Les tribulations d’un fermier seigneurial du XVIIe siècle.

Michel Fischer dans le pigeonnier avec l’argenterie (image générée par IA)

 

Nous avions déjà eu l’occasion d’évoquer Michel Fischer, arrivé au printemps 1679 dans le village de Leiterswiller, depuis le pays de Wurtemberg, en compagnie de son épouse Barbara née Guldin et de leurs nombreux enfants, et qui avait pris en gestion l’une des deux fermes seigneuriales du village (1). Ce que nous ignorions alors est la présence d’archives (2) retraçant quelques tranches de leur vie. 

Le 20 juillet 1664, le colonel Quirinus von Hohnstedt, chevalier de l’Empire et seigneur en immédiateté impériale de Weitenburg et de Sulzau (Souabe), seigneur de Bacourt (Lorraine), établit un contrat de gérance de la ferme du domaine du château de Weitenburg, qui désigne l’honorable et humble Michel Fischer, originaire du village de Bittelbronn (seigneurie de Haigerloch – Souabe) et établi depuis au moins 1662 à Sulzau, comme fermier seigneurial (“Bestandmeier”) à partir du 11 novembre 1664.

Pour les amateurs de généalogie, de telles précieuses informations, parfois absentes des registres paroissiaux, sont souvent à découvrir dans des documents de cette nature, en lien avec la seigneurie locale. Il arrive, et c’est l’intérêt du présent article, que l’on puisse entrer bien plus en contact avec nos ancêtres, en obtenant leurs témoignages, le témoignage d’autres personnes sur leurs actes et leurs comportements, surtout lorsqu’ils sont inhabituels. Cela constitue un apport biographique très riche, et assez rare, pour cette classe sociale, à cette époque.

Michel Fischer résidait avec sa famille, pour une partie de l’année au moins, au rez-de-chaussée du château, avait deux valets de ferme et une servante. Il devait veiller à l’entretien des bâtiments et à l’exploitation des terres, prés, jardins et terres arables du domaine castral. Dans le cadre de cette gérance, il vendait ainsi des grains, issus de ses récoltes, à Zell am Bodensee, à 100 kilomètres plus au sud.

En outre, son épouse est indiquée comme la première servante de Quirinus von Hohnstedt, celle à qui il allait vouloir confier la mission de prévenir le directeur de la Chevalerie (“Ritterschaft Director”) à Hirrlingen (une localité proche) dans la soirée précédant l’assaut dont il sera question plus loin (Barbara s’était alors excusée, ne pouvant pas partir la nuit, en raison de ses jeunes enfants).

Une vie de château

Le pont-levis du château, abandonné au milieu du XVIIIe siècle, était toujours en place au Weitenburg, et était l’unique accès à la cour du château, le complexe étant entouré d’une muraille et d’un fossé. Il n’existe malheureusement plus de plan précis pour le XVIIe siècle mais l’inventaire du château (mobilier, céréales, vin, animaux et autres choses), ordonné par le duc Eberhard de Wurtemberg le 3 novembre 1669, et établi le 17 novembre suivant, indique la présence, au château même, de plusieurs pièces dédiées au fermier seigneurial et à sa famille. Ceux-ci pouvaient y habiter de façon permanente, bien qu’ils disposaient également d’une habitation liée à la ferme (“Meierhaus”), mais où logeaient peut-être leurs propres domestiques et valets.

Vue générale du château de Weitenburg, XVIe siècle, depuis la vallée du Neckar en février 2016. Le bâtiment le plus élevé était le lieu d’habitation (photo : qwesy qwesy, CC-by 3.0). A droite, la porte d’entrée du logis, datant de 1661, et comportant en chef, et entrelacées, les initiales de Quirinus von Hohnstedt – QVH. (Collection de l’auteur)

Pour la famille Fischer, c’était donc “la vie de château”. Voici les indications de ce qui se trouvait, de façon certaine, dans leurs appartements, à l’étage du bas (“im unteren Stock”) du bâtiment principal, encore existant aujourd’hui et appelé historiquement “Ehinger Bau”:

  • la pièce principale du fermier seigneurial (“Stub”) : deux tables, une armoire, un coffre-fort
  • la chambre du fermier seigneurial (“Cammer”) : deux coffres, un lit
  • la cuisine (“Küche”) : une table, une armoire, deux poêles en fer, un couteau à pain en fer<
  • des morceaux épars de lits cassés dans la petite pièce du fond (“hinderen Stübell”) et dans le couloir
  • la chambre des servantes (“Mägdecammer”) : trois lits.

En plus de Barbara, il y avait alors une autre servante connue. Les enfants du couple ont possiblement dormi dans la petite pièce du fond.

C’est dans ce cadre qu’allait survenir, le 3 octobre 1669, un événement marquant dans l’histoire du lieu.

L’assaut du château de Weitenburg et ses suites

Quirinus von Hohnstedt et le duc Eberhard avaient officiellement convenu un échange de seigneuries, à savoir la seigneurie de Weitenburg et de Sulzau contre la seigneurie d’Helfedange, en Lorraine. Mais le domaine lorrain étant gagé, cela avait amorcé un conflit entre les deux protagonistes.

Voici des extraits du témoignage de Michel Fischer, interrogé par les hommes du duc, relativement aux agissements du colonel (3).

D’après lui, lorsque Quirinus von Hohnstedt revint, depuis la Lorraine, au Weitenburg le 30 septembre 1669, il demanda en premier à voir le fermier seigneurial et trouva, en arrivant au château, dans la pièce principale de ce dernier, l’épouse de Michel Fischer, et lui signifia quec’est bien en désordre ici, ce à quoi Barbara répondit qu’elle ne peut rien y faire, que les choses vont déjà assez mal comme cela.

Le 1er octobre, vers 17 heures, le fermier seigneurial rentra chez lui depuis Zell, et apprit que le colonel était là. Pendant que Michel Fischer se détendait, il demanda au valet ce que faisait le maître des lieux. Le valet lui répondit que ce dernier était en haut dans sa chambre et s’était enfermé. Après s’être occupé de ses chevaux, le fermier seigneurial alla dîner avec sa femme et ses enfants. Fatigué, il s’allongea ensuite sur un banc et dormit jusqu’à environ minuit. À ce moment-là, le colonel cria par la fenêtre et ordonna au fermier seigneurial de le rejoindre. Lorsqu’il arriva, il fut salué par son maître : “Bonheur à toi, bonheur à toi, Michel, comment vas-tu, comment vas-tu ?” Le fermier seigneurial répondit qu’il ne savait pas si les choses allaient bien ou mal, mais il espérait avoir de la chance. Le colonel demanda : “Pourquoi, tu as maintenant un grand seigneur, lui as-tu aussi fait des promesses et prêté serment ?” Le fermier seigneurial répondit qu’il n’avait pas prêté serment au duc, et que même s’il avait un grand seigneur, celui-ci ne lui donnerait pas plus que le colonel, car il devait payer ce qu’il lui devait. En outre, le colonel demanda s’il avait fait un bon profit. Fischer lui répondit qu‘il avait reçu à Zell 2 florins et 20 kreuzers pour un muid de grains, qu’il aurait souhaité les vendre plus cher. Il s’ensuivit selon lui un interrogatoire du colonel au sujet de la fidélité des habitants de Sulzau à son égard, auquel son fermier répondit factuellement. Leur entrevue se termina lorsque le fermier seigneurial demanda au colonel la permission de se retirer car il était fatigué et voulait aller se coucher.

