Sebald Motz

(ca.1537-1594), Sculpteur (Bildhauer) 1573, économe au Gymnasium Illustre (Oeconomus) 1561/64-1569/72, percepteur princier en chef des droits d’accise (Umgelder), et de l’octroi (Zoller, Telonarius Palatinus Praefectus) 1569/72-1594, à Lauingen, principauté du Palatinat de Neuburg.

Curriculum Vitae

Sebald MOTZ est né vers 1537 à Wertingen, près de Dillingen-sur-Danube, dans la seigneurie des Marschalk von Pappenheim, à immédiateté impériale, si l’on en croit ses deux inscriptions universitaires (« Wertingensis », « ex Werding »).

blason_sebaldmotz_1589_petit

blasonsebaldmotz2On ignore encore qui furent ses parents, mais le blason ci-dessus qu’il a dessiné (ce qu’indique le texte composé par lui-même « pingi curavit Sebaldus Motzius »), dans les album amicorum, des livres d’autographes, nous interpelle car il ressemble étrangement à une altération des armes des barons du Henneberg en Thuringe.

On y remarque d’étranges similitudes, tant au niveau des couleurs que des sujets du blason. Même le couvre-chef du personnage du cimier, porte sur les deux blasons, trois plumes. La poule des Henneberg devient ici un coq crêté et langué, avec patte levée. Il semblerait donc que ce blason soit une déclinaison du blason des barons de Henneberg. Certains membres d’une famille MOTZ de Thuringe furent des ecclésiastiques et notables au début du 16e siècle, donc effectivement des personnes privilégiées du clergé ou de la grande bourgeoisie. Par prudence, il convient bien évidemment de ne présenter cela que sous forme d’une hypothèse, en l’absence d’éléments irréfutables.

Nous ignorons ainsi si Sebald MOTZ a créé son propre blason, étant devenu un éminent notable de la ville princière de Lauingen, ou bien alors s’il a hérité ce blason de sa famille. En supposant qu’il l’ait créé lui-même, il reste à déterminer s’il l’a choisi car il savait que ses aïeux étaient originaires de Thuringe, ou bien alors parce que le blason des Henneberg attirait sa sympathie. Sur son blason, sa devise est « gallus pacis vigil », ce qui signifie « le coq veille sur la paix ».

Concernant l’enfance de Sebald, elle est peu connue, il l’a probablement passé à Wertingen, son lieu d’origine. Nous en savons plus concernant sa formation universitaire. Sebald Motz entre à la très renommée Université de Tübingen où il s’immatricule le 08.04.1553 (« Sebaldus Motz Wertingensis »). On le retrouve deux années plus tard à l’Université d’Ingolstadt où il s’immatricule le 25.04.1555 (« Sebaldus Mutz ex Werding studiosus artium, 48d »).

Peu de temps après, il s’installe à Lauingen en y épousant vers 1558 Apollonia WEIHENMAYER, la fille d’Ulrich WEIHENMAYER (ca.1512-1577), conseiller à la ville de Lauingen à partir de 1543, puis bourgmestre ici-même à partir de 1550 et jusqu’à sa mort en 1577 (la belle-soeur, “Gschwey”, de Sebald, Maria WEIHENMAYER, vivait dans la maison de Sebald, dans la Brüdergasse, entre 1590 et 1593).

blasoncouleur2Un certain Ulrich WEIHENMAYER (ca.1482-ca.1545) dit le Vieux, déjà cité en 1506, était conseiller à la ville de Lauingen (cité à ce poste en 1524, 1525, 1531, 1533, 1535, 1536, 1541, 1543) et reçut en 1524 d’un comte palatin, une Wappenbrief, en même temps que son frère établi à Höchstädt et dont le prénom ne nous est pas parvenu (voir leurs armoiries ci-contre, extraites de l’album amicorum de Johannes GOETZ, WLB Stuttgart, Cod. hist. 4° 297, page 33r). Il s’agissait de l’un des habitants les plus fortunés de la ville : « Ulrich Weihenmaier, der bereits im ältesten Lauinger Steuerregister von 1506 in der Kramergasse im Weberviertel (= Westhälfte der heutigen Geiselinastraße) genannt ist und dort bis 1541 steuert (zuletzt den Betrag von 123 Pfd. ß h, womit er zu den reichsten Bürgern der Stadt zählte) ».

