Michel Fischer dans le pigeonnier avec l’argenterie (image générée par IA)
Nous avions déjà eu l’occasion d’évoquer Michel Fischer, arrivé au printemps 1679 dans le village de Leiterswiller, depuis le pays de Wurtemberg, en compagnie de son épouse Barbara née Guldin et de leurs nombreux enfants, et qui avait pris en gestion l’une des deux fermes seigneuriales du village (1). Ce que nous ignorions alors est la présence d’archives (2) retraçant quelques tranches de leur vie.
Le 20 juillet 1664, le colonel Quirinus von Hohnstedt, chevalier de l’Empire et seigneur en immédiateté impériale de Weitenburg et de Sulzau (Souabe), seigneur de Bacourt (Lorraine), établit un contrat de gérance de la ferme du domaine du château de Weitenburg, qui désigne l’honorable et humble Michel Fischer, originaire du village de Bittelbronn (seigneurie de Haigerloch – Souabe) et établi depuis au moins 1662 à Sulzau, comme fermier seigneurial (“Bestandmeier”) à partir du 11 novembre 1664.
Pour les amateurs de généalogie, de telles précieuses informations, parfois absentes des registres paroissiaux, sont souvent à découvrir dans des documents de cette nature, en lien avec la seigneurie locale. Il arrive, et c’est l’intérêt du présent article, que l’on puisse entrer bien plus en contact avec nos ancêtres, en obtenant leurs témoignages, le témoignage d’autres personnes sur leurs actes et leurs comportements, surtout lorsqu’ils sont inhabituels. Cela constitue un apport biographique très riche, et assez rare, pour cette classe sociale, à cette époque.
Michel Fischer résidait avec sa famille, pour une partie de l’année au moins, au rez-de-chaussée du château, avait deux valets de ferme et une servante. Il devait veiller à l’entretien des bâtiments et à l’exploitation des terres, prés, jardins et terres arables du domaine castral. Dans le cadre de cette gérance, il vendait ainsi des grains, issus de ses récoltes, à Zell am Bodensee, à 100 kilomètres plus au sud.
En outre, son épouse est indiquée comme la première servante de Quirinus von Hohnstedt, celle à qui il allait vouloir confier la mission de prévenir le directeur de la Chevalerie (“Ritterschaft Director”) à Hirrlingen (une localité proche) dans la soirée précédant l’assaut dont il sera question plus loin (Barbara s’était alors excusée, ne pouvant pas partir la nuit, en raison de ses jeunes enfants).
Une vie de château
Le pont-levis du château, abandonné au milieu du XVIIIe siècle, était toujours en place au Weitenburg, et était l’unique accès à la cour du château, le complexe étant entouré d’une muraille et d’un fossé. Il n’existe malheureusement plus de plan précis pour le XVIIe siècle mais l’inventaire du château (mobilier, céréales, vin, animaux et autres choses), ordonné par le duc Eberhard de Wurtemberg le 3 novembre 1669, et établi le 17 novembre suivant, indique la présence, au château même, de plusieurs pièces dédiées au fermier seigneurial et à sa famille. Ceux-ci pouvaient y habiter de façon permanente, bien qu’ils disposaient également d’une habitation liée à la ferme (“Meierhaus”), mais où logeaient peut-être leurs propres domestiques et valets.
Vue générale du château de Weitenburg, XVIe siècle, depuis la vallée du Neckar en février 2016. Le bâtiment le plus élevé était le lieu d’habitation (photo : qwesy qwesy, CC-by 3.0). A droite, la porte d’entrée du logis, datant de 1661, et comportant en chef, et entrelacées, les initiales de Quirinus von Hohnstedt – QVH. (Collection de l’auteur)
Pour la famille Fischer, c’était donc “la vie de château”. Voici les indications de ce qui se trouvait, de façon certaine, dans leurs appartements, à l’étage du bas (“im unteren Stock”) du bâtiment principal, encore existant aujourd’hui et appelé historiquement “Ehinger Bau”:
la pièce principale du fermier seigneurial (“Stub”) : deux tables, une armoire, un coffre-fort
la chambre du fermier seigneurial (“Cammer”) : deux coffres, un lit
la cuisine (“Küche”) : une table, une armoire, deux poêles en fer, un couteau à pain en fer<
des morceaux épars de lits cassés dans la petite pièce du fond (“hinderen Stübell”) et dans le couloir
la chambre des servantes (“Mägdecammer”) : trois lits.
En plus de Barbara, il y avait alors une autre servante connue. Les enfants du couple ont possiblement dormi dans la petite pièce du fond.
C’est dans ce cadre qu’allait survenir, le 3 octobre 1669, un événement marquant dans l’histoire du lieu.
L’assaut du château de Weitenburg et ses suites
Quirinus von Hohnstedt et le duc Eberhard avaient officiellement convenu un échange de seigneuries, à savoir la seigneurie de Weitenburg et de Sulzau contre la seigneurie d’Helfedange, en Lorraine. Mais le domaine lorrain étant gagé, cela avait amorcé un conflit entre les deux protagonistes.
Voici des extraits du témoignage de Michel Fischer, interrogé par les hommes du duc, relativement aux agissements du colonel (3).
D’après lui, lorsque Quirinus von Hohnstedt revint, depuis la Lorraine, au Weitenburg le 30 septembre 1669, il demanda en premier à voir le fermier seigneurial et trouva, en arrivant au château, dans la pièce principale de ce dernier, l’épouse de Michel Fischer, et lui signifia quec’est bien en désordre ici, ce à quoi Barbara répondit qu’elle ne peut rien y faire, que les choses vont déjà assez mal comme cela.
Le 1er octobre, vers 17 heures, le fermier seigneurial rentra chez lui depuis Zell, et apprit que le colonel était là. Pendant que Michel Fischer se détendait, il demanda au valet ce que faisait le maître des lieux. Le valet lui répondit que ce dernier était en haut dans sa chambre et s’était enfermé. Après s’être occupé de ses chevaux, le fermier seigneurial alla dîner avec sa femme et ses enfants. Fatigué, il s’allongea ensuite sur un banc et dormit jusqu’à environ minuit. À ce moment-là, le colonel cria par la fenêtre et ordonna au fermier seigneurial de le rejoindre. Lorsqu’il arriva, il fut salué par son maître : “Bonheur à toi, bonheur à toi, Michel, comment vas-tu, comment vas-tu ?” Le fermier seigneurial répondit qu’il ne savait pas si les choses allaient bien ou mal, mais il espérait avoir de la chance. Le colonel demanda : “Pourquoi, tu as maintenant un grand seigneur, lui as-tu aussi fait des promesses et prêté serment ?” Le fermier seigneurial répondit qu’il n’avait pas prêté serment au duc, et que même s’il avait un grand seigneur, celui-ci ne lui donnerait pas plus que le colonel, car il devait payer ce qu’il lui devait. En outre, le colonel demanda s’il avait fait un bon profit. Fischer lui répondit qu‘il avait reçu à Zell 2 florins et 20 kreuzers pour un muid de grains, qu’il aurait souhaité les vendre plus cher. Il s’ensuivit selon lui un interrogatoire du colonel au sujet de la fidélité des habitants de Sulzau à son égard, auquel son fermier répondit factuellement. Leur entrevue se termina lorsque le fermier seigneurial demanda au colonel la permission de se retirer car il était fatigué et voulait aller se coucher.
Le 2 octobre, à 19 heures, arrivèrent au château trois bourgeois d’Ergenzingen, un village à proximité, deux charpentiers et un fermier, portant chacun un fusil. Ils demandèrent à voir le colonel. Une fois annoncés, il les laissa monter vers lui et leur demanda comment les choses se présentaient. Le rapport précise qu’ils lui répondirent que leurs femmes étaient à Herrenberg (un bourg des environs) sur le marché, et qu’elles avaient rapporté que 300 soldats du duc Eberhard de Wurtemberg étaient là-bas, prêts à se diriger vers Weitenburg. Michel Fischer dit alors au colonel : « Monsieur le Colonel, fuyez, je vous en prie, pour l’amour du Jugement Dernier, partez pour Rottenburg, ou ailleurs où vous pourriez être en sécurité, car si une telle force arrive, je perdrai tout ce qui m’appartient. » Le colonel lui répondit : « Tu exagères et tu pourrais rendre d’autres gens peureux. Il n’y a pas besoin de cela, il ne vous arrivera rien, on n’aura pas besoin d’utiliser la violence. » Les deux charpentiers dirent alors : « Monsieur le Colonel, vers 22 heures ou 23 heures, les troupes wurtembergeoises seront là. »
Avant que le château ne soit assiégé par les hommes du duc, Michel Fischer reçut pour instruction du seigneur de Weitenburg d’aller chercher en renfort les gitans, connaissances du fermier, alors en campement à Börstingen, le village voisin. Il se rendit auprès des gitans, mais il ne leur dit pas qu’ils devaient venir au château pour aider le colonel. Sinon, ils l’auraient fait volontiers. Il a alors passé quelques heures avec diligence auprès d’eux, pensant que l’alarme serait passée entre-temps, afin qu’il ne soit pas pris au piège au château. Il indique qu’il était déjà minuit lorsque le colonel lui confia cette mission, et qu’il ne retourna au château auprès du colonel que vers 3 heures du matin du jour suivant, comme il avait reçu certaines informations selon lesquelles les troupes wurtembergeoises arriveraient sûrement devant le château vers 22 heures ou 23 heures, et que l’affaire aurait été réglée par les autorités de Rottenburg (la ville la plus proche) et que la transaction aurait ainsi été annulée. Il précise avoir alors inventé une fausse réponse et l’avoir présentée au colonel, disant que les gitans n’étaient pas chez eux mais qu’ils étaient partis pour leurs vols et leurs pillages habituels. Il aurait ordonné à leurs femmes de leur dire dès leur retour que le colonel avait besoin d’eux et qu’ils devaient se dépêcher de venir au château. Fischer ajouta que le colonel était alors très mécontent de lui. Alors pris au piège, le colonel lui proposa dix Reichsthaler pour se battre en sa compagnie, ce que le fermier refusa car il avait mieux réfléchi à l’issue et avait réalisé que cela finirait très mal, avant d’aller se réfugier dans le pigeonnier du château avec le tuilier du lieu, jusqu’à ce que l’assaut soit terminé.
Pour mesurer l’atmosphère de l’assaut, voici comment Quirinus von Hohnstedt décrit avoir vécu la fin de ce dernier, à l’intérieur du château (4):“… mais alors qu’ils ont commencé à arriver tout en haut de l’escalier, j’ai crié (aux soldats) qu’ils ne devaient pas aller plus loin ou j’ouvrirai le feu, suite à quoi ils ont commencé à tirer. Moi aussi, j’ai alors commencé à tirer comme ils commençaient à vouloir trop approcher. Alors qu’ils ont vu qu’il y avait quelqu’un ici qui pouvait tirer, ils sont redescendus chercher de la paille et du feu, ont posé ceci à l’escalier. Le feu est devenu si haut qu’il a commencé à approcher le toit, j’ai alors dû l’éteindre. Alors qu’ils ont tenté de repasser à la charge et qu’ils ont vu qu’il y avait parfois des coups de feu, ils ont pris les femmes, filles et enfants de paysans, les ont poussés devant eux afin qu’ils soient protégés de mes coups de feu. Mais comme cela n’a pas aidé, ils ont à nouveau allumé le feu et tenté de casser le plancher. Lorsque j’ai vu qu’ils souhaitaient brûler mes chambres, j’ai consenti à donner mon accord. Ils ont alors dit qu’il n’y avait pas d’accord et qu’ils allaient me tuer. J’ai tenu le siège encore quatre heures. Lorsque mes pistolets n’ont plus donné feu, je me suis résolu à hasarder ma vie, je me suis laissé descendre en secret, en passant à travers leur surveillance. J’ai sauté par les rochers et avec l’aide de Dieu je me suis sauvé”.
Après la fuite du chevalier, Michel Fischer profita de la confusion pour subtiliser l’argenterie du château, qu’il mit par la suite en morceaux et tenta de revendre quelques mois plus tard à Schaffhouse (Suisse) par l’entremise de son frère Hans, demeurant à Bittelbronn. Considéré comme pauvre et simple par les autorités de Haigerloch, Hans Fischer fut suspecté de recel par un orfèvre de Schaffhouse et arrêté vers le début du mois de janvier 1670 par les autorités de la cité suisse. Voici les détails de cette affaire impliquant Michel Fischer et lui :
8 janvier 1670 – Courrier de la ville de Schaffhouse (Suisse) concernant l’argenterie volée. (5)(Traduction)
Par la plus sincère dévotion envers Votre Altesse Sérénissime Princière, je ne dois pas cacher qu’en ces jours-ci, un sujet de la seigneurie de Haigerloch, nommé Hans Fischer, ici chez l’un de nos maîtres orfèvres a mis en vente un assortiment d’objets en argent découpés en plusieurs morceaux, qui semblaient avoir été fondues et façonnées, ainsi que 2 cuillères.
Comme cela lui semblait suspect, il a donc remis l’homme ainsi que l’argent, pesant environ 180 loth – environ 3 kgs – à la Noble Seigneurie, en tant qu’autorité supérieure, qui, par devoir d’office, a décidé de le soumettre à un examen juste, au cours duquel il a déclaré que cet argent lui avait été remis par Michel Fischer, aubergiste à Sulzau, pour l’emmener ici, et à Zurich, pour être monnayé, mais il ignorait d’où l’aubergiste avait obtenu cela.
Sur la déclaration de cet homme, qui semble par ailleurs très simple, la Noble Seigneurie est intervenue, et a envoyé un courrier express à Haigerloch pour le déroulement de l’affaire et son état : on leur a répondu que bien que ledit Hans Fischer soit leur sujet, ils ne croient pas qu’il ait volé cet argent, mais plutôt, étant un homme très pauvre et simple, qu’il ait été persuadé par ruse par quelqu’un d’autre d’accepter cette dangereuse mission, par pure naïveté.
Maintenant, comme les autorités de Haigerloch soupçonnent que les autorités de Rottenburg pourraient donner un meilleur éclaircissement sur l’affaire, elles leur ont écrit, et celles-ci ont répondu que bien qu’il n’y ait pas d’aubergiste nommé Michel Fischer à Sulzau, il y a bien un certain individu de ce nom, le frère du Hans Fischer arrêté, qui réside actuellement au château de Weitenburg – où récemment, lors de l’assaut de ce dernier, des objets en argent similaires ont été perdus – et y gère la ferme et selon toute vraisemblance a partagé cette argenterie avec d’autres pillards.
Maintenant, vu les différends rapportés entre Votre Altesse Sérénissime Princière et M. le Colonel Quirinus concernant ledit château, je me demande si je pourrais vous être utile dans cette affaire, et c’est dans ce but que je me soumets humblement, et par ce moyen, je tiens à rappeler respectueusement à Votre Altesse Sérénissime Princière, ainsi qu’à l’honorable Maître de la Cour von Manteuffel, ma disponibilité à servir.
Votre humble serviteur dévoué.
Johann Jacob Stockar von Neuforn
Schaffhouse, le 8 janvier 1670.
Après enquête, Michel Fischer fut ainsi mis en cause. Une fois le duc Eberhard alerté, celui-ci récupéra l’argenterie saisie à Schaffhouse, mais le maintint comme fermier du domaine du château de Weitenburg, annexé de facto aux terres ducales.
L’occupation
Entre-temps, pendant l’occupation du château par les troupes wurtembergeoises, furent notées différentes références à la famille du fermier seigneurial. Elles nous apprennent, de la main du capitaine Schabert, dans la comptabilité liée à cette occupation, qu’en ce qui concerne le saindoux, la fermière seigneuriale de Weitenburg en a fourni, et en contrepartie, suite au dépeçage du mouton, (les soldats) lui ont laissé la graisse de l’animal, il y en avait peu (période du 3 au 6 octobre).
En octobre ou en novembre 1669, le fermier seigneurial de Weitenburg, le maire et encore un bourgeois de Sulzau sont allés vérifier les pierres-bornes locales, ont remis en place celles qui ne l’étaient plus, et ont revendiqué avoir ensuite bu un coup, soit 4 mas (m) de vin (environ 7,67 litres) et aussi consommé un pain de 6 livres. En comparaison, quatre journaliers de Sulzau ont consommé 8m de vin sur deux jours de travail. La consommation moyenne d’un homme semblait donc se situer aux alentours de 2 litres de vin par jour.
Un peu plus loin, dans les dépenses liées au pain, Schabert parle cette fois du fermier seigneurial et ses consorts et des pierres-bornes de la délimitation de Weitenburg (“Grenzsteine auf der Weÿttenburgischen Markung visitiert”).
Pour un nouveau départ
En mai 1670, Quirinus von Hohnstedt accusa Fischer de dettes et de mauvaise gestion. Angoissé et craignant les représailles du colonel au retour prévu de ce dernier en tant que seigneur de Weitenburg, Michel Fischer supplia le duc de le transférer vers une autre ferme du territoire ducal. Sa requête (voir ci-dessous) est un témoignage fort du personnage, qui illustre bien la situation délicate dans laquelle il s’est mis, notamment suite au vol de l’argenterie et à l’arrestation de son frère.
Le 20 mai, le duc renouvela son soutien au fermier dans le travail de celui-ci à Weitenburg, et le 5 septembre décréta qu’il sera rémunéré pour ce bon travail, épargné de poursuites par le colonel, et libre de quitter ensuite son emploi. Après de longues négociations, von Hohnstedt reprit possession de Weitenburg le 2 octobre. Une commission du duché avait formalisé cette reprise en résolvant les différends entre le colonel et Fischer ainsi : la restitution de l’argenterie à l’officier et un paiement de 78 florins et 25 kreuzers et demi au fermier, avant la remise en possession effective.
Le seigneur fit ensuite rédiger de nouvelles prétentions, exigeant de son ancien fermier le remboursement d’un trop-perçu. Alors déjà parti de Weitenburg et sous la protection du grand écuyer (à la cour de Stuttgart) Friedrich Benjamin von Münchingen, Michel Fischer s’en plaignit et le 15 octobre 1670, le haut conseil ducal ordonna au bailli de Herrenberg de faire respecter pleinement les accords de la commission.
14 mai 1670 – Supplique de Michel Fischer, fermier de Weitenburg, au duc Eberhard. (6) (Traduction)
Très illustre Duc, Gracieux Prince et Seigneur,
Votre Altesse Sérénissime n’ignore certainement pas que, après avoir pris possession du château de Weitenburg et de toutes ses dépendances dans une certaine mesure, elle m’a confié, à moi, humble suppliant, la gestion de cette ferme.
Comme je me réjouis profondément et en toute humilité de cette grâce princière, je me suis donc efforcé jusqu’à présent de m’occuper des affaires et de la prospérité de ladite ferme de telle sorte qu’aucune plainte ou reproche ne devrait apparaître à ce sujet.
J’avais notamment l’espoir que ce domaine de Weitenburg deviendrait effectivement la propriété de Votre Altesse Sérénissime.
Cependant, comme la situation évolue malheureusement dans une toute autre direction, et qu’il semble que le Colonel Quirinus doive revenir en possession, je vis maintenant avec les miens dans une grande inquiétude et angoisse à chaque instant, car non seulement je connais suffisamment son tempérament colérique et le traitement dur qu’il a l’habitude d’infliger à ceux sur lesquels il cherche à se venger, mais j’ai aussi déjà été informé par de bons amis voisins des grandes menaces qu’il profère à mon égard, alors que je me sais totalement innocent, au point que je n’ose pas sortir de la dîme de Weitenburg.
C’est pourquoi je suis contraint par nécessité de m’adresser à Votre Altesse Sérénissime et de vous supplier humblement, pour l’amour de Dieu, de daigner gracieusement me garder sous votre haute protection princière et me préserver des dures menaces dudit Colonel Quirinus. Aussi, lorsque la possession lui sera effectivement rendue prochainement, de bien vouloir ordonner au bailli de Herrenberg, sans ou avec votre très humble directive, qu’en présence dudit Colonel Quirinus ou des siens, il procède à un décompte final juste et ordonné, tant pour le reste qui lui est dû selon le précédent décompte que pour mon service depuis lors, et qu’il m’aide ensuite à être libéré de Weitenburg, avec l’engagement de satisfaire sans faute au Colonel Quirinus le restant dû.
Et comme je n’ai d’autre intention que de me nourrir honnêtement et loyalement ainsi que les miens avec l’aide de Dieu par les affaires qui me sont confiées, je supplie encore humblement Votre Altesse Sérénissime de me faire la grâce princière de me permettre de m’installer dans quelque autre ferme dans les terres de Votre Altesse Sérénissime, sous votre gracieuse protection.
Le duc Eberhard III de Wurtemberg, vers 1670
Je recommande Votre Altesse Sérénissime à la direction du Très-Haut et me remets humblement, moi pauvre suppliant, à votre grâce princière.
Stuttgart, le 14 mai 1670,
de Votre Altesse Sérénissime
le très humble et obéissant fermier à Weitenburg
Michaell Fischer
Cependant le colonel maintint ses prétentions, qu’il précisa l’année suivante. Le duc Eberhard décréta alors en date du 15 novembre 1671 qu’un futur décompte devait être lu au duc Ulrich (son frère devenu aveugle) pour avis, mais ce dernier décéda quelques semaines plus tard. En 1673, le colonel renouvela ses revendications contre Fischer, et en janvier 1680 tenta une énième relance auprès du nouveau, et fils du précédent, duc régnant. Celle-ci ne rencontra probablement pas plus de succès, étant donné que le colonel réclamait aussi à la famille ducale le titre d’une obligation de plus de 9000 florins de feu le duc Ulrich, débiteur du chevalier…
Comme le précise Quirinus von Hohnstedt dans ce dernier courrier, Michel Fischer aurait été employé assez rapidement, à compter de son départ de Weitenburg en octobre 1670, comme fermier au service du grand écuyer von Münchingen. Le 28 juin 1676, on retrouve effectivement une trace, dans le registre paroissial de Münchingen (Souabe), d’un Michel Fischer, qui enterre sa fille Catherine, âgée de quatre mois et demi (7). Il aurait ainsi été affecté dans une ferme de Münchingen ou de Mauer (un écart de la localité) appartenant au grand écuyer.