Le 2 octobre, à 19 heures, arrivèrent au château trois bourgeois d’Ergenzingen, un village à proximité, deux charpentiers et un fermier, portant chacun un fusil. Ils demandèrent à voir le colonel. Une fois annoncés, il les laissa monter vers lui et leur demanda comment les choses se présentaient. Le rapport précise qu’ils lui répondirent que leurs femmes étaient à Herrenberg (un bourg des environs) sur le marché, et qu’elles avaient rapporté que 300 soldats du duc Eberhard de Wurtemberg étaient là-bas, prêts à se diriger vers Weitenburg. Michel Fischer dit alors au colonel : « Monsieur le Colonel, fuyez, je vous en prie, pour l’amour du Jugement Dernier, partez pour Rottenburg, ou ailleurs où vous pourriez être en sécurité, car si une telle force arrive, je perdrai tout ce qui m’appartient. » Le colonel lui répondit : « Tu exagères et tu pourrais rendre d’autres gens peureux. Il n’y a pas besoin de cela, il ne vous arrivera rien, on n’aura pas besoin d’utiliser la violence. » Les deux charpentiers dirent alors : « Monsieur le Colonel, vers 22 heures ou 23 heures, les troupes wurtembergeoises seront là. »

Avant que le château ne soit assiégé par les hommes du duc, Michel Fischer reçut pour instruction du seigneur de Weitenburg d’aller chercher en renfort les gitans, connaissances du fermier, alors en campement à Börstingen, le village voisin. Il se rendit auprès des gitans, mais il ne leur dit pas qu’ils devaient venir au château pour aider le colonel. Sinon, ils l’auraient fait volontiers. Il a alors passé quelques heures avec diligence auprès d’eux, pensant que l’alarme serait passée entre-temps, afin qu’il ne soit pas pris au piège au château. Il indique qu’il était déjà minuit lorsque le colonel lui confia cette mission, et qu’il ne retourna au château auprès du colonel que vers 3 heures du matin du jour suivant, comme il avait reçu certaines informations selon lesquelles les troupes wurtembergeoises arriveraient sûrement devant le château vers 22 heures ou 23 heures, et que l’affaire aurait été réglée par les autorités de Rottenburg (la ville la plus proche) et que la transaction aurait ainsi été annulée. Il précise avoir alors inventé une fausse réponse et l’avoir présentée au colonel, disant que les gitans n’étaient pas chez eux mais qu’ils étaient partis pour leurs vols et leurs pillages habituels. Il aurait ordonné à leurs femmes de leur dire dès leur retour que le colonel avait besoin d’eux et qu’ils devaient se dépêcher de venir au château. Fischer ajouta que le colonel était alors très mécontent de lui. Alors pris au piège, le colonel lui proposa dix Reichsthaler pour se battre en sa compagnie, ce que le fermier refusa car il avait mieux réfléchi à l’issue et avait réalisé que cela finirait très mal, avant d’aller se réfugier dans le pigeonnier du château avec le tuilier du lieu, jusqu’à ce que l’assaut soit terminé.

Pour mesurer l’atmosphère de l’assaut, voici comment Quirinus von Hohnstedt décrit avoir vécu la fin de ce dernier, à l’intérieur du château (4):“… mais alors qu’ils ont commencé à arriver tout en haut de l’escalier, j’ai crié (aux soldats) qu’ils ne devaient pas aller plus loin ou j’ouvrirai le feu, suite à quoi ils ont commencé à tirer. Moi aussi, j’ai alors commencé à tirer comme ils commençaient à vouloir trop approcher. Alors qu’ils ont vu qu’il y avait quelqu’un ici qui pouvait tirer, ils sont redescendus chercher de la paille et du feu, ont posé ceci à l’escalier. Le feu est devenu si haut qu’il a commencé à approcher le toit, j’ai alors dû l’éteindre. Alors qu’ils ont tenté de repasser à la charge et qu’ils ont vu qu’il y avait parfois des coups de feu, ils ont pris les femmes, filles et enfants de paysans, les ont poussés devant eux afin qu’ils soient protégés de mes coups de feu. Mais comme cela n’a pas aidé, ils ont à nouveau allumé le feu et tenté de casser le plancher. Lorsque j’ai vu qu’ils souhaitaient brûler mes chambres, j’ai consenti à donner mon accord. Ils ont alors dit qu’il n’y avait pas d’accord et qu’ils allaient me tuer. J’ai tenu le siège encore quatre heures. Lorsque mes pistolets n’ont plus donné feu, je me suis résolu à hasarder ma vie, je me suis laissé descendre en secret, en passant à travers leur surveillance. J’ai sauté par les rochers et avec l’aide de Dieu je me suis sauvé”.

Après la fuite du chevalier, Michel Fischer profita de la confusion pour subtiliser l’argenterie du château, qu’il mit par la suite en morceaux et tenta de revendre quelques mois plus tard à Schaffhouse (Suisse) par l’entremise de son frère Hans, demeurant à Bittelbronn. Considéré comme pauvre et simple par les autorités de Haigerloch, Hans Fischer fut suspecté de recel par un orfèvre de Schaffhouse et arrêté vers le début du mois de janvier 1670 par les autorités de la cité suisse. Voici les détails de cette affaire impliquant Michel Fischer et lui  :

8 janvier 1670 – Courrier de la ville de Schaffhouse (Suisse) concernant l’argenterie volée. (5)(Traduction)

Par la plus sincère dévotion envers Votre Altesse Sérénissime Princière, je ne dois pas cacher qu’en ces jours-ci, un sujet de la seigneurie de Haigerloch, nommé Hans Fischer, ici chez l’un de nos maîtres orfèvres a mis en vente un assortiment d’objets en argent découpés en plusieurs morceaux, qui semblaient avoir été fondues et façonnées, ainsi que 2 cuillères.

Comme cela lui semblait suspect, il a donc remis l’homme ainsi que l’argent, pesant environ 180 loth – environ 3 kgs – à la Noble Seigneurie, en tant qu’autorité supérieure, qui, par devoir d’office, a décidé de le soumettre à un examen juste, au cours duquel il a déclaré que cet argent lui avait été remis par Michel Fischer, aubergiste à Sulzau, pour l’emmener ici, et à Zurich, pour être monnayé, mais il ignorait d’où l’aubergiste avait obtenu cela.

Sur la déclaration de cet homme, qui semble par ailleurs très simple, la Noble Seigneurie est intervenue, et a envoyé un courrier express à Haigerloch pour le déroulement de l’affaire et son état : on leur a répondu que bien que ledit Hans Fischer soit leur sujet, ils ne croient pas qu’il ait volé cet argent, mais plutôt, étant un homme très pauvre et simple, qu’il ait été persuadé par ruse par quelqu’un d’autre d’accepter cette dangereuse mission, par pure naïveté.