C’est au père d’Ulrich W. (ca.1512-1577) et Leonhard W. (ca.1502-ap.1551), ainsi qu’à leur oncle, que cette Wappenbrief a été conférée, mais il est difficile pour le moment d’établir avec certitude leur filiation avec Ulrich le Vieux, une filiation avec le frère de ce dernier établi à Höchstädt restant plausible. Leonhard est cité à Lauingen en 1525, 1535, 1543, 1545, et 1551 car il y paie des redevances. Sa fille Madeleine (1543-1605), épouse du Dr. Nicolaus von REUSNER, recteur au Gymnasium Illustre de Lauingen, porte ces armoiries sur sa Leichenpredigt, en 1605. Par ailleurs, le frère de cette dernière, Michael (ca.1531-1582), Docteur en Droit (J.U.D.), dédicace en 1577 la Leichenpredigt de son oncle paternel (patruus) Ulrich W., le bourgmestre. Ces deux éléments nous permettent d’une part de déduire un lien fraternel entre Ulrich W. (ca.1512-1577) et Leonhard W. (ca.1502-ap.1551), d’autre part d’être certain qu’ils ont hérité du blason soit d’Ulrich W. le Vieux, soit de son frère.

Le blason bourgeois des WEIHENMAYER, d’or et d’azur, comporte un oiseau de proie prenant son envol (le Weihen, dans Weihen-meyer, indique une famille d’oiseau de proie de taille moyenne). La famille WEIHENMAYER était une ancienne et illustre famille de Lauingen, établie ici depuis au moins le tout début du 15e siècle. En effet, Leonard WEINMAIR, 22e abbé à l’abbaye cistercienne de Kais(ers)heim, entre 1427 et 1440, est né à Lauingen.

C’est avec le concours de sa belle-famille, que Sebald MOTZ a donc pu accéder à la fonction très intéressante d’économe (Oeconomus) du Gymnasium Illustre de Lauingen, le lycée de la principauté du Palatinat de Neuburg. Le lycée, dont Peter AGRICOLA a été l’un des artisans majeurs, et qui ouvre ses portes en 1561. Sebald MOTZ est cité pour la première fois à ce poste d’économe dans le registre paroissial de Lauingen le 27.09.1564, puis en 1565, 1566, 1568, et pour la dernière fois le 22.10.1569. La famille de Sebald MOTZ habite depuis au moins 1563 au bout de la Pfarrgasse (aujourd’hui : Herzog-Georg-Straße), jusqu’en 1567 y paie des impôts. En 1570 et 1571 ils habitent dans la Wengenmayrsgaß à côté de la maison des héritiers de Georg Feuchtweck, puis à compter de 1572, et jusqu’à son décès, dans la Brüdergasse.

L’on apprend que c’est à peu près à cette période, vers 1573, qu’il souffrait de graves problèmes de santé, manifestés par des vertiges, déjà à son poste de percepteur. Ces informations nous sont parvenues et sont développées plus loin dans cet article. Sebald est cité dans le registre paroissial de Lauingen, à compter au moins du 10.05.1572, comme percepteur princier. Il percevait les droits d’accise et l’octroi (« fürstlicher Umgelder », « fürstlicher Lauinger Zoller », « telonarius palatinus », « Telonii Palatini praefecti »). Il s’agissait d’un poste de haut-fonctionnaire de cette Principauté. Concrètement, il dirigeait l’administration qui percevait les taxes douanières (octroi) et les taxes sur d’autres produits vendus sur les marchés et dans les auberges comme le vin et d’autres marchandises (droits d’accise). Concernant les taxes douanières, il y avait un poste près du Danube, lieu de transit de toutes les marchandises venant d’autres territoires. Sebald est par la suite cité à ce poste à de nombreuses reprises, entre le 04.07.1573 et son décès en 1594, confirmation qu’il l’a occupé sans interruption pendant plus de 22 ans.