Si l’on manque de détails concernant son passage à Münchingen, on sait donc que Michel Fischer reprit ensuite la gestion de la seconde ferme seigneuriale de Leiterswiller dans le bailliage de Hatten, qui était restée vacante. Il obtint le contrat de bail dans les mêmes conditions que Hans Bürckel, précédemment fermier à Mauer (Münchingen). Les deux baux sont ratifiés par la seigneurie le 20 juin 1680.
A peine arrivés à Leiterswiller, Michel Fischer le Souabe (“der Schwob”) et sa famille sont déjà à la tâche : en 1679, ils doivent en effet restaurer leur ferme fraîchement récupérée, qui a été laissée dans un état jugé inhabitable suite aux dégâts occasionnés par le passage des troupes lors de la récente Guerre de Hollande. Mais cela va coûter un certain montant, car Fischer est exonéré de la taxe d’habitation de cette année en raison des coûts de (re)construction auxquels il doit faire face.
En 1684, il conclut un contrat pour racheter au seigneur, le comte de Hanau, pour la somme de 250 florins les bâtiments de sa ferme. Peu après l’établissement de la Contre-Réforme à Stundwiller, Fischer et sa famille y adhérèrent et revinrent ainsi à la religion catholique, qu’ils avaient précédemment quittée. Cela et le fait qu’il voulut verser la dîme à son curé plutôt qu’au pasteur déplurent aux administrateurs du comte et ces désordres valurent à la famille Fischer d’être au moins un certain temps mal considérée par l’autorité bailliagère. Michel mourut à la fin du mois de mars 1699, après vingt années passées à construire pour sa famille un avenir dans le village de Leiterswiller.
De son mariage avec Barbara Guldin, probablement originaire de la seigneurie de Weitenburg et de Sulzau, sont issus onze enfants, entre environ 1658 et 1682, dont seuls sept (trois garçons et quatre filles) devinrent adultes et vécurent en Alsace. Deux fils deviendront également des fermiers seigneuriaux, un autre sera berger. La fille aînée épousera un berger, la cadette sera la femme d’un journalier, et les benjamines s’uniront à des fermiers.
Notes
1) Fabien Fischer :Les habitants de Leiterswiller du repeuplement à la reconstruction de l’église (1648-1736), in l’Outre-Forêt, n° 173, p. 15-26.
2) Hauptstaatsarchiv Stuttgart : A 356 – Fonds du haut-bailliage de Herrenberg, duché de Wurtemberg : Bü 45 (Weitenburg et Sulzau), Bü 19 (Château de Weitenburg). Archives contenant des documents intéressant la famille princière, concernant la seigneurie de Weitenburg et Sulzau, notamment consécutivement à l’assaut du château.
3) Hauptstaatsarchiv Stuttgart A 356 Bü 45,2 – pièce n°16.
4) Hauptstaatsarchiv Stuttgart : B 581 Bü 1452. Correspondance de Quirinus von Hohnstedt concernant l’échange et la vente de la noble seigneurie de Weitenburg avec Son Altesse Sérénissime Princière de Wurtemberg.
7) Landeskirchliches Archiv Stuttgart : Registre des sépultures de Münchingen (paroisse protestante) : 1596-1730.
Petite maison sur le carrefour de Leiterswiller, construite à partir de 1691, année où Michel Fischer acquit le terrain pour la somme de dix florins. Il la vendit en 1698. (Collection de l’auteur).
L’église protestante de Leiterswiller, devant laquelle auraient été enterrés les villageois (aux alentours de la croix monumentale), et cela même avant sa reconstruction en 1736 (photo : Ralph Hammann, CC-by-sa 4.0).
Jean Schwebel est né en 1499 à Bischoffingen, près de Brisach. Il suit ses premiers cours de grammaire à l’école latine de Brisach, chez le Maître Valentin Wickram, vers 1510. Ce dernier, natif de Turckheim, y est cité cette année-là comme directeur (Schulmeister), puis de même à l’école latine St-Georges de Haguenau entre le 1513 et 1518, année où il décède et où il est inhumé à Turckheim. Schwebel s’inscrit ensuite à l’Université de Fribourg-en-Brisgau le 3 mai 1521 (« Johannes Schweblinus de Bischoffingen dioc. Const. »), puis devient moine cistercien, et professeur à l’abbaye cistercienne de Tennenbach près d’Emmendingen, non loin de Fribourg.
Le 29 septembre 1524 (St-Michel), de part sa maitrise des langues anciennes et ses compétences pédagogiques, il est engagé à Strasbourg comme professeur à l’école latine privée de Maître Lucas Hackfurt (Bathodius), assistant ce dernier, qui organise dès 1523 l’assistance publique. Johann Schwebel est chargé de l’enseignement ainsi que de la pédagogie pour les gens pauvres. En 1525, lors de la Révolte des Paysans, il vint enseigner la littérature comme assistant du Dr. Othon Brunfels, dans la seconde école latine, au couvent des Carmes. Othon Brunfels, qui s’était beaucoup occupé des questions pédagogiques, fit publier en mars 1525 un recueil de préceptes à l’usage des élèves, qui montre qu’il s’attachait autant à l’éducation des enfants qu’à leur instruction. Ce traité intitulé « De disciplina et institutione puerorum, Othonis Brunfelsis Paraenesis » (ci-contre, la première page) fut publié et préfacé (dans les deux versions latine et allemande) par le savant Schwebel, la même année. Schwebel entreprit également la traduction de l’ouvrage en langue allemande, ce qu’il fit réaliser par le notaire Fridolin Meyger.
Jean Schwebel se maria en décembre 1526 avec Mergen dite Marie Boner, fille de Rupert Boner, de Strasbourg, et obtint grâce à son union le droit de bourgeoisie à Strasbourg le 17 janvier 1527, dans la corporation des jardiniers à laquelle appartenaient les Boner… Selon son autobiographie (« Jo. Suebelii vita ab ipso conscripta » in Leges Gymnasii, AMS 1 AST 319), Schwebel quitta Strasbourg suite au décès de sa première épouse le 31 juillet 1527 (et non comme certains le pensent, en raison de ses penchants pour l’anabaptisme). Il se rendit alors à Brisach et œuvra en 1528, à Bâle, comme correcteur chez les imprimeurs André Cratander et Jean Herwagen.
Début 1529, il put rejoindre Strasbourg et servit pendant presque trois ans comme précepteur dans la famille noble de Luthelman Bapst d’Ichtratzheim. Il se remaria le 29 septembre 1531 à Strasbourg avec Apollonia et fut à partir de la fin de cette année-là l’auxiliaire de Maître Jean Sapidus, qui avait repris l’école de Bathodius chez les Dominicains, déjà évoquée. Ce même couvent des Dominicains abritait également le collège des prédicateurs, un internat en fonction depuis mars 1534, et où enseignèrent les célèbres réformateurs Martin Bucer, Wolfgang Capito et Caspar Hedio. Jean Schwebel resta à ce poste jusqu’au 13 août 1536 quand il devint directeur à l’école latine de St-Pierre-le-Vieux (une troisième école créée en 1535), assisté d’un certain Henri Zell, futur cartographe et collaborateur de Nicolas Copernic. L’école de Schwebel comptait en 1537, 45 élèves et 13 commensaux.
Nous avons à disposition un rapport très intéressant de la main du directeur Schwebel qui nous permet d’obtenir une image précise du fonctionnement d’une école latine à cette époque, en 1537, dont voici une traduction depuis le latin (« Institutio Scholae ad Petrum Seniorem cui praeest Schwebelius, 1537 » in Leges Gymnasii, AMS 1 AST 319) :
”Les leçons commencent l’été à 5h30 et en hiver avant 7h. Tout d’abord, une partie du Nouveau Testament est lue et expliquée en latin et en allemand.
À 6 heures (en hiver à 7 heures), un chant est convenu: « Veni, sancte Spiritus » ou « Veni, Creator »; après quoi la Prière du Seigneur a lieu, et vers 6h15, commencent les leçons, en été.
Les élèves sont divisés en deux classes latines et un département inférieur pour les débutants (« alphabetarii »); mais il n’y a que deux enseignants, Schwebel et Zell; les débutants sont enseignés par l’un ou l’autre, tandis que les latinistes sont combinés. Parfois ils sont aussi confiés au surveillant ou à d’autres élèves plus âgés.
Les leçons, qui ont débuté après 6h, durent jusqu’à 7 heures. Ensuite, le châtiment des élèves indiqués par les censeurs est effectué. Schwebel ne dit pas quelles étaient les peines; mais les représentations de cette époque, dont certaines représentent une école, nous montrent toujours un professeur au bureau, armé d’un bâton. Vers 7h30, certains rentrent chez eux pour le petit-déjeuner, les autres ont apporté leur nourriture et la consomment dans la salle; les plus zélés recopient des versets latins. À partir de 8 heures, la leçon se poursuit jusqu’à environ 10 heures. C’est alors que l’enseignement de la foi a lieu. De 10h à 12h, les étudiants rentrent chez eux pour déjeuner.
De midi à 14h, il est à nouveau enseigné avec diligence. Puis suit une pause de 14 à 15h. De 15h à 16h l’enseignement a de nouveau lieu. Après 16 heures, deux ou trois psaumes sont chantés puis les étudiants sont invités à disposer.
Le travail des enseignants et des élèves dure donc de six heures à seize heures, avec environ 3 heures d’interruption, et cela tous les jours. Il y a une exception le jeudi : pas de prière ni de chant; il sera enseigné immédiatement après l’arrivée des étudiants. À 6 heures, les cloches de l’église sonnent et toute l’école est conduite au sermon. Après le culte on revient à l’école : les élèves légers et désobéissants reçoivent les peines infligées, puis l’enseignement reprend jusqu’à 10h. Le jeudi après-midi est libre; samedi, la leçon s’arrête à 13h. Le nombre total d’heures de leçons est de 38 à 40 par semaine. Même le dimanche, les enfants doivent se rassembler dans la salle de l’école. Déjà par le passé, on a déploré que les enseignants ne conduisent plus leurs élèves à l’église. Le zélé Schwebel ne manque pas de recommander à ses élèves « Erasmi Paraclesis ad christianam philosophiam »; puis suite à l’appel des cloches, toute l’école va au sermon. Même le dimanche après-midi, le professeur va avec ses élèves à l’église, mais il ajoute: « aussi souvent que je trouve le temps ».
Même dans la classe la plus basse, on s’exerce au vocabulaire latin avec la traduction allemande, en écrivant de courtes phrases sur le tableau mural.
Dans la classe moyenne, la grammaire est répétée selon Donat; les « Distiques de Caton », les plus petits « Colloques d’Erasme » sont expliqués et mémorisés.
Dans la classe supérieure, la grammaire latine se répète et se poursuit, la syntaxe, les règles de la prosodie. Les auteurs sont Virgile (« Les Bucoliques »), Erasme (Similia), Salluste. Les thématiques sont utilisées pour écrire des lettres ou des vers.
À partir de 13-14 heures, les étudiants des deux classes supérieures sont généralement enseignés par le professeur Henri Zell. Celui-ci lit avec eux des scènes de Térence ou les grands « Colloques d’Erasme ».
Seulement trois heures par semaine sont utilisées pour le grec; une heure est adoptée pour la théorie du chant; une heure spéciale est également consacrée au catéchisme. Le samedi sera une répétition générale du cours appris pendant la semaine.”
Schwebel resta deux ans à ce poste, avant la réorganisation des écoles de Strasbourg par les scholarques. C’est ainsi que Schwebel fut professeur au Gymnase de Strasbourg fraichement créé, où il donna successivement les leçons en 8e, 6e et 5e classe, entre 1538 et 1547. Schwebel, qui fut nommé économe et pédagogue au collège des prédicateurs du chapitre de Saint-Thomas en 1547 (aux Dominicains), avait également une prébende du même chapitre. Pour des raisons de santé il dut renoncer à la charge et fut nommé directeur de l’école Saint-Thomas en 1553. Vers 1559, il se rend aux thermes de Bad Wildbad (Bade-Wurtemberg) pour se soigner, en compagnie de son épouse et d’un jeune cousin, Michael Schwebel, qui les servait. Il y prit en notes les inscriptions ainsi que le réglement intérieur des thermes, donnant à son voyage une dimension également historique (Archives de Saint-Thomas, AMS).
Jean Schwebel mourut le 10 avril 1566, en ayant pris une part non négligeable dans la consolidation du système éducatif strasbourgeois en termes pédagogiques, système qui servira de modèle dans toute l’Allemagne protestante et au-delà.
Généalogie
Si l’on ne connait pas la parentèle de Jean Schwebel, ce dernier fournit en revanche des informations très détaillées, concernant les enfants nés de son second mariage (aucun n’étant né du premier), dans son texte en latin (« Jo. Suebelii vita ab ipso conscripta » in Leges Gymnasii, AMS 1 AST 319), dont ci-dessous la traduction, pour cette partie généalogique.
Il est paru intéressant de livrer ces informations, car à cette période, c’est relativement rare d’avoir cette précision en dehors des registres paroissiaux, dont peu nous sont parvenus pour cette période 1530-1550. Jean Schwebel indique souvent l’heure, et va jusqu’à indiquer une fausse-couche ou la météo le jour de la naissance. Avait-il des connaissances également en astrologie pour noter l’horaire ? Fort probable à cette époque de la Renaissance.
Extrait de « Jo. Suebelii vita ab ipso conscripta » in Leges Gymnasii, AMS – 1 AST 319.
« Vers la fête de la Saint-Michel de l’année 1531, ma seconde épouse, la vierge Apollonie, m’a été amenée, et d’elle j’ai eu les enfants suivants :
Année 1533 : Marie la première-née de ma seconde épouse Apollonie, née le 24 janvier, le jour de Vénus (vendredi), vers 4h du matin, en l’année 1533. Décédée le 26 octobre, le jour du Jupiter (jeudi), de l’année 1539.
1534 : Jean Schwebel, premier de mes fils, né le 14 octobre, le jour de Mercure (mercredi), au milieu de la journée, un peu après 12h, en l’année 1534. Décédé le 17 octobre, le jour de Venus (vendredi), de l’année 1539.
1536 : Euchariste Schwebel, née le 19 février, le jour de Saturne (samedi), environ 3h avant les vêpres (15h), en l’année 1536. Décédé en 1539.
1537 : Joseph Schwebel, né le 5 juillet, le jour de Jupiter (jeudi), aux vêpres vers six heures (18h), en l’année 1537. Il mourut déjà le 29 juillet de la même année, ayant ainsi vécu 24 jours dans cette misérable vie.
1538 : Rahel Schwebel, ma seconde fille, née le 4 novembre, le jour de la Lune (lundi), aux vêpres à six heures (18h). Décédée le 2 août, le jour de Mars (mardi) dans l’après-midi de l’an 1552. Après avoir vécu 13 ans et 9 mois, vivant une vie pieuse et sobre, elle a été accueillie, lors des plus grands tumultes et guerres, dans un repos bienheureux par Dieu le Père le plus Grand et le plus Saint.
1540 : Jean (Luc) Schwebel, né le 5 septembre, le jour du Soleil (dimanche), le matin, un peu après trois heures, de l’année 1540.
L’an du Seigneur 1542 : ChristianSchwebel, né le 16 décembre, le jour du Sabat (samedi), un peu avant onze heures, à la lumière claire.
1544 : Marie, la seconde, née le 21 septembre, jour du Soleil (dimanche) le matin à la quatrième partie exacte de la sixième heure, à l’approche de la septième (vers 5h45), de l’année 1544.
1546 : Pierre Schwebel, il naquit sous cette misérable lumière qui est la nôtre le 17 septembre, jour de Vénus (vendredi), le matin entre sept & huit heures, de l’année 1546. Il mourut le 10 octobre, le jour du Seigneur (dimanche) de la même année.
Ma femme a eu une fausse couche le 12 mai 1549. »
On ignore pour le moment ce qu’est devenu Christian (°1542), qui semble toujours encore en vie en 1553, mais on sait qu’au moins Jean (°1540) et Marie (°1544) ont atteint l’âge adulte.
Le 21 février 1564, à la Cathédrale, Jean (Jr.) Schwebel épouse Anne Staedel, issue d’une famille patricienne de Strasbourg, qui donnera par la suite cinq ammestres à la ville de Strasbourg.
Le 28 janvier 1566, à l’église St-Thomas, Marie Schwebel épouse Samuel Hubert, fils de Conrad Hubert qui était l’adjoint du célèbre réformateur strasbourgeois Martin Bucer, quelques mois avant le décès de son père Jean Schwebel. Comme l’indiquent certains courriers de l’époque, envoyés à Jean Schwebel, les familles Schwebel et Hubert étaient amies depuis longue date. C’est ainsi qu’Apollonie, veuve Schwebel, épousa en secondes noces Conrad Hubert, le père de son gendre, la même année 1566. Du couple Marie et Samuel Hubert est issue une grande descendance, dont on peut retrouver une branche à Lembach et Wingen(67), dont voici la succession des générations :
Jean Schwebel (1499-1566), moine cistercien, professeur de lettres anciennes, précepteur, adjoint de Maître Lucas Hackfurt(Bathodius), du Dr. Othon Brunfels et un peu plus tard de Maître Jean Sapidus dans les écoles latines de Strasbourg, directeur de l’école latine de St-Pierre-le-Vieux, professeur au gymnase de Strasbourg, économe et pédagogue au collège des prédicateurs, prébendier du chapitre de St-Thomas et enfin directeur de l’école St-Thomas.
Marie SCHWEBEL oo Samuel HUBERT (1542-1619), professeur à l’Académie de Strasbourg
Samuel HUBERT (1577-1636), administrateur gérant à Strasbourg (de la tuilerie près du Rhin, du pont sur le Rhin, du grenier à grains)
Marie HUBERT (1600-?), épouse Georges BRUNN, boulanger à Strasbourg
Samuel BRUNN (1625-1686), orfèvre puis messager à la chancellerie de Strasbourg
Anne-Marie BRUNN (1660-1702/), épouse Jean-Pierre CRAMER, pasteur originaire de Transylvanie. Pasteur 1683/1685-1689 à Waldhambach, destitué, 1690-1738 à Langensoultzbach et Frœschwiller.
Jeanne Elisabeth CRAMER (1686-1750), épouse Joseph Michel VILLHARDT, prévôt à Lembach puis en secondes noces, en 1724, Jean Martin BEY (1699-1771), forgeron à Lembach
Martin BEY (1727-1797), laboureur à Lembach
Susanne Dorothée BEY (1757-/1801), s’établit à Wingen en épousant Jean-Michel SCHWEICKART, maréchal-ferrant à Wingen
Le père de Charles Aznavour se nommait Mamigon (aussi surnommé Mischa) Aznavourian, artiste dramatique, musicien, chanteur baryton, serveur, restaurateur, arménien né le 26 mai 1897 à Akhaltzikhé (actuelle Géorgie, alors en Russie) et décédé à Paris XVe, le 3 juin 1978.
D’après l’acte de notoriété demandé par Mamigon et Knar, la mère de Charles, le 19 septembre 1947 – pour combler l’acte de mariage conclu à Izmir et qu’ils disaient lacunaire – le père de Mamigon se nommait Missak Aznavourian et sa mère Haïganouchi Soudjian[1]. D’après l’acte de décès de Mamigon Aznavourian, sa mère s’appelait Aikanouche Soudjian, donc ce fait semble bien établi – excepté une petite variation sur l’orthographe, mais cela donne une bonne idée de la prononciation.
D’après les dires familiaux, Missak Aznavourian aurait quitté femme et enfants en Asie Mineure, et aurait émigré à Paris en compagnie de Lisa, une Allemande qu’il aurait emmenée avec lui depuis la Turquie, et avec qui il se serait établi à Paris avant d’y ouvrir un restaurant[1]. Si on ignore les dates précises de leur arrivée à Paris, on trouve néanmoins bien trace de ce couple, domicilié au 3 rue Champollion en 1926, à l’adresse où se trouve le restaurant dont ils s’occupent et dont Missak avait acheté le fonds de commerce en novembre 1924[2]. Si on connait un peu l’histoire de Missak et de sa compagne Elisabeth (c’est le prénom trouvé dans les recensements de 1926 à Paris et de 1931 à Enghien-les-Bains), ce que l’on connait un peu moins c’est ce qu’il est advenu de la mère de Mamigon.
Arbre généalogique de Charles Aznavour jusqu’à ses grands-parents. Sa grand-mère paternelle est-elle Haïganouche Soudjian, arménienne de Turquie ayant passé 20 ans dans la capitale parisienne, ou alors est-ce la dame de 96 ans restée en Arménie que Charles Aznavour y a rencontré le 8 mars 1964 (aussi née en 1867) ?
Selon Charles Aznavour, Haïganouchi avait 96 ans quand il l’aurait rencontrée à Erevan le 8 mars 1964 (donc née avant le 8 mars 1868, plutôt donc en 1867)… Mais certains des observateurs de l’époque ne semblaient pas convaincu par la véritable identité de cette vieille dame qu’il y a rencontré, du fait du comportement un peu distant de la vedette. Il se pourrait qu’il s’agisse en réalité d’une grand-tante, ou d’une cousine restée au pays. Ainsi, chaque histoire ayant un fond de vérité, on peut admettre que la grand-mère paternelle de Charles Aznavour s’appelait bien Haiganouche Soudjian et que son âge potentiel était correct (née en 1867), d’une famille arménienne.
