de Saxe, 1602 janv. (p. 31-41).

[6] Charlotte Fell Smith : John Dee (1527 – 1608), 1909. p.173 : “Dee, who was starting early next morning to look at a house at Saalfeld, wherein to settle his exiled family”

[7] Nicolas Solea : Ein Buechlein von dem Bergwergk Wie man dasselbige nach der Rutten vnnd Witterung bawen sol Allen so darzu lust haben sehr dienstlich vnd zu wissen noetig Durch Nicolaum Soleam Boemum zu hauff getragen. Jtzt durch Eliam Montanum, Fuerstlichen Anhaltischen Leib-Medicum zum Briege Erstlich an Tag gegeben. 1600, Zerbst.

[8] Traité manuscrit d’alchimie de Jean Musaeus, envoyé en 1613 sous forme de correspondance au prince Auguste de Anhalt-Plötzkau. (Landesarchiv Sachsen-Anhalt, Z 70 Abteilung Köthen, A 17a Nr.105b). La correspondance couvre la période 1610/13.

[9] Landesarchiv Thüringen, Staatsarchiv Meiningen. Gemeinschaftliches Hennebergisches Archiv, Sektion VI, Nr.590 : Courrier de Hans Fähler (assujetti domicilié de Herpf) envoyé en 1623 à la chancellerie du comté de Henneberg à Meiningen. Hans Fähler indique devoir 100 Gulden et les intérêts aux héritiers de Jean Musaeus (décédé en 1619, il cite en l’occurrence son gendre Wolfgang Siebenfreund, bien documenté dans les registres paroissiaux comme étant le gendre du pasteur Jean Musaeus). Par chance, Hans Fähler cite également un autre héritier Otto Schott (“Musaeus Erben einer als Otto Schott”), dont le lien a ainsi pu être établi : sa femme Anna Muser (sur l’acte de mariage de 1610) est en fait Anna Musaeus (erreur d’écriture dans le registre), une fille du pasteur Jean Musaeus…


Les habitants de Leiterswiller : du repeuplement à la reconstruction de l’église (1648-1736)

Alors que la Guerre de Trente Ans (1618-1648) venait tout juste de s’achever, la nouvelle province d’Alsace, en cours d’annexion au royaume de France, se retrouvait bien exsangue suite aux terribles pertes humaines engendrées par ce conflit. Le comté de Hanau-Lichtenberg ne faisait pas exception et les communautés de son bailliage de Hatten – qui comprenait à cette époque, par ordre d’importance décroissant, le bourg de Hatten, les villages de Rittershoffen, Niederbetschorf et Oberbetschdorf, Schwabwiller, Reimerswiller, Leiterswiller et pour finir celui de Kuhlendorf – y ont payé un lourd tribut.

Pour Leiterswiller, comme beaucoup d’autres, 1648 était donc l’année zéro et l’on peut s’interroger sur la façon dont le repeuplement de la localité s’est par la suite effectué : qui ont été les nouveaux colons ainsi que leur lieux d’origine ; dans quelles parties du village ces derniers se sont installés ; quels étaient leurs occupations, leurs caractères, et comment ces familles ont-elles évolué au sein de la communauté villageoise ?

Nous avons, grâce aux documents conservés aux Archives départementales du Bas-Rhin, quelques éléments de réponse.

La situation avant 1648

La liste des habitants du bailliage, datée du 28 octobre 1590 indique nominativement les chefs de famille pour Hatten (145 feux), Rittershoffen (82 feux), Niederbetschdorf (52 feux), Oberbetschdorf (47 feux), Schwabwiller (21 feux), Reimerswiller (16 feux), Leiterswiller (14 feux) et enfin Kuhlendorf (9 feux), soit un total de 387 feux.

Pour le village de Leiterswiller, les chefs de famille étaient Hansell BENZ, Hans BLES, Hans BUB, Claus CHRISTA, Diebolt CHRISTA, Hans JACOB, Michael KUEN, Andreas LOHR, Hans LOHR, Conrad MARZOLFF, Georg SCHNEIDER, Wendel SCHNEIDER, Benedict VALTIN et Georg WEIMER.

En 1616, le bailliage de Hatten totalise 470 feux. Lors d’un autre pointage, en 1630, l’administration hanauienne y dénombre 399 feux. Quant à Leiterswiller, le village compte 16 feux en 1616, mais déjà plus que 9 en 16305.

D’autre part, il existe également des inventaires après décès pour les habitants de Leiterswiller pendant la Guerre de Trente Ans, sur la période 1617-1627. Il s’agit de ceux concernant Margaretha et Hans BASTIAN (1618), Catharina et Hans BUB (1617), Wendel CLAUS (1622), Margaretha et Jacob FRANCK (1627), Anna et Andreas LOHR (1618), Margaretha et Humpel LOHR (1623), Conrad MARTZ (1623), ainsi qu’Anna et Hans WENDEL (1626). Ce sont donc à priori les documents à caractère filiatif les plus anciens à notre disposition concernant des familles du village.

Ces patronymes, hormis SCHNEIDER qui est très répandu, n’apparaissent plus dans la localité par la suite, ce qui suggère que ces familles-là ont probablement fui le village pour aller se réfugier dans des endroits plus protégés, comme Hatten et son château ou la ville de Haguenau, entre autres. Ou alors ont-ils tout simplement succombé à la période guerrière.

Aucun lien certain n’existe entre les familles BASTIAN, CLAUS, FRANCK et JACOB de l’avant et de l’après-guerre de Trente Ans. Ces patronymes sont néanmoins encore bien présents dans le Hattgau – à Rittershoffen et Hatten notamment dans la seconde moitié du 17e siècle – par la suite et dans le proche bailliage du duc de Deux-Ponts, comprenant notamment le village voisin de Hoffen (pour CLAUS et WEIMER).

Une période confuse (1648-1665)

En 1648, il ne reste plus qu’une seule maison à Leiterswiller5 ; tout est à rebâtir.

Le 18 mai 1655, des habitants de Leiterswiller sont recensés sur une liste de contribuables – Steuerliste. Les habitants sont imposés à hauteur de 5 gulden 5 schilling. Leurs noms ne sont malheureusement pas mentionnés, ni leur nombre.

Vers 1657, six familles d’origine suisse se répartissent sur les hameaux de Kuhlendorf et de Leiterswiller. On ignore la répartition exacte entre les deux hameaux.

En 1660, on dispose cette fois de données plus précises, et en partie nominatives. Quatre familles résident à Leiterswiller et sont redevables du Herrenbeth, la taille. Chaque feu paie également 1 schilling pour le Leibbeth, la taille personnelle, issu de l’ancien servage. Un certain Hans SCHNEIDER est cité et doit livrer une portion de sa récolte d’épeautre à son seigneur, soit 12 viertels. Un autre, Adam WOLFF, qui (s’il s’agit bien de la même personne) était indiqué marchand de sel – Saltzhändler – domicilié à Schwabwiller vers 1657, est lui redevable de 25 viertels d’épeautre. Adam WOLFF sera à nouveau indiqué dans les habitants de Schwabwiller dans un recensement de 1663.

En 1661, seules trois familles paient le Leibbeth. Un nota bene dit qu’un Suisse est parti cette année là du village – hiebey is zue merckhen, das ein Sweitzer inn diesem Jahr weckhgezogen, derowegen 1 schilling abgehet. On ignore son nom, mais sans doute est-ce en fait Adam WOLFF. Hans SCHNEIDER est le seul exploitant agricole à payer le Weeggeld, la taxe de pesée sur la balance publique, ce qui pourrait bien confirmer le départ d’Adam WOLFF.

En 1663, figurent à Leiterswiller les chefs de famille suivants : Hans SCHNEIDER, Samuel STÖBLER et Christmann SPINNINGER. Ils doivent payer une redevance pour soutenir la guerre opposant les Habsbourg à l’empire ottoman. Il s’agit sans doute des trois familles suisses dont il était déjà question deux ans auparavant. Peut-être étaient-elles déjà présentes en 1660 voire même en 1657. Christmann (aussi Christian) SPINNINGER ne restera à partir de ce moment-là plus très longtemps à Leiterswiller puisqu’il sera mentionné dans la liste des habitants de Rittershoffen en janvier 1667, comme bourgeois propriétaire de deux chevaux.

Première occupation pérenne des deux fermes (1665-1668)

Si certaines familles de la localité de Leiterswiller ont peut-être reconstruit leur existence dans les villages voisins du bailliage que sont Rittershoffen et Hatten, elles ne semblent donc pas avoir souhaité y revenir par la suite, suggérant l’abandon par les autochtones d’un hameau en piteux état.

Cet état de fait est corroboré par une archive datée de 1665, le comte Johann Reinhard de Hanau‑Lichtenberg invite Christmann BÜRCKEL et ses enfants à réinvestir la grande métairie de Leiterswiller. On y apprend que deux familles d’origine suisse l’ont occupée d’une manière très libre voire sauvage, sans contrat en bonne et dûe forme semble-t-il. Sans doute s’agissait-il des familles STÖBLER et SPINNINGER, qui quitteront bien les lieux après l’arrivée des BÜRCKEL. On apprend également que la grange de la grande métairie venait juste d’être construite, suggérant un apport financier du comte au préalable de cet accord :

« Nous le Seigneur Jean René comte de Hanau

attestons par la présente que nous sommes liés avec Christmann Bürckle, du canton de Berne, avec l’accord suivant : premièrement je lui laisse au nom et par ratification de la Noble Seigneurie, la grande métairie à Leiterswiller, comprenant la grange nouvellement construite, les étables, les jardins, les terres et prés, qui ont été habités et dont ont joui deux Suisses ici-même et jusqu’à ce jour, et que Christmann avec ses fils et ses gens devront chasser et rendre propre ces biens qui ont été saccagés. A partir de ce jour, et pour 12 années complètes, et en fait il a été discuté, que, parce que sa période de bail à Stuttgart ne se terminera que pour le 2 février 1667 (« auf Lichtmess »), Christmann déclare envoyer à cette ferme, en l’An 1666, deux de ses fils, avec les bêtes et chevaux nécessaires et devront dresser les biens et construire jusqu’à l’arrivée du père. Par là il a été clairement déterminé et accordé, que pendant les 6 premières années, parce que les biens sont encore en contruction et en rénovation, chaque année, à la Saint-Martin, de livrer les impôts à la trésorerie du château, à savoir 8 viertels de seigle, 8 viertels d’épeautre, 8 viertels d’avoine, excepté donc les 6 premières années. Et après que Christman et les siens auront déménagé sur ce bien, ils pourront y rester, plus tard il sera accordé par la Noble Seigneurie qu’ils soient libérés de certains impôts (corvée et autres) hormis la taille, et que si la grange nouvellement bâtie leur serait trop petite, qu’ils en construisent une nouvelle, par cet acte, il a été établi deux exemplaires du bail, l’un pour chaque partie, et a été signé par sa Noble Seigneurie, de sa propre main. Acté à Hatten, le 27 décembre 1665.»

La famille BÜRCKEL est originaire du canton suisse de Berne et plus précisément du village de Niederwachdorf. La famille a initialement émigré vers le proche duché de Württemberg à Maur, une ferme isolée de la paroisse de Münchingen, près de Stuttgart, où elle est arrivée vers 1654.

Un second métayer, Hans SCHNEIDER, apparait dans les documents lors de la ratification des baux des deux métairies en 1667. Ce dernier, visiblement d’origine suisse (sa fille aînée est calviniste) et déjà mentionné en 1660, commence très fort cette nouvelle période puisqu’il écope d’une amende de 8 florins pour insubordination la même année – wegen Unngehorsambs. On lira ensuite en 1668 qu’il n’a toujours pas prêté serment – soll seine Eydspflicht ablegen.

Les baux qui débutent à la St Martin (11 novembre) de l’an 1666 ont été ratifiés le 15 mai 1667 pour les deux métayers Christmann BÜRCKEL (pour 6 ans) et Hans SCHNEIDER (pour la même durée). Christian STEINMANN, le gendre de Hans S., quant à lui, arrive le 20 avril 1667 dans le village et travaillera sur la métairie de ce dernier. Le bail convenu de douze ans avec BÜRCKEL semble en fait être un bail de six ans reconductible une fois. Quant à ses redevances en grains, il n’est plus fait mention de l’exemption sur les six premières années… Le registre de comptabilité de la même année le confirme, car il indique bien ces engrangements de 8 viertels pour chacune des trois céréales, sur la période 1667-1672 (sur les récoltes de Christmann B.). Les redevances pour Hans S. sont un peu inférieures, à savoir 3 viertels de seigle, 9 viertels d’épeautre et 5 viertels d’avoine, suggérant un domaine de fermage un peu moins étendu pour cette seconde métairie. Son bail indique un ratio de 17 % du produit récolté, à payer en argent liquide. Les deux métayers disposent chacun d’un nombre de chevaux conséquent, quatre, ce qui est tout de même important ; peu d’exploitants du bailliage de Hatten en possèdent plus, cinq étant le maximum en ce mois de janvier 1667.