Une autre archive le dit également sculpteur (Stadtarchiv Lauingen, A 18 : courrier du gouvernement de la ville du 4 juillet 1573, se référant à Sebald Motz, « vnnser Zoller, auch Bildhawer zw Laugingen » dans une affaire de finalisation et mise en place de pierres funéraires). Cette citation est la seule rencontrée pour cette qualité. Par ailleurs, l’on peut se demander si Sebald MOTZ ne serait pas la personne ayant finalisé la réalisation de la cénotaphe de la comtesse Elisabeth de Palatinat-Neubourg (1503-1563), qu’avait laissé inachevée le sculpteur Sigmund Winthier, décédé brutalement en 1572. En plus de ses talents de dessinateur, il avait donc ce talent de sculpteur. Sebald MOTZ était également parrain chez la fille de l’imprimeur Emmanuel SALTZER, le 27.08.1563. Les imprimeurs étaient en relation avec des graveurs qui enrichissaient avec leur gravures les livres que l’imprimeur éditait. A cette époque, la ville de Lauingen disposait en effet déjà d’une imprimerie princière, et cela depuis l’année 1552 au moins, d’après la littérature sur les imprimeries de la ville. On peut imaginer que Sebald MOTZ était déjà sculpteur avant sa nomination au poste d’économe, car quelle aurait été son occupation sur les années 1558-1561 ?

Sebald décède le 20.11.1594 à Lauingen, en laissant derrière lui enfants et petits-enfants en nombre. Son statut de notable de Lauingen est confirmé par les mariages prestigieux de ses enfants avec des nobles et des notables de son époque, dont notre ancêtre Magnus AGRICOLA. On peut rajouter que Sebald a investi des sommes assez conséquentes (1.430 florins en 1592, 1.067 florins en 1594) dans la société “Hans Österreicher sel. Erben”, une entreprise marchande créée par les héritiers de Hans ÖSTERREICHER (ca.1529-1590), l’un des hommes les plus fortunés du patriciat d’Augsburg. Cette entreprise sera capitalisée jusqu’à hauteur de 850.000 florins en 1608.

Sa famille et ses alliances

Sebald MOTZ (ca.1537-1594)
oo ca.1558 (Lauingen) Apollonia WEIHENMAYER (ca.1535-1597)

Enfants :

  1. MOTZ Barbara (ca.1559-1624)
    oo1. 20.10.1577 à Lauingen avec le patricien Hans Christoph WESTERMAIR (deux fois veuf), un commerçant d’Augsburg, +12.01.1583 Augsburg. Témoin au mariage du côté de l’épouse : le marchand d’Augsburg Georg Feichtweckh.
    oo2. 08.07.1584 à Augsburg avec le patricien Junckher Hans Bartholome LINS (famille anoblie en 1550), un marchand d’Augsburg. Le couple s’installe à Lauingen (4 enfants), l’époux y décède en 1590.
    oo3. 27.10.1595 à Lauingen M. Simon RETTER professeur au Gymnasium Illustre de Lauingen puis recteur de l’école latine de Nördlingen à partir du 30.01.1598 et jusqu’à sa mort en 1627. Son épouse y décède en octobre 1624 (inhumée le 4.10.1624 à Nördlingen).
  2. MOTZ Ulrich (août 1560-1582), parrains : M. Andreas Hefelin, Jeorius Ostwald, Anna Waltherin
    Gymn.Lauingen, Imm. Tübingen 03.11.1579, Imm. Wittenberg 1581 où il étudie le droit, décède subitement.
  3. MOTZ Anne Marie (1562- ap.1615), parrains : M. Andreas Hefelin, Dorothea H. Phausers Hausfrau, Affra Jerg Oswaldin
    épouse le 10.01.1586 à Lauingen M. Magnus AGRICOLA (ca.1556-1605), pasteur, théologien et futur surintendant, membre du conseil ecclésiastique, assesseur à Neuburg, neveu de M. Peter AGRICOLA (1525-1585), humaniste, théologien, précepteur princier, recteur académique, diplomate.
  4. MOTZ Sebald (1563- av.1566), parrains : M. Andreas Hefele, Georg Ostwald, F. Dorothea Phauserin
  5. MOTZ Euphrosina (1564- ap.1593), parrains : M. Andreas Hefelin, Affra Jerg Oswäldin Wirthin, f. Dorothea Phauserin. Epouse le 3 décembre 1593 à Lauingen Dietrich HESS, Imm. Tübingen 14.12.1574 et 19.9.1579, conseiller princier à Neuburg, diplomate du prince Philippe Louis de Neuburg, entre 1598 et 1618 ambassadeur à Paris pour les comtes palatins de Deux-Ponts et de Neuburg, Après la recatholicisation du Duché de Neuburg, resta protestant, mais servi tout de même le comte Wolfgang de Palatinat-Neubourg en tant que conseiller à la Chambre (Kamerrat) et ce jusqu’en 1624. Il est cité en dernier lieu en 1626.
  6. MOTZ Sebald (1566- ap.1587), parrains : M. Andreas Hefele, Jörg Oswalt Wirthin, f. Dorothea H.Phauser hausfrau. Etudiant au Gymnasium Illustre de Lauingen en 1587, son devenir ne nous est pas connu.
  7. MOTZ Daniel (1568- ca.1615), parrains : Juncker Daniel Feuchtwegk, M. Andreas Hefelin Ludimoderator, Affra Georg Oswäldin Wirthin. Epouse le 13.02.1593 à Lauingen une certaine Sibilla, veuve de Fileas? ADELGAYSS, puis est cité à Höchstätt à partir de 1607 (cité le 10.11.1611 dans le registre paroissial de Lauingen) où il est trésorier (Kastengegenschreiber). Il décède vers 1615, sa veuve lui survivant.
  8. MOTZ Gabriel (1570- av.1572), parrains : Herr Gabriel Faichtweck, M. Andreas Lopadius, Affra Jerg Oswaldin Wirthin
  9. MOTZ Gabriel (1572-1597), parrains : Junckher Gabriel Feuchtwegk, M. Andreas Lopadius, Frau Affra Herr Georg Oswäldin. Sans descendance. Il décéda de la peste.
  10. MOTZ Appolonia (1574- ap.1597), parrains : Juncker Christoph von Eckensperg Pfleger alhir, Frau Maria Mannin des Herrn Superintendent Hausfrau, Frau Affra Herr Jerg Oswaldin. Epouse le 11.07.1597 à Lauingen Tobias MAIR, administrateur à Echenbrunn chez le noble Christoff ARNOLD (oo Susanna Feuchtweck)
  11. MOTZ Christoff (1576- ??), parrains : M. Abraham Manne Superintendens, Juncker Christoph von Eckensperg Pfleger alhir, Affra Gerg Oswäldin. Son devenir ne nous est pas connu.
  12. MOTZ Georges Sebastien (1580-1597), parrains : Der Edel unnd vest. Christoph von Eckerspurg Pfleger alhir. Georg Wolff und Sebastian Gebrüder von Wölwardt studiosi, Frau Maria H. M. Abraham Männin Superintendentin. Sans descendance.