Quelle ne fut pas ma surprise en cherchant cette personne, pour vérification, dans les tables journalières des inhumations parisiennes… En effet, au cours de la recherche sur Elisabeth l’Allemande (Elisabeth Bier/Christof, le patronyme n’étant pas garanti) dont on ignore toujours l’état civil, les imprécisions concernant les orthographes des patronymes arméniens, les mystères autour de la famille du chanteur, méritaient les vérifications qui sont d’usage dans une recherche généalogique remplie d’inconnues et de mythes fondateurs. Une certaine Haiganouche Soudjian, célibataire, 78 ans, domiciliée à Paris 20e, à été inhumée le 9 juillet 1945 au cimetière de Pantin[3]…
Célibataire, 78 ans, voilà qui est peu commun… Elle a été transportée au cimetière depuis son domicile en 8e classe (sur 9 classes, la première classe étant la plus chère) par les pompes funèbres payantes. Le fait que le transport était payant indique déjà qu’elle n’était pas indigente (le transport de défunts indigents étant gratuit). Néanmoins elle ne semble laisser aucune succession[4].
En approfondissant la recherche, on découvre qu’elle est arménienne, née le 25 mars 1867 à Erzéroum (Turquie), et présente dans le 20e arrondissement de Paris, au 4 rue Jouye-Rouve, depuis au moins 1926 et jusqu’à son trépas[5]. Elle n’y vit pas seule mais avec une parente Satenik (mentionnée en 1926, 1931 et 1936[6]), beaucoup plus jeune qu’elle, et exerçant la même profession de couturière. Le 11 novembre 1929, Mlle Haiganouche Soudjian se voit même remettre, en compagnie d’autres “demoiselles” mais aussi de mesdames d’origine arménienne, un « prix de vertu » d’une valeur de 2000 Francs par une association arménienne, pour avoir réussi à subvenir aux besoins de sa famille (Satenik?) depuis qu’elle a été « transplantée en France sans ressources » et qu’elle a « fait preuve des meilleurs vertus de (sa) race, en faisant vivre sa famille par un travail assidu, sans avoir recours à des tiers » [7].
Aïda, la sœur de Charles Aznavour, indique dans son livre “Petit Frère”, qu’ils étaient cinq enfants dans la fratrie de son père : quatre filles et un garçon, son père Mamigon. Elle écrit aussi que l’aînée des quatre filles se prénommait Astrik et que cette dernière était passée avec son époux à leur domicile de la rue de Monsieur-le-Prince (où ils habitaient au moins entre 1924 et 1926) pour faire de la musique. En 1926, au domicile de Missak le grand-père, on trouve une certaine Astgik, désignée comme sa fille, avec le patronyme Géramian (Yéramian?). Ce devait donc être la fameuse tante Astrik, Géramian (Yéramian) étant son nom marital.
Mais plus intéressant, au recensement d’Enghien-les-Bains de 1931, Missak déclare trois filles, alors absentes au passage du recenseur, mais déclarées donc comme y étant domiciliées. Avec les prénoms déformés Astlise (Astgik de 1926), Roussiak (Aroussiak) et Chanchanis (Chouchanik). En sachant qu’une jeune femme célibataire Satenik était présente au domicile d’Haiganouche Soudjian sur la période 1926-1936 au moins, n’avons-nous pas alors exactement une répartition des quatre filles du couple, 3 filles chez le père Missak et 1 fille chez la mère Haïganouche, époux alors séparés ?
La quatrième fille de Missak ne serait-elle pas Satenik, qui vit seule avec sa mère Haïganouche Soudjian dans la capitale parisienne
Nul doute que la famille de Mamigon Aznavourian, si elle avait été mise au courant de la présence de leur grand-mère (séparée de leur grand-père) dans la capitale, aurait eu la joie de la retrouver, et aurait été heureuse qu’elle s’en sorte si bien. Peut-être que certains membres de la famille étaient au courant et que malgré tout il fallait préserver ces informations (par honte, par pudeur, par crainte de ternir la carrière de Charles), maintenir la tradition que leur grand-mère était restée en Asie Mineure ? Peut-être qu’il ne s’agissait que d’une homonyme après tout ? Chacun pourra en faire son avis.
On ne retrouve pas trace des quatre filles dans la capitale par la suite. D’ailleurs si elles étaient restées, cela aurait été plutôt à elles de s’occuper de leur père Missak et non pas à Knar, Mamigon devant être sa seule famille restante en région Parisienne. Sans doute étaient-elles retournées en Asie Mineure, à Erevan. Déjà avant-guerre, et surtout en 1936, s’organisait en France, un retour au pays de la diaspora arménienne, un peu comme ce qu’il s‘était passé également pour les juifs avec Israël. Trois des quatre sœurs de Mamigon ont pu prendre ce chemin. Mais Mamigon, avec les projets artistiques d’Aïda et de Charles débutés dès 1934, ne pouvait s’y résoudre. Au fil des années, leur liens avec la France étaient sans doute devenus plus solides que pour les autres membres de la famille Aznavourian.
En 1951, Charles, au tout début de sa carrière solo, quand il n’était pas encore célèbre en Europe, indique dans un courrier pour Aïda, qu’il venait d’écrire à la famille en Arménie. Faut-il croire à des liens gardés pendant toutes ces trente dernières années ou une subite envie de renouer ? Ou alors les sœurs de Mamigon étaient-elles retournées au pays seulement une quinzaine d’années auparavant (1936) voire peut-être en 1947, année ou une autre émigration des Arméniens de France vers l’Arménie a eu lieu ? Une histoire familiale bien complexe. Quant au côté maternel, du côté de Knar, la mère de Charles, des liens plus solides avec des cousins germains (ou plus éloignés encore), aussi survivants du génocide arménien de 1915, ont servi de point de repère à la famille de Charles Aznavour.
Il faut bien comprendre que ces recherches sur la grand-mère paternelle de Charles Aznavour se basent sur des hypothèses, que les héritiers Aznavour pourront confirmer ou infirmer, s’ils le souhaitent. Dans le cas où ces mêmes héritiers souhaiteraient approfondir les recherches pour y voir plus clair, je me tiens à leur disposition pour les y aider.
[1] Robert Belleret: Vie et légendes de Charles Aznavour, 2018.
[2] Le restaurant au 3 rue Champollion, dans le quartier latin, semble être au nom de la compagne de Missak, Christof (annuaire du commerce Didot-Bottin, 1921 et 1922, dans l’édition de 1925 il est au nom de Mme Driessens). Une certaine Elisabeth Christopher est citée par Charles Aznavour dans l’ouvrage de Robert Belleret (op. cit.), comme étant la compagne de son grand-père paternel Missak Azna(v)ourian, cuisinier de son état. Missak acquiert le restaurant à son nom en novembre 1924 et le revendra en février 1935.
[3] Registre journalier des inhumations au cimetière de Pantin. Numéro d’ordre 2858. Acte en mairie n°2105. Date d’inhumation 9 juillet 1945. Défunt : Soudjian Haïganouche, 78 ans, décédée dans le 20e arrondissement. Situation de la sépulture : Hytchkijian / (division) 50 (ligne) 6 (numéro) 9. (sans autres commentaires)
[4] Table des décès de l’administration de l’enregistrement : l’entrée la concernant indique les mêmes nom et prénom que l’acte de décès de l’état civil, et aucune référence vers une éventuelle succession n’y est mentionnée.
[5] État civil de Paris, 20e arrondissement. Registre des décès de l’année 1945, Acte n°2105. “Le cinq juillet mil neuf cent quarante cinq, six heures trente, est décédée en son domicilie, 4 rue Jouye Rouve – Haïdanouche SANDJIAN, née à Erzeroum (Turquie) le vingt cinq mars mil huit cent soixante sept, sans profession, fille de Krikor SANDJIAN et de Kazazian PEPROUCE époux décédés; célibataire. – Dressé le cinq juillet mil neuf cent quarante cinq, quatorze heures, sur la déclaration de André CHAUVET, trente six ans, employé 10 place Gambetta qui, lecture faite, a signé avec Nous, Alexandre TARD, adjoint au maire du vingtième arrondissement de Paris/B”
[6] – Recensement 1926 au 4 rue Jouye Rouve, ménage : Soudjian Haiganouch, née en 1872, arménienne, chef de ménage, couturière. Soudjian Satenick, née en 1896, arménienne, parente, couturière. – Recensement 1931 au 4 rue Jouye Rouve, ménage : Soudjian Satenik, née en 1905, arménienne, célibataire, chef de ménage, couturière. Soudjian Haiganouche, née en 1878, arménienne, célibataire, amie, couturière. – Recensement 1936 au 4 rue Jouye Rouve, ménage : Soudjian Haiganouche, née en 1867, Turquie, célibataire, chef de ménage, tresseuse chez Garby dans le 19e. Soudjian Satenik, née en 1891, Turquie, célibataire, soeur, tresseuse cez Garby dans le 19e.
[7] Journal “Le Foyer. Organe des Arméniens réfugiés en France”, édition du 1er décembre 1929, page 3.
Magister, Pasteur, doyen ecclésiastique, alchimiste, marchand. Plus alchimiste que ministre du culte, il correspond avec plusieurs aristocrates sur son art. Ses activités annexes agacent ses paroissiens à Obermaßfeld ainsi que le surintendant ecclésiastique général de Meiningen. Il se retire à Meiningen vers 1607 et est l’auteur d’un traité d’alchimie appelé Flores Planetarum, qu’il envoie en 1613 au prince Auguste d’Anhalt-Plötzkau.
J.Musaeus est né le 28 avril 1549 à Fürstenwalde/Spree, dans le Brandebourg, comme il l’indique lui-même dans l’un de ses écrits avec son affinité pour les sciences occultes (« Als der ich Anno 1549, do die Sonne im Taurum getreten, Drey tage vor Ostern geboren » – né en 1549, alors que le soleil est entré dans le signe du Taureau, trois jours avant Pâques[1]). Son père, alors encore simple pasteur, y était en poste. J.Musaeus était le fils aîné du Dr.Simon Musaeus, disciple de Luther, originaire de Vetschau/Spreewald (Brandenbourg), un théologien et réformateur gnesio-luthérien (la branche luthérienne la plus originelle, la plus intransigeante), également ensuite professeur et recteur de l’Université d’Iéna. Sa mère était Marguerite Adelhauser, issue d’une famille bourgeoise de Cottbus (Brandenburg), que son père avait épousée quelques années à peine avant sa naissance, vers 1547.
Il suivit son père lors de ses multiples affectations ecclésiastiques et académique (Crosse/Oder 1552-1554, Breslau 1554-1557, Gotha 1557-1558, Eisfeld 1558-1559, Iéna 1559-1561). C’est à Iéna où son père avait obtenu la chaire de théologie ainsi que le poste de recteur en 1560, que J.Musaeus s’inscrivit à la réputée université d’Iéna (“Ioannes Museus Furstwaldensis”). Il avait alors à peine 11 ans, ce qui dénote une certaine précocité, et probablement le suivi très strict de son père. Il suivit alors à nouveau sa famille (une fratrie comptant déjà sept enfants – qui atteindra onze enfants en 1572), son père déjà retenu comme surintendant à Brème en octobre 1561, puis de là au poste de prédicateur à la cour (Hofprediger) du Duc Jean VII de Mecklembourg-Schwerin vers 1562. C’est pendant cette période que père et fils s’inscrivent à l’Université de Rostock (12.07.1563 : “Iohannes Musaeus, D.Simonis filius”). Il avait alors quatorze ans. C’est après le passage dans cette université que son parcours est incertain, il semble tout de même obtenir le grade de Magister par la suite[2] (mais visiblement pas à Iéna[3]). Il suit probablement son père à Gera (1565), puis à Toruń (1567) et enfin Cobourg (1570) sans avoir le temps de s’attarder longuement dans une université. À l’inverse de l’un de ses frères cadets, Paul, qui obtiendra ce grade après le décès de leur père. En Saxe, à Cobourg, son père est nommé surintendant ecclésiastique général (General-Superintendant), le poste ecclésiastique le plus élevé de son parcours tumultueux.
C’est dans le comté de Henneberg, en Thuringe, que J.Musaeus choisira de se fixer et de se détacher définitivement de son père, non sans son appui. Il a alors 23 ans lorsqu’il obtient son premier ministère en tant que diacre à Römhild en 1572. Il est remercié l’an suivant du fait de sa filiation, son père étant pris dans la controverse synergétique – les gnesio-luthériens croyaient à l’incapacité de la volonté naturelle à participer à la justification et pensaient que les bonnes œuvres étaient inutiles au Salut.
J.Musaeus trouva rapidement le même poste à Schleusingen, en 1573. C’est pendant ce ministère que son père fut chassé de Coburg (1573) par les modérés et que J.Musaeus se maria à Römhild avec Christine Rüdiger (23 février 1574). Son épouse était la veuve du diacre de Römhild Jean-Georges Boxberger – qui avait été précédemment moine – et la fille de feu le surintendant ecclésiastique de Römhild, M.Adam Rüdiger, initialement curé. Des alliés qui se sont donc convertis au nouveau courant religieux de la Réforme.
Il fut ensuite nommé pasteur et doyen à Obermaßfeld, où il fait son premier sermon en juillet 1575. Le 15 août 1577, il signe la Formule de Concorde, symbole de souplesse (à l’inverse de son père, resté intransigeant jusqu’à son dernier souffle). J.Musaeus reçut un suppléant en 1602 avant de prendre sa retraite vers 1606. A cette époque, il n’y avait pas de pasteur comme J.Musaeus dans tout le comté de Henneberg. Il n’avait pas pu devenir ministre du culte par libre choix, mais seulement de la volonté de son père, car la principale force de son esprit et de sa nature ne résidait pas dans la vie paroissiale, mais dans les affaires d’argent et dans le commerce. Pour cela, il avait du talent, du sens et de l’oreille.
Son père, le Dr. Theologiae Simon Musaeus, l’un des leaders des réformateurs fondamentalistes, ici recteur à Iéna (1560, collection de portraits de l’Université).
Ses penchants et son activité spéculative, dirigés vers les branches industrielles et marchandes les plus diverses, étaient portées et stimulées non par un noble sens religieux, mais par sa prédilection pour les découvertes. Grâce à un esprit naturellement vif et aiguisé par l’expérience, il a parfaitement su, pendant de nombreuses années, comment cacher sa vie professionnelle privée, qui contrastait fortement avec son pastorat. Cette vie était devenue évidente et conduisait à des plaintes de ses paroissiens ; pour le blanchir on lui demandait de se justifier[4]. Il n’a pas hésité à porter des accusations contre ses plaignants. Malgré sa culture protestante prédominante, il se livrait à une forte libre pensée d’une part, de sorte qu’il fréquentait les catholiques, les juifs et les sectaires.
D’autre part, il pratiquait les arts alchimiques des métaux précieux. Par cette dernière activité, il sut gagner la faveur de hautes personnalités. Peu importe la détermination avec laquelle les autorités ecclésiastiques de Meiningen se sont opposées à de telles activités non spirituelles et ont donc cherché à retirer Musaeus de ses fonctions, il a néanmoins réussi à se maintenir longtemps à son poste, en partie grâce à ses talents rhétoriques et en partie grâce au soutien de personnalités puissantes. Cela se manifesta notamment en 1601, lorsqu’il fut jugé nécessaire de procéder à son éloignement et donc de rejeter ses propositions de se faire représenter par un remplaçant dans ses relations d’affaires avec Maßfeld. Comme ses connaissances alchimiques étaient largement connues, les seigneurs d’Assebourg voulaient également pouvoir l’utiliser à leurs fins pendant un certain temps. Avec la permission du duc et administrateur Frédéric Guillaume de Saxe-Weimar, ils se rendirent à Meiningen avec la demande de suspendre le pasteur Musaeus de son bureau pendant trois mois pour leurs besoins afin de fabriquer de l’or. Musaeus a accepté cette offre à condition que son gendre Jean Salender veuille reprendre son pastorat entre-temps. Pour cela, cependant, il devait d’abord être ordiné. Depuis que le surintendant ecclésiastique de Meiningen s’est déclaré contre une telle ordination, qui ne devrait avoir lieu que pour une courte période et non pour un service paroissial permanent, les seigneurs d’Assebourg se sont plaints à l’administrateur princier et le 14 septembre 1601 vint l’ordre de Dresde, que Salender soit ordiné et utilisé comme substitut. L’autorité ecclésiastique supérieure de Meiningen admettait désormais que Salender prendrait en charge les sermons d’Obermaßfeld et de Grimmenthal en remplacement, mais que les sacrements devraient être administrés par le clergé local voisin. Le 24 octobre de cette année-là, les seigneurs d’Assebourg acceptèrent cet arrangement[5]. Salender est depuis resté à Obermaßfeld pour soutenir son beau-père.
Le 25 décembre 1605, son emploi pour les seigneurs d’Assebourg étant terminé, il écrivit au prince Christian II, électeur de Saxe, lui demandant de pouvoir revenir dans son décanat et paroisse d’Obermaßfeld, comme consenti par le régent de ce dernier en 16012. On suppose que l’électeur ne confirma pas son retour à Obermaßfeld, car on retrouve Musaeus dès 1607 à Meiningen, où il passa le reste de sa vie. Le controversé pasteur a trouvé sa paix dans le cimetière St-Martin de Meiningen. Il a pu fonder une famille nombreuse et intellectuellement distinguée, qui a ramené le nom Musaeus à un grand honneur dans les domaines de la science et du pastorat, notamment la descendance de son fils homonyme, un pasteur bien plus soucieux de ses paroissiens que ne l’était son père.
Jean Musaeus – l’alchimiste
On ignore qui l’a intéressé aux arts alchimiques, néanmoins il dit, dans son tract Flores Planetarum, avoir été à la mine de Saalfeld (Thuringe) dans sa jeunesse où il aurait beaucoup discuté et appris au contact des célèbres alchimistes David Beuther, John Dee et son collègue Edward Kelley : “ […] David Peuter, Johan De EE und seine Collega Kelleus zu Salveld uff der Hütten, do ich den in meiner Jugend viel mit Ihnen conversirt […]”.
David Beuther, originaire de Saxe, inspecteur des mines à Annaberg (Saxe), est devenu alchimiste à la cour du prince électeur Auguste de Saxe en 1575 et jusqu’à sa mort en 1582, année où il se serait suicidé, ne parvenant pas à faire de l’or pour son maître. Il est probable que David Beuther ait fait quelques passages à Saalfeld avant 1575 pour affiner son art, donc pendant les premières années de la présence de Musaeus en Thuringe ou à proximité (Cobourg), entre 1570 et 1575, période où il a pu le rencontrer. Entre 1575 et 1582, par contre il travaillait presque exclusivement dans le laboratoire de chimie du prince Auguste de Saxe, sous surveillance, car ne parvenant pas à transmuter les métaux en or. Malheureusement la vie de David Beuther avant 1575 demeure très obscure, ce qui ne nous permet pas de certifier sa présence en Thuringe.
A l’inverse des alchimistes britanniques… En avril 1586, Le Docteur John Dee et Edward Kelley, alors en visite à Leipzig, sentant le vent tourner après qu’un jardinier ait brûlé une copie des travaux de Dee restés à Prague, décident de fuir la capitale impériale et de s’installer dans le secteur d’Erfurt. Le pape Sixte V publia un édit le 29 mai 1586, leur intimant de quitter Prague sous six jours, pour utilisation interdite de la magie. Kelley était le médium de Dee, et les deux savants britanniques étaient arrivés en Europe en 1583, afin d’expérimenter la transmutation des métaux en or et en argent. C’est vers juin 1586 que Dee cherche à s’installer à Saalfeld, à proximité des mines[6] ; ils repartirent de Saalfeld en septembre de la même année pour la Bohème, à Trebona, qu’ils ne quittèrent plus. Dee retournera en Angleterre en 1589. Un certain Dr. Victor Reinhold, de Saalfeld, a visité Dee à Trebona juste après son départ de 1586, suggérant que Dee a bien laissé sa marque dans la ville minière. On peut donc admettre que la rencontre entre Jean Musaeus avec John Dee et Edward Kelley a eu lieu à Saalfeld en 1586.
Sächsische Landesbibliothek- Staats-und Universitätsbibliothek Dresden, Manuscrit N.36 : Figurae hieroglyphicae de lapide philosophorum, page 12r. Première étape pour la transmutation des métaux en argent et en or (lune et soleil), l’alchimiste mélange des métaux sans valeur dans un grand récipient.
La référence principale de J.Musaeus en alchimie serait John Dee, dont il reprend la monade hiéroglyphique (ci-contre) dans son Flores Planetarum, en le mettant au centre de la table hermétique, elle-même transmise à priori par le même John Dee. Ce dernier était un célèbre mathématicien, astronome, astrologue, géographe et occultiste britannique. Il a consacré une grande partie de sa vie à l’étude de l’alchimie, de la divination et de l’hermétisme.
Musaeus cite par ailleurs dans son Flores Planetarum l’ouvrage de Nicolas Solea, publié en 1600 à Zerbst[7] et dont il reprend aussi des enseignements intéressants (“welcher Flores der weltberühmte Berg Philosophus Nicolaus Solea, in seinem Bergbuch, des Elias Montanus fürstlicher Leib Medicus zum Brieg, in der Schlesien den löblichen Fürsten Lignitz und Anhalt dediziert, viele gedenkt, sonderlich Cap:3 pag:9 das solche Flores halb metallisch sein”).