On apprend également dans ces actes relatifs aux baux des métairies que la seigneurie souhaite la rénovation du logis de la ferme de Christmann B., ainsi que de la grange et de l’étable attenantes. Elle insiste sur la nécessité de réparer la toiture, aux frais du receveur bailliager – sonderlich am dachwerck, jedoch auf das genaueste reparirt : und aus der Ambt Schaffnerey bezahlt werden. L’administration demande aussi, du fait que la maison de la ferme donne sur la route du village, qu’elle serve également d’auberge, afin de pouvoir prélever la taxe sur les boissons qu’est l’Umgelddieses Haus weylen es ahn der Landstrass gelegen, wann es ums etwas ausgebessert würdte, zum Wirthshaus dienen, unnd gnädigste Herrschaft ettwas ahn Umbgeldt ertragen. Le comte de Hanau-Lichtenberg a en effet tout intérêt à ce que l’économie du hameau reprenne. Cette auberge est à l’emplacement actuel du restaurant Au Léopard, au carrefour central du village. La famille SCHNEIDER, quant à elle, ne peut se loger directement à la ferme de Leiterswiller, jugée dans une situation pire encore que la grande ferme des BÜRCKEL – ist mit der Behausung und Scheuren noch übeler, alss voriger versehen. La seigneurie le prie d’utiliser en attendant la maison forestière de la forêt de Hatten – das Ihme das Jagdhaus im Hattener Waldt überlassen. La seigneurie indique également qu’elle va faire reconstruire la grange pour la seconde métairie, et propose à Hans S. de racheter la ferme en capital par la suite, en versements échelonnés.

La comptabilité seigneuriale nous indique les investissements de l’administration comtale en 1667 pour les deux métairies de Leiterswiller, puisqu’on y relève des dépenses en matériaux de construction (bois, fer, terre-cuite). Les divers artisans ayant oeuvré sont également payés : le potier de Seltz, le charpentier Michel MEYLING, le maçon tyrolien Peter SCHLATTERER et le forgeron Georg WEYDEL.

Christmann BÜRCKEL n’a pas pu profiter bien longtemps de sa nouvelle situation à Leiterswiller, puisqu’il décède le 14 janvier 1668, à 60 ans. Ce sont ses deux fils Hans et Nicolaus qui prennent sa suite. Hans BÜRCKEL, son aîné, est alors investi de la grande ferme seigneuriale. Si la charge n’est pas héréditaire, l’administration seigneuriale choisit cependant de la transférer sur les enfants du porteur. Toujours la même année, il y a encore des dépenses pour la ferme de Hans BÜRCKEL, les différents corps de métier y sont à nouveaux très actifs dans les travaux de rénovation et de construction des deux étables et des autres bâtiments.

On peut également y prendre connaissance que les HARST, une famille aisée de Bouxwiller, presse en 1668 l’administration hanauienne pour que ses terres à Leiterswiller puissent être mises en bail rapidement – damit ich wiederumb so viel möglich nach und nach zu meinen Gülthen gelangen und kommen möge5.

On voit donc que la seigneurie avait posé de bonnes bases pour la reconstruction et un retour à la prospérité, tout relative, du hameau d’alors. Les autres propriétaires terriens avaient tout intérêt à en faire de même. La commanderie de l’Ordre Teutonique installée à Wissembourg, qui avait alors le droit de patronage sur l’église de Leiterswiller et qui possédait également des terres à proximité de l’église, ou plutôt de ce qu’il en restait, n’est pas citée. Néanmoins, il y a des indices laissant penser que les chevaliers ont également à nouveau affermé leurs terres sur le ban de Leiterswiller, à partir de la Contre-Réforme, conséquence de l’arrivée de l’administration française de Louis XIV, au début des années 1680.

Répertoire des assujettis du bailliage de Hatten (1668)

Le 23 novembre 1668, a été établie par les autorités hanauiennes, un répertoire des assujettis des quatre gros villages lesquels doivent acheter des seaux à incendie – Verzeichnuse de Unnderthanen in den 4 großen Dorffschaften, welche feur eymer kaufen sollen…(cf. note de fin).

Ce répertoire est important, car il permet de déterminer avec précision les principaux habitants du bailliage de Hatten. Non seulement les habitants des quatre villages principaux sont indiqués, mais aussi ceux des villages les plus modestes, dont Leiterswiller. Le document présenté sous forme de liste indique les chefs de famille/foyers pour chaque localité, ceux qui sont assujettis au devoir d’acheter un seau à incendie, et ceux qui en sont exemptés. Parfois est même indiquée leur profession. Ce document cite-t-il de manière exhaustive l’ensemble des foyers habitant le bailliage ? Il est probable que non.

Néanmoins, on peut supposer que chacun de ces foyers disposait d’une habitation propre, habitation qui devait être préservée du feu à l’aide de ces seaux. On note que les ecclésiastiques n’étaient pas cités, parce qu’ils disposaient peut-être d’un statut privilégié les exemptant d’office de cette charge ; évidence sans doute que chaque habitant se devait de porter secours à son pasteur.

A Leiterswiller, les deux métayers Hans BÜRCKEL et Hans SCHNEIDER sont les seuls chefs de feux cités, dans ce document.

La vie à Leiterswiller (1669-1674)

En 1669, la seigneurie finance la construction d’une nouvelle grange pour Hans SCHNEIDER, promise en 1667. L’œuvre est confiée aux charpentiers Wolf Johan ADEL et Johan Jacob WUCHERER – von einer newen Scheuren so Hans Schneidern soll gebauen werden.

La même année, un banquet, auquel assistent les trois charpentiers ainsi que 34 autres convives, est donné à l’auberge de Hans BÜRCKEL pour fêter la construction de la grange de la grande métairie de Leiterswiller – bey Hans Bürckhele dem Würth zu Leuttersweiler, ist durch die 3. Zimmerleuth und 34 Unterthanen daselbsten verzehrt worden als die Scheuer alda ufgeschlagen worden, den 15 Septembris 1669. Nous noterons au passage la confirmation que le métayer est maintenant bel et bien également aubergiste, comme l’avait demandé l’administration. Quelques semaines plus tard, une collation de vin est donnée à l’auberge en l’honneur de la construction de la maison forestière de Leiterswiller – item Hans Bürckhele dem Würth als das Jagdhaus zu Leuttersweiler aufgeschlagen worden, vor Wein so den Bürger gegeben worden, lauth Zettel zahlt des 8 november 1669 – et aux frais du seigneur.

Si la famille d’origine suisse BÜRCKEL semble désormais bien intégrée, leurs serviteurs et parents ont pourtant été rappelés à l’ordre en 1670. On apprend ainsi que deux de ses valets ont barré la route au pasteur d’Oberbetschdorf, et que son beau-frère habitant à Hohwiller a proféré une injure. Ils ont pour cela écopé d’une amende. Cette année-là, on note qu’un autre Suisse habite à Leiterswiller, un certain Nicolaus HÜBLER, qui paie le droit de protection des manants pour le dernier trimestre – item gibt Niclaus Hüeble aus der Schweitz für das vierdte Quartal Schirmbgeldt.

Toujours en 1670, Christian STEINMANN, le gendre de Hans SCHNEIDER apparait pour la première fois comme métayer, ou plutôt comme co-métayer de la seconde métairie, au même titre que son beau-père. Sa redevance est de 3 viertels pour chacune des trois céréales, donc la plus faible des trois métayers de Leiterswiller. En outre, il a une petite production de bière de 6 grands ohms (environ 900 litres) – 6 gross Ohms Bier – au troisième trimestre puisqu’il doit s’acquitter du droit d’accise. En comparaison, les frères BÜRCKEL quant à eux, ont une production de boisson alcoolisée bien plus importante, plus précisément 49,5 grands ohms pour cette année-là (environ 7400 litres), dont 20 grands ohms sur la même période que Christian S. A la fin de cette année-là, le receveur Theobald PFENDER indique que les villages de Leiterswiller et de Kühlendorf sont habités par des familles d’origine étrangère, ce qui semble bien confirmer que les SCHNEIDER ne sont pas du cru – diese beyde Dörfer seind mit Landtsfremden Leuthen so Herrschaftlichen Meyer bewohnt.

En 1671, on fête cette fois la construction de la maison de Nicolaus BÜRCKEL – item Niclaus BÜRCKEL zu Leuttersweiler ahne Zehrung zahlt so wegen des newen Hauses alda. Cette année-là Christian STEINMANN ne paiera pas de droit d’accise. On apprend dans le registre paroissial que l’un des valets de la grande métairie est Hans FUCHS, un suisse originaire de Diessbach, canton de Berne. On ignore si c’est l’inculpé de 1670, car il n’apparait dans le registre paroissial d’Oberbetschdorf qu’à partir du 15 janvier 1671, jour où il se marie avec Anna, une servante d’origine suisse. La famille FUCHS s’installera durablement dans le village. Un autre couple, originaire de Diessbach, se maria le même jour au même endroit, Hans ESCHELMANN, aussi journalier à Leiterswiller, avec Barbara FUCHS. L’époux décédera à Leiterswiller deux ans plus tard. A noter également que Barbara BRENTZIGHOFFER, qu’épouse Hans BÜRCKEL à Münchingen en 1661, est aussi originaire de Diessbach, ceci expliquant sans doute ce regroupement à Leiterswiller. En outre, un berger, Peter JUTZI et son épouse Anna sont également mentionnés lors de la naissance de jumeaux le 22 février 1671 à Leiterswiller.

Anna Catharina SCHNEIDER, la fille de Hans SCHNEIDER épouse le 2 juillet 1672 Ulrich LUTTI d’origine suisse, fils de Samuel LUTTI, un tonnelier de Hatten. A cette occasion les festivités ont lieu chez Hans SCHNEIDER, il doit pour cette raison payer un droit d’accise – item hat Hans Schneider alda seines Dochter Hochzeit gehalten in seinem Haus ist ihme solches vor Ambt erlaubt und ahn Ohmgeld zu liefern gesetzt worden so ich empfangen 1 Gulden. Christian STEINMANN reprend sa production de bière au second trimestre 1672, peut-être pour le besoin ponctuel du mariage de sa belle-sœur ? C’est la dernière année où il en produira.

En 1673, on voit réapparaitre l’immigré suisse Nicolaus HÜBLER qui paie le droit de manance pour l’année complète. Ce dernier est encore mentionné en 1674 dans le registre paroissial d’Oberbetschdorf puis disparaît. Hans FUCHS paie également la manance en 1673. Les frères BÜRCKEL paient à compter de 1673 en guise de taxe d’habitation pour la nouvelle maison seigneuriale la somme de 15 Gulden, et pour la seconde maison 8 Gulden. Hans SCHNEIDER et Christian STEINMANN se partagent, pour moitié, un impot de 9 Gulden, pour la troisième maison seigneuriale.

Cette année est marquée aussi par le paiement du premier canon du second bail, le premier bail s’étant clos à la St Martin 1672. Si on ne dispose pas des actes des baux, le registre de comptabilité nous indique que les redevances ont presque doublé. Les baux ont une durée de 6 années (période 1672-1678) et en voici les redevances :

  • Hans et Nicolas BÜRCKEL : 12 viertels de seigle, 14 viertels d’épeautre, 14 viertels d’avoine.
  • Hans SCHNEIDER : 6 viertels de seigle, 9 viertels d’épeautre (pour les 3 premières années et 10 viertels les trois suivantes), 9 viertels d’avoine.
  • Christian STEINMANN : 4 viertels de seigle, 8 viertels d’épeautre, 4 viertels d’avoine.

La Guerre de Hollande et ses effets sur le village (1674-1678)

Ce bel élan de reconstruction est malheureusement stoppé net par la guerre suivante, certes plus courte mais qui a fait dans le hameau beaucoup de dégâts.

Christian STEINMANN décède le 18 août 1674. En octobre 1674, les métayers seigneuriaux de Leiterswiller demandent et obtiennent des remises en partie de leurs fermages, car ils sont dans l’impossibilité de rentrer les foins, et à cause de la perte de céréales piétinées par les troupes françaises qui campaient à 5-6 heures de là ou par la garnison de Soultz5. Les frères BÜRCKEL, Hans SCHNEIDER et la veuve de Christian STEINMANN sont nommés sur ce document. La comptabilité de 1674 indique bien que les trois métayers ne sont redevables que de la moitié de leurs canons, qu’ils ne pourront pourtant pas livrer. Les poules ne pourront pas être fournies non plus pour le carnaval, car les soldats français n’ont laissé que les plumes – in diesem Jahr weilen die Frantzosen alles Geflügel weggenommen, vorstehende Hüner und Cappen nicht eingebracht werden können

En 1675, Leiterswiller est un village abandonné – weilen Kriegshalben dieser Zeit kein Mensch alda wohnen. La population de Leiterswiller se réfugie au château de Hatten comme de nombreux villages alentour5. Hans SCHNEIDER décède cette même année, la seconde métairie semble donc vouée à être reprise par un nouveau porteur. Seul l’avoine est livré cette année-là. Les BÜRCKEL ne livrent que 9 viertels sur les 14 redevables, Hans SCHNEIDER et consorts 5 viertels au lieu des 9 ; la veuve STEINMANN ne livre rien du tout.