Maintenant, comme les autorités de Haigerloch soupçonnent que les autorités de Rottenburg pourraient donner un meilleur éclaircissement sur l’affaire, elles leur ont écrit, et celles-ci ont répondu que bien qu’il n’y ait pas d’aubergiste nommé Michel Fischer à Sulzau, il y a bien un certain individu de ce nom, le frère du Hans Fischer arrêté, qui réside actuellement au château de Weitenburg – où récemment, lors de l’assaut de ce dernier, des objets en argent similaires ont été perdus – et y gère la ferme et selon toute vraisemblance a partagé cette argenterie avec d’autres pillards.

Maintenant, vu les différends rapportés entre Votre Altesse Sérénissime Princière et M. le Colonel Quirinus concernant ledit château, je me demande si je pourrais vous être utile dans cette affaire, et c’est dans ce but que je me soumets humblement, et par ce moyen, je tiens à rappeler respectueusement à Votre Altesse Sérénissime Princière, ainsi qu’à l’honorable Maître de la Cour von Manteuffel, ma disponibilité à servir.

Votre humble serviteur dévoué.

Johann Jacob Stockar von Neuforn

Schaffhouse, le 8 janvier 1670.

 

Après enquête, Michel Fischer fut ainsi mis en cause. Une fois le duc Eberhard alerté, celui-ci récupéra l’argenterie saisie à Schaffhouse, mais le maintint comme fermier du domaine du château de Weitenburg, annexé de facto aux terres ducales.

L’occupation

Entre-temps, pendant l’occupation du château par les troupes wurtembergeoises, furent notées différentes références à la famille du fermier seigneurial. Elles nous apprennent, de la main du capitaine Schabert, dans la comptabilité liée à cette occupation, qu’en ce qui concerne le saindoux, la fermière seigneuriale de Weitenburg en a fourni, et en contrepartie, suite au dépeçage du mouton, (les soldats) lui ont laissé la graisse de l’animal, il y en avait peu (période du 3 au 6 octobre).

En octobre ou en novembre 1669, le fermier seigneurial de Weitenburg, le maire et encore un bourgeois de Sulzau sont allés vérifier les pierres-bornes locales, ont remis en place celles qui ne l’étaient plus, et ont revendiqué avoir ensuite bu un coup, soit 4 mas (m) de vin (environ 7,67 litres) et aussi consommé un pain de 6 livres. En comparaison, quatre journaliers de Sulzau ont consommé 8m de vin sur deux jours de travail. La consommation moyenne d’un homme semblait donc se situer aux alentours de 2 litres de vin par jour.

Un peu plus loin, dans les dépenses liées au pain, Schabert parle cette fois du fermier seigneurial et ses consorts et des pierres-bornes de la délimitation de Weitenburg (“Grenzsteine auf der Weÿttenburgischen Markung visitiert”).

Pour un nouveau départ

En mai 1670, Quirinus von Hohnstedt accusa Fischer de dettes et de mauvaise gestion. Angoissé et craignant les représailles du colonel au retour prévu de ce dernier en tant que seigneur de Weitenburg, Michel Fischer supplia le duc de le transférer vers une autre ferme du territoire ducal. Sa requête (voir ci-dessous) est un témoignage fort du personnage, qui illustre bien la situation délicate dans laquelle il s’est mis, notamment suite au vol de l’argenterie et à l’arrestation de son frère.

Le 20 mai, le duc renouvela son soutien au fermier dans le travail de celui-ci à Weitenburg, et le 5 septembre décréta qu’il sera rémunéré pour ce bon travail, épargné de poursuites par le colonel, et libre de quitter ensuite son emploi. Après de longues négociations, von Hohnstedt reprit possession de Weitenburg le 2 octobre. Une commission du duché avait formalisé cette reprise en résolvant les différends entre le colonel et Fischer ainsi : la restitution de l’argenterie à l’officier et un paiement de 78 florins et 25 kreuzers et demi au fermier, avant la remise en possession effective.

Le seigneur fit ensuite rédiger de nouvelles prétentions, exigeant de son ancien fermier le remboursement d’un trop-perçu. Alors déjà parti de Weitenburg et sous la protection du grand écuyer (à la cour de Stuttgart) Friedrich Benjamin von Münchingen, Michel Fischer s’en plaignit et le 15 octobre 1670, le haut conseil ducal ordonna au bailli de Herrenberg de faire respecter pleinement les accords de la commission.

14 mai 1670 – Supplique de Michel Fischer, fermier de Weitenburg, au duc Eberhard. (6)  (Traduction)

Très illustre Duc, Gracieux Prince et Seigneur,

Votre Altesse Sérénissime n’ignore certainement pas que, après avoir pris possession du château de Weitenburg et de toutes ses dépendances dans une certaine mesure, elle m’a confié, à moi, humble suppliant, la gestion de cette ferme.

Comme je me réjouis profondément et en toute humilité de cette grâce princière, je me suis donc efforcé jusqu’à présent de m’occuper des affaires et de la prospérité de ladite ferme de telle sorte qu’aucune plainte ou reproche ne devrait apparaître à ce sujet.

J’avais notamment l’espoir que ce domaine de Weitenburg deviendrait effectivement la propriété de Votre Altesse Sérénissime.

Cependant, comme la situation évolue malheureusement dans une toute autre direction, et qu’il semble que le Colonel Quirinus doive revenir en possession, je vis maintenant avec les miens dans une grande inquiétude et angoisse à chaque instant, car non seulement je connais suffisamment son tempérament colérique et le traitement dur qu’il a l’habitude d’infliger à ceux sur lesquels il cherche à se venger, mais j’ai aussi déjà été informé par de bons amis voisins des grandes menaces qu’il profère à mon égard, alors que je me sais totalement innocent, au point que je n’ose pas sortir de la dîme de Weitenburg.

C’est pourquoi je suis contraint par nécessité de m’adresser à Votre Altesse Sérénissime et de vous supplier humblement, pour l’amour de Dieu, de daigner gracieusement me garder sous votre haute protection princière et me préserver des dures menaces dudit Colonel Quirinus. Aussi, lorsque la possession lui sera effectivement rendue prochainement, de bien vouloir ordonner au bailli de Herrenberg, sans ou avec votre très humble directive, qu’en présence dudit Colonel Quirinus ou des siens, il procède à un décompte final juste et ordonné, tant pour le reste qui lui est dû selon le précédent décompte que pour mon service depuis lors, et qu’il m’aide ensuite à être libéré de Weitenburg, avec l’engagement de satisfaire sans faute au Colonel Quirinus le restant dû.

Et comme je n’ai d’autre intention que de me nourrir honnêtement et loyalement ainsi que les miens avec l’aide de Dieu par les affaires qui me sont confiées, je supplie encore humblement Votre Altesse Sérénissime de me faire la grâce princière de me permettre de m’installer dans quelque autre ferme dans les terres de Votre Altesse Sérénissime, sous votre gracieuse protection.

Le duc Eberhard III de Wurtemberg, vers 1670

Je recommande Votre Altesse Sérénissime à la direction du Très-Haut et me remets humblement, moi pauvre suppliant, à votre grâce princière.