Signature de Jean Musaeus (1613)
Dr.John Dee à 67 ans (1594). Artiste inconnu.Portrait ayant appartenu à son petit-fils Rowland Dee. Collection de l’université d’Oxford.
Ci-après, le passage majeur traduit de son Flores Planetarum[8], où Jean Musaeus conçoit bien l’alchimie tant sur le plan spirituel que matériel.
La table hermétique de transmutation de l’or et de l’argent
« Comment obtenir de l’or et de l’argent purs grâce à la conjonction et la fermentation du ciel universel sidéral, élémentaire et métallique [Mercurio] des douze signes célestes [Soleil] et [Lune], et des quatre planètes métalliques Vénus, Mars, Jupiter et Saturne.
Parmi tous les monuments des anciens, pour une certaine délimitation de l’art alchimique, c’est un récapitulatif des innombrables écrits des sages.
Selon l’esprit supérieur de John Dee, il n’y a pas d’autre document synthétique aussi précieux, marqué de signes et de caractères hiéroglyphiques, que cette table. Ainsi cela a été écrit pour le débutant de l’hermétisme trismégiste, aidé par un certain nombre de moyens. John Dee l’utilisa pour écrire sa monade hiéroglyphique. mais avec des caractéristiques découvertes et immédiatement écloses, dont l’élucidation, dès cette époque, arborait une considération toute particulière. Ainsi une telle table des amoureux de la chimie a voulu vous faire voir la division des trois cieux minéraux, dont la structure vient de leurs 7 planètes puissantes, virtuelles, matérielles et formelles, qui ne jaillit que d’un matériau initial l’antimoine sidéral, élémentaire et corporel. C’est une certaine raison pour laquelle nous pouvons aussi avoir une telle distribution, puisqu’il faut nourrir le ciel métallique avec ses six corps métalliques, dans la calcination, à partir de laquelle il est fermenté dissous et transformé en teinture.
La connaissance de la table hermétique nous sert à cet effet, qu’un artiste doit savoir ce que sont l’officine du ciel sidéral et ses six signes ou éléments animaux, qui sont générés dans de telles officines, qui sont six fleurs planétaires, afin que ces métaux morts, qui ont perdu leur esprit animal dans la fonte, pourraient à nouveau s’animer, se teinter et se graduer, car l’animatio est un esprit vivant et non mort. […]”
Famille et descendance
D’après l’éloge funèbre prononcé en 1654 à l’occasion du décès de son fils Jean, Jean Musaeus et son épouse Christine Rüdiger ont eux deux garçons et cinq filles. Voici la liste de leurs enfants et leur alliances :
1 – Marie Musaeus, née vers 1575 à Obermaßfeld, a épousé en 1594, à Meiningen, Jean Steitz, né vers 1568 à Schmalkalden, immatriculé à l’université de Leipzig en 1587, également alchimiste, il est un propriétaire minier important de Schmalkalden. Il était aussi le fils de Jean Steitz (°av.1543-1599 Schmalkalden), bailli à Meiningen, Maßfeld et Kaltennordheim.
2 – Régine Marie Musaeus, née vers 1577 à Obermaßfeld, a épousé vers 1601, sans doute à Obermaßfeld, Jean Salender, pasteur, immatriculé à l’université d’Iéna en 1588 (“Ioannes Salenderus Nidermassfeldensis”), ordiné en février 1602 à Meiningen. Pasteur adjoint de son beau-père à Obermaßfeld (1602-1606).
3 – Jean Wolfgang Musaeus, né vers 1580 à Obermaßfeld, a épousé en 1631, à Meiningen, Mathilde Guth, née en 1593, veuve du pasteur Johannes Grebner, et fille du surintendant de Meiningen (1612-1629) Jean Guth. Il est décédé avant 1646. Deux enfants connus mais ayant peu vécu : Jean Volkmar né et décédé en 1631 à Meiningen et une petite fille (Mägdlein) décédée en 1646 à Meiningen à l’âge de 8 ans.
4 – Jean Musaeus Jr., pasteur, né le 14.02.1582 à Obermaßfeld, a épousé en 1607, à Ilmenau (Thuringe) Sybille Sturm, décédé le 20.11.1654 à Dannheim. École puis lycée à Schleusingen (1590-1599). Imm. Iéna (1599, “Joannes Musaeus, Masfeldensis Hennebergiacus”). Pris d’une terrible fièvre, il revient chez ses parents en 1601 où il reste un moment avant de retourner à Iéna pour terminer son cursus universitaire en 1606. Il devient ensuite Recteur à l’école d’Ilmenau en 1606 et y enseigne six années aux jeunes élèves. Ordiné à Arnstadt en 1612, il est investi pasteur à Langenwiesen le 28.06.1612. On lui proposa quelques années plus tard un poste de prédicateur (Hofprediger) à la cour de la princesse douairière de Henneberg qu’il refusa pour se consacrer pleinement à sa paroisse de Langenwiesen ou il restera en tout 17 ans et demi. Il est alors investi à la paroisse de Dannheim le 28 février 1630 où il restera jusqu’à sa mort. Dans sa descendance, on peut citer de nombreux professeurs d’université, de Docteurs, Magister, etc.
5 – (soeur) Musaeus, non identifiée.
6 – Elisabeth Musaeus, née en novembre 1586 à Obermaßfeld, décédée en 1661 à Meiningen, a épousé en 1607, à Meiningen, Wolfgang Siebenfreund (+1639 Meiningen), célérier et juge censier. Huit enfants, donc cinq ont vécu : Jacques Wolfgang (1611-1673), Catherine (°1613), Elisabeth (°1616), Jean Daniel (°1619) et Madeleine Sibylle (°1627).
7 – Anne Musaeus[9], née vers 1588 à Obermaßfeld, décédée en 1635 à Meiningen, a épousé le 4 juin 1610, à Waltershausen im Grabfeld (Bavière), Otto Schott (°ca.1575, +1630/35), administrateur/trésorier (Vogt) (ca.1608-1617) à Waltershausen, bourgeois de Meiningen (1617), notaire public (1625), trésorier de l’Ecole du comté de Henneberg et de l’hôpital de Grimmenthal (1625-1630/32). Six enfants dont trois ayant vécu : Jean Georges (°1622), Otto Daniel Schott (°1624) peut-être par la suite Receveur du chapitre de Surbourg (67), Madeleine Elisabeth (°1626) qui a épousé le pasteur de Ste-Marie-aux-Mines (68) Emmanuel Agricola, avant de finir ses jours à Rittershoffen (67) en 1695. On ignore ce qu’est devenu Jean Georges.
A cette liste, il faudrait rajouter Georg Adam SCHOTT, né vers 1612 à Meiningen, dont le baptême est lacunaire à Meiningen, tout comme à Waltershausen. En effet l’un de ses fils se prénomme Otto Georges. Il est devenu Magister à l’université de Strasbourg, puis a été chapelain à l’hôpital de Strasbourg, avant d’être pasteur à Muhlbach-sur-Munster (68).
Je remercie Xavier Maillard pour sa collaboration notamment au moment de l’énumération du parcours de Simon Musaeus.
[1] Staatsarchiv Meiningen, Gemeinschaftl. Hennebergisches Archiv, Sektionen Altes Rechnungsachiv II, Maßfelder Amtsrechnungen, Sekt. IV C 2 Nr. 9
[2] Staatsarchiv Dresden, Loc. 08623/04 : Magister Johann Musäus’, Pfarrers zu Obermaßfeld [s. Meiningen], Erlassung. Dossier concernant la mise à l’écart de Johann Musaeus de son ministère à Obermaßfeld (1601-1605), Supplique pour son retour (1605)
[3] Georg Mentz : Die Matrikel der Universität Jena, Band I, 1548 bis 1652 ; §Die Matrikeln der juristischen und der philosophischen Fakultät 1558-1576§. Jena, 1944.
[4] Staatsarchiv Meiningen, Gemeinschaftl. Hennebergisches Archiv, 4-10-1040: Kaufmännische Geschäfte des Pfarrers Johann Musaeus zu Obermaßfeld, 1575-1601. – n°164 : référence à la paroisse, salaire et matières scolaires, 1575-1577, 1580; Demande de congé, 1581 (fol. 13) ; Déclarations de tiers sur la conduite de M., commentaires à ce sujet, listes de dettes, 1581, 1588, 1592, 1599-1600 ; Plaintes / actes de procédure de la communauté d’Obermaßfeld, réponses du pasteur, 1598, déclarations du consistoire, 1599 ; Offre de Musaeus de découvrir des mines, 1599 (pp. 110-128) ; Menace de licenciement, fixation d’un délai pour renoncer à l’entreprise, demandeurs d’ajournement, déclarations à ce sujet, 1599-1600 – n°165 : Recommandations personnelles de M., 1576, 1585, 1594 ; correspondance officielle avec M., entre autres recensant des caisses de l’église et l’argent du pont à Obermaßfeld, 1584-1597 ; Responsabilité du consistoire de l’hôpital Grimmenthal, 1595 ; Cautions de tiers, 1596 et suivantes ; Diffamation de tiers par M., commentaires à ce sujet, extraits du procès-verbal, 1598-1599; Explications de Musaeus, 1599-1601 ; Clarification des responsabilités entre gouvernement et consistoire, déclarations des personnes concernées, 1599-1600, compilation des affaires de M., témoignages, extraits du procès-verbal, 1600- 1601. – n°166 : procès-verbaux du consistoire ; Liste des titres de créance ; Collection des affaires ; Témoignages, 1600 ; questionnaires ; évaluations ; index ; écrits de procès, concepts. – n°167 : Recouvrement de dettes, 1576 ; Demandes de subventions, 1580 ; Occupation du poste de maître d’école, 1581 ; Plaintes du maître d’école à Obermaßfeld contre Musaeus, 1581 ; Querelle avec le meunier d’Obermaßfeld, 1585 ; Différend sur les transactions immobilières à Rentwertshausen et Meiningen, 1586 ; Différend avec la municipalité d’Obermaßfeld, 1587 ; Déclarations d’allégations, lettres commerciales, 1592-1600, réponse du consistoire, déclarations de tiers, 1600 ; Liste des comptes débiteurs, 1600 ; congé pour faire de l’or, 1601 (pp. 183-189); Liste de questions.
[5] Staatsarchiv Meiningen, Gemeinschaftl. Hennebergisches Archiv, 4-10-1130, n°575 – Beurlaubung des Pfarrers Johann Musaeus in Obermaßfeld u. Bestellung eines Kaplans, 1600-1602. Contient : Démarches d’Auguste d’Assebourg et de ses frères pour libérer Jean Musaeus afin de rechercher des minerais et de l’ardoise, correspondance avec le prince-électeur Joachim Frédéric de Brandebourg en tant que co-tuteur du prince-électeur Christian de Saxe et avec le gouvernement de Meiningen, déclaration de Musaeus à ce dernier avec une explication de son art d’alchimiste, 1600 avril / mai (pages 1-16, 42-43), juin (pages 17-21), correspondance avec le gouvernement de Meiningen concernant la nomination de Jean Salander comme substitut de son beau-père J. Musaeus, 1601 sept./oct. (p. 23-27), déc. (p. 28-30), avec le prince-électeur Christian de Saxe, 1602 janv. (p. 31-41).
[6] Charlotte Fell Smith : John Dee (1527 – 1608), 1909. p.173 : “Dee, who was starting early next morning to look at a house at Saalfeld, wherein to settle his exiled family”
[7] Nicolas Solea : Ein Buechlein von dem Bergwergk Wie man dasselbige nach der Rutten vnnd Witterung bawen sol Allen so darzu lust haben sehr dienstlich vnd zu wissen noetig Durch Nicolaum Soleam Boemum zu hauff getragen. Jtzt durch Eliam Montanum, Fuerstlichen Anhaltischen Leib-Medicum zum Briege Erstlich an Tag gegeben. 1600, Zerbst.
[8] Traité manuscrit d’alchimie de Jean Musaeus, envoyé en 1613 sous forme de correspondance au prince Auguste de Anhalt-Plötzkau. (Landesarchiv Sachsen-Anhalt, Z 70 Abteilung Köthen, A 17a Nr.105b). La correspondance couvre la période 1610/13.
[9] Landesarchiv Thüringen, Staatsarchiv Meiningen. Gemeinschaftliches Hennebergisches Archiv, Sektion VI, Nr.590 : Courrier de Hans Fähler (assujetti domicilié de Herpf) envoyé en 1623 à la chancellerie du comté de Henneberg à Meiningen. Hans Fähler indique devoir 100 Gulden et les intérêts aux héritiers de Jean Musaeus (décédé en 1619, il cite en l’occurrence son gendre Wolfgang Siebenfreund, bien documenté dans les registres paroissiaux comme étant le gendre du pasteur Jean Musaeus). Par chance, Hans Fähler cite également un autre héritier Otto Schott (“Musaeus Erben einer als Otto Schott”), dont le lien a ainsi pu être établi : sa femme Anna Muser (sur l’acte de mariage de 1610) est en fait Anna Musaeus (erreur d’écriture dans le registre), une fille du pasteur Jean Musaeus…
Maître-fontainier ordinaire de l’Évêché de Strasbourg (1628-1636)
Inventeur de la crypte secrète près du château du Haut-Barr (ca.1633)
Maître Jean Koenigolt ( Kingold / Kinigold / Kinigolt / Königolt / Künigolt ) serait natif de Masevaux. Aucun nom Koenigolt(etc.) n’y a été trouvé dans le registre paroissial et son origine précise reste à étudier. En attendant, nous admettrons qu’il serait né dans la vallée de Masevaux. Il est le maître-fontainier ordinaire de l’Évêché de Strasbourg et depuis mai 1628 au moins il officie aux sources de Soultzmatt (Mundat, terres de l’Évêché de Strasbourg) fraîchement découvertes en juin 1614 par Bartholomée Gross. On l’y trouve comme “gardien des sources aigrelettes” (custos nostrarum acidularum) ou encore “maître-fontainier” (Brunnenmeister), peu après le décès du Maître Michel Benck (21 mai 1625), spécialement débarqué en 1614 du comté d’Egloff, près du lac de Constance, par l’évêque de Strasbourg et archiduc Léopold d’Autriche.
Extrait de la bible des métallurgistes “De Re-Metallica”, de Georgius Agricola (1556). On y voit des sourciers utiliser leurs baguettes afin de localiser les minerais.
Après le décès de sa supposée précédente épouse Marie Bertram le 18 mars 1627 à Soultzmatt (1), Koenigolt s’y marie le 8 mai 1628 avec Catherine Meyer, originaire de la vallée de Saint-Amarin, en présence des témoins Bartholomée Gross (l’inventeur de la première source de Soultzmatt), domestique des barons de Breiten-Landenberg, ainsi que de Michel Walch, gardien et sacristain de l’église St-Sébastien de Soultzmatt. Le baron Melchior Antoine de Breiten-Landenberg, avait épousé le 12 septembre 1618 Marie Ursule Catherine, fille du conseiller (et ancien chambellan) épiscopal à Saverne, le baron Christophe de Wangen et de Geroldseck aux Vosges (ca.1560-1646). Ainsi, Jean Königolt aurait-il déjà entendu parler d’un souterrain près du Haut-Barr lors de son passage à Soultzmatt ?
Dans l’ouvrage du médecin Dr.Schenck (2), il est fait mention de la première source découverte par Bartholomée Gross, ainsi que des quatre autres sources détectées puis captées dans des puits par le maître-fontainier Michel Benck entre 1614 et 1617, portant au nombre de cinq les sources d’eau de Soultzmatt citées dans cet ouvrage. Ce dernier était le fontainier ordinaire de l’évêque de Strasbourg, établi à Soultzmatt. Il a également retrouvé la source perdue du château de Weckenthal près de Berrwiller (3) ainsi que celle du puits du château de Thann (4). Cela montre bien le talent du sourcier ordinaire de l’évêque. C’est le meilleur et à sa mort, l’administration de l’évêché devait le remplacer par un sourcier tout aussi talentueux, qu’il sembla trouver en la personne de Christophe Flieger (juillet 1625). Mais il n’a pas dû rester très longtemps, remplacé lui-même assez rapidement par Jean Koenigolt (5).
Extrait du livre de Schenck (1617) Avec les cinq sources alors déterminées. En-haut à gauche, la première source trouvée par Bartholomée Gross
Ainsi, Jean Koenigolt pourrait être l’auteur de la découverte de la sixième et dernière source de Soultzmatt dite Kupferwasser, mentionnée pour la première fois dans la dissertation de Guérin (1769) (6). En 1628, avec de gros moyens, il aide également la proche ville de Guebwiller, en leur fournissant la tuyauterie nécessaire (361 pièces) pour l’acheminement de l’eau dans les fontaines de la ville (7). On trouve encore mention de Maître Jean à Soultzmatt en décembre 1629, à l’occasion du baptême de son fils Nicolas, puis il fuit le village à cause de la guerre de Trente Ans vers 1631 (8).
Des travaux de rétablissement des voies souterraines, amenant les eaux à la ville épiscopale de Saverne, sont entrepris, à partir d’environ 1631, par Maître Jean Koenigolt (9)(10),toujours missionné par les administrateurs de l’Évêché de Strasbourg. Il est également indiqué bourgeois de Saverne dès 1633. C’est lors de ces travaux de rénovation qu’il arpente, avec ses outils de sourcier, l’ensemble des réseaux souterrains, peut-être et sans doute dans l’espoir de découvrir une nouvelle source d’eau, se rappelant ce qu’il s’était produit à Soultzmatt dans les années 1610, et peut-être encore après.
Mais c’est bien un autre genre de réseau souterrain qu’il va découvrir, un réseau construit par l’homme et non pas par la nature. C’est vers 1633 qu’il cherche et trouve l’entrée du souterrain au château du Grand-Geroldseck, qu’il va l’emprunter et y découvrir une crypte circulaire, au niveau du Haut-Barr, renfermant des objets de toute sorte, notamment plusieurs niches avec des portières en cuivre, fermées à clé, une corne à boire ainsi que plusieurs ballotins suspendus. Maître Jean atteste et témoigne qu’avant l’invasion suédoise, il a fait serment à M. le Chancelier et aux conseillers du Grand Chapitre de Strasbourg, pour ce lieu ou souterrain dans lequel il s’était personnellement rendu seul, qui conservait un grand trésor, de ne le révéler à personne – sauf à l’article de la mort (11). Ensuite, les événements guerriers se précipitèrent et il dut fuir la ville de Saverne aux alentours de l’automne 1636.
Maître Jean, réfugié dans la Confédération Helvétique, fut ensuite au service de la ville thermale de Baden (Argovie, Suisse), à l’occasion de travaux miniers et de la construction d’une fortification dans cette ville (1637-1642) (12). Sans doute utilisait-il également ses facultés pour trouver et extraire des minerais. C’est là qu’il finit ses jours en août 1642, non sans avoir révélé trois jours auparavant, certes de manière confuse, l’ensemble des réseaux souterrains qu’il a pu arpenter, du dessus, comme du dessous, aux alentours de Saverne et du Haut-Barr, et contenant la crypte secrète.
Le mineur : extrait de “Das Ständebuch”, Jost Ammann (1568).
Suite à ces révélations, des fouilles ont alors été entreprises par l’évêque de Strasbourg Léopold-Guillaume de Habsbourg, dans les années 1650’s et le début des années 1660’s lorsque la guerre de Trente-Ans fut terminée et le climat redevenu un peu plus calme. Mais après les ravages de la guerre, le secrétaire Jean Reinecker, chargé des fouilles, écrivit qu’il était devenu impossible de trouver un sourcier, un mineur suffisamment compétent (et disponible) pour procéder à une localisation des différents souterrains. A la mort de l’évêque, son successeur ne poursuivit pas ces opérations, trop fastidieuses sans localisation précise. Aujourd’hui, nous avons à nos côtés M. Albert Fagioli, qui dispose d’un véritable don pour effectuer ces localisations souterraines. Les conditions sont désormais très avantageuses, mais la science a mis au rebut les dons extra-sensoriels. Les équipes archéologiques professionnelles vont-elles enfin vouloir élargir le spectre des possibles et rendre aux maîtres-sourciers la place qui leur est destinée ?
(1) RPC Soultzmatt, Registre des actes de décès : “Decimo octavo [18 mars 1627] des Brunnen Meysters Hausfrauw Maria Bertram”. L’acte de décès indique que le mari de la défunte Marie Bertram était le maître-fontainier de Soultzmatt. Comme le nom manque, il pourrait également s’agir de l’épouse du précédent maître-fontainier, celui qui a été choisi en remplacement de Michel Benck fin juillet 1625 : Christophe Flieger.
(2) Johann Georg Schenck : Salivallis Acetosella mineralis nova seu vena vitae salutifera. Basel, 1617. Traité médical des sources des Soultzmatt, qui contient aussi l’historique de la découverte et du captage des cinq sources sur les trois dernières années.
(3) J. Dietrich : Le Chateau de Weckenthal in Bulletin de la Société belfortaine d’émulation, 1873 : “Au nombre de ces travaux, nous citerons la reconstruction de la fontaine. Le fontainier Michel Benck reçoit une gratification d’un florin 9 batz pour avoir cherché et retrouvé, à l’aide de la verge magique, la source perdue”.