En 1676, les troupes françaises incendient la nouvelle maison seigneuriale de la grande métairie des frères BÜRCKEL, récemment construite – ist dies Jahr durch die Frantzosen abgebrandt worden. Terribles pertes : tout est à nouveau à reconstruire. La même année, les trois métayers et consorts ne livrent évidemment aucune redevance, ni aucun gallinacé au château de Hatten.

En 1677, il n’y a toujours personne qui habite à Leiterswiller – weilen dies Jahr niemandt alda wohnen, weniger das weggeldt einfordern können. En 1678, on note que le Weeggeld est cette fois-ci payé, donc les BÜRCKEL sont certainement de retour. Le 11 novembre 1678, les baux arrivent à terme. De nouveaux contrats ne débuteront qu’à la St Martin de l’année suivante. Une année s’écoule ainsi sans aucun contrat officiel.

La reprise à partir de 1679

Hans BÜRCKEL reconstruit sa maison en 1678/79 et ne livre qu’un peu d’avoine à la St Martin 1679 – weilen seine Lehnung vor einem Jahr zu End gangen, er auch allererst wider anfangen bauen, vor dies Jahr uf Ratification gehandelt, dass er mehr nicht ahn Gülth geben. Le nouveau bail, d’une durée de 9 ans cette fois, indique un échelonnement des impôts, notamment la taxe d’habitation (8 Gulden les cinq premières années, puis 10 Gulden les quatre années suivantes). Les redevances céréalières sont également augmentées progressivement : 5 viertels pour chacune des trois céréales la première année, 8 viertels les trois années suivantes, et enfin 12 viertels de seigle, 14 viertels d’épeautre et d’avoine les quatre dernières années du bail.

Michel FISCHER, son épouse Maria Barbara GULDIN et leurs nombreux enfants, sont des colons souabes qui sont arrivés à Leiterswiller au printemps 1679, en provenance du duché de Württemberg. Ce sont eux qui reprennent en charge la seconde métairie, celle de feu Hans SCHNEIDER – Hinngegen hat Michel Fischer aus dem Würtenbergerland deren Haus und Gütter bezogen. Michel FISCHER négocia alors le bail de la seconde métairie dans les mêmes conditions que Hans BÜRCKEL. Les deux baux sont ratifiés par la seigneurie le 20 juin 1680.

La famille FISCHER était antérieurement établie dans la seigneurie de Weitenburg et de Sulzau sur la période 1658-1669, et même avant cela pour l’épouse, puisqu’elle est originaire de Sulzau, petit hameau jouxtant le jeune fleuve Neckar. A peine arrivés à Leiterswiller, Michel F. et sa famille sont déjà à la tâche : en 1679, ils doivent en effet restaurer leur ferme fraîchement récupérée, qui a été laissée dans un état jugé inhabitable – Indeme sonsten kein Menschen disen Heusern wohnen können – suite aux dégâts occasionnés par le passage des troupes lors de la récente Guerre de Hollande. Mais cela va coûter un certain montant, car Michel F. est exonéré de la taxe d’habitation de cette année en raison des coûts de construction auxquels il doit faire face – dass er wegen angewandter baw Costen, dis Jahr kein Zins geben sondern gegeneinander ufgehoben. Hans BÜRCKEL aussi est exonéré de la taxe d’habitation de 1679. Il est indiqué que l’une de ses deux maisons est en ruine – ruinirt.

En 1680, une nouvelle famille, celle de Christophe RUFFENACH, d’origine suisse et plus exactement de Vechigen, canton de Berne, et de son épouse Anna Maria FRITZ, la fille ainée d’un maçon de Weilimdorf, près de Stuttgart, où la famille était précédemment domiciliée, s’installe à Leiterswiller. Il est indiqué que Christophe RUFFENACH a une traite en retard, sur le bien qu’il a acheté à un autre propriétaire terrien, le (feu) sieur de BUCH – und zwar durch Juncker Ambtmann Buchen seelig ein Lehens Plähnel worauf er ein Haus gebawen den 4.Juny 1680 umb 15 Gulden überlassen -, bien sur lequel il construisit sa maison. Le vendeur était le noble Philipp Ludwig von BUCH, bailli et maître d’hôtel du comte de Hanau à Woerth (cité en 1681).

Les RUFFENACH s’installeront définitivement à Leiterswiller.

En 1681, même si sa famille y habite désormais, FISCHER fait réparer encore beaucoup d’éléments des différents bâtiments de la métairie, notamment une partie de la maison seigneuriale, les portes de la grange, etc. Il fait également appel au charpentier de Rittershoffen Michel MEYLING pour ces travaux.

Hans BÜRCKEL et Michel FISCHER signent en 1684 un contrat pour racheter chacun la ferme (avec dépendances) dans laquelle ils vivent. L’acte de vente est établie par le sieur SCHALLER. Le prix de vente est fixé à 250 Gulden pour chaque ferme. La somme sera à payer en cinq échéances de 50 Gulden, chaque année le jour de Noël, entre 1684 et 1688. Promesse que les deux familles, avec l’accord du comte de Hanau-Lichtenberg et de ses administrateurs, ont l’intention de s’installer durablement dans la localité.

Les effets de la Contre-Réforme à Leiterswiller à partir de 1683

Hans Jörg FISCHER, fils aîné de Michel, fait baptiser son fils aîné Jean Boniface FISCHER vers 1686 par le curé de Stundwiller. Le parrain est Jean Boniface JAEGER, bailli de la commanderie de l’Ordre Teutonique à Wissembourg. La marraine est Anne Marie de ZOLLER, fille de Jacques de ZOLLER (~1628‑1691), agent à Strasbourg du duc Charles IV de Lorraine et anobli en 1674.

La noble demoiselle est la belle-sœur de Johan Georg HELDERICH, catholique natif de Haguenau3 et bailli du comte de Hanau pour les bailliages de Hatten, Woerth et Niederbronn (administrant par conséquent le ban de Leiterswiller).

La famille FISCHER avait jusque-là fait baptiser ses enfants dans le culte protestant – en 1679 et 1682 avec les benjamins de Michel FISCHER et de Barbara GULDIN. Elle retrouve ici la religion qu’elle avait sur sa terre d’origine, en Souabe.

Louis XIV, après la prise de Strasbourg en 1681, n’a cessé d’accroître son pouvoir en obligeant les seigneurs locaux de la province d’Alsace à nommer des baillis de confession catholique4. Cela n’est qu’en 1683 que la période de recatholicisation entreprise par l’évêché de Spire débute dans ce secteur de l’Outre-Forêt2, notamment à Stundwiller, un village proche de Leiterswiller. Jean Valentin TUGELIUS, le curé de Stundwiller, s’introduit dans le registre paroissial catholique de ce village comme étant un Reformator, l’un des artisans de la recatholicisation de la campagne alsacienne.

Les familles alliées aux FISCHER, demeurant à Leiterswiller, en feront de même. Joseph KELLER le berger, futur gendre de Michel F., fait également baptiser sa fille ainée le 14 avril 1684 par le curé de Stundwiller.

La fille Johanna de l’ancien métayer Hans SCHNEIDER, désormais mariée avec Jean Georges NIESS de Hoffen, où le couple est domicilié, a également changé de religion. Encore citée calviniste en 1680, on la retrouve mère d’un fils baptisé le 19 avril 1684 par Jean Valentin TUGELIUS.

Ce retour au culte catholique, alors que le seigneur des lieux est luthérien, sera mal perçu par l’administration du bailliage, comme nous le verrons un peu plus loin.

Nouveaux arrivants, nouvelles constructions à partir de 1685

Le berger Joseph KELLER est mentionné dans le registre de comptabilité de 1686 ; il a acheté des terres caduques pour construire, et doit payer des intérêts. Ulrich STROHM paie la manance cette année. Il s’installent tous deux durablement dans le hameau. En 1687, Joseph K. et un nouvel arrivant Hans Jacob GIESSI le forgeron paient la manance pour l’année complète, mais également des intérêts sur un emplacement de construction. Ulrich STROHM apparait à nouveau en payant la manance le premier trimestre 1691. La même année, Michel FISCHER achète un terrain de construction et paie des intérêts.

En 1692, Jacob FEUERSTEIN meunier à Hoffen, d’origine autrichienne, et Hans Michel SCHNITZLER, un suisse d’une famille de vachers établie à Hoffen, paient une amende, ayant eu une rixe dans l’auberge de Hoffen et s’étant dit des injures…

Hans BLUM arrive petit enfant – kleiner Bub – à Leiterswiller vers 1692-1693 (depuis n’a plus la moindre nouvelle ni de ses parents ni de ses frères et sœurs), devient manant en 1698 après avoir acheté une petite maison à Michel FISCHER, puis métayer seigneurial à Leiterswiller en 1707. Il est originaire d’Altenau, électorat de Baden-Durlach ou de Baden-Baden, selon son testament. Il s’installera aussi durablement dans la localité et décédera à Leiterswiller le 4 janvier 1729 après une pénible et douloureuse maladie.

On retrouve ensuite Hans Michel SCHNITZLER qui paie la manance à Leiterswiller le premier semestre de l’année 1694. Il sera le gendre de Michel FISCHER, en épousant sa fille cadette Maria, à la même époque. A partir du second trimestre 1694 apparait Hans Nicolaus WEIMER, qui avait épousé Catherine STROHM, la fille d’Ulrich S., sans doute établie à Leiterswiller à ce moment-là.

L’année suivante, Nicolaus W. achète un terrain de construction.– kleiner Hausplatz so caduc bey der Kirch alda gelegen zum bauen abgeschetzt um 8 Gulden. Durst MÜLLER paie la manance pour le dernier trimestre 1694.

On peut à ce moment-là déjà dresser un petit pointage démographique : Leiterswiller, qui comptait sept maisons occupées en 1691, en compte maintenant neuf en 16955.

Christmann VOGEL paie la manance à partir du 1er trimestre de l’année 1696. Benedict FISCHER, le fils cadet de Michel, à compter de 1697. Son père décède fin février 1699. Il est à ce moment-là confirmé que son fils aîné Hans Jerg est désigné pour lui succéder à la gestion de la métairie, depuis la St Martin 1697. Les deux derniers baux étaient répartis sur les périodes 1679-1688 et 1688-1697. Il y a néanmoins une difficulté. Michel F. avait officiellement souhaité répartir sa métairie en trois tiers, un tiers lui revenant, un pour son fils Hans Jerg, et le dernier pour son gendre, le sanguin Hans Michel SCHNITZLER, qui a déjà été évoqué… A sa mort son tiers aurait dû revenir à son fils Hans Jerg. Voici une traduction de ce qu’a écrit le greffier Mader à ce sujet :

«Alors que les métairies seigneuriales de Leiterswiller ont à nouveau été mises en bail, Michel Fischer le Souabe ici-même a fait inscrire son fils Jean-Georges en même temps que lui, et lui a donné un tiers des biens. Il y a un an, il a essayé de donner également un tiers à son gendre Jean-Michel Schnitzler, ce qui lui avait été permis car le dit Michel Fischer est décédé il y a quelques jours et que sa veuve ne peut poursuivre la métairie. Cette dernière pensait qu’elle pouvait partager le bien entre ses nombreux enfants, or parce que ce sont des valets désordonnés qui se permettent de nuire à la noble seigneurie, déjà parce qu’ils sont tous catholiques et qu’ils ont déjà causé beaucoup de difficultés, en particulier pour la redevance que Monsieur le pasteur de Betschdorf a dû ici leur réclamer. Ils croyaient qu’ils pouvaient la donner à leur curé, de plus on a pu les entendre faire toute une montagne avec ce vieux décès, mais comme ce n’est pas un héritage qui va nécessairement aux enfants, comme je vous l’ai déjà dit et dont j’ai demandé en secret encore quelqu’un d’autre – étant donné que Laurent Hermann le métayer de Kuhlendorf s’est annoncé vouloir reprendre le bien pour son fils afin de bâtir ici une nouvelle métairie – j’ai été envoyé ici par vos seigneurs pour vous dire que pour Jean Georges, lequel est encore en métayage, sa période de bail doit arriver à son terme et qu’ensuite les deux autres tiers pourraient lui revenir également. A Schnitzler, il n’y a rien à lui laisser, et il peut déjà laisser tomber le tiers qui lui avait été transmis initialement, étant donné qu’il n’est pas concerné par le bail. Il avait promis de construire une maison ce qui n’est pas arrivé. Par cet acte, il doit quitter le village avec sa bru et on y mettra d’autres personnes à leur place, telle est la volonté et l’ordre de votre Seigneur. Votre Seigneur.   Hatten, le 2 avril 1699.   Son Obéissant Serviteur. JH Mader »

Concernant cette seconde métairie, on apprend sur un acte établi sept jours plus tard, qu’elle est partagée par moitié entre Hans Jerg FISCHER et Lorentz HERRMANN de Kuhlendorf. En rappelant que la famille FISCHER, pour plusieurs raisons, n’était pas correcte – aus verschiedenen Ursachen nicht allerdings anständig seyen. Le bail court de 1697 à 1706. La grande métairie est quant à elle partagée par moitié entre Hans BÜRCKEL et son gendre Diebold NIESS depuis 1697. Hans B. étant sans doute moins rebelle a eu moins de problème que son voisin.