La santé du couple MOTZ

Vertige maladif (ca. 1573) – Sebald MOTZ

Sebald MOTZ a été soigné par le célèbre Dr.Martin RULAND, médecin, alchimiste et philologue de la Renaissance. Héritier de Paracelse, il a la confiance de l’empereur du Saint-Empire Rudolphe II chez qui il devint le médecin personnel, à Prague. Rudolphe II était passionné par l’alchimie. Parmi ses recrutements, on y voit beaucoup d’alchimistes, avec notamment le médecin Michael MAIER, l’un des successeurs de Ruland.

Le Dr. Martin RULAND était vers 1573 encore le médecin à la cour du comte palatin Philippe Louis de Neuburg. C’est à ce moment que Sebald MOTZ, 36 ans, fit appel à lui comme il souffrait de très graves problèmes de vertige. C’est avec grand étonnement que l’on s’aperçoit que Martin RULAND lui administra alors de l’hellébore noire, connue depuis les temps anciens, comme étant une plante aux propriétés étonnantes. Cette plante aussi appelée aujourd’hui Rose de Noël était également utilisée en magie noire au 16e siècle et avant..

Voici maintenant la transcription du rapport du Dr. Martin RULAND concernant ce cas. (Martin RULAND : « Curationum empyricarum & historicarum… centuriae decem, quibus adjuncta de novo ejusdem authoris Medecina practica…: cum indice rerum omnium uberrimo ». Centurie II. Lyon : P.Ravaud, 1628, page 92 ; la centurie II a été éditée la première fois en 1680 à Bâle, la centurie I en 1678).

CURE XXVI

TRADUCTION : VERTIGES

L’honnête homme Sebald MOTZ citoyen à Lauingen et percepteur du Palatinat [-Neuburg], quand il avait 36 ans, se plaignait de vertiges et de malaise général souvent gravissime et assez dangereux pour mener à la mort, que cependant on peut lui opposer, pour amener à endiguer ces maux, un secours médical afin d’empêcher, de cette manière, de soi-même en souffrir.