Stuttgart, le 14 mai 1670, 

de Votre Altesse Sérénissime

le très humble et obéissant fermier à Weitenburg

Michaell Fischer

 

Cependant le colonel maintint ses prétentions, qu’il précisa l’année suivante. Le duc Eberhard décréta alors en date du 15 novembre 1671 qu’un futur décompte devait être lu au duc Ulrich (son frère devenu aveugle) pour avis, mais ce dernier décéda quelques semaines plus tard. En 1673, le colonel renouvela ses revendications contre Fischer, et en janvier 1680 tenta une énième relance auprès du nouveau, et fils du précédent, duc régnant. Celle-ci ne rencontra probablement pas plus de succès, étant donné que le colonel réclamait aussi à la famille ducale le titre d’une obligation de plus de 9000 florins de feu le duc Ulrich, débiteur du chevalier…

Comme le précise Quirinus von Hohnstedt dans ce dernier courrier, Michel Fischer aurait été employé assez rapidement, à compter de son départ de Weitenburg en octobre 1670, comme fermier au service du grand écuyer von Münchingen. Le 28 juin 1676, on retrouve effectivement une trace, dans le registre paroissial de Münchingen (Souabe), d’un Michel Fischer, qui enterre sa fille Catherine, âgée de quatre mois et demi (7). Il aurait ainsi été affecté dans une ferme de Münchingen ou de Mauer (un écart de la localité) appartenant au grand écuyer.

Si l’on manque de détails concernant son passage à Münchingen, on sait donc que Michel Fischer reprit ensuite la gestion de la seconde ferme seigneuriale de Leiterswiller dans le bailliage de Hatten, qui était restée vacante. Il obtint le contrat de bail dans les mêmes conditions que Hans Bürckel, précédemment fermier à Mauer (Münchingen). Les deux baux sont ratifiés par la seigneurie le 20 juin 1680.

A peine arrivés à Leiterswiller, Michel Fischer le Souabe (“der Schwob”) et sa famille sont déjà à la tâche : en 1679, ils doivent en effet restaurer leur ferme fraîchement récupérée, qui a été laissée dans un état jugé inhabitable suite aux dégâts occasionnés par le passage des troupes lors de la récente Guerre de Hollande. Mais cela va coûter un certain montant, car Fischer est exonéré de la taxe d’habitation de cette année en raison des coûts de (re)construction auxquels il doit faire face.

En 1684, il conclut un contrat pour racheter au seigneur, le comte de Hanau, pour la somme de 250 florins les bâtiments de sa ferme. Peu après l’établissement de la Contre-Réforme à Stundwiller, Fischer et sa famille y adhérèrent et revinrent ainsi à la religion catholique, qu’ils avaient précédemment quittée. Cela et le fait qu’il voulut verser la dîme à son curé plutôt qu’au pasteur déplurent aux administrateurs du comte et ces désordres valurent à la famille Fischer d’être au moins un certain temps mal considérée par l’autorité bailliagère. Michel mourut à la fin du mois de mars 1699, après vingt années passées à construire pour sa famille un avenir dans le village de Leiterswiller.

De son mariage avec Barbara Guldin, probablement originaire de la seigneurie de Weitenburg et de Sulzau, sont issus onze enfants, entre environ 1658 et 1682, dont seuls sept (trois garçons et quatre filles) devinrent adultes et vécurent en Alsace. Deux fils deviendront également des fermiers seigneuriaux, un autre sera berger. La fille aînée épousera un berger, la cadette sera la femme d’un journalier, et les benjamines s’uniront à des fermiers.

Notes

1) Fabien Fischer :Les habitants de Leiterswiller du repeuplement à la reconstruction de l’église (1648-1736), in l’Outre-Forêt, n° 173, p. 15-26.

2) Hauptstaatsarchiv Stuttgart : A 356 – Fonds du haut-bailliage de Herrenberg, duché de Wurtemberg :  Bü 45 (Weitenburg et Sulzau), Bü 19 (Château de Weitenburg). Archives contenant des documents intéressant la famille princière, concernant la seigneurie de Weitenburg et Sulzau, notamment consécutivement à l’assaut du château.

3) Hauptstaatsarchiv Stuttgart A 356 Bü 45,2 – pièce n°16.

4) Hauptstaatsarchiv Stuttgart : B 581 Bü 1452. Correspondance de Quirinus von Hohnstedt concernant l’échange et la vente de la noble seigneurie de Weitenburg avec Son Altesse Sérénissime Princière de Wurtemberg.

5) Hauptstaatsarchiv Stuttgart A 356 Bü 45, 3.

6) Hauptstaatsarchiv Stuttgart A 356 Bü 19, 3 – pièce n°29.

7) Landeskirchliches Archiv Stuttgart : Registre des sépultures de Münchingen (paroisse protestante) : 1596-1730.

Jean Schwebel (1499-1566), moine cistercien défroqué, professeur et pédagogue.

Jean Schwebel est né en 1499 à Bischoffingen, près de Brisach. Il suit ses premiers cours de grammaire à l’école latine de Brisach, chez le Maître Valentin Wickram, vers 1510. Ce dernier, natif de Turckheim, y est cité cette année-là comme directeur (Schulmeister), puis de même à l’école latine St-Georges de Haguenau entre le 1513 et 1518, année où il décède et où il est inhumé à Turckheim. Schwebel s’inscrit ensuite à l’Université de Fribourg-en-Brisgau le 3 mai 1521 (« Johannes Schweblinus de Bischoffingen dioc. Const. »), puis devient moine cistercien, et professeur à l’abbaye cistercienne de Tennenbach près d’Emmendingen, non loin de Fribourg.

Le 29 septembre 1524 (St-Michel), de part sa maitrise des langues anciennes et ses compétences pédagogiques, il est engagé à Strasbourg comme professeur à l’école latine privéeLivrePreface1525 de Maître Lucas Hackfurt (Bathodius), assistant ce dernier, qui organise dès 1523 l’assistance publique. Johann Schwebel est chargé de l’enseignement ainsi que de la pédagogie pour les gens pauvres. En 1525, lors de la Révolte des Paysans, il vint enseigner la littérature comme assistant du Dr. Othon Brunfels, dans la seconde école latine, au couvent des Carmes. Othon Brunfels, qui s’était beaucoup occupé des questions pédagogiques, fit publier en mars 1525 un recueil de préceptes à l’usage des élèves, qui montre qu’il s’attachait autant à l’éducation des enfants qu’à leur instruction. Ce traité intitulé « De disciplina et institutione puerorum, Othonis Brunfelsis Paraenesis »  (ci-contre, la première page) fut publié et préfacé (dans les deux versions latine et allemande) par le savant Schwebel, la même année. Schwebel entreprit également la traduction de l’ouvrage en langue allemande, ce qu’il fit réaliser par le notaire Fridolin Meyger.

Jean Schwebel se maria en décembre 1526 avec Mergen dite Marie Boner, fille de Rupert Boner, de Strasbourg, et obtint grâce à son union le droit de bourgeoisie à Strasbourg le 17 janvier 1527, dans la corporation des jardiniers à laquelle appartenaient les Boner… Selon son autobiographie (« Jo. Suebelii vita ab ipso conscripta » in Leges Gymnasii, AMS 1 AST 319), Schwebel quitta Strasbourg suite au décès de sa première épouse le 31 juillet 1527 (et non comme certains le pensent, en raison de ses penchants pour l’anabaptisme). Il se rendit alors à Brisach et œuvra en 1528, à Bâle, comme correcteur chez les imprimeurs André Cratander et Jean Herwagen.