Hans Jerg F. construit une maison en 1699 ; il a besoin d’un charpentier de Kutzenhausen, paie donc la dime sur ses services. Schnitzler ne paiera pas la manance en 1699.

En 1700, en plus des quatre métayers il y a dix manants à Leiterswiller : Benedict Fischer, Joseph Keller, Hans Blum, Hans Fischer, Hans Fuchs, Hans Peter Beurlen, Durst Muller, Ulrich Strohm, Velten Klein un jeune célibataire et Hans Michel Schnitzler pour les 2 premiers trimestres.

D’autre familles viendront encore par la suite, notamment les DIEBOLT, qui vont occuper la maison de Hans BLUM à partir de 1707. Le moment d’un premier état des lieux, d’une première photographie du village et de ses occupants, est arrivé. Cette démarche aura lieu quelques années plus tard, à compter de 1722.

Livre terrier de Leiterswiller 1722-1726

La plus grosse partie du livre présenté ici, notamment la description des parcelles, est une copie d’un original. Il était jadis utilisé par la commune de Leiterswiller. Il possède davantage de renseignements que l’original, notamment en ce qui concerne les paragraphes appelés modo. Il s’agit d’ajouts : on mentionne les nouveaux propriétaires d’un bien, ainsi que la date de la transaction. La transaction, établie entre l’ancien et le nouveau propriétaire du bien était consignée dans un protocole, un acte notarié rédigé par le greffier de l’administration territoriale. Dans le cas qui nous concerne ici, le greffier du bailliage de Hatten.

Ce livre est également appelé un terrier ou livre terrier, puisqu’en plus des terres, il répertorie méticuleusement toutes les parcelles du ban communal ainsi que les immeubles et leurs propriétaires ou locataires. Il s’agit de l’ancêtre du cadastre dit napoléonien qui est apparu au début du 19e siècle. Le cadastre napoléonien de la commune de Leiterswiller a été initié en 1825. Ce terrier établi sur la période 1722-1726 permettrait de faire un pont entre le 18e siècle et 1825. Concernant la chronologie du terrier, on ignore l’ordre de mesure des parcelles mais on peut admettre que la photographie des immeubles du village a eu lieu vers 1725.

Le livre terrier comporte une introduction qui indique que, sur ordre du roi en 1715, il a été décidé de procéder à un inventaire méticuleux de toutes les parcelles des bans de Basse Alsace. C’est en 1722 que le bailliage de Hatten a décidé de procéder à celui du ban communal de Leiterswiller. Y sont cités les signataires, notamment, ainsi que les principaux administrateurs locaux.

Le texte enchaîne ensuite sur la description des lignes de séparation (Scheide) du ban communal. La partie suivante nous décrit les unités de mesures utilisées. Celle d’après se rapporte à la partie “Dorf” du terrier, avec la description des parcelles bâties et non-bâties, au nombre de vingt, à proximité des habitations du village, la plus intéressante. Les parties suivantes concernent les terres, les prés ainsi que les forêts. Ces parties constituent la plus grande partie du livre terrier, lequel comporte plus de 400 feuillets.

Certaines des mesures sont données en pieds (Schuhe) ; les mesures en pieds peuvent varier d’une région à une autre, la conversion en Mètre est faite avec 1 Pied à 32 cm (1 m = 3 pieds) : la conversion est donc approximative (d’autres sont en Ruthen ou en Vierzels). Elles sont décrites dans la partie Messen du terrier.

Les mesures ont cependant été converties en ares pour faciliter la lecture. La période d’occupation concerne l’occupant du moment ; les prédécesseurs indiqués sont issus de recherches faites sur les registres paroissiaux, sur les actes notariés (inventaires après décès, actes de ventes, actes divers) et sur les documents seigneuriaux (registre de comptabilité du bailliage de Hatten principalement, registres relatifs aux métairies). Enfin, les périodes indiquées et les autres précisions pour les occupants, sont également issues des recherches effectuées sur les familles concernées.

La description de la partie Dorf commence en venant d’Oberroedern (rive droite) et remonte jusqu’à l’actuelle église protestante. Hans BLUM est le premier habitant de l’autre coté de la route à être mentionné. A partir de là, la description du village revient vers le centre du village, puis remonte un peu la route de Rittershoffen, avant de terminer coté Seltzmatt avec l’auberge des BÜRCKEL. Il y a là 14 maisons.

Parcelle n° 1 :                        12,17 ares
Description : Une petite maison à un niveau, la cour, la ferme avec étable, jardin et dépendances. Se situe d’une part à côté de la route du village, d’autre part en partie à coté de la parcelle n° 2 et en partie à côté de la parcelle n° 5. Devant donne sur ladite route et derrière sur le Brück Etzel.
Occupant : Agatha KERER et ses enfants, originaires de Weitbruch. Son époux en secondes noces est le cordonnier Johannes DIEBOLT, qui vit chez elle
Prédécesseurs : Michel FISCHER (1691?-1698), Hans BLUM (1698-1707)
Période d’occupation : à partir de 1707
Successeurs : Philipp GRAFF le jeune (1750-1771), Bernhardt ROTT de Hoffen (1771)

Parcelle n° 2 :                        9,06 ares
Description : Une nouvelle grange avec une étable à l’arrière, cour et ferme, à coté d’une maison à deux niveaux. Se situe d’une part en partie à côté de la parcelle n° 1, et en partie à coté de la parcelle n° 3, et d’autre part à coté de la parcelle n° 8, donne devant sur la route communale, derrière en partie sur Martin DIEBOLT et en partie sur la parcelle n° 5. Par cette ferme, il y a un droit de passage pour les possesseurs des parcelles n° 3 et n° 4.
Occupant : Benedict FISCHER, laboureur, fils cadet de Michel FISCHER
Prédécesseurs : Hans SCHNEIDER (1667-1674), Michel FISCHER (1679-1699)
Période d’occupation : 1699-1752, puis ses héritiers
Successeurs : Pour une moitié : Philipp GRAFF (1762-1766) puis Joseph DIEBOLT Jr.(1766)

Parcelle n° 3 :                         2,08 ares
Description : Une petite maison à un niveau, et la moitié d’une grange nouvellement construite, des étables et la petite cour, d’une part à coté de la parcelle n° 2, d’autre part à côté de la parcelle n° 4, donne devant sur la parcelle n° 8, derrière sur son propre jardin. Il y a un droit de passage par la cour de la parcelle n° 2.
Occupant : Joseph DIEBOLT, laboureur, fils ainé de Johannes DIEBOLT, le cordonnier et de Dorothea TAPECKER
Prédécesseurs : inconnus
Période d’occupation : jusqu’en 1754, puis ses héritiers
Successeurs : Heinrich STOLZ (1787-…)

Parcelle n° 4                        2,07 ares
– Joseph Diebolt eigen.
Description : Une petite maison à deux niveaux, construite à l’arrière de la maison de la parcelle n° 2, avec un petit jardin et la moitié d’une grange, d’une part à côté la parcelle n° 8, d’autre part à coté de la parcelle n° 3, donne devant sur la parcelle n° 8, derrière sur son jardin. Il y a un droit de passage par la cour de la parcelle n° 2.
Prédécesseurs : inconnus
Occupant : Joseph DIEBOLT, déjà cité
Période d’occupation : jusqu’en 1754, puis ses héritiers
Successeurs : inconnus

Parcelle n° 5                        45,31 ares
Description : Un jardin, d’une part à coté de la parcelle n° 1, d’autre part à coté de la parcelle n° 3, donne derrière sur le pré du Brück Etzel, devant sur la parcelle n° 2
Occupant : Benedict FISCHER, déjà cité
Prédécesseurs : Hans SCHNEIDER (1667-1674), Michel FISCHER (1679-1699)
Période d’occupation : 1699-1752, puis ses héritiers
Successeurs : Joseph DIEBOLT Jr. (1761), puis Philipp GRAFF pour moitié (1762), Heinrich STOLTZ achète un morceau de 0,27 ares (1787)

Parcelle n° 6                        11,39 ares
Description : Un jardin, d’une part à coté de la parcelle n° 5, d’autre part à coté de la parcelle n° 7, donne devant en partie sur la ferme de Joseph DIEBOLT, et en partie sur la parcelle n° 8, donne à l’arrière sur le pré du Brück Etzel
Occupant : Joseph DIEBOLT, déjà cité
Prédécesseurs : inconnus
Période d’occupation : jusqu’en 1754, puis ses héritiers
Successeurs : Heinrich STOLTZ (1787)

Parcelle n° 7                        13,98 ares
Description : Un jardin, d’une part à coté de la parcelle n° 6, d’autre part à coté de la parcelle n° 8, donne devant sur la parcelle n° 8 et à l’arrière sur le Brück Etzel
Occupant : Joseph DIEBOLT, déjà cité
Prédécesseurs : inconnus
Période d’occupation : jusqu’en 1754, puis ses héritiers
Successeurs : inconnus

Parcelle n° 8                        35,47 ares
Description : Une maison à un niveau, avec ferme, cour, grange, étable, fontaine et jardin, d’une part en partie à coté de la parcelle n° 2 et en partie à coté de la parcelle de Joseph Diebolt, d’autre part en partie à coté du cimetière et en partie à coté du jardin du cimetière, donne devant sur la route communale, derrière sur le Brück Etzel.
Occupant : Nicolaus WEIMER, laboureur
Prédécesseurs : terres caduques
Période d’occupation : 1694-1736, puis ses héritiers
Successeurs : Joseph DIEBOLT Jr. 0,79 ares (1740), puis 1,3 m² (1759), Michael HAHN (1772-1825…) la totalité restante, Heinrich STOLTZ prend 1,3 m² (1787)

Parcelle n° 9                        9,85 ares + 3,11 ares (jardins)
Description : La vieille église St-Gilles (Sancto egidio) en ruines (zerfallene) et son cimetière, d’une part à coté de la ferme de la parcelle n° 8, d’autre part à coté et contre la courbe faite par la route communale en pointe, devant sur ladite route, et à l’arrière sur les deux petits jardins suivants. Un jardin appelé Kirchengärthel d’une part à coté de la parcelle n° 8, d’autre part à coté du bien de l’Ordre Teutonique, donne à l’avant sur le cimetière et à l’arrière sur le jardin de la parcelle n° 8.
Église remise en service : par la paroisse catholique royale de Hatten (vers 1736)

Parcelle n° 10                        49,70 ares
Description : Le bien de l’Ordre Teutonique (Teutsch Herren Guth). Un jardin, d’une part à coté de l’église St-Gilles, donne devant en partie sur le cimetière et en partie sur la route, et à l’arrière sur le pré de la Brück Etzel.
Futurs acquérants : Philipp HAHN pour moitié, Georg MILLEMANN pour l’autre moitié (vers 1796)

Parcelle n° 11                        26,42 ares
Description : Une petite maison à un niveau, avec étable, fontaine et jardin, d’une part à côté du jardin de l’Ordre Teutonique, d’autre part à coté du Baum Ackerlein, donne devant sur la route du village, et derrière sur le pré du Brück Ezel.
Occupant : Eva WEHRMULLER, épouse de Lorentz DOLL, laboureur
Prédécesseurs : inconnus
Période d’occupation : jusqu’en 1761
Successeurs : Heinrich STOLTZ (1761)

Ici on passe de l’autre coté de la route, actuellement « rue principale ».

Parcelle n° 12                        30,56 ares
Description : Une petite maison à un niveau, avec ferme, cour, jardin, fontaine, avec une petite grange et une petite étable, d’une part à côté de la route du village, d’autre part à côté de l’ancienne route de Wissembourg, donne derrière sur ladite route et devant en pointe aux deux extrémités sur l’Allmend
Occupant : Michel RUFFENACH, laboureur
Prédécesseurs : terres caduques puis son père Christoph RUFFENACH et sa mère Anna Maria FRITZ, veuve (1680-1704)
Période d’occupation : à partir de 1704, puis ses héritiers
Successeurs : Heinrich STOLTZ (1753) pour moitié, et Jacob KINTZEL pour l’autre moitié (1755). Hans Georg HARTUNG pour l’une des moitiés (1761)

Parcelle n° 13                        27,45 ares
Description : Une maison à deux niveaux, avec ferme, cour, grange, étable, fontaine et jardin, d’une part à côté de l’ancienne route de Wissembourg, d’autre part à coté du Niederallmendweeg, donne devant sur la route du village, et derrière sur le champ Schlangenacker.
Occupant : Hans BLUM, métayer seigneurial
Prédécesseurs : terres caduques
Période d’occupation : 1707-1729
Successeurs : sa veuve Maria Elisabetha ROCH (1729) puis son nouveau mari Jacques KINTZEL (1730), puis les héritiers Jacob KINTZEL (23,83 ares) et Barbara KINTZEL (3,38 ares)

Ici on passe de l’autre coté du Niederallmendweg, actuellement rue des champs.