PURGATIF
Remède : Le matin prendre une pillule ou petits grains sans autre liqueur aromatique pour ce genre d’embarras prendre trois grains d’hellébore noir. Faire sept jours de diurétique dorée avec de l’eau de buglosse. A prendre 2 h après le dîner et évacuer sept fois jusqu’à guérison complète.

VEINE SECTIONNEE
Pour purgation, il a ouvert une veine, a perdu beaucoup de sang et, ayant ainsi recouvert la santé, a très rapidement loué le Premier Médecin à la Cour [qui est Martin RULAND].

Calculs rénaux (ca. 1567) – Apollonia MOTZ, née WEIHENMAYER

Mais Sebald n’était pas le seul à avoir des maux dans la famille, son épouse Apollonia WEIHENMAYER a également consulté le Dr. Ruland, à l’âge de 32 ans, pour des calculs rénaux. Voici la transcription du rapport du Dr. Martin RULAND concernant son cas. (Martin RULAND : « Curationum empyricarum & historicarum… centuriae decem, quibus adjuncta de novo ejusdem authoris Medecina practica…: cum indice rerum omnium uberrimo », Centurie III. Lyon : P.Ravaud, 1628, page 177).

CURE XXVIII.

TRADUCTION : Calculs rénaux

L’épouse de Sebald Motzen, percepteur de Laugingen, homme très honorable, âgée de trente-deux ans, souffrait d’une douleur très vive dans la région des reins, à cause de reins chargés de sable (graviers) et de calculs. Ayant été appelé auprès d’elle, je la délivrai rapidement et complètement, par la volonté de Dieu, grâce aux remèdes suivants.

Bain

Avant tout, qu’elle utilise un bain d’eau douce.

Onction

Après le bain, on oignait les reins, les lombes et les uretères avec de l’huile de scorpions chauffée.

Clystère (lavement)

Ensuite je lui administrai un lavement composé ainsi :

  • Lait frais filtré : 10 onces

  • Huile de camomille : 2 onces

  • Huile de lys blanc : 1 once

  • Miel : ½ once

  • Herbe bénédictine laxative : ½ once

Qu’on en fasse un clystère, grâce auquel elle évacua beaucoup, les calculs avancèrent et la douleur cessa.

Régime

Aliments : viandes bouillies, petits bouillons, etc.
Elle évitait les produits laitiers et les aliments visqueux.

Boissons : durant plusieurs jours, elle buvait du vin de genièvre.

Et ainsi, en trois jours, par la miséricorde de Dieu, elle fut guérie.

Cardialgie et anorexie (ca.1591)

Bien plus tard, vers 1591, la femme de Sébald MOTZ, qui avait alors 54 ans, souffrit de cardialgie et d’anorexie. Voici la transcription du rapport du Dr. Martin RULAND concernant ce cas. (Martin RULAND : « Curationum empyricarum & historicarum… centuriae decem, quibus adjuncta de novo ejusdem authoris Medecina practica…: cum indice rerum omnium uberrimo ». Centurie V. Lyon : P.Ravaud, 1628, page 303).

CURE VIII.

TRADUCTION : De l’anorexie ; des douleurs d’estomac.

L’épouse de Sebald Motz, percepteur à Laugingen, mon très cher parent, âgée de cinquante-quatre ans, se plaignit lourdement de ces maux graves. Par la grâce de Dieu, je lui apportai aussitôt secours, comme suit.

Breuvage vomitif et purgatif

On versait une once de vin d’absinthe dans notre gobelet chimique, où on le laissait infuser pendant la nuit. Le matin, elle le buvait, et cela provoquait rapidement des vomissements faciles, chargés de phlegme et de bile ; plusieurs évacuations intestinales suivirent également, et elle commença aussitôt à aller mieux. Je lui donnai le même breuvage une troisième fois, trois jours plus tard ; il eut des effets semblables, et elle retrouva une parfaite santé.

À propos d’une histoire familiale de trésor

Qui n’a jamais rêvé d’hériter d’une grande somme d’argent d’un cousin éloigné ou de découvrir un trésor ? À l’instar de nombreuses familles, dans la nôtre circulait une légende : nous descendions d’un pirate (« mir stàmme vùm a Piràt àb »). Encore petit garçon et amusé par l’image du pirate à la jambe de bois ne voyant que d’un oeil, j’étais resté très sceptique quant à la véracité de cette affirmation, mon grand-père adorant raconter des histoires.