(4)Bulletin de la Société pour la conservation des monuments historiques d’Alsace, Berger-Levrault, Strasbourg, 1862. Page 34 : “En 1621, l’archiduc Léopold d’Autriche y fit établir, par son fontainier ordinaire (unser brunnen meister), Michel Benck de Soultzmatt, le puits qu’on vient de remettre au jour. »
(5) Denis Ingold : Un mineur de Steinbach “maître des eaux minérales de Soultzmatt” en 1625 in Annuaire de la Société d’Histoire des régions de Thann-Guebwiller, Tome XX, 2000-2003. La Régence d’Ensisheim reçut l’ordre du souverain de s’adresser aux responsables des mines de Giromagny, de Sainte-Marie-aux-Mines et d’ailleurs pour trouver une “personne qualifiée”, soit un mineur qui s’y connaisse en captage et traitement de l’eau. Selon l’auteur, c’est Christophe Flieger, du secteur minier de Giromagny, qui a été choisi (référence citée : AA-Colmar, 1 C (Régence d’Ensisheim) 375 (lettre de l’archiduc et réponses, 1625).
(6) François Antoine Guérin : Fontibus medicatis Alsatiae. Strasbourg, 1769. Dissertation sur les sources médicinales en Alsace. L’auteur indique que la source Kupferwasser est la plus jeune source découverte à Soultzmatt, et qu’elle ne figure pas dans l’ouvrage de Schenck de 1617, sans préciser pour autant des détails sur le moment de sa découverte. Qui l’a découverte ? Michel Benck ? Christophe Flieger ? Jean Koenigolt ? un autre maître-sourcier ?
(7) Charles Wetterwald : Die alten Brunnen in Gebweiler in Elsassland, Guebwiller, 1933. “Im Jahr 1628 verdingt der Drichelborer Hans Kingolf 361 Stück ebenfalls zu je 2 Schilling.” En 1628, Hans Kingold vendit 361 tuyaux en bois à 2 Schilling/pièce à la ville de Guebwiller, soit tout de même pour une somme conséquente de 72,2 florins. Il n’est pas évident de savoir d’où il pouvait avoir un tel stock de pièces, si ce n’est peut-être dans le matériel des sources de Soultzmatt.
(8) C’est vers fin novembre 1631, que le registre paroissial de Soultzmatt ne semble plus alimenté en nouveaux sacrements. C’est aussi cette année-là qu’on aurait pu y trouver le baptême du deuxième enfant de Jean Koenigolt et Catherine Meyer
(9) Dagobert Fischer : Notice historique sur le Château du Haut-Barr près de Saverne. Saverne : Mosbach, 1927.
(10) Archives du Bas-Rhin : Inventaire analytique du fonds de la régence épiscopale de Saverne 1 G 1-1130 (1286-1789), 1978. L’inventaire cite l’item 1 G 101 pour les fontaines de Saverne (période 1631-1632) et l’item 1 G 102 pour le fontainier de Saverne (1634).
(11) AA-Sbg, 100 J 125 : Attestation du Maître Jean Koenigolt
(12) AA-Sbg, G 981 : Dossier concernant les recherches relatives à la crypte et son trésor près du château du Haut-Barr, suite aux révélations de Jean Koenigolt sur son lit de mort. Le secrétaire épiscopal de Saverne, Jean Reinecker, l’y a fortuitement rencontré en 1637.
A l’heure où les différentes communautés chrétiennes fêtent le 500e anniversaire de la Réforme, intéressons-nous un peu au parcours de ces intellectuels protestants, pasteurs ou enseignants, qui se sont installés dans l’Outre-Forêt, et dont l’origine géographique est plutôt inhabituelle : la Transylvanie.
L’élite protestante de Transylvanie
Si la Transylvanie fait écho en nous, eu égard au roman de Bram Stoker, inspiré par le voïvode et prince de Valachie Vlad Țepeș (1431-1476) surnommé l’Empaleur ou encore Drăculea (soit « fils du dragon »), ce que l’on connaît moins c’est l’histoire quelque peu singulière du territoire où il serait né.
Dans la Transylvanie médiévale, trois nations privilégiées (Unio Trium Nationum, 1438) se partageaient le pouvoir : la noblesse hongroise (et son clergé), les Sicules et les Saxons de Transylvanie (Siebenbürgen Sachsen, le nom vient des sept places médiévales fortifiées alors construites par les colons saxons : Kronstadt, Schäßburg, Mediasch, Hermannstadt, Mühlbach, Bistritz et Klausenburg). Ces trois nations possédaient chacune, et de façon autonome, des zones administratives et de droit. Alors que les Sicules (en Skeklerland) et les Saxons (sur les terres de la Couronne hongroise) y avaient des privilèges étendus, la paysannerie était principalement installée en territoire féodal, divisé en huit comtés, chaque comté étant gouverné par un noble (ou un clerc) hongrois : les comtés de Inner-Szolnok (Szolnok), de Dobeschdorf (Doboka), de Klausenburg (Kolozs), de Thorenburg (Torda), de Weißenburg (Fehér), de Kokelburg (Küküllő), d’Eisenmarkt (Hunyad), ainsi que le district du Fogarascher Land (Fogarasföld). Un grand nombre de paysans saxons de Transylvanie vivaient donc eux aussi sur ces terres comtales, une situation donc relativement complexe.
Après la chute de l’Empire hongrois en 1526, la principauté de Transylvanie autrefois quasi-indépendante, devint vassale de l’Empire ottoman et le resta sur une grande partie de la période entre 1526 et 1699. Les incursions répétées des troupes des Habsbourg et les combats entre les différents protagonistes nobles et leurs prétendants au titre de prince, ont conduit à la destruction des villages et des villes ainsi qu’à l’appauvrissement de la population. Par la peste et la mise en esclavage des habitants par les Turcs et les Tatars de Crimée (rançons), la Transylvanie a connu des pertes importantes de sa population. Les hausses régulières des impôts prélevés pour le sultan ainsi que l’entretien des troupes engagées dans ces conflits endettèrent profondément les villes et les communautés. Ainsi, en 1676, la zone urbaine de Schäßburg (Sighișoara) a brûlé aux trois-quarts. En Alsace, les conditions semblaient de prime abord plus avantageuses qu’en Transylvanie, malgré le début des hostilités dues à la politique expansionniste du Roi-Soleil.
L’étude ici s’intéresse aux saxons de Transylvanie de confession protestante. C’est l’humaniste et théologien de la Renaissance, mais aussi cartographe et imprimeur en Transylvanie, Johannes HONTERUS (1498-1549), qui fut le grand artisan de l’introduction de la Réforme protestante en ce pays. Il y encouragea l’humanisme et prit en charge la conversion de la nation des saxons de Transylvanie à la doctrine luthérienne, il créa notamment dans sa ville natale Kronstadt (Brașov), en 1541, le premier lycée (Gymnasium) du Sud-Est de l’Europe. A cette époque, dans les pays de langue germanique, les étudiants qui fréquentaient les lycées protestants poursuivaient pour certains leurs études et visaient un poste intéressant : administrateur, juriste, médecin, enseignant, pasteur, etc. Ils étaient pour ainsi dire l’élite protestante du peuple germanique. Néanmoins, les saxons de Transylvanie ne disposaient pas d’une Académie, et encore moins d’une université, comme c’était le cas à Strasbourg depuis le milieu du XVIe siècle. Pour entamer leurs études supérieures, ils devaient voyager et souvent, pour les moins aisés, obtenir une bourse d’études. Ils étaient ainsi envoyés dans toutes les universités européennes de leur temps, un nombre plus important à Wittenberg cependant, d’autres à Altorf, Heidelberg, Padoue, Strasbourg, Tübingen, pour ne citer que celles-ci. En contrepartie de leur investissement intellectuel, les instances saxonnes de Transylvanie leur octroyaient souvent de bons postes, en cas de retour au bercail. Parmi ces étudiants, certains ont fait le déplacement dans notre province alsacienne, et en particulier dans l’Outre-Forêt, et ont laissé une descendance…
Les étudiants transylvains à Strasbourg (XVIe-XVIIe siècle)
La première incursion d’un étudiant transylvain à Strasbourg s’est faite auprès des réformateurs de l’Eglise strasbourgeoise, fondée par Martin BUCER. Gregorius Belényesi, en quête de réponses sur les différents courants réformateurs de cette période côtoya à partir de 1542, à Strasbourg, Conrad HUBERT, le disciple de Martin BUCER, passa par Paris, suivit Jean CALVIN à Genève, avant de revenir à Hermannstadt (Sibiu) en 1545[i]. Mais c’est à partir de la création de l’Académie de Strasbourg en 1566, que commencèrent à arriver en plus grand nombre, des quatre coins de l’Europe, des étudiants luthériens. Et surtout à partir de la création de l’Université, en 1621. Parmi eux, 107 étudiants de Transylvanie ont étudié à Strasbourg entre 1588 et 1699, surtout après la guerre de Trente-Ans. Une grande partie d’entre eux sont revenus en Transylvanie en devenant souvent pasteur ou poursuivaient dans l’enseignement, parfois avaient-ils des fonctions plus administratives. D’autres étudiants ont poursuivi leurs études dans d’autres universités, après leur passage à Strasbourg. Il n’en demeure pas moins que le devenir de 53 étudiants strasbourgeois originaires de Transylvanie nous était initialement inconnu.
En 1665, l’Université de Strasbourg était réputée en Franconie comme respectable et accessible ; il devait en être de même dans les autres régions du peuple germanique, comme la Transylvanie saxonne. Chaque étudiant, même celui qui n’avait pas trop de moyens, trouvait toujours aisément un moyen de subvenir à ses besoins dans la capitale alsacienne (« weil die Universität Straßburg damals in guten Stand war, und einer, der nicht allzu große Mittel zum studiren hat, sich mit informiren daselbst leichtlich forthelffen konnte »[ii]).
A partir notamment de l’ouvrage référence de BOPP[iii] qui recense les intellectuels protestants d’Alsace-Lorraine (pour la plupart des pasteurs, des enseignants y figurent aussi), nous pouvons identifier clairement ceux qui, parmi ces étudiants transylvains strasbourgeois, ont passé une partie de leur existence en Alsace. Ceux trouvés (la liste n’est donc pas exhaustive) sont au nombre de cinq, et sont tous passés par l’Outre-Forêt, parmi eux quatre y ont passé le reste de leur vie, ce qui est pour le moins intéressant. A ces cinq, on peut en ajouter un sixième, Georg GUNDHART, qui est lui passé par l’Outre-Forêt sans avoir étudié précédemment à l’Université de Strasbourg.
Ci-dessus, la liste des 53 étudiants strasbourgeois originaires de Transylvanie dont le devenir reste inconnu pour 48 d’entre eux. A remarquer que les noms de famille sont souvent latinisés, leurs lieux d’origine (de naissance en principe) le sont systématiquement mais ont été traduit dans la version allemande de l’époque lorsque cela a été possible (nota bene : Tr.= Transylvanie)
Année d’immatri-culation
Faculté
Nom
Prénom
Origine
1595
—
SOMBORIUS
Alexander
Tr.
1596
—
HOGGEUS
Martinus
Tr.
1619
—
ROTH
Georgius
Tr. saxonne
1622
Médecine
LADISLAI
Georgius
Tr.
1650
Théologie
ROTH
Simon
Kleinschenk
1654
Philosophie
LITERATI
Georgius
Großschenk
1654
Philosophie
ROTH
Johannes
Kleinschenk
1655
Théologie
ANDREAE
Stephanus
Hermannstadt
1655
Théologie
HULDREICH
Andreas
Galten
1655
Philosophie
MÜLLER
Bartholomaeus
Streitfurt
1655
Philosophie
WACHSMANN
Andreas
Birthalmen
1656
Théologie
WENERTH
Johannes
Streitfurt
1657
Philosophie
BALLMANN
Andreas
Schäßburg
1657
Philosophie
GROLMAYER
Michael
Helten
1657
Philosophie
HERRMANNUS
Michael
Tr.
1657
Philosophie
KESLERUS
Paulus
Großschenk
1657
Philosophie
WOLFF
Martinus
Tr.
1658
Philosophie
SCHÜLLER
Simon
Scharosch
1658
Philosophie
THOMAE
Georgius
Bistritz
1658
Philosophie
TISCHLERUS
Matthias
Tr.
1659
Théologie
LAUTNERUS
Georgius
« Siburgerus Tr. » (pauvre)
1659
Théologie
MEMESCHER
Johannes
Tr.saxonne (pauvre)
1660
Droit
CHRISTIANUS
Georgius
Appold.
1660
Droit
SIFFDIUS
Tobias
Muschendorf
1660
Droit
ZILL
Johannes
Großschenk
1663
Philosophie
GRAU
Johannes
Bistritz
1663
Philosophie
WOLFF
Casparus
Großschenk
1663
Philosophie
ZECKELIUS
Jacobus
Muschendorf.
1664
Philosophie
REYGER
Michael
Bonesdorf
1664
Théologie
S(T)URIUS
Michael
Hermannstadt
1665
Théologie
BOST
Michael
Schäßburg
1665
Théologie
FELMERUS
Franciscus
Wurmbach
1665
Théologie
HEILIGIUS
Stephanus
Seiden
1665
Théologie
WAGNERUS
Petrus
Deckendorf
1665
Théologie
ZANGERUS
Stephanus
Mediasch
1666
Philosophie
FABRICIUS
Martinus
Schäßburg
1668
Théologie
KEYSER
Johannes
Helten
1668
Théologie
RENNERUS
Michael
Schäßburg
1668
Théologie
SYLVANUS
Samuel
Kronstadt
1669
Philosophie
STREID
Martinus Aegidius
Tr. saxonne
1670
Théologie
SCHULERUS
Petrus
Hermannstadt
1673
Philosophie
ROTH
Stephanus
Herrmannstadt (ou Bistritz?)
1678
Théologie
BEER
Georgius
Schäßburg
1679
Médecine
HONIUS
Johannes
Seiden
1679
Philosophie
WENTZELIUS
Georgius
Tr.
1680
Théologie
CONRADI
Johannes
Großschenk
1681
Philosophie
CRAMER
Peter
Bonesdorf
1681
Théologie
WEBER
Martinus
Bonesdorf
1681
Théologie
VONNERUS
Michael
« Verdino-Tr. »
1683
Théologie
ROTH
Georgius
Prosdorf
1685
Philosophie
GROS
Georgius
Schäßburg
1685
Philosophie
SIXTI
Georgius
Schäßburg
1685
Philosophie
SO(S)TERIUS
Martinus
Tr.
1687
Philosophie
ALBRICHIUS
Martinus
« Peschinô-Tr. »
Six intellectuels transylvains en Outre-Forêt (1668-1738)
Samuel SYLVANUS (WALDHÜTTER?)
Samuel SYLVANUS est né le 24 septembre 1638 (date calculée) à Kronstadt (Brașov), en Transylvanie. Sa parentèle ne nous est pas connue. La patronyme original WALDHÜTTER n’apparaît pas directement dans les actes le concernant, cependant ce patronyme est très présent à Kronstadt au XVIIe siècle. Samuel S. s’inscrit dans un premier temps à l’Université de Wittenberg le 31 décembre 1659[iv], dont le prestige après la Guerre de Trente-Ans n’était alors plus tout à fait tel qu’il fut au milieu du XVIe siècle, mais qui attirait néanmoins encore un certain nombre d’étudiants, dont ceux originaires de Transylvanie. On retrouve ensuite Samuel S. s’inscrire le 23 novembre 1668 à la Faculté de théologie de l’Université de Strasbourg[v]. SYLVANUS semble être le précurseur de ces pasteurs transylvains s’étant installés dans notre province, puisqu’il arrive à Strasbourg dix bonnes années avant le suivant. On peut s’étonner de ces neuf années entre ses deux inscriptions universitaires, un parcours plutôt atypique. Le 9 mai 1675, Samuel SYLVANUS rend hommage en compagnie de Stephanus KEINZELIUS, un autre Transylvain qui avait par le passé étudié à Strasbourg et qui était retourné au pays en 1673, à Stephanus ROTH, un compatriote étudiant à l’Université de Strasbourg depuis deux ans, qui était décédé brusquement le 26 avril 1675[vi],[vii]. Si cette publication semble anecdotique, elle semble néanmoins confirmer le rôle de référent que semblait porter Samuel SYLVANUS au sein de la communauté des saxons de Transylvanie établis en Alsace, et parmi eux les étudiants. Samuel S. ne restera que peu de temps en Outre-Forêt, contrairement à quatre autres Transylvains de cette étude. D’abord au service des comtes de Hanau-Lichtenberg, il est nommé au poste de diacre à Ingwiller en 1682, puis dessert au titre de pasteur la paroisse d’Obersoultzbach entre août 1683 et septembre 1685[viii]. Il poursuit en 1686 à Westhoffen (près de Wasselonne), en tant que diacre où il sert jusqu’au printemps 1693 ; il est alors nommé pasteur à la paroisse d’Allenwiller, non loin de là[ix]. C’est vers 1690 que Samuel SYLVANUS épousa Eva METZGER, née le 6 juillet 1667 (date calculée), de vingt-neuf ans sa cadette (sic!), la fille aînée de Georg METZGER, forestier de la l’Œuvre Notre-Dame de Strasbourg du domaine d’Elbersforst (Balbronn) ; la Fondation possède en pleine propriété ce domaine forestier depuis 1614[x]. La mère d’Eva est Margaretha DINUS, une fille du prévôt d’Allenwiller. De leur union naquirent au moins trois enfants : Samuel SYLVANUS, l’aîné, qui fut artisan-boucher à Allenwiller, puis instituteur un peu plus tard (Schuldiener, 1746), Eva Margaretha (1696-1707) et Maria Salome (°1705). Après plus de vingt-quatre années au service de la paroisse d’Allenwiller, Samuel SYLVANUS s’éteignit le 9 octobre 1718, à Allenwiller et y fut inhumé deux jours plus tard[xi].
Peter CRAMER (KRAMER, KRÄMER, CRÄMER, CRAMERO, CRAEMERUS)
Peter CRAMER est né vers 1655 dans le village de Bonesdorf (aujourd’hui Alsóbajom), comté de Kokelburg, principauté de Transylvanie. Il est le fils de Donatius CRAMER, agriculteur (ou viticulteur) dans ce comté traversé par les vignes (Weinland) et appartenant alors à un membre de la famille Rhédey, des nobles hongrois, dont l’un d’eux fut également prince de Transylvanie en 1657‑1658. On ignore le réel niveau social de son père, ni quelle importance il avait dans son village. L’on sait néanmoins que la famille CRAMER était déjà présente à Bonesdorf depuis au moins 1630, puisqu’un certain Johannes CRAMER, sans doute apparenté – il a également exercé le ministère pastoral – y est né[xii]. Elevé dans une famille de confession luthérienne, le jeune Peter C., brillant élève, passa son examen de classe terminale en février 1679 au lycée de Schäßburg (Sighișoara)[xiii], qui était à cette période sous la direction du recteur Elias LADIVER, un professeur et dramaturge hongrois, spécialiste d’Aristote. C’est sous son rectorat (1678-1681) que plusieurs textes de dissertation (disputatio) de futurs universitaires, furent publiés. La dissertation était présentée oralement par le futur étudiant lors d’une session publique, sous la présidence du recteur. Ces publications permettaient à l’étudiant, mais aussi à l’auditeur, d’asseoir une certaine renommée ; ainsi ce dernier finançait-il en partie les frais liés à leur édition. Quatre d’entre elles nous sont connues, dont celles de Peter CRAMER et de Martin WEBER (que l’on verra un peu plus loin). Habituellement, le lycéen avait environ 18 ans à cet instant, Peter C. était tout de même âgé d’environ 24 ans, ce qui indique une pause dans son cursus scolaire. La maturité de Peter C. était cependant bien affirmée puisque peu après cet oratoire, LADIVER lui octroya le poste de professeur de la quatrième classe du lycée de Schäßburg (quartus collaborator), qu’il occupa de 1679 au 10 janvier 1681[xiv]. Il y avait alors quatre classes au lycée de Schäßburg, la quatrième était celle des plus jeunes élèves. Peter C. leur introduisit la littérature, la conjugaison (latin), mais aussi la langue grecque. Il avait aussi pour rôle celui de préfet (praefectus), qui était notamment responsable du maintien de l’ordre au sein du lycée [xv]. Comme certains de ses compatriotes et co-religionnaires saxons de Transylvanie, il prépara alors son voyage en direction de la rayonnante cité de Strasbourg, en cours d’annexion par le roi très catholique. La proximité française étant une menace pour les protestants de Strasbourg, ces derniers étaient sans doute bien heureux d’accueillir des intellectuels de leur confession, fussent-ils de Transylvanie. Peter C. s’immatricula à la Faculté de philosophie de l’Université de Strasbourg le 5 mai 1681[xvi]. C’est que Peter C. avait des préférences pastorales… le consistoire l’affecta alors en 1683 à la paroisse de Waldhambach, comté de la Petite-Pierre, appartenant au comte Léopold Louis de Palatinat-Veldenz. Il ouvrit le registre paroissial (« angefangen durch Petrum Cramerum Transylvanum pro tempore Pastore Hamb.[ach] ») et administra son premier sacrement de mariage le 24 août 1683. Quelques mois plus tard, le 28 janvier 1685, il épousa à Strasbourg (paroisse du Temple-Neuf) Anna Maria BRUNN[xvii], la fille de l’orfèvre et messager de la chancellerie, Samuel BRUNN (1625-1686), un arrière-arrière-petit-fils de Conrad HUBERT (1507-1577), dont a déjà été fait allusion précédemment, théologien, compositeur de cantiques, prédicateur et secrétaire du très célèbre réformateur strasbourgeois Martin BUCER[xviii]. De cette union naquirent neuf enfants : Johanna Elisabetha (°1686), qui épousa en premières noces Johann Michael FILLHARDT, prévôt à Lembach (Stabhalter), Simon Petrus (°1687), Johannes (°1688) qui épousa Catharina MULLER à Langensoultzbach, Philipp Jacob (°1691), Samuel (°1693), Regina Magdalena (°1695), Anna Maria (°1697) qui épousa Hans Georg WAGNER à Langensoultzbach, Johann Ludwig (°1700) et Friedrich (°1702) qui épousa Regina RUHLMANN à Langensoultzbach. Après sept années passées à Waldhambach, Peter C. fut nommé dans la seigneurie des Eckbrecht de Durckheim à la paroisse de Frœschwiller en 1690 et desservait également Langensoultzbach, où il s’installa entre 1697 et 1700[xix]. Après plus de quarante-huit années de service auprès des communautés de Langensoultzbach, de Froeschwiller et de leurs dépendances, le fidèle et loyal pasteur Peter CRAMER s’éteignit, le 26 août 1738. Il fut inhumé deux jours plus tard dans le cimetière de Langensoultzbach[xx].