Parcelle n° 14                        45,30 ares
Description : Une maison à deux niveaux, avec ferme, cour, deux granges, une étable, une fontaine et un abreuvoir à chevaux, d’une part en partie à coté du Niederallmendweg et en partie à coté de l’Allmend, d’autre part en partie à coté de la parcelle n° 15 et en partie à coté du champ, donne devant en partie sur la route du village et en partie sur l’Allmend, donne derrière sur le champ.
Occupant : Hans Georg FISCHER, métayer seigneurial
Prédécesseurs : terres caduques
Période d’occupation : 1699-1742
Successeurs : Pour moitié coté Niederallmendweg son petit-fils Michel FISCHER (1742-1786), laboureur, puis le fils de ce dernier Joseph FISCHER (1786), fermier de la petit dîme de l’Ordre Teutonique (cité en 1789). L’autre moitié (une nouvelle ferme sera construite sur cette partie peu avant 1742) reviendra à son fils aîné Hans Martin FISCHER (1742-1767), métayer seigneurial.

Parcelle n° 15                        25,12 ares
Description : Une maison à deux niveaux, avec ferme, cour, grange, étable et jardin, avec la moitié d’une fontaine située sur la délimitation, d’une part à coté de la parcelle n° 14, d’autre part en partie à coté du champ et en partie à coté du jardin de la parcelle n° 16, donne devant sur l’Allmend, derrière sur le champ.
Occupant : Diebold NIESS, métayer seigneurial
Prédécesseurs : inconnus
Période d’occupation : ~1694-1734
Successeurs : Philipp GRAF (1734-1758), puis 4,52 ares sont rajoutés à la parcelle et Georg EHRHARD et Georg SCHATZLEN achètent pour chacun une moitié (1758-…)

Parcelle n° 16                        11,65 ares
Description : Un jardin avec les droits sur la fontaine située sur la délimitation, d’une part à côté de la parcelle n° 15, d’autre part à coté de la parcelle n° 18, donne devant en partie sur l’Allmend et en partie sur la parcelle n° 17, donne derrière sur le champ
Occupant : Hans Jacob WEIMER, laboureur
Prédécesseurs : inconnus
Période d’occupation : ~1725-1782 (lui et ses héritiers)
Successeurs : 6,48 ares pour Philipp STÖHR (1781-…). 4,93 ares dont la petite maison (sans doute construite après la rédaction du terrier) pour Joseph BUCH (1782-…) puis Peter SCHWARTZ (date inconnue)

Parcelle n° 17                        6,21 ares
Description : Une petite maison à un niveau, avec fermette et jardin, d’une part à coté du précédent jardin, d’autre part à coté du chemin de Rittershoffen, donne devant sur l’Allmend, et derrière sur la parcelle n° 18.
Occupant : Johannes KIRSCHNER
Prédécesseurs : inconnus
Période d’occupation : ~1725-1756 (lui et ses héritiers)
Successeurs : Martin GRAFF (1756), Diebold MATERER (1762), puis une place à partir de celà (1,57 ares) pour Philippe STÖHR (1781), puis Martin ISLER (1785). Egalement une petite place Johannes KIRSCHNER (1731), Jacob WEIMER (1747), Philipp GRAFF (1748).

Parcelle n° 18                        24,59 ares
Description : Une petite maison à un niveau, avec cour, ferme, grange et petite étable, jardin et fontaine, d’une part en partie à coté de Jean Jacques WEIMER et en partie à coté de la parcelle n° 17, d’autre part à coté du champ.
Occupant : Hans Georg FUCHS
Prédécesseurs : sans doute son père Hans FUCHS (ca.1671- ca.1706)
Période d’occupation : ca.1706/1709-1762
Successeurs : Philipp GRAFF (une petite place, 1744), Diebold MATERER (une petite place dont la maison, 1762), Hans SCHAAF (la moitié de la ferme, 1766), la partie de Diebold MATERER revient à Martin GLASS (avril 1769), puis à Michel MILLEMANN et son épouse (décembre 1769), puis pour à moitié Jacob FISCHER et Johannes FISCHER (1771).

Ici on passe de l’autre coté du Niederallmendweg, actuellement rue principale, direction Rittershoffen. On revient vers le centre du village et vers l’auberge, actuellement Restaurant Au Léopard.

Parcelle n° 19                        4,15 ares + 15,54 ares pour le jardin dit der Hirthen Garten
Description : Une petite maison à un niveau, avec petite cour et jardin, appelée das Hirthen Haus (la maison du berger), d’une part à coté de la route de Rittershoffen, d’autre part à coté du jardin de la parcelle n° 20. La cour est en pointe sur l’Allmend, à l’avant et l’arrière.
Un jardin appelé der Hirthen Garthen (le jardin du berger), d’une part à coté de chemin de Rittershoffen, d’autre part à coté du Wäldel (petit bois), donne en-haut sur le Wäldel, et en-bas sur le jardin et la ferme de la parcelle n° 20.
Occupant : La commune
Prédécesseurs : probablement les bergers du lieu, Peter JUTZI (1671), Joseph KELLER (ca.1686-ca.1709)
Période d’occupation : inconnue
Successeurs : inconnus

Parcelle n° 20                        93,47 ares
Description : Une maison à deux niveaux, cour et ferme, où il y avait précédemment trois corps de ferme, ainsi que deux granges, des étables, trois fontaines, et le jardin attenant. Maison appelée das Würthshauss zum Adler (l’auberge A l’aigle), d’une part en partie à coté de la route de Rittershoffen et en partie à coté du Hirthen Haus, d’autre part à coté du Seltzmatt, donne devant sur la route communale, à l’arrière en partie sur le Hirthen Garten et en partie sur le Herren Wäldel.
Occupant : Adam BÜRCKEL (1710-1732), métayer seigneurial et aubergiste.
Prédécesseurs : Christmann BÜRCKEL (1665-1668), Hans BÜRCKEL (1668-1710), métayers seigneuriaux et aubergistes.
Successeurs : les héritiers BÜRCKEL (1732) dont Adam B. qui achète un quart du jardin (1748), Eva B. un autre quart (1749). Herr JÄCKEL de Hatten et Michel MILLEMANN achètent 14,5 ares (1770), Herr BEYER Junior 29 ares (1774).

L’église de Leiterswiller – histoire confessionnelle et reconstruction

L’édifice fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis 1924. Comme l’indique le registre paroissial catholique de Rittershoffen, l’évêque suffragant du diocèse de Strasbourg dit de la petite église qu’elle est complètement détruite – penitas destructam – lors de sa visite diocésaine. L’acte est daté du 11 novembre 1724. Les habitants de Leiterswiller, à majorité catholique, demandent à cette occasion au diocèse qu’il leur apporte une aide financière pour le projet de reconstruction de l’église.

L’église, qui conserve cependant quelques vestiges des époques du 15e et du 16e siècle, est inutilisable jusqu’à sa reconstruction, comme le confirme également le registre paroissial protestant de Rittershoffen. Les sacrements de baptême et de mariage, ainsi que les offices d’enterrement, sont en effet effectués dans les églises alentour pour les différentes confessions. Il devait donc en être de même pour les messes et cultes en-dehors de ces événements.

Le cimetière de l’église était néanmoins utilisé, il fut dans la proximité directe de l’église, du coté sud où l’on aperçoit encore une croix monumentale datée de 1784, comme le confirme le livre terrier de 1725. Les inhumations sont confirmées par les registres paroissiaux pré-cités, tout comme le registre paroissial de Hatten (période 1723-1733). Celles-ci ont été effectuées aussi bien par les curés de Stundwiller (et peut-être de Schoenenbourg) puis de Hatten, que par les pasteurs d’Oberbetschdorf puis de Rittershoffen qui desservaient à différentes périodes les habitants du petit village de Leiterswiller. Le plan cadastral de 1825 indique encore l’emplacement du cimetière à cet endroit. La construction du nouveau cimetière, le cimetière actuel, n’a eu lieu que plus tard.

À la suite de la visite épiscopale, il semblerait que les doléances des paroissiens habitant à Leiterswiller aient porté leurs fruits, puisque la petite église fut reconstruite en 1736 (date portée) par la paroisse catholique de Hatten, dont le curé desservait également Rittershoffen et Leiterswiller. Lors de la période révolutionnaire, elle était à nouveau utilisée également par les protestants comme l’indique Marie-Joseph BOPP dans son ouvrage1, ce qui pose la question de la date d’application effective du simultaneum (c’est-à-dire l’usage de l’église par les deux confessions) à la petite église de Leiterswiller, qui semble être 1736, date de la reconstruction. En effet, le baptême du 11 mai 1738 cité en référence indique un baptême protestant dans cette église reconstruite par les catholiques. La notion d’un simultaneum en continu entre 1736 et 1897 reste l’hypothèse la plus logique, même s’il est possible qu’il y eut par intervales des périodes où la localité n’était peut-être plus desservie, ou du moins plus régulièrement, par le pasteur de Rittershoffen. Marie-Joseph BOPP indique la période révolutionnaire comme début de réutilisation par les protestants, ce qui renforce cette hypothèse. Le simultaneum dura jusqu’en 1897, année de la construction et de l’inauguration de l’église catholique actuelle.

***

Les habitants du village de Leiterswiller, avec l’appui relatif de leur seigneur, ont réussi non seulement à pérenniser leurs exploitations agricoles, mais surtout à redonner vie au hameau. D’origine suisse ou ultra-rhénane, arrivant d’Alsace ou d’ailleurs, chaque famille a donné toute son énergie à sa survie et à la consolidation de ses biens et propriétés. La reconstruction de cette église marque symboliquement la fin de la réhabilitation du hameau et le début d’une nouvelle ère.

Sources

AD67 E371 : reçus du receveur et prévôt Foltz, du baillage de Cleebourg (possession du duc de Deux-Ponts)
AD67 E1796 : documents relatifs aux métairies de Leiterswiller (1665-1727)
AD67 E1828 : actes divers, notamment des listes d’assujettis du bailliage de Hatten pour 1657, 1663, 1675
AD67 E1839 : actes divers, notamment des listes d’assujettis du bailliage de Hatten en 1671
AD67 E1870 : Répertoire des assujettis du bailliage de Hatten en 1668 (n.a. = exempté de l’achat du seau à incendie)
Hatten (42 feux) : Michel BISCH, Jacob BISCH le jeune, Jacob BISCH le vieux, Diboldt BURG, Hans DÄCKS, Hans Michel DÄCKS, veuve Arbogast DÄCKS, Hans Jörg DREHER, Hans Michel DREHER le cordonnier, Michel EYGELEN, Hans GEYER, Adam GÖTZ, Hans GRAFF, Simon GRESEL, Hans HEIMLICH, Jacob HEIMLICH le jeune, Jacob HEIMLICH le verrier, Mathes HEIMLICH le boulanger, Mathes HEIMLICH le vieux, Christmann HELLER, Hans Velten HERMAN le jeune, Hans Velten HERMAN le vieux, Hans Jörg HUMBERTH le jeune boulanger, Hans HUMPERTH, Jacob JUNG, Jacob KUHN, Adam KUNTZ, Meinerth LAGELSTICH, Simon LUX, veuve Michel MEYER, Michel MEYLING le charpentier, Johan Zacharius REYF, Jörg REYFSTECK, Peter RINGELSTACHER, Martin ROHRBACHER, Peter RUPPRECHT le vieux, Hans RUPRECHT, Gilch SAUFFEL, Hans SCHWEIGER, Hans SEBASTIAN, veuve Michel WAGNER, Lux WILTMAN le Schultheis
Rittershoffen (25 feux) : Linhardt ARBOGAST, Lorentz BALDASER, Peter BALL (n.a.), Jörg BARTHOLME, Jacob CHRISTMANN le Stabhalter (n.a.), Jörg FRANCK, Simon FRIESENECKER capitaine de cavalerie (n.a.), Hans GÖTZMANN le jeune, veuve Hans HUMPEL, Hans JACOB (n.a.), Adam KEHRER, Marx KNAB, Michel KNAB, Hans KOCH (n.a.), Hans KOCHERSPERGER, Jacob MATHIS, Diboldt SOMMER, Christian SPININGER (n.a.), Diboldt STECK, Jacob WAGNER, Arbogast WAHL, Diboldt WERNERT, Hans Jacob WUCHERER, Diboldt WURTZ, Benedict le cordonnier (n.a.)
Niederbetschdorf (16 feux) : Hans BAUM, Hans Velten BERTHEL, Wolf CULLUS, Wendel DANGLER, Bastian HAUSHALTER, Hans Peter JACOB, Jacob JUDEL, Hans KETHERER, Christmann KLEIBER, Jörg KLEIBER, Hans KNECHT, Hans LUX, Wolf Johan ADEL, Hans Peter SCHULDES, Jörg SOMMER, Hans STURM
Oberbetschdorf (16 feux) : Hans BIREBAUM, Ludwig BOCK, Frantz EBEL, Fritz EMY, Jacob GEWECKS, Hans GRAFF, Bles GRESEL, Marx GRESEL, Hans Velten GRÜNNAGEL, Hans HEINING, Andreas HOLTZMANN, Hans JÖRGEN, Hans KAUFMANN, Hans Jacob MANHARDT, Hans Jacob WEBER, Diboldt WOLFF
Schwabwiller (11 feux) : Hans Jacob BERTHEL (n.a.), Joseph FEIDLING, Hans GREINER, Fritz HERTZOG, Hans HERTZOG, Thoman HORTUS, Hans KAUFMANN (n.a.), Hans KÜHNER, Hans Michel MORTZ, Hans SAUERBRUCH, Jost STOEKLIN
Reimerswiller (5 feux) : Diboldt FATZINGER, Hans KREPPE, Hans Ehrardt MOHR, Durst SOHM, Jacob SOHM
Kuhlendorf (4 feux) : Hans HERMAN métayer, Jacob LITY métayer, Ulrich SAMEN métayer, Peter STUDER
Leiterswiller (2 feux) : Hans SCHNEIDER le bourgeois doit prêter le serment requis, Hans BIRCKHEL le métayer
AD67 E1871 : répertoire des assujettis du bailliage de Hatten du 14 janvier 1667 : bourgeois, manants, veuves et jeunes hommes
AD67 E1872 : répertoire des assujettis du bailliage de Hatten en 1590, 1616
AD67   E3278-E3310 : comptabilité du bailliage de Hatten (1660-1661; 1667-1709 avec quelques années lacunaires)
AD67 3E 183/13 : registre paroissial catholique de Hatten (les sépultures dans le cimetière de Leiterswiller entre 1723 et 1733)
AD67 3E 339/1 : registre paroissial protestant d’Oberbetschdorf
AD67 3E 404/1 : registre paroissial protestant de Rittershoffen
AD67 3E 404/3 : registre paroissial protestant de Rittershoffen, page 16 : l’acte de baptême d’Anna Maria RUFFENACH du 11 mai 1738 dit qu’il ne reste plus de personnes de religion luthérienne – weil im dorff keine mehrer evangelischen seyn – mais il en reste cependant de religion réformée
AD67 3E 484/1 : registre paroissial catholique de Stundwiller
AD67   6E40.2/116 : Notariat : inventaires après décès à Leiterswiller
AD67 6E46/40 : Notariat de Woerth : actes notariés divers (ventes, etc.)
AD67 1E 1/77 : livre terrier de Leiterswiller pour 1722-1726
AD67 8E 262/1 : livre terrier de Leiterswiller pour 1722-1726 (copie)
Unités de Mesures et équivalences/conversions décrites dans le livre terrier :