Début 1529, il put rejoindre Strasbourg et servit pendant presque trois ans comme précepteur dans la famille noble de Luthelman Bapst d’Ichtratzheim. Il se remaria le 29 septembre 1531 à Strasbourg avec Apollonia et fut à partir de la fin de cette année-là l’auxiliaire de Maître Jean Sapidus, qui avait repris l’école de Bathodius chez les Dominicains, déjà évoquée. Ce même couvent des Dominicains abritait également le collège des prédicateurs, un internat en fonction depuis mars 1534, et où enseignèrent les célèbres réformateurs Martin Bucer, Wolfgang Capito et Caspar Hedio. Jean Schwebel resta à ce poste jusqu’au 13 août 1536 quand il devint directeur à l’école latine de St-Pierre-le-Vieux (une troisième école créée en 1535), assisté d’un certain Henri Zell, futur cartographe et collaborateur de Nicolas Copernic. L’école de Schwebel comptait en 1537, 45 élèves et 13 commensaux.

Nous avons à disposition un rapport très intéressant de la main du directeur Schwebel qui nous permet d’obtenir une image précise du fonctionnement d’une école latine à cette époque, en 1537, dont voici une traduction depuis le latin (« Institutio Scholae ad Petrum Seniorem cui praeest Schwebelius, 1537 » in Leges Gymnasii, AMS 1 AST 319) :

Les leçons commencent l’été à 5h30 et en hiver avant 7h. Tout d’abord, une partie du Nouveau Testament est lue et expliquée en latin et en allemand.

À 6 heures (en hiver à 7 heures), un chant est convenu: « Veni, sancte Spiritus » ou « Veni, Creator »; après quoi la Prière du Seigneur a lieu, et vers 6h15, commencent les leçons, en été.

Les élèves sont divisés en deux classes latines et un département inférieur pour les débutants (« alphabetarii »); mais il n’y a que deux enseignants, Schwebel et Zell; les débutants sont enseignés par l’un ou l’autre, tandis que les latinistes sont combinés. Parfois ils sont aussi confiés au surveillant ou à d’autres élèves plus âgés.

Les leçons, qui ont débuté après 6h, durent jusqu’à 7 heures. Ensuite, le châtiment des élèves indiqués par les censeurs est effectué. Schwebel ne dit pas quelles étaient les peines; mais les représentations de cette époque, dont certaines représentent une école, nous montrent toujours un professeur au bureau, armé d’un bâton. Vers 7h30, certains rentrent chez eux pour le petit-déjeuner, les autres ont apporté leur nourriture et la consomment dans la salle; les plus zélés recopient des versets latins. À partir de 8 heures, la leçon se poursuit jusqu’à environ 10 heures. C’est alors que l’enseignement de la foi a lieu. De 10h à 12h, les étudiants rentrent chez eux pour déjeuner.

De midi à 14h, il est à nouveau enseigné avec diligence. Puis suit une pause de 14 à 15h. De 15h à 16h l’enseignement a de nouveau lieu. Après 16 heures, deux ou trois psaumes sont chantés puis les étudiants sont invités à disposer.

Le travail des enseignants et des élèves dure donc de six heures à seize heures, avec environ 3 heures d’interruption, et cela tous les jours. Il y a une exception le jeudi : pas de prière ni de chant; il sera enseigné immédiatement après l’arrivée des étudiants. À 6 heures, les cloches de l’église sonnent et toute l’école est conduite au sermon. Après le culte on revient à l’école : les élèves légers et désobéissants reçoivent les peines infligées, puis l’enseignement reprend jusqu’à 10h. Le jeudi après-midi est libre; samedi, la leçon s’arrête à 13h. Le nombre total d’heures de leçons est de 38 à 40 par semaine. Même le dimanche, les enfants doivent se rassembler dans la salle de l’école. Déjà par le passé, on a déploré que les enseignants ne conduisent plus leurs élèves à l’église. Le zélé Schwebel ne manque pas de recommander à ses élèves « Erasmi Paraclesis ad christianam philosophiam »; puis suite à l’appel des cloches, toute l’école va au sermon. Même le dimanche après-midi, le professeur va avec ses élèves à l’église, mais il ajoute: « aussi souvent que je trouve le temps ».

Même dans la classe la plus basse, on s’exerce au vocabulaire latin avec la traduction allemande, en écrivant de courtes phrases sur le tableau mural.

Dans la classe moyenne, la grammaire est répétée selon Donat; les « Distiques de Caton », les plus petits « Colloques d’Erasme » sont expliqués et mémorisés.

Dans la classe supérieure, la grammaire latine se répète et se poursuit, la syntaxe, les règles de la prosodie. Les auteurs sont Virgile (« Les Bucoliques »), Erasme (Similia), Salluste. Les thématiques sont utilisées pour écrire des lettres ou des vers.

À partir de 13-14 heures, les étudiants des deux classes supérieures sont généralement enseignés par le professeur Henri Zell. Celui-ci lit avec eux des scènes de Térence ou les grands « Colloques d’Erasme ».

Seulement trois heures par semaine sont utilisées pour le grec; une heure est adoptée pour la théorie du chant; une heure spéciale est également consacrée au catéchisme. Le samedi sera une répétition générale du cours appris pendant la semaine.



Schwebel resta deux ans à ce poste, avant la réorganisation des écoles de Strasbourg par les scholarques. C’est ainsi que Schwebel fut professeur au Gymnase de Strasbourg fraichement créé, où il donna successivement les leçons en 8e, 6e et 5e classe, entre 1538 et 1547. Schwebel, qui fut nommé économe et pédagogue au collège des prédicateurs du chapitre de Saint-Thomas en 1547 (aux Dominicains), avait également une prébende du même chapitre. Pour des raisons de santé il dut renoncer à la charge et fut nommé directeur de l’école Saint-Thomas en 1553. Vers 1559, il se rend aux thermes de Bad Wildbad (Bade-Wurtemberg) pour se soigner, en compagnie de son épouse et d’un jeune cousin, Michael Schwebel, qui les servait. Il y prit en notes les inscriptions ainsi que le réglement intérieur des thermes, donnant à son voyage une dimension également historique (Archives de Saint-Thomas, AMS).

Jean Schwebel mourut le 10 avril 1566, en ayant pris une part non négligeable dans la consolidation du système éducatif strasbourgeois en termes pédagogiques, système qui servira de modèle dans toute l’Allemagne protestante et au-delà.

Généalogie

Si l’on ne connait pas la parentèle de Jean Schwebel, ce dernier fournit en revanche des informations très détaillées, concernant les enfants nés de son second mariage (aucun n’étant né du premier), dans son texte en latin (« Jo. Suebelii vita ab ipso conscripta » in Leges Gymnasii, AMS 1 AST 319), dont ci-dessous la traduction, pour cette partie généalogique.

Il est paru intéressant de livrer ces informations, car à cette période, c’est relativement rare d’avoir cette précision en dehors des registres paroissiaux, dont peu nous sont parvenus pour cette période 1530-1550. Jean Schwebel indique souvent l’heure, et va jusqu’à indiquer une fausse-couche ou la météo le jour de la naissance. Avait-il des connaissances également en astrologie pour noter l’horaire ? Fort probable à cette époque de la Renaissance. 

Extrait Vitae Schwebel
Extrait de « Jo. Suebelii vita ab ipso conscripta » in Leges Gymnasii, AMS – 1 AST 319.