Martin WEBER est né vers 1661 dans le village de Bonesdorf, tout comme son ami Peter CRAMER. Sa parentèle nous est cependant inconnue. Il s’immatricula au lycée d’Hermannstadt en 1676 (adolescente) où il resta jusqu’au 9 janvier 1679, avant de rejoindre à son tour le lycée de Schäßburg et y faire sa classe terminale[xxii]. Un an plus tard, en juin 1680, c’est là qu’il soutint lui aussi son oratoire devant Elias LADIVER (voir encadré), en débattant sur le troisième et dernier volet de la série Controversiarum metaphysicarum, deux autres lycéens ayant débattu également sur le même thème philosophique, et ayant également fait publier leur disputatio. C’est en compagnie de Peter CRAMER que Martin WEBER effectua le voyage vers Strasbourg, puisqu’il s’immatricula également le 5 mai 1681 à l’Université de Strasbourg, cette fois à la Faculté de théologie[xxiii]. On le retrouve ensuite en tant qu’instituteur (praeceptor) à l’école protestante d’Oberbronn à partir de 1687/88, il habite alors à Zinswiller[xxiv], bailliage d’Oberbronn, comté de Linange-Westerbourg. Bopp l’indique également diacre à la paroisse d’Oberbronn en 1694, mais sans doute n’a-t-il dû l’être, au mieux, qu’épisodiquement et uniquement cette année-là[xxv]. En effet, il apparaît à de nombreuses reprises dans le registre paroissial uniquement en tant qu’instituteur (praeceptor). Ca n’est que son successeur Philipp Jacob LUFT qui commence à s’intituler diacre (diaconus), à compter de 1706. Martin W., après près de cinq années d’enseignement à Oberbronn, y épousa le 5 février 1693, Anna Barbara SPECHT, la fille d’un viticulteur et bourgeois d’Oberbronn, Johann Philipp SPECHT[xxvi]. Après tout, Martin W., né dans le Weinland de Transylvanie, était-il lui-même probablement issu du même milieu vigneron. Cinq enfants naquirent de leur union : Johann Friedrich (°1693), Johann Jacob (°1696), Martin (°1698), Maria Elisabetha (°1701), et son fils posthume Johann Georg (°1703). Il est remarquable de noter que les liens entre Martin WEBER et ses compatriotes de Transylvanie, qui se sont eux aussi établis en Outre-Forêt, ont été conservés. Ainsi on peut lire que les pasteurs Johannes HONIUS (que l’on verra plus loin), Peter CRAMER et les épouses de ceux-ci, lui apportèrent leur soutien à l’occasion des parrainages de ses trois premiers enfants (HONIUS en 1693 et 1696, CRAMER en 1698). Après près de quinze années de bons et loyaux services en tant qu’enseignant, Martin WEBER s’éteignit au courant de l’année 1703, dans des circonstances qui demeurent mystérieuses, son acte de sépulture ne nous étant pas parvenu. Si c’est sans doute le plus modeste parmi les intellectuels transylvains de cette étude, c’est le seul dont l’œuvre éditée nous soit parvenue…
Dissertation de fin d’études secondaires de Martin WEBER (juin 1680) : Controversiarum Metaphysicarum Disputatio Tertia. De Affectionibus Entis in specie nempe Uno & Vero indeq manante Usu Theologico, Ethico, Physico & Logico. Hanc sub Dei Opt. Max. Auspice Praeside Elia Ladivero Coll. Eper. P. P. Rectore Scholae Schaesburgensis publicae ventilationi Martinus Textoris Scholae ejúsdem Stud. sistit. Ad diem Junii Anni M.DC.XXC. Cibinii, Excudebat Stephanus Jüngling. A droite la deuxième page, il s’agit de la première des deux pages de remerciements.
Il subsiste deux variantes de cette publication, conservées à la Bibliothèque Nationale de Hongrie (Budapest). Les deux variantes diffèrent seulement en pages 2 et 3 (remerciements). Martin Weber est très exhaustif lorsqu’il remercie les différents dignitaires et maîtres qui ont jalonné son parcours, ce qui est d’un intérêt historique remarquable. En effet, les deux seuls exemplaires qui semblent avoir survécu sont en fait deux variantes. Dans la variante présentée ci-dessus, les remerciements sont adressés aux ecclésiastiques, dans la seconde variante ils sont à destination des maîtres, des administrateurs, des juristes, des collègues. Au total, pas moins de 31 personnes sont citées, ce qui est riche. Les voici (D. = Dominus = Messire) :
(variante 1) Maîtres, protecteurs, rayonnants mécènes, avec tous les honneurs :
D. Michael Helvig (Bourgmestre de la ville de Schäßburg), D. Georg Schobel (pasteur de l’église de Schäßburg, inspecteur scolaire, dizenier du chapitre de Keisd), D. Johann Schweischer (juge de district), D. Andreas Valentini (juge du comté de Schäßburg), D. Georg Jirlingh (trésorier émérite), D. Michael Kreutzer (enseignant), D. Georg Matthiae (fermier), D. Peter Filken, D. Stephan Hintzmann, D. Georg Schnell (directeur d’hôpital), D. Michael Deli (sénateur de Schäßburg), D. Johann Merckell, D. Johann Maurer, D. Johann Schuler, D. Johann Krempes (notaire public), D. Michael Schmidt, D. Martin Streitforder (centumvir).
(variante 2) : Maîtres, protecteurs et promoteurs à l’âge admirable :
D. Stephan Gunthard (pasteur de Bulkesch, dizenier du chapitre de Bulkesch), D. Johann Fabri (pasteur de Grossprobtsdorf), D. Andreas Mätz (pasteur de Feigendorf), D. Matthias Bayer (pasteur de Seiden), D. Paul Werner (pasteur de Baassen), D. Georg Schwartz (Pasteur de Taterloch), D. Andreas Fabri (« Past. Balastalkiensi »), D. Michael Lanius (pasteur de Bonesdorf, Ancien du chapitre), D. Andreas Kaufmann (« Past. Schonensis »), D. Daniel Wachsmann (pasteur de Mechelsdorf), D. Valentin Stampff (pasteur de Kleinprobstdorf), D. Michael Pistoris (« Past. Pustalkiensi »), D. Stephan Krautz (pasteur de Langtal), D. Jacob Manichio (« Pastori Woltzensi »).
Johannes HONIUS (HOHNIUS, HONNIUS, HONI)
Johannes HONIUS est né vers 1647 dans le village de Seiden (Jidvei), en Transylvanie. Son père homonyme était pasteur à Seiden, entre 1643 et 1655[xxvii], et également dizenier du chapitre de Bulkesch (« decanus capituli Bolgatziensis »). Johannes HONIUS s’immatricule au lycée de Mediasch (Mediaș) en 1662, puis une seconde fois en 1665[xxviii]. On le retrouve ensuite à l’Université d’Altdorf près de Nuremberg (Bavière), à compter du 18 février 1676[xxix], bien après son passage au lycée, ce qui est à relever. Comme pour Peter CRAMER, la poursuite de ses études n’a pas dû être chose aisée. Trois ans plus tard, le 20 juin 1679, il s’immatricule à la faculté de médecine de l’Université de Strasbourg [xxx].
Johannes HONIUS rencontra alors Anna Catharina SCHMUTZ, née en 1647 à Strasbourg, avec qui il convola en noces le 19 juin 1681 à Strasbourg (paroisse St-Guillaume). Son épouse, enceinte lors de leur mariage – ce qui n’est pas très « catholique » si l’on peut dire – était la fille d’un capitaine, Melchior SCHMUTZ (+ av.1667), et la veuve de Christoph Wilhelm STROMER (1638-1679), notaire public à Strasbourg, et fils de Georg Philipp STROMER, bourgmestre à Worms en 1636[xxxi]. Le désormais parâtre prit également sous son aile les trois enfants issus du premier lit de son épouse, à savoir Hans Philipp (°1668), Anna Catharina (°1671) et Maria Barbara STROMER (°1673). Le fils aîné du couple, Johannes HONIUS, naquit le 1er décembre 1681 et fut baptisé ce jour-là à l’église St-Guillaume. Sur l’acte de baptême, son père est indiqué instituteur, d’origine hongroise (« ein Praeceptor aus Ungarn ») : il a donc choisi de ne pas poursuivre la médecine et de s’orienter vers un métier plus en rapport avec ce qui semblait être sa vocation et qui était aussi celle de son père. On le retrouve ainsi appelé à servir Dieu. Le pasteur HONIUS fut envoyé à Gumbrechtshoffen et Mertzwiller, des villages du bailliage d’Oberbronn, comté de Linange-Westerbourg. Il y fut en poste au plus tard à partir de 1685[xxxii]. Un second enfant naîtra de son union, Maria Magdalena (°1685), qui épousera en 1715, à Gumbrechtshoffen, Johan Georg IFFERT, fils d’Heinrich IFFERT, percepteur à Wettesingen dans le landgraviat de Cassel (Hesse), « Herrn Henrich Iffert hochfürstlicher Hessen-Casselischer Contributionsverwalter alda », où un certain Johann IFFERT était déjà pasteur, entre 1628 et 1667. Après plus de trente-cinq années au service de l’Eglise, Johannes HONIUS s’éteignit en 1720, à Gumbrechtshoffen.
Georg WENTZEL (WENTZELIUS)
Lithographie de Jean Wentzel (vers 1830)
Georg WENTZEL est né vers 1643 en Transylvanie. Sa parentèle ne nous est pas connue. Il s’inscrit le 30 avril 1679 à la Faculté de philosophie de l’Université de Strasbourg[xxxiii], comme certains de ses compatriotes il est donc plutôt âgé pour des études, puis est cité en 1686 comme instituteur à Pfaffenhoffen, comté de Hanau-Lichtenberg, dans le même secteur que Samuel SYLVANUS, avec lequel il est probable qu’il ait eu des contacts. Il accepte ensuite en septembre 1686 le poste de Provisor de l’école luthérienne allemande de Wissembourg, à condition qu’il soit rajouté quelque-chose à la dotation annuelle prévue (« Ein missiv von H. Görg Wentzel dem Schuldiener zu Pfafenhofen abgelesen in welchem derselbige sich erklärt, die Provisor Stell bey der Teutschen Schull anzunehmen, wofern Ihme zu der ord. Besoldung etwas addiret werde. », 25 septembre 1686)[xxxiv]. Le Magistrat de Wissembourg, l’organe exécutif de la ville impériale, répondra favorablement à sa demande en rajoutant 60 florins à la dotation proposée initialement et invite Wentzel à prendre dans ce cas ses fonctions au plus vite. Les luthériens de Wissembourg disposaient à cette époque d’une école allemande, dirigée par le Schulmeister (directeur de l’école), assisté du Provisor, ainsi que d’une école latine dirigée par le Rector. En outre, le Provisor était chargé de l’instruction des plus jeunes élèves. Voici la compétence du Provisor Georg Wentzel à son arrivée, fin 1686 : 60 florins, 20 maldres de seigle, 8 cordes de bois, 4 ohms de vin, un logement de fonction gratuit, ainsi que les revenus de l’écolage. Quelques années plus tard, Wentzel s’insurge du fait qu’on ne l’ait pas autorisé à participer au chant aux côtés du directeur de l’école lors des cérémonies funèbres, et prie le Magistrat de faire respecter le règlement l’y autorisant. Le Magistrat y répond favorablement : toute l’école allemande devra se déplacer aux cérémonies, il n’y a pas lieu d’exclure les petits écoliers ou de les mettre en retrait, il en va de la bonne discipline de bien les éduquer (« nachtrucklich befohlen bey also einfallenden Leichbegräbnussen mit der gantzen Schul Frequenz zu erscheinen, und daran die Klein Schulkinder nicht auszumustern oder zuruckzustellen, sonder selbige wie mit andern sein soll, also auch alhir in der Forcht Gottes und guther Disciplin fleissig aufzuerziehen », 17 août 1689). C’est dans le registre de la paroisse St-Jean que Georg WENTZEL nous indique, dans sa signature, son origine de Transylvanie (« Georg Wentzel, Provisor der Teutschen Schulen Natia Transylvania » le 25 décembre 1689, « Georg Wentzel, Siebenbürgner und Provisor » le 30 novembre 1692), ce qui nous a permis de le confondre avec l’étudiant strasbourgeois. Le 2 décembre 1693, le Magistrat indique au nouveau directeur de l’école allemande, Johann Michael WILHELMS, cinq conditions à respecter pour son nouveau poste. La cinquième de ces conditions explique que le Magistrat ne tolérerait pas qu’on vienne porter préjudice au Provisor Wentzel, qui mérite le respect dû à son rang (« dass auch fünftens der Provisor Wentzel so viel die Kürch und Schuhlen Labores und deroselben anorthnung betrefe undter Ihme stehen und den respect Eines im Ambt Ihme vorgesetzten leisten solle damit besorglicher streith und übelständig wessen vermeidten bleibe »). En comparaison, la compétence du directeur WILHELMS est également précisée, à savoir 80 florins, 4 maldres de seigle, 12 cordes de bois, ainsi que des revenus de l’écolage (Schulgeld). On le voit, Georg WENTZEL a du se battre pour se faire une place et pour se faire respecter par ses pairs, avec le soutien, nous l’avons vu, du Magistrat, et l’on ne peut s’empêcher de penser que cela était peut-être dû à son origine quelque peu étrangère.
Georg WENTZEL s’unira le 23 octobre 1691 à Wissembourg, en l’église St-Jean, avec Margaretha VETTER, la fille de feu Peter VETTER, bourgeois tanneur établi à Wissembourg[xxxv]. De leur union naquirent deux enfants. L’aîné Georg Philipp (°1699) épousera en 1725 Maria Margaretha BÖLLEN, la fille d’Alexander BÖLLEN, tonnelier à Wissembourg. Georg Philipp compte dans sa descendance le fameux imagier wissembourgeois Jean Frédéric WENTZEL. Le cadet, Johann Georg (°1702), épousera Maria Veronica MULLER, la fille de l’aubergiste « A l’homme sauvage » de Weiler, Félix MULLER, dont il reprendra l’auberge. A noter, chose intéressante, que le parrain lors du baptême de Johann Georg est un certain Johann Georg GUNDHARDT, pasteur à Dörrenbach (Palatinat), qui avait précédé Peter CRAMER à son poste, à Langensoultzbach et Froeschwiller, où Gundhardt avait officié entre 1685 et 1690. Ainsi l’on peut supposer que Georg WENTZEL avait également gardé des contacts avec ses compatriotes les saxons de Transylvanie, établis dorénavant en Outre-Forêt. Après plus de trente-quatre années en tant que Provisor à Wissembourg, Georg WENTZEL s’éteignit le 6 décembre 1723, à un âge de 80 ans.
Georg GUNDHARDT
Georg GUNDHARDT est né vers 1661 à Mediasch (« Media Transsylvanus Saxo »). Il est fils d’Andreas GUNDHARDT, co-recteur au lycée de Mediasch (« gewesenen Conrector ibidem »). En premier lieu pasteur de Wintersbourg, Berling et Vilsberg, comté de la Petite-Pierre, il épouse à Bouxwiller le 30 novembre 1683 Catharina ENGELBACH, la fille de feu le pasteur de Neuwiller-lès-Saverne Georg ENGELBACH (+03.11.1678 à Neuwiller)[xxxvi]. Il est ensuite affecté, en 1685, aux paroisses de Langensoultzbach et de Froeschwiller. Il y demeura jusqu’à sa relève par Peter CRAMER, en 1690. Il se rendit ensuite à Dörrenbach (Palatinat) où il se remaria le 10 juin 1704 avec Anna Margaretha SCHAEFFER, la fille de Barthold SCHAEFFER. La fille du pasteur, Anna Margaretha, issue du premier lit, épousa le 19 mai 1711 à Dörrenbach un certain Johann Martin GAUCKLER, originaire de Wissembourg, et tourneur de profession. Le pasteur GUNDHARDT était également un amateur d’eau-de-vie (« Branntweintrinker »)[xxxvii], qu’il ne versait visiblement pas « dans ses chaussures »… Si cela est évoqué dans les textes, on peut imaginer que cela a pu lui causer quelques désagréments paroissiaux voire lui être fatal. GUNDHARDT mourut le 9 février 1716 à Dörrenbach.
Notes
[i] Szabó Miklós/Tonk Sándor: Erdélyiek egyetemjárása a korai újkorban 1521–1700 – Fontes rerum scholasticarum VI. (Les universitaires originaires de Transylvanie à la période moderne 1521–1700), Szeged 1992.
[ii] Johann Werner Krauß : Antiquitates et Memorabilia historiae Franconicae: besonders Hildburghausen, Hildburghausen 1753, page 230.
[iii] Marie-Joseph Bopp : Die evangelischen Gemeinden und Hohen Schulen im Elsass und Lothringen von der Reformation bis zur Gegenwart. 2 tomes. Neustadt an der Aisch : Degener, 1963-1965.
[iv] Bernhard Weissenborn: Album AcademiaeVitebergensis, Jüngere Reihe. T. 1. 1602-1660. « Samuel Sylvanus Coronâ Transylvanus », 31.12.1659.
[v] Gustav C. Knod : Urkunden und Akten der Stadt Strassburg, Dritte Abtheilung, Die alten Matrikeln der Universität Strassburg (1621-1793), Trübner, Strassburg, 1897, Volume 1, page 641 : « Samuel Sylvanus Coronâ Transylvanus », 23.11.1668.
[vi] AD67 : Registre paroissial protestant de la paroisse St-Pierre-le-Jeune (Strasbourg). Transcription de l’acte de décès : « [26 avril 1675] J.(ung) Stephanus Roth S.(ancta) Theol(ogia) Stud(iosus) bürtig zu Hermannstadt (sic!) in Siebenbürgen. P.(ater) Cognomine Wullenweber, M.(utter) Cath(arina) Thomassin aet(atis) 30. Jahr 3 M.(onat) 3 W.(oche) [inhumation le 28 avril 1675] »
[vii] Stephanus Keinzelius, Samuel Sylvanus : Honor Postremvs, quem Viro Juveni … Domino Stephano Roth, Bistricio Transsylvano : Qui In alma Argentinensium Universitate Anno Christi Salvatoris nostri, MDCLXXV. pridie Nonas Maij … vivere desiit, & animam Deo … recommendavit / gemebundi praestabant Domini Conterranei, Amici, & Sodales
[viii] Registre paroissial d’Obersoultzbach : « Sub Pastoratu Samuelis Sylvani Coronâ Transylvani, sequentes baptizati sunt infantes.[18 Août 1683] », « Samuel Sylvano Pfarrer daselbsten ».
[ix] Registre paroissial d’Allenwiller 1688-1721 : « Nachfolgende getauffte Kinder sind von mir Samuele Sylvano Coronâ Transylvano gewesene Pfarrer der Gemeinen Obersultzbach und Filial Weinburg, auch Diacono in Ingweiler und Diacono in Westhoffen, getauft worden » [2 avril 1693]. ; « Folgende Verstorbene sind von mir Samuele Sylvano von Cronstadt evangelische Pfarrer in Ahlenweiler nachts begraben worden » [29 mars 1693]
[x] Boris Dottori : Le village disparu d’Elmerforst, in : Archéologie médiévale, 2007, 2008, 2009, 2011. La Fondation de l’Œuvre Notre-Dame de Strasbourg est une institution créée au 13e siècle ayant pour but de récolter les fonds nécessaires à la construction et à l’entretien de la cathédrale de Strasbourg. Ces fonds proviennent de dons faits par des particuliers en échange du salut de leur âme, et des revenus issus des domaines fonciers constitués par la Fondation.
[xi] AD67 : Registre paroissial protestant d’Allenwiller. Transcription de l’acte de décès de Samuel SYLVANUS : « Den ixtn viiibris (9ten Octobris) [1718] starb der Weyl[and] wohlehrwürdige und wohlgelehrte Herr Samuel Sylvanus treueifri. den xit. Ejusdem ; seines Alters 80 Jahr 2 Wochen und 2 Tag. In seinem ? allhier war derselbe 24 Jahr und ein halbes. St. M. Johann Jacob Eugelbach Beati adjunctus. EM Eva Metzgerin als Wittwe. Samuel Sylvanus des seligen verstorbenen Sohn »
[xii] Johann CRAMER (KRAMER, KRÄMER, CRAMERUS), né vers 1630 à Bonesdorf (Alsóbajom), immatriculé au lycée de Mediasch (Mediaș) en 1645, 1655 et 1656, est ordonné prêtre le 21 mai 1665 à Straßburg am Mieresch (Aiud), où il décédera quelques années plus tard, vers 1670. L’un de ses fils, Martin, né vers 1669 à Straßburg am Mieresch (aussi appelé Großenyed), a étudié à l’Université de Wittenberg où il s’immatricule le 17 février 1688 : « Martinus Cramerus Enyediensis Transylvanus ». Sources : Mediascher Gymnasial-Matrikel – dactylographie, Gustav Servatius, 1941 ; Staatsarchiv Hermannstadt, Landeskonsistorium Inv. Nr. 8. : Ordinationsmatrikel (1573-1743), p.535 ; Series Pastorum.Die Pfarrer der evangelischen Gemeinden A. B. in der Rumänischen Volksrepublik von der Reformation bis zur Gegenwart. Gustav Arz. (= Siebenbürgische Familienforschung 8/1991, p.32).