                Équivalences entre les mesures utilisées dans le livre terrier :
1 Morgen ou Manns Matt contient : 4 Vierzel ou 128 Ruthen ou 32 768 Quadrat Schuhe
½ Morgen ou ½ Manns Matt contient : 64 Ruthen ou 16 384 Schuhe
¾ Morgen contient : 96 Ruthen ou 24 576 Schuhe
½ Viertzel contient : 16 Ruthen ou 4096 Schuhe
Conversion en mesures françaises décrites dans le livre terrier:
24 Schuhe = 23 frantzösische Schuhe
1 Acker ou Morgen : 31 402,66   frantzösische Quadrat Schuhe
1 Viertzel : 7 850,66 frantzösische Quadrat Schuhe
1 Quadrat Ruth : 245,33 frantzösische Quadrat Schuhe
En partant du pouce français on obtient les équivalences suivantes :
Schue ou Pied de roi = 12 pouces = 12 x 0,02707 m = 0,32484 m
Quadrat Schue ou Pied carré = 0,105521 m²
Conversion en m²/ares :
1 Acker ou Morgen ou Manns Matt : 33,13640789 ares
1 Viertzel : 8,28410197 ares
1 Quadrat Ruth : 0,25887818 ares
1 Quadrat Schue ou Pied carré = 0,105521 m²

AD67 P381 : cadastre napoléonien de Leiterswiller (1825)
Archives municipales de Haguenau : registre paroissial St-Georges (B 1628-1678)
Base Mérimée du Ministère français de la Culture
Landeskirchliches Archiv Stuttgart : Kirchenbuch Münchingen (1569-1705)

Littérature

  1. Marie-Joseph BOPP : Die evangelischen Gemeinden und Hohen Schulen im Elsass und Lothringen von der Reformation bis zur Gegenwart. 2 tomes. Neustadt an der Aisch : Degener, 1963-1965, page 236 : “Die 1740 gebaute, dem Hl. Aegidius geweihte Kirche gehörte den Katholiken. Seit der Revolution wurde sie auch von den Protestanten benutzt”
  2. Laurent JALABERT : Catholiques et protestants sur la rive gauche du Rhin : droits, confessions et coexistence religieuse de 1648 à 1789. Bruxelles : PIE Lang , 2009.
  3. Gustav Carl KNOD : Urkunden und Akten der Stadt Strassburg; Abth. 3: Die alten Matrikeln der Universität Strassburg 1621 bis 1793, Bd. 2: Die Matrikeln der medicinischen und juristischen Facultät (1897), page 535.
  4. Georges LIVET : L’intendance d’Alsace sous Louix XIV (1648-1715). Paris : F.-X. Le Roux, 1956.
  5. Daniel PETER : Naître, vivre et mourir dans l’Outre-Forêt (1648-1848). Strasbourg : CHAAN, 1995.
  6. A. SCHMITTER et M. SCHMITTER : Les vieux patronymes de HATTEN de 1440 à 1675, et du HATTGAU de 1655 à 1675, Bibliothèque du CGA, dactylographié, 1992.

Sebald Motz

(ca.1537-1594), Sculpteur (Bildhauer) 1573, économe au Gymnasium Illustre (Oeconomus) 1561/64-1569/72, percepteur princier en chef des droits d’accise (Umgelder), et de l’octroi (Zoller, Telonarius Palatinus Praefectus) 1569/72-1594, à Lauingen, principauté du Palatinat de Neuburg.

Curriculum Vitae

Sebald MOTZ est né vers 1537 à Wertingen, près de Dillingen-sur-Danube, dans la seigneurie des Marschalk von Pappenheim, à immédiateté impériale, si l’on en croit ses deux inscriptions universitaires (« Wertingensis », « ex Werding »).

blason_sebaldmotz_1589_petit

blasonsebaldmotz2On ignore encore qui furent ses parents, mais le blason ci-dessus qu’il a dessiné (ce qu’indique le texte composé par lui-même « pingi curavit Sebaldus Motzius »), dans les album amicorum, des livres d’autographes, nous interpelle car il ressemble étrangement à une altération des armes des barons du Henneberg en Thuringe.

On y remarque d’étranges similitudes, tant au niveau des couleurs que des sujets du blason. Même le couvre-chef du personnage du cimier, porte sur les deux blasons, trois plumes. La poule des Henneberg devient ici un coq crêté et langué, avec patte levée. Il semblerait donc que ce blason soit une déclinaison du blason des barons de Henneberg. Certains membres d’une famille MOTZ de Thuringe furent des ecclésiastiques et notables au début du 16e siècle, donc effectivement des personnes privilégiées du clergé ou de la grande bourgeoisie. Par prudence, il convient bien évidemment de ne présenter cela que sous forme d’une hypothèse, en l’absence d’éléments irréfutables.

Nous ignorons ainsi si Sebald MOTZ a créé son propre blason, étant devenu un éminent notable de la ville princière de Lauingen, ou bien alors s’il a hérité ce blason de sa famille. En supposant qu’il l’ait créé lui-même, il reste à déterminer s’il l’a choisi car il savait que ses aïeux étaient originaires de Thuringe, ou bien alors parce que le blason des Henneberg attirait sa sympathie. Sur son blason, sa devise est « gallus pacis vigil », ce qui signifie « le coq veille sur la paix ».

Concernant l’enfance de Sebald, elle est peu connue, il l’a probablement passé à Wertingen, son lieu d’origine. Nous en savons plus concernant sa formation universitaire. Sebald Motz entre à la très renommée Université de Tübingen où il s’immatricule le 08.04.1553 (« Sebaldus Motz Wertingensis »). On le retrouve deux années plus tard à l’Université d’Ingolstadt où il s’immatricule le 25.04.1555 (« Sebaldus Mutz ex Werding studiosus artium, 48d »).

Peu de temps après, il s’installe à Lauingen en y épousant vers 1558 Apollonia WEIHENMAYER, la fille d’Ulrich WEIHENMAYER (ca.1512-1577), conseiller à la ville de Lauingen à partir de 1543, puis bourgmestre ici-même à partir de 1550 et jusqu’à sa mort en 1577 (la belle-soeur, “Gschwey”, de Sebald, Maria WEIHENMAYER, vivait dans la maison de Sebald, dans la Brüdergasse, entre 1590 et 1593).

blasoncouleur2Un certain Ulrich WEIHENMAYER (ca.1482-ca.1545) dit le Vieux, déjà cité en 1506, était conseiller à la ville de Lauingen (cité à ce poste en 1524, 1525, 1531, 1533, 1535, 1536, 1541, 1543) et reçut en 1524 d’un comte palatin, une Wappenbrief, en même temps que son frère établi à Höchstädt et dont le prénom ne nous est pas parvenu (voir leurs armoiries ci-contre, extraites de l’album amicorum de Johannes GOETZ, WLB Stuttgart, Cod. hist. 4° 297, page 33r). Il s’agissait de l’un des habitants les plus fortunés de la ville : « Ulrich Weihenmaier, der bereits im ältesten Lauinger Steuerregister von 1506 in der Kramergasse im Weberviertel (= Westhälfte der heutigen Geiselinastraße) genannt ist und dort bis 1541 steuert (zuletzt den Betrag von 123 Pfd. ß h, womit er zu den reichsten Bürgern der Stadt zählte) ».

C’est au père d’Ulrich W. (ca.1512-1577) et Leonhard W. (ca.1502-ap.1551), ainsi qu’à leur oncle, que cette Wappenbrief a été conférée, mais il est difficile pour le moment d’établir avec certitude leur filiation avec Ulrich le Vieux, une filiation avec le frère de ce dernier établi à Höchstädt restant plausible. Leonhard est cité à Lauingen en 1525, 1535, 1543, 1545, et 1551 car il y paie des redevances. Sa fille Madeleine (1543-1605), épouse du Dr. Nicolaus von REUSNER, recteur au Gymnasium Illustre de Lauingen, porte ces armoiries sur sa Leichenpredigt, en 1605. Par ailleurs, le frère de cette dernière, Michael (ca.1531-1582), Docteur en Droit (J.U.D.), dédicace en 1577 la Leichenpredigt de son oncle paternel (patruus) Ulrich W., le bourgmestre. Ces deux éléments nous permettent d’une part de déduire un lien fraternel entre Ulrich W. (ca.1512-1577) et Leonhard W. (ca.1502-ap.1551), d’autre part d’être certain qu’ils ont hérité du blason soit d’Ulrich W. le Vieux, soit de son frère.

Le blason bourgeois des WEIHENMAYER, d’or et d’azur, comporte un oiseau de proie prenant son envol (le Weihen, dans Weihen-meyer, indique une famille d’oiseau de proie de taille moyenne). La famille WEIHENMAYER était une ancienne et illustre famille de Lauingen, établie ici depuis au moins le tout début du 15e siècle. En effet, Leonard WEINMAIR, 22e abbé à l’abbaye cistercienne de Kais(ers)heim, entre 1427 et 1440, est né à Lauingen.

C’est avec le concours de sa belle-famille, que Sebald MOTZ a donc pu accéder à la fonction très intéressante d’économe (Oeconomus) du Gymnasium Illustre de Lauingen, le lycée de la principauté du Palatinat de Neuburg. Le lycée, dont Peter AGRICOLA a été l’un des artisans majeurs, et qui ouvre ses portes en 1561. Sebald MOTZ est cité pour la première fois à ce poste d’économe dans le registre paroissial de Lauingen le 27.09.1564, puis en 1565, 1566, 1568, et pour la dernière fois le 22.10.1569. La famille de Sebald MOTZ habite depuis au moins 1563 au bout de la Pfarrgasse (aujourd’hui : Herzog-Georg-Straße), jusqu’en 1567 y paie des impôts. En 1570 et 1571 ils habitent dans la Wengenmayrsgaß à côté de la maison des héritiers de Georg Feuchtweck, puis à compter de 1572, et jusqu’à son décès, dans la Brüdergasse.

L’on apprend que c’est à peu près à cette période, vers 1573, qu’il souffrait de graves problèmes de santé, manifestés par des vertiges, déjà à son poste de percepteur. Ces informations nous sont parvenues et sont développées plus loin dans cet article. Sebald est cité dans le registre paroissial de Lauingen, à compter au moins du 10.05.1572, comme percepteur princier. Il percevait les droits d’accise et l’octroi (« fürstlicher Umgelder », « fürstlicher Lauinger Zoller », « telonarius palatinus », « Telonii Palatini praefecti »). Il s’agissait d’un poste de haut-fonctionnaire de cette Principauté. Concrètement, il dirigeait l’administration qui percevait les taxes douanières (octroi) et les taxes sur d’autres produits vendus sur les marchés et dans les auberges comme le vin et d’autres marchandises (droits d’accise). Concernant les taxes douanières, il y avait un poste près du Danube, lieu de transit de toutes les marchandises venant d’autres territoires. Sebald est par la suite cité à ce poste à de nombreuses reprises, entre le 04.07.1573 et son décès en 1594, confirmation qu’il l’a occupé sans interruption pendant plus de 22 ans.