Un peu plus tard, il m’a sérieusement expliqué que cela avait un fond de vérité. La famille de son grand-père maternel, Louis Würtz (1856-1932), qui était cantonnier à Rittershoffen, a fait partie de quelques familles alsaciennes – au nombre de quatorze dans le souvenir de mon grandpère, alors qu’il n’était âgé que d’une petite dizaine d’années – portant le nom de famille Würtz qui ont été sollicitées dans les années 1930 dans le but de financer des procès pour récupérer l’héritage de leur ancêtre, un pirate hollandais du même nom (« Würtz het er g’haasse, ùn vùn Holland isch er gewann »).

L’avocat qui s’est occupé de l’affaire, un certain Anderle, aurait exercé dans la région de Mulhouse. En 1936, il disait de l’héritage qu’il était colossal : pas moins de 24 millions de florins hollandais (« viere zwàntzig Millione Gulden »), répartis dans 25 coffres (pierres précieuses, pièces d’argent, pièces d’or, bijoux, etc.) Après que les familles eurent effectué plusieurs versements annuels conséquents à leur avocat, chaque versement représentant le prix d’une bonne bicyclette (« jedes Johr ungfähr so viel wie a gutes Vélo »), Anderle leur apprit que l’héritage était en cours de transfert, naviguant sur le Rhin quelque part entre Cologne et Strasbourg. Peu de temps après, on était alors en 1938, une cousine Würtz de Sarrebruck leur aurait envoyé une coupure de presse qui disait que l’administration allemande en avait décidé autrement et l’avait confisqué à Mayence cette année-là, lors de son acheminement vers les terres alsaciennes… alors que les enfants de Louis Würtz et les supposées autres familles considérées comme descendantes attendaient impatiemment cet héritage…

Enquête sur cet héritage

Hélas… les papiers familiaux ayant trait à cette affaire ont été détruits lors de la seconde guerre mondiale. La recherche d’archives officielles concernant cette succession paraissait donc difficile avec si peu d’indices. Après un déplacement dans un cabinet spécialisé en recherches d’héritiers, et après avoir navigué sur des sites internet spécialisés en généalogie et eu des échanges avec d’autres familles dites descendantes aux Etats-Unis, nous avons pu enfin élucider le mystère, des recherches complémentaires permettant ensuite d’étoffer un peu la documentation et les sources.

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Paulus Würtz, période suédoise (vers 1655)

En dernier lieu Feldmarschall au service des Provinces-Unies, Paul Würtz, issu d’une famille de marchands de boeufs, naquit le 30 octobre 1612 à Husum (Schleswig). Parvenant à faire des études et acquérir des connaissances linguistiques et scientifiques significatives, il servit successivement l’empereur Ferdinand II et, dans les dernières années de la Guerre de Trente Ans, le futur Charles Gustave de Suède (1622-1660), issu de la dynastie des Deux-Ponts-Cleebourg, avec qui il se lia d’amitié et qui en fit ensuite un de ses diplomates et chefs militaires. Lors des diverses campagnes, Würtz acquit ses lettres de noblesse et en 1657 le roi lui octroya le titre de baron et le rang de lieutenant-général.

En 1665, Charles Gustave étant mort, Würtz mit ses compétences au service de la couronne danoise, qui lui offrit le poste de Feldmarschall, puis s’installa à Hambourg avant de rejoindre en 1668 les Provinces-Unies, menacées par Louis XIV. Désavoué par le jeune stathouder Guillaume III, il envoya sa démission aux États généraux et se retira en 1674 à Hambourg, où il mourut le 23 mars 1676.

La succession

Le feldmarschlall Würtz a pu accumuler une vaste fortune, notamment grâce à son dernier poste aux Provinces-Unies où certains historiens estiment que ses émoluments étaient proches de celui du stathouder, le prince d’Orange. D’autres chercheurs pensent que son fief en territoire finlandais et ses liens avec la couronne suédoise y étaient aussi pour beaucoup. Quoi qu’il en soit, sa fortune était très importante pour cette époque.