« Vers la fête de la Saint-Michel de l’année 1531, ma seconde épouse, la vierge Apollonie, m’a été amenée, et d’elle j’ai eu les enfants suivants :

  • Année 1533 : Marie la première-née de ma seconde épouse Apollonie, née le 24 janvier, le jour de Vénus (vendredi), vers 4h du matin, en l’année 1533. Décédée le 26 octobre, le jour du Jupiter (jeudi), de l’année 1539.
  • 1534 : Jean Schwebel, premier de mes fils, né le 14 octobre, le jour de Mercure (mercredi), au milieu de la journée, un peu après 12h, en l’année 1534. Décédé le 17 octobre, le jour de Venus (vendredi), de l’année 1539.
  • 1536 : Euchariste Schwebel, née le 19 février, le jour de Saturne (samedi), environ 3h avant les vêpres (15h), en l’année 1536. Décédé en 1539.
  • 1537 : Joseph Schwebel, né le 5 juillet, le jour de Jupiter (jeudi), aux vêpres vers six heures (18h), en l’année 1537. Il mourut déjà le 29 juillet de la même année, ayant ainsi vécu 24 jours dans cette misérable vie. 
  • 1538 : Rahel Schwebel, ma seconde fille, née le 4 novembre, le jour de la Lune (lundi), aux vêpres à six heures (18h). Décédée le 2 août, le jour de Mars (mardi) dans l’après-midi de l’an 1552. Après avoir vécu 13 ans et 9 mois, vivant une vie pieuse et sobre, elle a été accueillie, lors des plus grands tumultes et guerres, dans un repos bienheureux par Dieu le Père le plus Grand et le plus Saint.
  • 1540 : Jean (Luc) Schwebel, né le 5 septembre, le jour du Soleil (dimanche), le matin, un peu après trois heures, de l’année 1540.
  • L’an du Seigneur 1542 : Christian Schwebel, né le 16 décembre, le jour du Sabat (samedi), un peu avant onze heures, à la lumière claire.
  • 1544 : Marie, la seconde, née le 21 septembre, jour du Soleil (dimanche) le matin à la quatrième partie exacte de la sixième heure, à l’approche de la septième (vers 5h45), de l’année 1544.
  • 1546 : Pierre Schwebel, il naquit sous cette misérable lumière qui est la nôtre le 17 septembre, jour de Vénus (vendredi), le matin entre sept & huit heures, de l’année 1546. Il mourut le 10 octobre, le jour du Seigneur (dimanche) de la même année.
  • Ma femme a eu une fausse couche le 12 mai 1549. »

On ignore pour le moment ce qu’est devenu Christian (°1542), qui semble toujours encore en vie en 1553, mais on sait qu’au moins Jean (°1540) et Marie (°1544) ont atteint l’âge adulte.

Le 21 février 1564, à la Cathédrale, Jean (Jr.) Schwebel épouse Anne Staedel, issue d’une famille patricienne de Strasbourg, qui donnera par la suite cinq ammestres à la ville de Strasbourg.

Le 28 janvier 1566, à l’église St-Thomas, Marie Schwebel épouse Samuel Hubert, fils de Conrad Hubert qui était l’adjoint du célèbre réformateur strasbourgeois Martin Bucer, quelques mois avant le décès de son père Jean Schwebel. Comme l’indiquent certains courriers de l’époque, envoyés à Jean Schwebel, les familles Schwebel et Hubert étaient amies depuis longue date. C’est ainsi qu’Apollonie, veuve Schwebel, épousa en secondes noces Conrad Hubert, le père de son gendre, la même année 1566. Du couple Marie et Samuel Hubert est issue une grande descendance, dont on peut retrouver une branche à Lembach et Wingen(67), dont voici la succession des générations :

  1. Jean Schwebel (1499-1566), moine cistercien, professeur de lettres anciennes, précepteur, adjoint de Maître Lucas Hackfurt(Bathodius), du Dr. Othon Brunfels et un peu plus tard de Maître Jean Sapidus dans les écoles latines de Strasbourg, directeur de l’école latine de St-Pierre-le-Vieux, professeur au gymnase de Strasbourg, économe et pédagogue au collège des prédicateurs, prébendier du chapitre de St-Thomas et enfin directeur de l’école St-Thomas.
  2. Marie SCHWEBEL oo Samuel HUBERT (1542-1619), professeur à l’Académie de Strasbourg
  3. Samuel HUBERT (1577-1636), administrateur gérant à Strasbourg (de la tuilerie près du Rhin, du pont sur le Rhin, du grenier à grains)
  4. Marie HUBERT (1600-?), épouse Georges BRUNN, boulanger à Strasbourg
  5. Samuel BRUNN (1625-1686), orfèvre puis messager à la chancellerie de Strasbourg
  6. Anne-Marie BRUNN (1660-1702/), épouse Jean-Pierre CRAMER, pasteur originaire de Transylvanie. Pasteur 1683/1685-1689 à Waldhambach, destitué, 1690-1738 à Langensoultzbach et Frœschwiller.
  7. Jeanne Elisabeth CRAMER (1686-1750), épouse Joseph Michel VILLHARDT, prévôt à Lembach puis en secondes noces, en 1724, Jean Martin BEY (1699-1771), forgeron à Lembach
  8. Martin BEY (1727-1797), laboureur à Lembach
  9. Susanne Dorothée BEY (1757-/1801), s’établit à Wingen en épousant Jean-Michel SCHWEICKART, maréchal-ferrant à Wingen
  10. Madeleine SCHWEICKART (1777-1835), Wingen
  11. Madeleine SAMTMANN (1815-1898), Wingen
  12. Madeleine FABACHER (1851-1934), Wingen
  13. Madeleine SCHMITT (1877-1949), Wingen
  14. Joséphine BILLMANN (1902-1981), Wingen

La grand-mère paternelle de Charles Aznavour

Charles Aznavour en concert à Deauville en 1988.
Charles Aznavour en concert à Deauville en 1988.

Le père de Charles Aznavour se nommait Mamigon (aussi surnommé Mischa) Aznavourian, artiste dramatique, musicien, chanteur baryton, serveur, restaurateur, arménien né le 26 mai 1897 à Akhaltzikhé (actuelle Géorgie, alors en Russie) et décédé à Paris XVe, le 3 juin 1978.

D’après l’acte de notoriété demandé par Mamigon et Knar, la mère de Charles, le 19 septembre 1947 – pour combler l’acte de mariage conclu à Izmir et qu’ils disaient lacunaire – le père de Mamigon se nommait Missak Aznavourian et sa mère Haïganouchi Soudjian[1]. D’après l’acte de décès de Mamigon Aznavourian, sa mère s’appelait Aikanouche Soudjian, donc ce fait semble bien établi – excepté une petite variation sur l’orthographe, mais cela donne une bonne idée de la prononciation.

D’après les dires familiaux, Missak Aznavourian aurait quitté femme et enfants en Asie Mineure, et aurait émigré à Paris en compagnie de Lisa, une Allemande qu’il aurait emmenée avec lui depuis la Turquie, et avec qui il se serait établi à Paris avant d’y ouvrir un restaurant[1]. Si on ignore les dates précises de leur arrivée à Paris, on trouve néanmoins bien trace de ce couple, domicilié au 3 rue Champollion en 1926, à l’adresse où se trouve le restaurant dont ils s’occupent et dont Missak avait acheté le fonds de commerce en novembre 1924[2]. Si on connait un peu l’histoire de Missak et de sa compagne Elisabeth (c’est le prénom trouvé dans les recensements de 1926 à Paris et de 1931 à Enghien-les-Bains), ce que l’on connait un peu moins c’est ce qu’il est advenu de la mère de Mamigon.