Une autre archive le dit également sculpteur (Stadtarchiv Lauingen, A 18 : courrier du gouvernement de la ville du 4 juillet 1573, se référant à Sebald Motz, « vnnser Zoller, auch Bildhawer zw Laugingen » dans une affaire de finalisation et mise en place de pierres funéraires). Cette citation est la seule rencontrée pour cette qualité. Par ailleurs, l’on peut se demander si Sebald MOTZ ne serait pas la personne ayant finalisé la réalisation de la cénotaphe de la comtesse Elisabeth de Palatinat-Neubourg (1503-1563), qu’avait laissé inachevée le sculpteur Sigmund Winthier, décédé brutalement en 1572. En plus de ses talents de dessinateur, il avait donc ce talent de sculpteur. Sebald MOTZ était également parrain chez la fille de l’imprimeur Emmanuel SALTZER, le 27.08.1563. Les imprimeurs étaient en relation avec des graveurs qui enrichissaient avec leur gravures les livres que l’imprimeur éditait. A cette époque, la ville de Lauingen disposait en effet déjà d’une imprimerie princière, et cela depuis l’année 1552 au moins, d’après la littérature sur les imprimeries de la ville. On peut imaginer que Sebald MOTZ était déjà sculpteur avant sa nomination au poste d’économe, car quelle aurait été son occupation sur les années 1558-1561 ?

Sebald décède le 20.11.1594 à Lauingen, en laissant derrière lui enfants et petits-enfants en nombre. Son statut de notable de Lauingen est confirmé par les mariages prestigieux de ses enfants avec des nobles et des notables de son époque, dont notre ancêtre Magnus AGRICOLA. On peut rajouter que Sebald a investi des sommes assez conséquentes (1.430 florins en 1592, 1.067 florins en 1594) dans la société “Hans Österreicher sel. Erben”, une entreprise marchande créée par les héritiers de Hans ÖSTERREICHER (ca.1529-1590), l’un des hommes les plus fortunés du patriciat d’Augsburg. Cette entreprise sera capitalisée jusqu’à hauteur de 850.000 florins en 1608.

Sa famille et ses alliances

Sebald MOTZ (ca.1537-1594)
oo ca.1558 (Lauingen) Apollonia WEIHENMAYER (ca.1535-1597)

Enfants :

  1. MOTZ Barbara (ca.1559-1624)
    oo1. 20.10.1577 à Lauingen avec le patricien Hans Christoph WESTERMAIR (deux fois veuf), un commerçant d’Augsburg, +12.01.1583 Augsburg. Témoin au mariage du côté de l’épouse : le marchand d’Augsburg Georg Feichtweckh.
    oo2. 08.07.1584 à Augsburg avec le patricien Junckher Hans Bartholome LINS (famille anoblie en 1550), un marchand d’Augsburg. Le couple s’installe à Lauingen (4 enfants), l’époux y décède en 1590.
    oo3. 27.10.1595 à Lauingen M. Simon RETTER professeur au Gymnasium Illustre de Lauingen puis recteur de l’école latine de Nördlingen à partir du 30.01.1598 et jusqu’à sa mort en 1627. Son épouse y décède en octobre 1624 (inhumée le 4.10.1624 à Nördlingen).
  2. MOTZ Ulrich (août 1560-1582), parrains : M. Andreas Hefelin, Jeorius Ostwald, Anna Waltherin
    Gymn.Lauingen, Imm. Tübingen 03.11.1579, Imm. Wittenberg 1581 où il étudie le droit, décède subitement.
  3. MOTZ Anne Marie (1562- ap.1615), parrains : M. Andreas Hefelin, Dorothea H. Phausers Hausfrau, Affra Jerg Oswaldin
    épouse le 10.01.1586 à Lauingen M. Magnus AGRICOLA (ca.1556-1605), pasteur, théologien et futur surintendant, membre du conseil ecclésiastique, assesseur à Neuburg, neveu de M. Peter AGRICOLA (1525-1585), humaniste, théologien, précepteur princier, recteur académique, diplomate.
  4. MOTZ Sebald (1563- av.1566), parrains : M. Andreas Hefele, Georg Ostwald, F. Dorothea Phauserin
  5. MOTZ Euphrosina (1564- ap.1593), parrains : M. Andreas Hefelin, Affra Jerg Oswäldin Wirthin, f. Dorothea Phauserin. Epouse le 3 décembre 1593 à Lauingen Dietrich HESS, Imm. Tübingen 14.12.1574 et 19.9.1579, conseiller princier à Neuburg, diplomate du prince Philippe Louis de Neuburg, entre 1598 et 1618 ambassadeur à Paris pour les comtes palatins de Deux-Ponts et de Neuburg, Après la recatholicisation du Duché de Neuburg, resta protestant, mais servi tout de même le comte Wolfgang de Palatinat-Neubourg en tant que conseiller à la Chambre (Kamerrat) et ce jusqu’en 1624. Il est cité en dernier lieu en 1626.
  6. MOTZ Sebald (1566- ap.1587), parrains : M. Andreas Hefele, Jörg Oswalt Wirthin, f. Dorothea H.Phauser hausfrau. Etudiant au Gymnasium Illustre de Lauingen en 1587, son devenir ne nous est pas connu.
  7. MOTZ Daniel (1568- ca.1615), parrains : Juncker Daniel Feuchtwegk, M. Andreas Hefelin Ludimoderator, Affra Georg Oswäldin Wirthin. Epouse le 13.02.1593 à Lauingen une certaine Sibilla, veuve de Fileas? ADELGAYSS, puis est cité à Höchstätt à partir de 1607 (cité le 10.11.1611 dans le registre paroissial de Lauingen) où il est trésorier (Kastengegenschreiber). Il décède vers 1615, sa veuve lui survivant.
  8. MOTZ Gabriel (1570- av.1572), parrains : Herr Gabriel Faichtweck, M. Andreas Lopadius, Affra Jerg Oswaldin Wirthin
  9. MOTZ Gabriel (1572-1597), parrains : Junckher Gabriel Feuchtwegk, M. Andreas Lopadius, Frau Affra Herr Georg Oswäldin. Sans descendance. Il décéda de la peste.
  10. MOTZ Appolonia (1574- ap.1597), parrains : Juncker Christoph von Eckensperg Pfleger alhir, Frau Maria Mannin des Herrn Superintendent Hausfrau, Frau Affra Herr Jerg Oswaldin. Epouse le 11.07.1597 à Lauingen Tobias MAIR, administrateur à Echenbrunn chez le noble Christoff ARNOLD (oo Susanna Feuchtweck)
  11. MOTZ Christoff (1576- ??), parrains : M. Abraham Manne Superintendens, Juncker Christoph von Eckensperg Pfleger alhir, Affra Gerg Oswäldin. Son devenir ne nous est pas connu.
  12. MOTZ Georges Sebastien (1580-1597), parrains : Der Edel unnd vest. Christoph von Eckerspurg Pfleger alhir. Georg Wolff und Sebastian Gebrüder von Wölwardt studiosi, Frau Maria H. M. Abraham Männin Superintendentin. Sans descendance.

La santé du couple MOTZ

Vertige maladif (ca. 1573) – Sebald MOTZ

Sebald MOTZ a été soigné par le célèbre Dr.Martin RULAND, médecin, alchimiste et philologue de la Renaissance. Héritier de Paracelse, il a la confiance de l’empereur du Saint-Empire Rudolphe II chez qui il devint le médecin personnel, à Prague. Rudolphe II était passionné par l’alchimie. Parmi ses recrutements, on y voit beaucoup d’alchimistes, avec notamment le médecin Michael MAIER, l’un des successeurs de Ruland.

Le Dr. Martin RULAND était vers 1573 encore le médecin à la cour du comte palatin Philippe Louis de Neuburg. C’est à ce moment que Sebald MOTZ, 36 ans, fit appel à lui comme il souffrait de très graves problèmes de vertige. C’est avec grand étonnement que l’on s’aperçoit que Martin RULAND lui administra alors de l’hellébore noire, connue depuis les temps anciens, comme étant une plante aux propriétés étonnantes. Cette plante aussi appelée aujourd’hui Rose de Noël était également utilisée en magie noire au 16e siècle et avant..

Voici maintenant la transcription du rapport du Dr. Martin RULAND concernant ce cas. (Martin RULAND : « Curationum empyricarum & historicarum… centuriae decem, quibus adjuncta de novo ejusdem authoris Medecina practica…: cum indice rerum omnium uberrimo ». Centurie II. Lyon : P.Ravaud, 1628, page 92 ; la centurie II a été éditée la première fois en 1680 à Bâle, la centurie I en 1678).

CURE XXVI

TRADUCTION : VERTIGES

L’honnête homme Sebald MOTZ citoyen à Lauingen et percepteur du Palatinat [-Neuburg], quand il avait 36 ans, se plaignait de vertiges et de malaise général souvent gravissime et assez dangereux pour mener à la mort, que cependant on peut lui opposer, pour amener à endiguer ces maux, un secours médical afin d’empêcher, de cette manière, de soi-même en souffrir.

PURGATIF
Remède : Le matin prendre une pillule ou petits grains sans autre liqueur aromatique pour ce genre d’embarras prendre trois grains d’hellébore noir. Faire sept jours de diurétique dorée avec de l’eau de buglosse. A prendre 2 h après le dîner et évacuer sept fois jusqu’à guérison complète.

VEINE SECTIONNEE
Pour purgation, il a ouvert une veine, a perdu beaucoup de sang et, ayant ainsi recouvert la santé, a très rapidement loué le Premier Médecin à la Cour [qui est Martin RULAND].

Calculs rénaux (ca. 1567) – Apollonia MOTZ, née WEIHENMAYER

Mais Sebald n’était pas le seul à avoir des maux dans la famille, son épouse Apollonia WEIHENMAYER a également consulté le Dr. Ruland, à l’âge de 32 ans, pour des calculs rénaux. Voici la transcription du rapport du Dr. Martin RULAND concernant son cas. (Martin RULAND : « Curationum empyricarum & historicarum… centuriae decem, quibus adjuncta de novo ejusdem authoris Medecina practica…: cum indice rerum omnium uberrimo », Centurie III. Lyon : P.Ravaud, 1628, page 177).

CURE XXVIII.

TRADUCTION : Calculs rénaux

L’épouse de Sebald Motzen, percepteur de Laugingen, homme très honorable, âgée de trente-deux ans, souffrait d’une douleur très vive dans la région des reins, à cause de reins chargés de sable (graviers) et de calculs. Ayant été appelé auprès d’elle, je la délivrai rapidement et complètement, par la volonté de Dieu, grâce aux remèdes suivants.

Bain

Avant tout, qu’elle utilise un bain d’eau douce.

Onction

Après le bain, on oignait les reins, les lombes et les uretères avec de l’huile de scorpions chauffée.

Clystère (lavement)

Ensuite je lui administrai un lavement composé ainsi :

  • Lait frais filtré : 10 onces

  • Huile de camomille : 2 onces

  • Huile de lys blanc : 1 once

  • Miel : ½ once

  • Herbe bénédictine laxative : ½ once

Qu’on en fasse un clystère, grâce auquel elle évacua beaucoup, les calculs avancèrent et la douleur cessa.

Régime

Aliments : viandes bouillies, petits bouillons, etc.
Elle évitait les produits laitiers et les aliments visqueux.

Boissons : durant plusieurs jours, elle buvait du vin de genièvre.

Et ainsi, en trois jours, par la miséricorde de Dieu, elle fut guérie.

Cardialgie et anorexie (ca.1591)

Bien plus tard, vers 1591, la femme de Sébald MOTZ, qui avait alors 54 ans, souffrit de cardialgie et d’anorexie. Voici la transcription du rapport du Dr. Martin RULAND concernant ce cas. (Martin RULAND : « Curationum empyricarum & historicarum… centuriae decem, quibus adjuncta de novo ejusdem authoris Medecina practica…: cum indice rerum omnium uberrimo ». Centurie V. Lyon : P.Ravaud, 1628, page 303).

CURE VIII.

TRADUCTION : De l’anorexie ; des douleurs d’estomac.

L’épouse de Sebald Motz, percepteur à Laugingen, mon très cher parent, âgée de cinquante-quatre ans, se plaignit lourdement de ces maux graves. Par la grâce de Dieu, je lui apportai aussitôt secours, comme suit.

Breuvage vomitif et purgatif

On versait une once de vin d’absinthe dans notre gobelet chimique, où on le laissait infuser pendant la nuit. Le matin, elle le buvait, et cela provoquait rapidement des vomissements faciles, chargés de phlegme et de bile ; plusieurs évacuations intestinales suivirent également, et elle commença aussitôt à aller mieux. Je lui donnai le même breuvage une troisième fois, trois jours plus tard ; il eut des effets semblables, et elle retrouva une parfaite santé.