Quelques années avant sa mort, le 28 décembre 1672, Paul Würtz aurait fait établir à Gorcum (Hollande) par acte notarié un testament instituant sa gouvernante Johanna von der Plancken (mère de leur fille illégitime Bartha Würtz) comme sa légataire universelle. Il aurait confirmé ce fait, devant témoins et notaire, peu avant sa mort, le 21 mars 1676, mais certains (notamment les descendants de ses demi-frères Würtz demeurant dans la région de Coblence) allaient tenter de montrer que les différents actes notariés avaient été falsifiés.

L’héritage fut ainsi bloqué jusqu’en 1679 à Hambourg. L’affaire prit une tournure politique lorsque la flotte des Provinces-Unies menaça Hambourg de ses canons, étant donné que la famille de Johanna von der Plancken (qui était entre-temps décédée, début 1679) attendait toujours l’intégralité de l’héritage en Hollande. Le magistrat de Hambourg céda et rendit la dépouille et les biens du Feldmarschall, lequel fut inhumé une seconde fois, en la cathédrale (Oude Kerk) d’Amsterdam le 24 octobre 1679.

En sommant les items d’un inventaire de 1679 établi par des administrateurs à Amsterdam, on peut estimer l’héritage à près de 550.000 florins hollandais en obligations et argent, auxquels il faut ajouter plus de 47 coffres ou coffrets dont le contenu n’est pas indiqué, de quelques maisons, d’un carrosse et d’un peu de mobilier. L’héritage fut alors déposé dans un orphelinat à Amsterdam où était placée Bartha Würtz après le décès de sa mère. S’ensuivirent plusieurs procès, avec toujours plus d’héritiers venant de diverses  branches généalogiques, en concurrence avec le parti des von der Plancken. Les tribunaux hollandais jugèrent alors que les documents notariés avaient été falsifiés en faveur de l’ancienne gouvernante, sur son initiative. Ils décidèrent de bloquer l’héritage jusqu’à ce que les différentes branches prétendantes conviennent un accord… qui n’arriva jamais. Après un statu quo de soixante ans, les démarches judiciaires reprirent en 1770. Force était de constater que l’argent manquait aux tribunaux pour procéder aux recherches, tant était grand le nombre de descendants potentiels répartis dans toute l’Europe. Les procédures cessèrent ainsi au début du 19e siècle. Il y eut encore d’autres tentatives, vaines, au cours de ce même 19e siècle, car certains montèrent alors des associations destinées à la récupération de l’héritage, notamment des Américains, mais aussi des Allemands avec leurs «Würtz’schen Vereine », sans plus de succès.

Le lien entre Paul Würtz et l’Outre-Forêt ?

Si l’identité de l’intéressé, son histoire ainsi que les tribulations concernant son héritage étaient maintenant connues, il convenait de vérifier si un lien pouvait être établi entre les Würtz de Rittershoffen et la descendance collatérale de ce célèbre personnage.

L’ascendant le plus ancien connu du cantonnier Louis Würtz est mentionné pour la première fois en 1693, dans le registre de comptabilité seigneuriale du bailliage de Hatten. Andreas Würtz, un laboureur, a acheté des biens caducs et paie des intérêts sur ces biens (1). Par ailleurs l’année de naissance approximative de son fils aîné Mathias est 1686 (2). Est-ce qu’Andreas est un descendant collatéral de Paul Würtz ?

Le registre paroissial de la communauté de Niederberg (région de Coblence) contient une notice de recherche sur plusieurs pages énumérant tous les descendants trouvés et connus des demi-frères du Général (3) : Anna, Heinrich et Peter Würtz, issus d’un premier mariage de leur père. Cette notice est initiée en 1772 et enrichie jusqu’en 1825 par les curés subséquents de Niederberg et contient uniquement les descendants d’Anna et de Peter Würtz.