[xiii] Le texte de la dissertation de philosophie de Peter CRAMER fut publiée par l’imprimerie de Leutschovia (Levoča, aujourd’hui en Slovaquie), voici son titre : Symperasmata Philosophiae Rationalis, ex prima mentis operativae deducta et elicita, in dimida plagula. Praeside Elia Ladivero, Coll. Eper. P. P. Scholae Schaesburgensis Rectore. Respondente. Petro Cramero Bonosdorfiensi Scho. Stud. Disputabuntur ad diem… Februar. Hor. Matt. Anno M. DC. LXXIX., Leutschoviae. Si la référence bibliographique nous est connue, il semble à ce jour ne plus exister le moindre exemplaire.
[xiv] Georg Daniel Teutsch : Zur Geschichte des Schäßburger Gymnasiums (Forts.- 1678-1741), Progr. Schäßb. Gymn. 1852/53. [Lehrer-Tabelle 1678-1741] S. 37 : « Petrus Cramer aus Bonesdorf ex praefecto, proficisitur in Germaniam 1681 d. 10. Januar ».
[xv] Friedrich Teutsch : Die siebenbürgisch-sächsischen Schulordnungen. 1: 1543–1778. Hofmann, Berlin 1888 (=Monumenta Germaniae Paedagogica, Band 6). Pages 64-83 : « Jus leges et ordo institutionis rei literariae pro schola Schesburgensi » : réglement scolaire de Schäßburg, établi le 13 mars 1620.
[xvi] Gustav C. Knod (idem), volume 1, page 374 : « Petrus Craemerus, Bonosdorffino Transylvanus », 5 mai 1681, Faculté de Philosophie.
[xvii] AD67 : Registre paroissial protestant de la paroisse du Temple-Neuf (Strasbourg). Transcription de l’acte de mariage : Dom. 4 post Epiphanien [Anno MDCLXXXV] / Zum 1. mahl H[er]r Peter Cramer fürstl:[isch] Pfaltz-Veldenzischer / Herrschaft in Wald-Hambach Weiland Donatius Cramers gewe-/senen Landmanns der Gräffl:[ischen] Redlischen Herrschaft in Siben-/bürgen nachgelass:[ener] ehel.[iche] S.[ohn] / J[ung]fr[au] Anna Maria H.[err] Samuel Brunn Goldarbeiters und Kanzleybotten alhier ehel:[iche] T.[ochter].
[xviii] Filiation : Conrad HUBERT (1507-1577), diacre, théologien, hymnologue, prédicateur, éditeur des écrits de Bucer / Samuel HUBERT(1542-1619), professeur à l’Académie de Strasbourg / Samuel HUBERT(1577-1636), administrateur-gérant à Strasbourg (de la tuilerie près du Rhin, du pont sur le Rhin, du grenier à grains) / Maria HUBERT(1600-?), épouse de Georg BRUNN, boulanger à Strasbourg / Samuel BRUNN(1625-1686), orfèvre puis messager à la chancellerie de Strasbourg / Anna Maria BRUNN (1660-1702/), épouse de Peter CRAMER, pasteur.
[xix] Johann Adam : Evangelische Kirchengeschichte der elsässischen Territorien bis zur Französischen Revolution, Heitz, Strasbourg, 1928. Page 230 : « Der Pfarrer Peter Cramer aus Bondorf in Siebenbürgen, der 1690 durch den Inspektor der Oberbronner Herrschaft, Jakob Aulber, installiert wurde, wohnte bis 1697 noch in Fröschweiler, dann aber in Langensulzbach. »
[xx] AD67 : Registre paroissial protestant de Langensoultzbach. Transcription de l’acte de décès de Peter CRAMER (le pasteur Johannes HAUGI et son épouse Anna Ursula HANS, venaient de perdre leur fille Catharina Salomé, ceci expliquant la confusion de la rédaction de la fin de l’acte) : « Dienstag den 26. August 1738 Nachts zwischen 11-12 Uhr, ist allhier in Langensoultzbach in dem Herrn seelig entschlafen, und am Donnerstag den 28. darauf ehrlich zu Erden bestattet worden der wohl ehrwürdige alte Greiß, und über 48 Jahre allhier gewesener treufleißiger Pfarrer und Seelsorger der beyde Gemeinden Langensultzbach und Fröschweiller, und etlicher anderer darauf sich beziender Dörflein und Höh : nahmens Petrus CRAMER, aus Bonsdorff in Siebenbürgen gebürtig : nach der von Herr Special HOEFEL in Woerth (nach der von diesen beyden herren im leben längstens gethaue abredt, daß der längst lebende dem anderen wo möglich die Leichpredigt halten solle) über Hosea cap.XI, v.8.9 als über von dem seelige Pfarrer längstens selbsterwehlten Leichentext gahaltener Leichpredigt. [Ja beyder ! mein erst= und eingeborenes Töchterlein, in der nächste Nacht zu Donnerstag auch seelig verschieden war, und also.: der älteste und das jüngste im Pfarrhaus todt lagen) seines hohen alters : 83 jahr : nach… »
[xxi] Comme de nombreux étudiants, Martin Weber utilisait parfois la forme latinisée de son nom.
[xxii] Rudolf Briebrecher: Mitteilungen aus der Nagyszebener (Hermannstädter) Gymnasialmatrikel, [1654-1719] dans : Progr. Ev. Gymn. A.B. Hermannstadt, Schuljahr 1910/1911, Hermannstadt, 1901. Page 43 : N°61 « Martinus Textoris Bonosd[orf]. A[nn]o 79 die 9. Jan. honeste valedixit iturus Schäßb[urg] ».
[xxiii] Gustav C. Knod (idem), volume 1, page 650 : « Martinus Weber Bonosdorffensis Transylvanus », 5 mai 1681, Faculté de Théologie.
[xxiv] AD67 : registre paroissial protestant d’Oberbronn, registre des baptêmes (1685-1695) : [5.11.1688] « Im Nahmen Matthias Jülig als Schreiber urkundig unterschreibt Martin Weber Praeceptor von Zinsweiler erbettener Zeug ». Son prédécesseur à ce poste d’instituteur depuis au moins 1685, Zacharias MEISTER, est cité en dernier lieu (dans le même registre) le 25.07.1687, à l’occasion du baptême de son fils. Martin WEBER a donc été affecté au poste d’instituteur de l’école protestante d’Oberbronn en 1687 ou 1688.
[xxv] Bopp : Die evangelischen Gemeinden und Hohen Schulen im Elsass und Lothringen von der Reformation bis zur Gegenwart. 2 tomes. Neustadt an der Aisch : Degener, 1963-1965. Il indique que la paroisse protestante d’Oberbronn était desservie par deux pasteurs : le premier pasteur était en même temps inspecteur du bailliage d’Oberbronn, son diacre simultanément pasteur de Zinswiller et instituteur à Oberbronn. Il n’indique cependant pas de période. Un peu plus loin, il dit que ce diacre n’a été instituteur que jusqu’en 1710, sans doute parle-t-il de Philipp Jacob LUFT, diacre entre 1703 et 1710, qui a dû prendre en sus la succession de Martin Weber à son poste de précepteur, devenu vacant.
[xxvi] AD67 : registre paroissial protestant d’Oberbronn, registre des mariages (1686-1787) : « Den 5. Februarius [1693] wurden nach dreymahlig Proclamation copulirt, H. Martinus Weber Transylvanus Praceptor allhier und Jfr. Anna Barbara Johann Philipps Spechtens Burgers und Reebmanns Tochter allhier, und ist diesen Actus von folgenden Interessenten bezeugt worden. Martinus Weber, Hans Jacob Schneider, Johan Paulus Mader. »
[xxvii] Friedrich Orendi : Series Pastorum: Seiden. dans Siebenbürgische Familienforschung 11 (1994) 1, page 23. Johannes HONIUS (Villici) père a été ordonné prêtre le 14 octobre 1642 et était pasteur à Seiden entre 1643 jusqu’à sa mort vers 1654/55. Un autre de ses fils était Michael HONIUS, le prédécesseur de Peter Cramer au poste d’enseignant à Schäßburg.
[xxviii] Gustav Servatius : Namen-INDEX der Mediascher Gymnasial-Matrikel, dactylographie, 1941.
[xxix] Elias von Steinmeyer : Die Matrikel der Universität Altdorf (1576-1809), Teil 1, Stürtz, Würzburg, 1912. Page 385 : « Johannes Honius Seidnâ-Transylvanus Saxo », 18 février 1676.
[xxx] Gustav C. Knod (idem), Volume 2, page 27 : « Johannes Honius Seidnâ Transylvanus Saxo », 20 juin 1679.
[xxxi] AD67 : Registre paroissial protestant de la paroisse St-Guillaume (Strasbourg). Transcription de l’acte de mariage : « ejusdem Dominicis [12 et 19. Juin 1681]. Hr. Johannes Hohnius von Saiden in Siebenbürg Hr. Johannes Hohnius gewesen Pfarrers zu Seiden in gedachtem Siebenbürg undt decanus capituli Wolgatziensis nachgelassen ehelicher Sohn undt Frau Anna Catharina Herrn Christoph Wilhelm Stromers gewesenen Notarius inderlassene Wittib. »
[xxxiii] Gustav C. Knod (idem), Volume 1, page 373 : « Georgius Wentzelius, Transylvanus », 30.04.1679, Faculté de philosophie.
[xxxiv] AMW 17S 37 : Clément STRIEBIG a confectionné un dossier personnel pour Georg WENTZEL en transcrivant différents documents originaux le concernant (procès-verbaux du Magistrat de la ville de Wissembourg, actes notariés, etc.)
[xxxv] AD67 : registre paroissial protestant de Wissembourg (paroisse St-Jean)
[xxxvi] AD67 : registre paroissial protestant de Bouxwiller, registre des mariages : « von Medwisch aus Siebenbürgen(*), Wohlverordenter fürst. Pfaltzveldenzischer Pfarrer zu Wintersburg und Berling, Lützelsteinischer Herrschaft […] (*)pater H. Andreas Gunthard gewes. Conrector ibidem »
[xxxvii] Georg Biundo : Die evangelischen Geistlichen der Pfalz seit der Reformation (Pfälzisches Pfarrerbuch). Degener, Neustadt an der Aisch, 1968, p.158.
(ca.1537-1594), Sculpteur (Bildhauer) 1573, économe au Gymnasium Illustre (Oeconomus) 1561/64-1569/72, percepteur princier en chef des droits d’accise (Umgelder), et de l’octroi (Zoller, Telonarius Palatinus Praefectus) 1569/72-1594, à Lauingen, principauté du Palatinat de Neuburg.
Curriculum Vitae
Sebald MOTZ est né vers 1537 à Wertingen, près de Dillingen-sur-Danube, dans la seigneurie des Marschalk von Pappenheim, à immédiateté impériale, si l’on en croit ses deux inscriptions universitaires (« Wertingensis », « ex Werding »).
On ignore encore qui furent ses parents, mais le blason ci-dessus qu’il a dessiné (ce qu’indique le texte composé par lui-même « pingi curavit Sebaldus Motzius »), dans les album amicorum, des livres d’autographes, nous interpelle car il ressemble étrangement à une altération des armes des barons du Henneberg en Thuringe.
On y remarque d’étranges similitudes, tant au niveau des couleurs que des sujets du blason. Même le couvre-chef du personnage du cimier, porte sur les deux blasons, trois plumes. La poule des Henneberg devient ici un coq crêté et langué, avec patte levée. Il semblerait donc que ce blason soit une déclinaison du blason des barons de Henneberg. Certains membres d’une famille MOTZ de Thuringe furent des ecclésiastiques et notables au début du 16e siècle, donc effectivement des personnes privilégiées du clergé ou de la grande bourgeoisie. Par prudence, il convient bien évidemment de ne présenter cela que sous forme d’une hypothèse, en l’absence d’éléments irréfutables.
Nous ignorons ainsi si Sebald MOTZ a créé son propre blason, étant devenu un éminent notable de la ville princière de Lauingen, ou bien alors s’il a hérité ce blason de sa famille. En supposant qu’il l’ait créé lui-même, il reste à déterminer s’il l’a choisi car il savait que ses aïeux étaient originaires de Thuringe, ou bien alors parce que le blason des Henneberg attirait sa sympathie. Sur son blason, sa devise est « gallus pacis vigil », ce qui signifie « le coq veille sur la paix ».
Concernant l’enfance de Sebald, elle est peu connue, il l’a probablement passé à Wertingen, son lieu d’origine. Nous en savons plus concernant sa formation universitaire. Sebald Motz entre à la très renommée Université de Tübingen où il s’immatricule le 08.04.1553 (« Sebaldus Motz Wertingensis »). On le retrouve deux années plus tard à l’Université d’Ingolstadt où il s’immatricule le 25.04.1555 (« Sebaldus Mutz ex Werding studiosus artium, 48d »).
Peu de temps après, il s’installe à Lauingen en y épousant vers 1558 Apollonia WEIHENMAYER, la fille d’Ulrich WEIHENMAYER (ca.1512-1577), conseiller à la ville de Lauingen à partir de 1543, puis bourgmestre ici-même à partir de 1550 et jusqu’à sa mort en 1577 (la belle-soeur, “Gschwey”, de Sebald, Maria WEIHENMAYER, vivait dans la maison de Sebald, dans la Brüdergasse, entre 1590 et 1593).
Un certain Ulrich WEIHENMAYER (ca.1482-ca.1545) dit le Vieux, déjà cité en 1506, était conseiller à la ville de Lauingen (cité à ce poste en 1524, 1525, 1531, 1533, 1535, 1536, 1541, 1543) et reçut en 1524 d’un comte palatin, une Wappenbrief, en même temps que son frère établi à Höchstädt et dont le prénom ne nous est pas parvenu (voir leurs armoiries ci-contre, extraites de l’album amicorum de Johannes GOETZ, WLB Stuttgart, Cod. hist. 4° 297, page 33r). Il s’agissait de l’un des habitants les plus fortunés de la ville : « Ulrich Weihenmaier, der bereits im ältesten Lauinger Steuerregister von 1506 in der Kramergasse im Weberviertel (= Westhälfte der heutigen Geiselinastraße) genannt ist und dort bis 1541 steuert (zuletzt den Betrag von 123 Pfd. ß h, womit er zu den reichsten Bürgern der Stadt zählte) ».
C’est au père d’Ulrich W. (ca.1512-1577) et Leonhard W. (ca.1502-ap.1551), ainsi qu’à leur oncle, que cette Wappenbrief a été conférée, mais il est difficile pour le moment d’établir avec certitude leur filiation avec Ulrich le Vieux, une filiation avec le frère de ce dernier établi à Höchstädt restant plausible. Leonhard est cité à Lauingen en 1525, 1535, 1543, 1545, et 1551 car il y paie des redevances. Sa fille Madeleine (1543-1605), épouse du Dr. Nicolaus von REUSNER, recteur au Gymnasium Illustre de Lauingen, porte ces armoiries sur sa Leichenpredigt, en 1605. Par ailleurs, le frère de cette dernière, Michael (ca.1531-1582), Docteur en Droit (J.U.D.), dédicace en 1577 la Leichenpredigt de son oncle paternel (patruus) Ulrich W., le bourgmestre. Ces deux éléments nous permettent d’une part de déduire un lien fraternel entre Ulrich W. (ca.1512-1577) et Leonhard W. (ca.1502-ap.1551), d’autre part d’être certain qu’ils ont hérité du blason soit d’Ulrich W. le Vieux, soit de son frère.
Le blason bourgeois des WEIHENMAYER, d’or et d’azur, comporte un oiseau de proie prenant son envol (le Weihen, dans Weihen-meyer, indique une famille d’oiseau de proie de taille moyenne). La famille WEIHENMAYER était une ancienne et illustre famille de Lauingen, établie ici depuis au moins le tout début du 15e siècle. En effet, Leonard WEINMAIR, 22e abbé à l’abbaye cistercienne de Kais(ers)heim, entre 1427 et 1440, est né à Lauingen.
C’est avec le concours de sa belle-famille, que Sebald MOTZ a donc pu accéder à la fonction très intéressante d’économe (Oeconomus) du Gymnasium Illustre de Lauingen, le lycée de la principauté du Palatinat de Neuburg. Le lycée, dont Peter AGRICOLA a été l’un des artisans majeurs, et qui ouvre ses portes en 1561. Sebald MOTZ est cité pour la première fois à ce poste d’économe dans le registre paroissial de Lauingen le 27.09.1564, puis en 1565, 1566, 1568, et pour la dernière fois le 22.10.1569. La famille de Sebald MOTZ habite depuis au moins 1563 au bout de la Pfarrgasse (aujourd’hui : Herzog-Georg-Straße), jusqu’en 1567 y paie des impôts. En 1570 et 1571 ils habitent dans la Wengenmayrsgaß à côté de la maison des héritiers de Georg Feuchtweck, puis à compter de 1572, et jusqu’à son décès, dans la Brüdergasse.
L’on apprend que c’est à peu près à cette période, vers 1573, qu’il souffrait de graves problèmes de santé, manifestés par des vertiges, déjà à son poste de percepteur. Ces informations nous sont parvenues et sont développées plus loin dans cet article. Sebald est cité dans le registre paroissial de Lauingen, à compter au moins du 10.05.1572, comme percepteur princier. Il percevait les droits d’accise et l’octroi (« fürstlicher Umgelder », « fürstlicher Lauinger Zoller », « telonarius palatinus », « Telonii Palatini praefecti »). Il s’agissait d’un poste de haut-fonctionnaire de cette Principauté. Concrètement, il dirigeait l’administration qui percevait les taxes douanières (octroi) et les taxes sur d’autres produits vendus sur les marchés et dans les auberges comme le vin et d’autres marchandises (droits d’accise). Concernant les taxes douanières, il y avait un poste près du Danube, lieu de transit de toutes les marchandises venant d’autres territoires. Sebald est par la suite cité à ce poste à de nombreuses reprises, entre le 04.07.1573 et son décès en 1594, confirmation qu’il l’a occupé sans interruption pendant plus de 22 ans.
Une autre archive le dit également sculpteur (Stadtarchiv Lauingen, A 18 : courrier du gouvernement de la ville du 4 juillet 1573, se référant à Sebald Motz, « vnnser Zoller, auch Bildhawer zw Laugingen » dans une affaire de finalisation et mise en place de pierres funéraires). Cette citation est la seule rencontrée pour cette qualité. Par ailleurs, l’on peut se demander si Sebald MOTZ ne serait pas la personne ayant finalisé la réalisation de la cénotaphe de la comtesse Elisabeth de Palatinat-Neubourg (1503-1563), qu’avait laissé inachevée le sculpteur Sigmund Winthier, décédé brutalement en 1572. En plus de ses talents de dessinateur, il avait donc ce talent de sculpteur. Sebald MOTZ était également parrain chez la fille de l’imprimeur Emmanuel SALTZER, le 27.08.1563. Les imprimeurs étaient en relation avec des graveurs qui enrichissaient avec leur gravures les livres que l’imprimeur éditait. A cette époque, la ville de Lauingen disposait en effet déjà d’une imprimerie princière, et cela depuis l’année 1552 au moins, d’après la littérature sur les imprimeries de la ville. On peut imaginer que Sebald MOTZ était déjà sculpteur avant sa nomination au poste d’économe, car quelle aurait été son occupation sur les années 1558-1561 ?
Sebald décède le 20.11.1594 à Lauingen, en laissant derrière lui enfants et petits-enfants en nombre. Son statut de notable de Lauingen est confirmé par les mariages prestigieux de ses enfants avec des nobles et des notables de son époque, dont notre ancêtre Magnus AGRICOLA. On peut rajouter que Sebald a investi des sommes assez conséquentes (1.430 florins en 1592, 1.067 florins en 1594) dans la société “Hans Österreicher sel. Erben”, une entreprise marchande créée par les héritiers de Hans ÖSTERREICHER (ca.1529-1590), l’un des hommes les plus fortunés du patriciat d’Augsburg. Cette entreprise sera capitalisée jusqu’à hauteur de 850.000 florins en 1608.
MOTZ Barbara (ca.1559-1624)
oo1. 20.10.1577 à Lauingen avec le patricien Hans Christoph WESTERMAIR (deux fois veuf), un commerçant d’Augsburg, +12.01.1583 Augsburg. Témoin au mariage du côté de l’épouse : le marchand d’Augsburg Georg Feichtweckh.
oo2. 08.07.1584 à Augsburg avec le patricien Junckher Hans Bartholome LINS (famille anoblie en 1550), un marchand d’Augsburg. Le couple s’installe à Lauingen (4 enfants), l’époux y décède en 1590.
oo3. 27.10.1595 à Lauingen M. Simon RETTER professeur au Gymnasium Illustre de Lauingen puis recteur de l’école latine de Nördlingen à partir du 30.01.1598 et jusqu’à sa mort en 1627. Son épouse y décède en octobre 1624 (inhumée le 4.10.1624 à Nördlingen).
MOTZ Ulrich (août 1560-1582), parrains : M. Andreas Hefelin, Jeorius Ostwald, Anna Waltherin
Gymn.Lauingen, Imm. Tübingen 03.11.1579, Imm. Wittenberg 1581 où il étudie le droit, décède subitement.