À propos d’une histoire familiale de trésor

Qui n’a jamais rêvé d’hériter d’une grande somme d’argent d’un cousin éloigné ou de découvrir un trésor ? À l’instar de nombreuses familles, dans la nôtre circulait une légende : nous descendions d’un pirate (« mir stàmme vùm a Piràt àb »). Encore petit garçon et amusé par l’image du pirate à la jambe de bois ne voyant que d’un oeil, j’étais resté très sceptique quant à la véracité de cette affirmation, mon grand-père adorant raconter des histoires.

Un peu plus tard, il m’a sérieusement expliqué que cela avait un fond de vérité. La famille de son grand-père maternel, Louis Würtz (1856-1932), qui était cantonnier à Rittershoffen, a fait partie de quelques familles alsaciennes – au nombre de quatorze dans le souvenir de mon grandpère, alors qu’il n’était âgé que d’une petite dizaine d’années – portant le nom de famille Würtz qui ont été sollicitées dans les années 1930 dans le but de financer des procès pour récupérer l’héritage de leur ancêtre, un pirate hollandais du même nom (« Würtz het er g’haasse, ùn vùn Holland isch er gewann »).

L’avocat qui s’est occupé de l’affaire, un certain Anderle, aurait exercé dans la région de Mulhouse. En 1936, il disait de l’héritage qu’il était colossal : pas moins de 24 millions de florins hollandais (« viere zwàntzig Millione Gulden »), répartis dans 25 coffres (pierres précieuses, pièces d’argent, pièces d’or, bijoux, etc.) Après que les familles eurent effectué plusieurs versements annuels conséquents à leur avocat, chaque versement représentant le prix d’une bonne bicyclette (« jedes Johr ungfähr so viel wie a gutes Vélo »), Anderle leur apprit que l’héritage était en cours de transfert, naviguant sur le Rhin quelque part entre Cologne et Strasbourg. Peu de temps après, on était alors en 1938, une cousine Würtz de Sarrebruck leur aurait envoyé une coupure de presse qui disait que l’administration allemande en avait décidé autrement et l’avait confisqué à Mayence cette année-là, lors de son acheminement vers les terres alsaciennes… alors que les enfants de Louis Würtz et les supposées autres familles considérées comme descendantes attendaient impatiemment cet héritage…

Enquête sur cet héritage

Hélas… les papiers familiaux ayant trait à cette affaire ont été détruits lors de la seconde guerre mondiale. La recherche d’archives officielles concernant cette succession paraissait donc difficile avec si peu d’indices. Après un déplacement dans un cabinet spécialisé en recherches d’héritiers, et après avoir navigué sur des sites internet spécialisés en généalogie et eu des échanges avec d’autres familles dites descendantes aux Etats-Unis, nous avons pu enfin élucider le mystère, des recherches complémentaires permettant ensuite d’étoffer un peu la documentation et les sources.

arolsen_klebeband_02_349
Paulus Würtz, période suédoise (vers 1655)

En dernier lieu Feldmarschall au service des Provinces-Unies, Paul Würtz, issu d’une famille de marchands de boeufs, naquit le 30 octobre 1612 à Husum (Schleswig). Parvenant à faire des études et acquérir des connaissances linguistiques et scientifiques significatives, il servit successivement l’empereur Ferdinand II et, dans les dernières années de la Guerre de Trente Ans, le futur Charles Gustave de Suède (1622-1660), issu de la dynastie des Deux-Ponts-Cleebourg, avec qui il se lia d’amitié et qui en fit ensuite un de ses diplomates et chefs militaires. Lors des diverses campagnes, Würtz acquit ses lettres de noblesse et en 1657 le roi lui octroya le titre de baron et le rang de lieutenant-général.

En 1665, Charles Gustave étant mort, Würtz mit ses compétences au service de la couronne danoise, qui lui offrit le poste de Feldmarschall, puis s’installa à Hambourg avant de rejoindre en 1668 les Provinces-Unies, menacées par Louis XIV. Désavoué par le jeune stathouder Guillaume III, il envoya sa démission aux États généraux et se retira en 1674 à Hambourg, où il mourut le 23 mars 1676.

La succession

Le feldmarschlall Würtz a pu accumuler une vaste fortune, notamment grâce à son dernier poste aux Provinces-Unies où certains historiens estiment que ses émoluments étaient proches de celui du stathouder, le prince d’Orange. D’autres chercheurs pensent que son fief en territoire finlandais et ses liens avec la couronne suédoise y étaient aussi pour beaucoup. Quoi qu’il en soit, sa fortune était très importante pour cette époque.

Quelques années avant sa mort, le 28 décembre 1672, Paul Würtz aurait fait établir à Gorcum (Hollande) par acte notarié un testament instituant sa gouvernante Johanna von der Plancken (mère de leur fille illégitime Bartha Würtz) comme sa légataire universelle. Il aurait confirmé ce fait, devant témoins et notaire, peu avant sa mort, le 21 mars 1676, mais certains (notamment les descendants de ses demi-frères Würtz demeurant dans la région de Coblence) allaient tenter de montrer que les différents actes notariés avaient été falsifiés.

L’héritage fut ainsi bloqué jusqu’en 1679 à Hambourg. L’affaire prit une tournure politique lorsque la flotte des Provinces-Unies menaça Hambourg de ses canons, étant donné que la famille de Johanna von der Plancken (qui était entre-temps décédée, début 1679) attendait toujours l’intégralité de l’héritage en Hollande. Le magistrat de Hambourg céda et rendit la dépouille et les biens du Feldmarschall, lequel fut inhumé une seconde fois, en la cathédrale (Oude Kerk) d’Amsterdam le 24 octobre 1679.

En sommant les items d’un inventaire de 1679 établi par des administrateurs à Amsterdam, on peut estimer l’héritage à près de 550.000 florins hollandais en obligations et argent, auxquels il faut ajouter plus de 47 coffres ou coffrets dont le contenu n’est pas indiqué, de quelques maisons, d’un carrosse et d’un peu de mobilier. L’héritage fut alors déposé dans un orphelinat à Amsterdam où était placée Bartha Würtz après le décès de sa mère. S’ensuivirent plusieurs procès, avec toujours plus d’héritiers venant de diverses  branches généalogiques, en concurrence avec le parti des von der Plancken. Les tribunaux hollandais jugèrent alors que les documents notariés avaient été falsifiés en faveur de l’ancienne gouvernante, sur son initiative. Ils décidèrent de bloquer l’héritage jusqu’à ce que les différentes branches prétendantes conviennent un accord… qui n’arriva jamais. Après un statu quo de soixante ans, les démarches judiciaires reprirent en 1770. Force était de constater que l’argent manquait aux tribunaux pour procéder aux recherches, tant était grand le nombre de descendants potentiels répartis dans toute l’Europe. Les procédures cessèrent ainsi au début du 19e siècle. Il y eut encore d’autres tentatives, vaines, au cours de ce même 19e siècle, car certains montèrent alors des associations destinées à la récupération de l’héritage, notamment des Américains, mais aussi des Allemands avec leurs «Würtz’schen Vereine », sans plus de succès.

Le lien entre Paul Würtz et l’Outre-Forêt ?

Si l’identité de l’intéressé, son histoire ainsi que les tribulations concernant son héritage étaient maintenant connues, il convenait de vérifier si un lien pouvait être établi entre les Würtz de Rittershoffen et la descendance collatérale de ce célèbre personnage.

L’ascendant le plus ancien connu du cantonnier Louis Würtz est mentionné pour la première fois en 1693, dans le registre de comptabilité seigneuriale du bailliage de Hatten. Andreas Würtz, un laboureur, a acheté des biens caducs et paie des intérêts sur ces biens (1). Par ailleurs l’année de naissance approximative de son fils aîné Mathias est 1686 (2). Est-ce qu’Andreas est un descendant collatéral de Paul Würtz ?

Le registre paroissial de la communauté de Niederberg (région de Coblence) contient une notice de recherche sur plusieurs pages énumérant tous les descendants trouvés et connus des demi-frères du Général (3) : Anna, Heinrich et Peter Würtz, issus d’un premier mariage de leur père. Cette notice est initiée en 1772 et enrichie jusqu’en 1825 par les curés subséquents de Niederberg et contient uniquement les descendants d’Anna et de Peter Würtz.

En outre, il s’avère que les seuls descendants pouvant correspondre à Andreas sont ceux issus d’Heinrich Würtz. Ils ne figurent donc pas sur la notice mais leurs actes de baptême se trouvent dans le registre : un de leurs garçons a été baptisé le 20 février 1661 puis des garçons jumeaux le 25 juillet 1664 (3). L’un de ces trois fils aurait-il tout de même survécu puis émigré à Rittershoffen, à l’insu des auteurs de cette notice de recherche ? Rien n’est moins sûr…

Aucun lien évident ne pouvant être établi entre Andreas Würtz et Paul Würtz, on peut conclure qu’Anderle, probablement attiré par le gain, si tant est qu’il ait vraiment entrepris une enquête sérieuse avant la guerre, a pour le moins été opportuniste, sinon malhonnête, en ponctionnant des familles crédules, des familles vraisemblablement non apparentées dont le seul rapport avec le « pirate » était leur nom de famille. Anderle devait savoir d’avance, comme d’autres avocats avant lui, que les procédures auraient peu de chance d’aboutir, pour les mêmes raisons que celles rencontrées depuis le début de la succession et jusque dans ces années 1930. En outre, aucun avocat du nom d’Anderle ne semble avoir été enregistré au barreau de Mulhouse (4), et l’on peut se demander qui était vraiment cet homme (« s’isch sicher a Winkelàdvokàt gewann»).

Après la seconde guerre mondiale, la famille de mon grand-père, bien occupée à la reconstruction et par ailleurs persuadée de ne plus parvenir à récupérer un éventuel héritage, n’avait plus entrepris de démarches dans ce sens.

* * *

L’on voit ainsi que toute investigation requiert une certaine rigueur, et que l’appel aux documents originaux, aux preuves, s’avère indispensable pour vérifier chaque histoire, surtout lorsque celle-ci parait séduisante.

petitMon grand-père Aloyse, sa petite soeur Madeleine est à sa droite auprès de leur mère Anne Würtz, derrière elle son époux Eugène Fischer, entourés de voisins et de soldats français, à Leiterswiller en 1933

Sources :
1) AD67 E3292 : Comptabilité du bailliage de Hatten, année 1693 : « Item Andres Würtz von 6 Gulden 2s 6d Capital, 3s 1½ d Zinsen »
2) AD67 6E40.2/148 : Inventaire après décès d’Andreas Würtz du 23 septembre 1707: « Nahmen undt Alter der Kinder : 1. Mathis seines Alters 21 Jahr. 2.Johannes 15 Jahr. 3.Maria Catharina 13 Jahr. 4. Georg Lienhardt 7 Jahr »
3) Registre paroissial catholique de Niederberg (Kr. Coblenz) (1660-1691). Notice : « Pro notitia. Extractus varii et protocollis baptizatorum et copulatorum descendentium a Nicola Würz et uxore ejus Catharina Orth in Neudorf […] ». Le baptême des garçons jumeaux. Tout comme pour leur frère aîné né en 1661, aucun prénom n’est indiqué : « [1664] Henrico Wirtz et Catharinae uxori nativunt duo proles renati vero 25st. Julÿ, sub patrinis spondentibus, primi et senioris filius, Jacobo Gräss, et Matrina Maria, Henrici Petri uxore, alterius vero, Philippo Schora, et Matrina Sophia, Nicolai Krauth filia ».
4) Archives municipales de Mulhouse : collection des livres d’adresses de la ville de Mulhouse comportant chacun la liste des avocats du barreau de la ville. Années consultées : 1923, 1924, 1926, 1928 à 1935, 1938 et 1939.

– Hans Escher : Urkundliches über Paul Würtz, Feldmarschall und Baron von Ornholm und dessen Nachlass betreffend, Escher, Essen 1909, 15 p.
– Uwe Iben : « Feldmarschall Paul Würtz aus Husum », Beiträge zur Husumer Stadtgeschichte, Heft 6. Gesellschaft für Husumer Stadtgeschichte e.V., Husum 1998, 12 p.
– William J. Snyder : Stenographic report of proceedings had at the first reunion of the Wertz family, held at Rock Island, Ill., October 6-7-8, 1911…William J. Snyder, Chicago, Ill 1911, 36 p.
– William J. Snyder, Stenographic report of proceedings had at the second reunion of the Wertz family, held at Harrisburg, PA., October 25, 26, 27, 1912, William J. Snyder, Chicago, Ill., 1912,
102 p.
– Herbert Weffer : « Die Millionen des Feldmarschalls Paul Würz – Die Verwandten leben im Bonner Land », Jahrbuch des Rhein- Sieg-Kreises. Siegburg, Rhein-Sieg-Kreis, 1992, p. 137-144.
– Philander von der Weistritz : Leben und Thaten des Herrn Paulus v. Wirtzen, Friedrich Christian Pelt, Copenhague & Leipzig, 1756, 135 p.