En outre, il s’avère que les seuls descendants pouvant correspondre à Andreas sont ceux issus d’Heinrich Würtz. Ils ne figurent donc pas sur la notice mais leurs actes de baptême se trouvent dans le registre : un de leurs garçons a été baptisé le 20 février 1661 puis des garçons jumeaux le 25 juillet 1664 (3). L’un de ces trois fils aurait-il tout de même survécu puis émigré à Rittershoffen, à l’insu des auteurs de cette notice de recherche ? Rien n’est moins sûr…

Aucun lien évident ne pouvant être établi entre Andreas Würtz et Paul Würtz, on peut conclure qu’Anderle, probablement attiré par le gain, si tant est qu’il ait vraiment entrepris une enquête sérieuse avant la guerre, a pour le moins été opportuniste, sinon malhonnête, en ponctionnant des familles crédules, des familles vraisemblablement non apparentées dont le seul rapport avec le « pirate » était leur nom de famille. Anderle devait savoir d’avance, comme d’autres avocats avant lui, que les procédures auraient peu de chance d’aboutir, pour les mêmes raisons que celles rencontrées depuis le début de la succession et jusque dans ces années 1930. En outre, aucun avocat du nom d’Anderle ne semble avoir été enregistré au barreau de Mulhouse (4), et l’on peut se demander qui était vraiment cet homme (« s’isch sicher a Winkelàdvokàt gewann»).

Après la seconde guerre mondiale, la famille de mon grand-père, bien occupée à la reconstruction et par ailleurs persuadée de ne plus parvenir à récupérer un éventuel héritage, n’avait plus entrepris de démarches dans ce sens.

* * *

L’on voit ainsi que toute investigation requiert une certaine rigueur, et que l’appel aux documents originaux, aux preuves, s’avère indispensable pour vérifier chaque histoire, surtout lorsque celle-ci parait séduisante.

petitMon grand-père Aloyse, sa petite soeur Madeleine est à sa droite auprès de leur mère Anne Würtz, derrière elle son époux Eugène Fischer, entourés de voisins et de soldats français, à Leiterswiller en 1933

Sources :
1) AD67 E3292 : Comptabilité du bailliage de Hatten, année 1693 : « Item Andres Würtz von 6 Gulden 2s 6d Capital, 3s 1½ d Zinsen »
2) AD67 6E40.2/148 : Inventaire après décès d’Andreas Würtz du 23 septembre 1707: « Nahmen undt Alter der Kinder : 1. Mathis seines Alters 21 Jahr. 2.Johannes 15 Jahr. 3.Maria Catharina 13 Jahr. 4. Georg Lienhardt 7 Jahr »
3) Registre paroissial catholique de Niederberg (Kr. Coblenz) (1660-1691). Notice : « Pro notitia. Extractus varii et protocollis baptizatorum et copulatorum descendentium a Nicola Würz et uxore ejus Catharina Orth in Neudorf […] ». Le baptême des garçons jumeaux. Tout comme pour leur frère aîné né en 1661, aucun prénom n’est indiqué : « [1664] Henrico Wirtz et Catharinae uxori nativunt duo proles renati vero 25st. Julÿ, sub patrinis spondentibus, primi et senioris filius, Jacobo Gräss, et Matrina Maria, Henrici Petri uxore, alterius vero, Philippo Schora, et Matrina Sophia, Nicolai Krauth filia ».
4) Archives municipales de Mulhouse : collection des livres d’adresses de la ville de Mulhouse comportant chacun la liste des avocats du barreau de la ville. Années consultées : 1923, 1924, 1926, 1928 à 1935, 1938 et 1939.

– Hans Escher : Urkundliches über Paul Würtz, Feldmarschall und Baron von Ornholm und dessen Nachlass betreffend, Escher, Essen 1909, 15 p.
– Uwe Iben : « Feldmarschall Paul Würtz aus Husum », Beiträge zur Husumer Stadtgeschichte, Heft 6. Gesellschaft für Husumer Stadtgeschichte e.V., Husum 1998, 12 p.
– William J. Snyder : Stenographic report of proceedings had at the first reunion of the Wertz family, held at Rock Island, Ill., October 6-7-8, 1911…William J. Snyder, Chicago, Ill 1911, 36 p.
– William J. Snyder, Stenographic report of proceedings had at the second reunion of the Wertz family, held at Harrisburg, PA., October 25, 26, 27, 1912, William J. Snyder, Chicago, Ill., 1912,
102 p.
– Herbert Weffer : « Die Millionen des Feldmarschalls Paul Würz – Die Verwandten leben im Bonner Land », Jahrbuch des Rhein- Sieg-Kreises. Siegburg, Rhein-Sieg-Kreis, 1992, p. 137-144.
– Philander von der Weistritz : Leben und Thaten des Herrn Paulus v. Wirtzen, Friedrich Christian Pelt, Copenhague & Leipzig, 1756, 135 p.