MOTZ Anne Marie (1562- ap.1615), parrains : M. Andreas Hefelin, Dorothea H. Phausers Hausfrau, Affra Jerg Oswaldin
épouse le 10.01.1586 à Lauingen M. Magnus AGRICOLA (ca.1556-1605), pasteur, théologien et futur surintendant, membre du conseil ecclésiastique, assesseur à Neuburg, neveu de M. Peter AGRICOLA (1525-1585), humaniste, théologien, précepteur princier, recteur académique, diplomate.
MOTZ Sebald (1563- av.1566), parrains : M. Andreas Hefele, Georg Ostwald, F. Dorothea Phauserin
MOTZ Euphrosina (1564- ap.1593), parrains : M. Andreas Hefelin, Affra Jerg Oswäldin Wirthin, f. Dorothea Phauserin. Epouse le 3 décembre 1593 à Lauingen Dietrich HESS, Imm. Tübingen 14.12.1574 et 19.9.1579, conseiller princier à Neuburg, diplomate du prince Philippe Louis de Neuburg, entre 1598 et 1618 ambassadeur à Paris pour les comtes palatins de Deux-Ponts et de Neuburg, Après la recatholicisation du Duché de Neuburg, resta protestant, mais servi tout de même le comte Wolfgang de Palatinat-Neubourg en tant que conseiller à la Chambre (Kamerrat) et ce jusqu’en 1624. Il est cité en dernier lieu en 1626.
MOTZ Sebald (1566- ap.1587), parrains : M. Andreas Hefele, Jörg Oswalt Wirthin, f. Dorothea H.Phauser hausfrau. Etudiant au Gymnasium Illustre de Lauingen en 1587, son devenir ne nous est pas connu.
MOTZ Daniel (1568- ca.1615), parrains : Juncker Daniel Feuchtwegk, M. Andreas Hefelin Ludimoderator, Affra Georg Oswäldin Wirthin. Epouse le 13.02.1593 à Lauingen une certaine Sibilla, veuve de Fileas? ADELGAYSS, puis est cité à Höchstätt à partir de 1607 (cité le 10.11.1611 dans le registre paroissial de Lauingen) où il est trésorier (Kastengegenschreiber). Il décède vers 1615, sa veuve lui survivant.
MOTZ Gabriel (1570- av.1572), parrains : Herr Gabriel Faichtweck, M. Andreas Lopadius, Affra Jerg Oswaldin Wirthin
MOTZ Gabriel (1572-1597), parrains : Junckher Gabriel Feuchtwegk, M. Andreas Lopadius, Frau Affra Herr Georg Oswäldin. Sans descendance. Il décéda de la peste.
MOTZ Appolonia (1574- ap.1597), parrains : Juncker Christoph von Eckensperg Pfleger alhir, Frau Maria Mannin des Herrn Superintendent Hausfrau, Frau Affra Herr Jerg Oswaldin. Epouse le 11.07.1597 à Lauingen Tobias MAIR, administrateur à Echenbrunn chez le noble Christoff ARNOLD (oo Susanna Feuchtweck)
MOTZ Christoff (1576- ??), parrains : M. Abraham Manne Superintendens, Juncker Christoph von Eckensperg Pfleger alhir, Affra Gerg Oswäldin. Son devenir ne nous est pas connu.
MOTZ Georges Sebastien (1580-1597), parrains : Der Edel unnd vest. Christoph von Eckerspurg Pfleger alhir. Georg Wolff und Sebastian Gebrüder von Wölwardt studiosi, Frau Maria H. M. Abraham Männin Superintendentin. Sans descendance.
La santé du couple MOTZ
Vertige maladif (ca. 1573) – Sebald MOTZ
Sebald MOTZ a été soigné par le célèbre Dr.Martin RULAND, médecin, alchimiste et philologue de la Renaissance. Héritier de Paracelse, il a la confiance de l’empereur du Saint-Empire Rudolphe II chez qui il devint le médecin personnel, à Prague. Rudolphe II était passionné par l’alchimie. Parmi ses recrutements, on y voit beaucoup d’alchimistes, avec notamment le médecin Michael MAIER, l’un des successeurs de Ruland.
Le Dr. Martin RULAND était vers 1573 encore le médecin à la cour du comte palatin Philippe Louis de Neuburg. C’est à ce moment que Sebald MOTZ, 36 ans, fit appel à lui comme il souffrait de très graves problèmes de vertige. C’est avec grand étonnement que l’on s’aperçoit que Martin RULAND lui administra alors de l’hellébore noire, connue depuis les temps anciens, comme étant une plante aux propriétés étonnantes. Cette plante aussi appelée aujourd’hui Rose de Noël était également utilisée en magie noire au 16e siècle et avant..
Voici maintenant la transcription du rapport du Dr. Martin RULAND concernant ce cas. (Martin RULAND : « Curationum empyricarum & historicarum… centuriae decem, quibus adjuncta de novo ejusdem authoris Medecina practica…: cum indice rerum omnium uberrimo ». Centurie II. Lyon : P.Ravaud, 1628, page 92 ; la centurie II a été éditée la première fois en 1680 à Bâle, la centurie I en 1678).
CURE XXVI
TRADUCTION : VERTIGES
L’honnête homme Sebald MOTZ citoyen à Lauingen et percepteur du Palatinat [-Neuburg], quand il avait 36 ans, se plaignait de vertiges et de malaise général souvent gravissime et assez dangereux pour mener à la mort, que cependant on peut lui opposer, pour amener à endiguer ces maux, un secours médical afin d’empêcher, de cette manière, de soi-même en souffrir.
PURGATIF
Remède : Le matin prendre une pillule ou petits grains sans autre liqueur aromatique pour ce genre d’embarras prendre trois grains d’hellébore noir. Faire sept jours de diurétique dorée avec de l’eau de buglosse. A prendre 2 h après le dîner et évacuer sept fois jusqu’à guérison complète.
VEINE SECTIONNEE
Pour purgation, il a ouvert une veine, a perdu beaucoup de sang et, ayant ainsi recouvert la santé, a très rapidement loué le Premier Médecin à la Cour [qui est Martin RULAND].
Mais Sebald n’était pas le seul à avoir des maux dans la famille, son épouse Apollonia WEIHENMAYER a également consulté le Dr. Ruland, à l’âge de 32 ans, pour des calculs rénaux. Voici la transcription du rapport du Dr. Martin RULAND concernant son cas. (Martin RULAND : « Curationum empyricarum & historicarum… centuriae decem, quibus adjuncta de novo ejusdem authoris Medecina practica…: cum indice rerum omnium uberrimo », Centurie III. Lyon : P.Ravaud, 1628, page 177).
CURE XXVIII.
TRADUCTION : Calculs rénaux
L’épouse de Sebald Motzen, percepteur de Laugingen, homme très honorable, âgée de trente-deux ans, souffrait d’une douleur très vive dans la région des reins, à cause de reins chargés de sable (graviers) et de calculs. Ayant été appelé auprès d’elle, je la délivrai rapidement et complètement, par la volonté de Dieu, grâce aux remèdes suivants.
Bain
Avant tout, qu’elle utilise un bain d’eau douce.
Onction
Après le bain, on oignait les reins, les lombes et les uretères avec de l’huile de scorpions chauffée.
Clystère (lavement)
Ensuite je lui administrai un lavement composé ainsi :
Lait frais filtré : 10 onces
Huile de camomille : 2 onces
Huile de lys blanc : 1 once
Miel : ½ once
Herbe bénédictine laxative : ½ once
Qu’on en fasse un clystère, grâce auquel elle évacua beaucoup, les calculs avancèrent et la douleur cessa.
Régime
Aliments : viandes bouillies, petits bouillons, etc. Elle évitait les produits laitiers et les aliments visqueux.
Boissons : durant plusieurs jours, elle buvait du vin de genièvre.
Et ainsi, en trois jours, par la miséricorde de Dieu, elle fut guérie.
Cardialgie et anorexie (ca.1591)
Bien plus tard, vers 1591, la femme de Sébald MOTZ, qui avait alors 54 ans, souffrit de cardialgie et d’anorexie. Voici la transcription du rapport du Dr. Martin RULAND concernant ce cas. (Martin RULAND : « Curationum empyricarum & historicarum… centuriae decem, quibus adjuncta de novo ejusdem authoris Medecina practica…: cum indice rerum omnium uberrimo ». Centurie V. Lyon : P.Ravaud, 1628, page 303).
CURE VIII.
TRADUCTION : De l’anorexie ; des douleurs d’estomac.
L’épouse de Sebald Motz, percepteur à Laugingen, mon très cher parent, âgée de cinquante-quatre ans, se plaignit lourdement de ces maux graves. Par la grâce de Dieu, je lui apportai aussitôt secours, comme suit.
Breuvage vomitif et purgatif
On versait une once de vin d’absinthe dans notre gobelet chimique, où on le laissait infuser pendant la nuit. Le matin, elle le buvait, et cela provoquait rapidement des vomissements faciles, chargés de phlegme et de bile ; plusieurs évacuations intestinales suivirent également, et elle commença aussitôt à aller mieux. Je lui donnai le même breuvage une troisième fois, trois jours plus tard ; il eut des effets semblables, et elle retrouva une parfaite santé.
Qui n’a jamais rêvé d’hériter d’une grande somme d’argent d’un cousin éloigné ou de découvrir un trésor ? À l’instar de nombreuses familles, dans la nôtre circulait une légende : nous descendions d’un pirate (« mir stàmme vùm a Piràt àb »). Encore petit garçon et amusé par l’image du pirate à la jambe de bois ne voyant que d’un oeil, j’étais resté très sceptique quant à la véracité de cette affirmation, mon grand-père adorant raconter des histoires.
Un peu plus tard, il m’a sérieusement expliqué que cela avait un fond de vérité. La famille de son grand-père maternel, Louis Würtz (1856-1932), qui était cantonnier à Rittershoffen, a fait partie de quelques familles alsaciennes – au nombre de quatorze dans le souvenir de mon grandpère, alors qu’il n’était âgé que d’une petite dizaine d’années – portant le nom de famille Würtz qui ont été sollicitées dans les années 1930 dans le but de financer des procès pour récupérer l’héritage de leur ancêtre, un pirate hollandais du même nom (« Würtz het er g’haasse, ùn vùn Holland isch er gewann »).
L’avocat qui s’est occupé de l’affaire, un certain Anderle, aurait exercé dans la région de Mulhouse. En 1936, il disait de l’héritage qu’il était colossal : pas moins de 24 millions de florins hollandais (« viere zwàntzig Millione Gulden »), répartis dans 25 coffres (pierres précieuses, pièces d’argent, pièces d’or, bijoux, etc.) Après que les familles eurent effectué plusieurs versements annuels conséquents à leur avocat, chaque versement représentant le prix d’une bonne bicyclette (« jedes Johr ungfähr so viel wie a gutes Vélo »), Anderle leur apprit que l’héritage était en cours de transfert, naviguant sur le Rhin quelque part entre Cologne et Strasbourg. Peu de temps après, on était alors en 1938, une cousine Würtz de Sarrebruck leur aurait envoyé une coupure de presse qui disait que l’administration allemande en avait décidé autrement et l’avait confisqué à Mayence cette année-là, lors de son acheminement vers les terres alsaciennes… alors que les enfants de Louis Würtz et les supposées autres familles considérées comme descendantes attendaient impatiemment cet héritage…
Enquête sur cet héritage
Hélas… les papiers familiaux ayant trait à cette affaire ont été détruits lors de la seconde guerre mondiale. La recherche d’archives officielles concernant cette succession paraissait donc difficile avec si peu d’indices. Après un déplacement dans un cabinet spécialisé en recherches d’héritiers, et après avoir navigué sur des sites internet spécialisés en généalogie et eu des échanges avec d’autres familles dites descendantes aux Etats-Unis, nous avons pu enfin élucider le mystère, des recherches complémentaires permettant ensuite d’étoffer un peu la documentation et les sources.
Paulus Würtz, période suédoise (vers 1655)
En dernier lieu Feldmarschall au service des Provinces-Unies, Paul Würtz, issu d’une famille de marchands de boeufs, naquit le 30 octobre 1612 à Husum (Schleswig). Parvenant à faire des études et acquérir des connaissances linguistiques et scientifiques significatives, il servit successivement l’empereur Ferdinand II et, dans les dernières années de la Guerre de Trente Ans, le futur Charles Gustave de Suède (1622-1660), issu de la dynastie des Deux-Ponts-Cleebourg, avec qui il se lia d’amitié et qui en fit ensuite un de ses diplomates et chefs militaires. Lors des diverses campagnes, Würtz acquit ses lettres de noblesse et en 1657 le roi lui octroya le titre de baron et le rang de lieutenant-général.
En 1665, Charles Gustave étant mort, Würtz mit ses compétences au service de la couronne danoise, qui lui offrit le poste de Feldmarschall, puis s’installa à Hambourg avant de rejoindre en 1668 les Provinces-Unies, menacées par Louis XIV. Désavoué par le jeune stathouder Guillaume III, il envoya sa démission aux États généraux et se retira en 1674 à Hambourg, où il mourut le 23 mars 1676.
La succession
Le feldmarschlall Würtz a pu accumuler une vaste fortune, notamment grâce à son dernier poste aux Provinces-Unies où certains historiens estiment que ses émoluments étaient proches de celui du stathouder, le prince d’Orange. D’autres chercheurs pensent que son fief en territoire finlandais et ses liens avec la couronne suédoise y étaient aussi pour beaucoup. Quoi qu’il en soit, sa fortune était très importante pour cette époque.
Quelques années avant sa mort, le 28 décembre 1672, Paul Würtz aurait fait établir à Gorcum (Hollande) par acte notarié un testament instituant sa gouvernante Johanna von der Plancken (mère de leur fille illégitime Bartha Würtz) comme sa légataire universelle. Il aurait confirmé ce fait, devant témoins et notaire, peu avant sa mort, le 21 mars 1676, mais certains (notamment les descendants de ses demi-frères Würtz demeurant dans la région de Coblence) allaient tenter de montrer que les différents actes notariés avaient été falsifiés.
L’héritage fut ainsi bloqué jusqu’en 1679 à Hambourg. L’affaire prit une tournure politique lorsque la flotte des Provinces-Unies menaça Hambourg de ses canons, étant donné que la famille de Johanna von der Plancken (qui était entre-temps décédée, début 1679) attendait toujours l’intégralité de l’héritage en Hollande. Le magistrat de Hambourg céda et rendit la dépouille et les biens du Feldmarschall, lequel fut inhumé une seconde fois, en la cathédrale (Oude Kerk) d’Amsterdam le 24 octobre 1679.
En sommant les items d’un inventaire de 1679 établi par des administrateurs à Amsterdam, on peut estimer l’héritage à près de 550.000 florins hollandais en obligations et argent, auxquels il faut ajouter plus de 47 coffres ou coffrets dont le contenu n’est pas indiqué, de quelques maisons, d’un carrosse et d’un peu de mobilier. L’héritage fut alors déposé dans un orphelinat à Amsterdam où était placée Bartha Würtz après le décès de sa mère. S’ensuivirent plusieurs procès, avec toujours plus d’héritiers venant de diverses branches généalogiques, en concurrence avec le parti des von der Plancken. Les tribunaux hollandais jugèrent alors que les documents notariés avaient été falsifiés en faveur de l’ancienne gouvernante, sur son initiative. Ils décidèrent de bloquer l’héritage jusqu’à ce que les différentes branches prétendantes conviennent un accord… qui n’arriva jamais. Après un statu quo de soixante ans, les démarches judiciaires reprirent en 1770. Force était de constater que l’argent manquait aux tribunaux pour procéder aux recherches, tant était grand le nombre de descendants potentiels répartis dans toute l’Europe. Les procédures cessèrent ainsi au début du 19e siècle. Il y eut encore d’autres tentatives, vaines, au cours de ce même 19e siècle, car certains montèrent alors des associations destinées à la récupération de l’héritage, notamment des Américains, mais aussi des Allemands avec leurs «Würtz’schen Vereine », sans plus de succès.
Le lien entre Paul Würtz et l’Outre-Forêt ?
Si l’identité de l’intéressé, son histoire ainsi que les tribulations concernant son héritage étaient maintenant connues, il convenait de vérifier si un lien pouvait être établi entre les Würtz de Rittershoffen et la descendance collatérale de ce célèbre personnage.
L’ascendant le plus ancien connu du cantonnier Louis Würtz est mentionné pour la première fois en 1693, dans le registre de comptabilité seigneuriale du bailliage de Hatten. Andreas Würtz, un laboureur, a acheté des biens caducs et paie des intérêts sur ces biens (1). Par ailleurs l’année de naissance approximative de son fils aîné Mathias est 1686 (2). Est-ce qu’Andreas est un descendant collatéral de Paul Würtz ?
Le registre paroissial de la communauté de Niederberg (région de Coblence) contient une notice de recherche sur plusieurs pages énumérant tous les descendants trouvés et connus des demi-frères du Général (3) : Anna, Heinrich et Peter Würtz, issus d’un premier mariage de leur père. Cette notice est initiée en 1772 et enrichie jusqu’en 1825 par les curés subséquents de Niederberg et contient uniquement les descendants d’Anna et de Peter Würtz.
En outre, il s’avère que les seuls descendants pouvant correspondre à Andreas sont ceux issus d’Heinrich Würtz. Ils ne figurent donc pas sur la notice mais leurs actes de baptême se trouvent dans le registre : un de leurs garçons a été baptisé le 20 février 1661 puis des garçons jumeaux le 25 juillet 1664 (3). L’un de ces trois fils aurait-il tout de même survécu puis émigré à Rittershoffen, à l’insu des auteurs de cette notice de recherche ? Rien n’est moins sûr…
Aucun lien évident ne pouvant être établi entre Andreas Würtz et Paul Würtz, on peut conclure qu’Anderle, probablement attiré par le gain, si tant est qu’il ait vraiment entrepris une enquête sérieuse avant la guerre, a pour le moins été opportuniste, sinon malhonnête, en ponctionnant des familles crédules, des familles vraisemblablement non apparentées dont le seul rapport avec le « pirate » était leur nom de famille. Anderle devait savoir d’avance, comme d’autres avocats avant lui, que les procédures auraient peu de chance d’aboutir, pour les mêmes raisons que celles rencontrées depuis le début de la succession et jusque dans ces années 1930. En outre, aucun avocat du nom d’Anderle ne semble avoir été enregistré au barreau de Mulhouse (4), et l’on peut se demander qui était vraiment cet homme (« s’isch sicher a Winkelàdvokàt gewann»).
Après la seconde guerre mondiale, la famille de mon grand-père, bien occupée à la reconstruction et par ailleurs persuadée de ne plus parvenir à récupérer un éventuel héritage, n’avait plus entrepris de démarches dans ce sens.
* * *
L’on voit ainsi que toute investigation requiert une certaine rigueur, et que l’appel aux documents originaux, aux preuves, s’avère indispensable pour vérifier chaque histoire, surtout lorsque celle-ci parait séduisante.
Mon grand-père Aloyse, sa petite soeur Madeleine est à sa droite auprès de leur mère Anne Würtz, derrière elle son époux Eugène Fischer, entourés de voisins et de soldats français, à Leiterswiller en 1933
Sources :
1) AD67 E3292 : Comptabilité du bailliage de Hatten, année 1693 : « Item Andres Würtz von 6 Gulden 2s 6d Capital, 3s 1½ d Zinsen »
2) AD67 6E40.2/148 : Inventaire après décès d’Andreas Würtz du 23 septembre 1707: « Nahmen undt Alter der Kinder : 1. Mathis seines Alters 21 Jahr. 2.Johannes 15 Jahr. 3.Maria Catharina 13 Jahr. 4. Georg Lienhardt 7 Jahr »
3) Registre paroissial catholique de Niederberg (Kr. Coblenz) (1660-1691). Notice : « Pro notitia. Extractus varii et protocollis baptizatorum et copulatorum descendentium a Nicola Würz et uxore ejus Catharina Orth in Neudorf […] ». Le baptême des garçons jumeaux. Tout comme pour leur frère aîné né en 1661, aucun prénom n’est indiqué : « [1664] Henrico Wirtz et Catharinae uxori nativunt duo proles renati vero 25st. Julÿ, sub patrinis spondentibus, primi et senioris filius, Jacobo Gräss, et Matrina Maria, Henrici Petri uxore, alterius vero, Philippo Schora, et Matrina Sophia, Nicolai Krauth filia ».
4) Archives municipales de Mulhouse : collection des livres d’adresses de la ville de Mulhouse comportant chacun la liste des avocats du barreau de la ville. Années consultées : 1923, 1924, 1926, 1928 à 1935, 1938 et 1939.
– Hans Escher : Urkundliches über Paul Würtz, Feldmarschall und Baron von Ornholm und dessen Nachlass betreffend, Escher, Essen 1909, 15 p.
– Uwe Iben : « Feldmarschall Paul Würtz aus Husum », Beiträge zur Husumer Stadtgeschichte, Heft 6. Gesellschaft für Husumer Stadtgeschichte e.V., Husum 1998, 12 p.
– William J. Snyder : Stenographic report of proceedings had at the first reunion of the Wertz family, held at Rock Island, Ill., October 6-7-8, 1911…William J. Snyder, Chicago, Ill 1911, 36 p.
– William J. Snyder, Stenographic report of proceedings had at the second reunion of the Wertz family, held at Harrisburg, PA., October 25, 26, 27, 1912, William J. Snyder, Chicago, Ill., 1912,
102 p.
– Herbert Weffer : « Die Millionen des Feldmarschalls Paul Würz – Die Verwandten leben im Bonner Land », Jahrbuch des Rhein- Sieg-Kreises. Siegburg, Rhein-Sieg-Kreis, 1992, p. 137-144.
– Philander von der Weistritz : Leben und Thaten des Herrn Paulus v. Wirtzen, Friedrich Christian Pelt, Copenhague & Leipzig, 1756, 135 p.