Arbre Simple Aznavour
Arbre généalogique de Charles Aznavour jusqu’à ses grands-parents. Sa grand-mère paternelle est-elle Haïganouche Soudjian, arménienne de Turquie ayant passé 20 ans dans la capitale parisienne, ou alors est-ce la dame de 96 ans restée en Arménie que Charles Aznavour y a rencontré le 8 mars 1964 (aussi née en 1867) ?

Selon Charles Aznavour, Haïganouchi avait 96 ans quand il l’aurait rencontrée à Erevan le 8 mars 1964 (donc née avant le 8 mars 1868, plutôt donc en 1867)… Mais certains des observateurs de l’époque ne semblaient pas convaincu par la véritable identité de cette vieille dame qu’il y a rencontré, du fait du comportement un peu distant de la vedette. Il se pourrait qu’il s’agisse en réalité d’une grand-tante, ou d’une cousine restée au pays. Ainsi, chaque histoire ayant un fond de vérité, on peut admettre que la grand-mère paternelle de Charles Aznavour s’appelait bien Haiganouche Soudjian et que son âge potentiel était correct (née en 1867), d’une famille arménienne.

Quelle ne fut pas ma surprise en cherchant cette personne, pour vérification, dans les tables journalières des inhumations parisiennes… En effet, au cours de la recherche sur Elisabeth l’Allemande (Elisabeth Bier/Christof, le patronyme n’étant pas garanti) dont on ignore toujours l’état civil, les imprécisions concernant les orthographes des patronymes arméniens, les mystères autour de la famille du chanteur, méritaient les vérifications qui sont d’usage dans une recherche généalogique remplie d’inconnues et de mythes fondateurs. Une certaine Haiganouche Soudjian, célibataire, 78 ans, domiciliée à Paris 20e, à été inhumée le 9 juillet 1945 au cimetière de Pantin[3]…

Célibataire, 78 ans, voilà qui est peu commun… Elle a été transportée au cimetière depuis son domicile en 8e classe (sur 9 classes, la première classe étant la plus chère) par les pompes funèbres payantes. Le fait que le transport était payant indique déjà qu’elle n’était pas indigente (le transport de défunts indigents étant gratuit). Néanmoins elle ne semble laisser aucune succession[4].

En approfondissant la recherche, on découvre qu’elle est arménienne, née le 25 mars 1867 à Erzéroum (Turquie), et présente dans le 20e arrondissement de Paris, au 4 rue Jouye-Rouve, depuis au moins 1926 et jusqu’à son trépas[5]. Elle n’y vit pas seule mais avec une parente Satenik (mentionnée en 1926, 1931 et 1936[6]), beaucoup plus jeune qu’elle, et exerçant la même profession de couturière. Le 11 novembre 1929, Mlle Haiganouche Soudjian se voit même remettre, en compagnie d’autres “demoiselles” mais aussi de mesdames d’origine arménienne, un « prix de vertu » d’une valeur de 2000 Francs par une association arménienne, pour avoir réussi à subvenir aux besoins de sa famille (Satenik?) depuis qu’elle a été « transplantée en France sans ressources » et qu’elle a « fait preuve des meilleurs vertus de (sa) race, en faisant vivre sa famille par un travail assidu, sans avoir recours à des tiers » [7].

Aïda, la sœur de Charles Aznavour, indique dans son livre “Petit Frère”, qu’ils étaient cinq enfants dans la fratrie de son père : quatre filles et un garçon, son père Mamigon. Elle écrit aussi que l’aînée des quatre filles se prénommait Astrik et que cette dernière était passée avec son époux à leur domicile de la rue de Monsieur-le-Prince (où ils habitaient au moins entre 1924 et 1926) pour faire de la musique. En 1926, au domicile de Missak le grand-père, on trouve une certaine Astgik, désignée comme sa fille, avec le patronyme Géramian (Yéramian?). Ce devait donc être la fameuse tante Astrik, Géramian (Yéramian) étant son nom marital.

Mais plus intéressant, au recensement d’Enghien-les-Bains de 1931, Missak déclare trois filles, alors absentes au passage du recenseur, mais déclarées donc comme y étant domiciliées. Avec les prénoms déformés Astlise (Astgik de 1926), Roussiak (Aroussiak) et Chanchanis (Chouchanik). En sachant qu’une jeune femme célibataire Satenik était présente au domicile d’Haiganouche Soudjian sur la période 1926-1936 au moins, n’avons-nous pas alors exactement une répartition des quatre filles du couple, 3 filles chez le père Missak et 1 fille chez la mère Haïganouche, époux alors séparés ?

Arbre Descendance Missak
La quatrième fille de Missak ne serait-elle pas Satenik, qui vit seule avec sa mère Haïganouche Soudjian dans la capitale parisienne

Nul doute que la famille de Mamigon Aznavourian, si elle avait été mise au courant de la présence de leur grand-mère (séparée de leur grand-père) dans la capitale, aurait eu la joie de la retrouver, et aurait été heureuse qu’elle s’en sorte si bien. Peut-être que certains membres de la famille étaient au courant et que malgré tout il fallait préserver ces informations (par honte, par pudeur, par crainte de ternir la carrière de Charles), maintenir la tradition que leur grand-mère était restée en Asie Mineure ? Peut-être qu’il ne s’agissait que d’une homonyme après tout ? Chacun pourra en faire son avis.

On ne retrouve pas trace des quatre filles dans la capitale par la suite. D’ailleurs si elles étaient restées, cela aurait été plutôt à elles de s’occuper de leur père Missak et non pas à Knar, Mamigon devant être sa seule famille restante en région Parisienne. Sans doute étaient-elles retournées en Asie Mineure, à Erevan. Déjà avant-guerre, et surtout en 1936, s’organisait en France, un retour au pays de la diaspora arménienne, un peu comme ce qu’il s‘était passé également pour les juifs avec Israël. Trois des quatre sœurs de Mamigon ont pu prendre ce chemin. Mais Mamigon, avec les projets artistiques d’Aïda et de Charles débutés dès 1934, ne pouvait s’y résoudre. Au fil des années, leur liens avec la France étaient sans doute devenus plus solides que pour les autres membres de la famille Aznavourian.

En 1951, Charles, au tout début de sa carrière solo, quand il n’était pas encore célèbre en Europe, indique dans un courrier pour Aïda, qu’il venait d’écrire à la famille en Arménie. Faut-il croire à des liens gardés pendant toutes ces trente dernières années ou une subite envie de renouer ? Ou alors les sœurs de Mamigon étaient-elles retournées au pays seulement une quinzaine d’années auparavant (1936) voire peut-être en 1947, année ou une autre émigration des Arméniens de France vers l’Arménie a eu lieu ? Une histoire familiale bien complexe. Quant au côté maternel, du côté de Knar, la mère de Charles, des liens plus solides avec des cousins germains (ou plus éloignés encore), aussi survivants du génocide arménien de 1915, ont servi de point de repère à la famille de Charles Aznavour.

Il faut bien comprendre que ces recherches sur la grand-mère paternelle de Charles Aznavour se basent sur des hypothèses, que les héritiers Aznavour pourront confirmer ou infirmer, s’ils le souhaitent. Dans le cas où ces mêmes héritiers souhaiteraient approfondir les recherches pour y voir plus clair, je me tiens à leur disposition pour les y aider.

 

Photo par Roland Godefroy — Travail personnel, CC-BY-SA


[1] Robert Belleret: Vie et légendes de Charles Aznavour, 2018.

[2] Le restaurant au 3 rue Champollion, dans le quartier latin, semble être au nom de la compagne de Missak, Christof (annuaire du commerce Didot-Bottin, 1921 et 1922, dans l’édition de 1925 il est au nom de Mme Driessens). Une certaine Elisabeth Christopher est citée par Charles Aznavour dans l’ouvrage de Robert Belleret (op. cit.), comme étant la compagne de son grand-père paternel Missak Azna(v)ourian, cuisinier de son état. Missak acquiert le restaurant à son nom en novembre 1924 et le revendra en février 1935.

[3] Registre journalier des inhumations au cimetière de Pantin. Numéro d’ordre 2858. Acte en mairie n°2105. Date d’inhumation 9 juillet 1945. Défunt : Soudjian Haïganouche, 78 ans, décédée dans le 20e arrondissement. Situation de la sépulture : Hytchkijian / (division) 50 (ligne) 6 (numéro) 9. (sans autres commentaires)

[4] Table des décès de l’administration de l’enregistrement : l’entrée la concernant indique les mêmes nom et prénom que l’acte de décès de l’état civil, et aucune référence vers une éventuelle succession n’y est mentionnée.

[5] État civil de Paris, 20e arrondissement. Registre des décès de l’année 1945, Acte n°2105. “Le cinq juillet mil neuf cent quarante cinq, six heures trente, est décédée en son domicilie, 4 rue Jouye Rouve – Haïdanouche SANDJIAN, née à Erzeroum (Turquie) le vingt cinq mars mil huit cent soixante sept, sans profession, fille de Krikor SANDJIAN et de Kazazian PEPROUCE époux décédés; célibataire. – Dressé le cinq juillet mil neuf cent quarante cinq, quatorze heures, sur la déclaration de André CHAUVET, trente six ans, employé 10 place Gambetta qui, lecture faite, a signé avec Nous, Alexandre TARD, adjoint au maire du vingtième arrondissement de Paris/B”

[6] – Recensement 1926 au 4 rue Jouye Rouve, ménage : Soudjian Haiganouch, née en 1872, arménienne, chef de ménage, couturière. Soudjian Satenick, née en 1896, arménienne, parente, couturière.
Recensement 1931 au 4 rue Jouye Rouve, ménage : Soudjian Satenik, née en 1905, arménienne, célibataire, chef de ménage, couturière. Soudjian Haiganouche, née en 1878, arménienne, célibataire, amie, couturière.
Recensement 1936 au 4 rue Jouye Rouve, ménage : Soudjian Haiganouche, née en 1867, Turquie, célibataire, chef de ménage, tresseuse chez Garby dans le 19e. Soudjian Satenik, née en 1891, Turquie, célibataire, soeur, tresseuse cez Garby dans le 19e.

[7] Journal “Le Foyer. Organe des Arméniens réfugiés en France”, édition du 1er décembre 1929, page 3.

Un bloc armorié princier à Steinseltz

BlocArmorieSteinseltz
Photographie montrant l’objet de cette étude, un bloc armorié arborant le triple écu quelque peu tronqué sur trois de ses côtés et surmonté d’une figure angélique tenant en chef, les deux écus supérieurs. Dimensions : 68 x 32 cm. L’épaisseur n’est pas connue, probablement une quinzaine de centimètres. Le relief des écus est de 29mm.

Il y a quelques années, mon frère Raphaël, demeurant à Steinseltz, m’avait évoqué l’origine quelque peu mystérieuse du bloc armorié intégré dans la façade de son habitation. Il m’a paru très intéressant de percer ce mystère, de découvrir son origine et son parcours au fil du temps.

En premier lieu, il était important d’identifier les trois écus. Le Service de l’Inventaire du Patrimoine culturel de la Région Alsace indiquait en avoir déjà identifié deux, en 2000 : « 3 écus : l’un portant les armoiries de Spire, le deuxième celles du chapitre de Wissembourg, le troisième, portant une bande et dont le tiers inférieur a disparu, n’est pas identifié». Il indique par ailleurs une estimation de datation, qui servira de bonne base par la suite : « Fragment d’un relief datant probablement du 17e siècle dont l’origine est inconnue».

Dans un second temps, il a fallu savoir qui avait intégré ce bloc en grès dans le mur de l’habitation. Mon frère avait obtenu l’information suivante, d’une personne qui s’était déjà renseignée auparavant (on ignore si la source originelle était l’un des propriétaires précédents ou un autre habitant de Steinseltz) :

« Cette sculpture a été amenée par l’épouse du Maire Rupp, c’est un souvenir de la famille de cette femme, qui était originaire d’Altenstadt. »

Identification des armoiries

Ce bloc armorié est très probablement un élément décoratif dédié à un prince-évêque de Spire, alors aussi prévôt du chapitre de Wissembourg depuis 1552, et jusqu’en 1809. En effet, nous avons bien un écu correspondant à l’évêché de Spire et un second au chapitre de Wissembourg (crosse abbatiale traversant l’écu). Par ailleurs, le matériel lapidaire dont dispose la ville de Wissembourg concernant les chanoines de ce chapitre, même les plus réputés, ne comportent qu’un unique écu, personnel, jamais surplombé par les deux écus prestigieux. Un faisceau d’indices nous met ainsi sur la piste d’un personnage bien plus important, le prince-évêque de Spire, prévôt du chapitre de Wissembourg. Ci-dessous, dans la même disposition que sur la sculpture :


Figure 1. Liste des douze princes-évêques de Spire, prévôts du chapitre de Wissembourg (1546-1810), accompagnés de leurs armoiries personnelles, depuis Philippe de Flersheim, prince-évêque de Spire, premier évêque-prévôt du chapitre de Wissembourg, mort en 1552. Ce dernier a succédé au premier prévôt du chapitre (aussi dernier prince-abbé) Rüdiger Fischer, de «basse extraction». Il y a deux écus à première vue compatibles avec le troisième écu du bloc armorié de cette étude.


En observant les écus des douze prince-évêques (Fig.1), la bande étant en diagonale sur la sculpture, seuls ceux de ces deux princes-évêques pouvaient correspondre : Marquard de Hattstein (1560-1581) et François-Christophe de Hutten (1743-1770).

Il a fallu donc voir plus en détail le descriptif de leurs armoiries. Celles de l’évêque François-Christophe de Hutten sont «de gueules à deux bandes d’or»(1). On retrouve le blasonnement complet incluant les armoiries de Spire et du chapitre de Wissembourg sur un tonneau ayant appartenu à cet évêque (Fig.2). En observant ce montage d’écus, il y en a bien trois, et il appartient à un évêque, ce qui renforce la première intuition. On remarque aussi qu’il n’y a pas de créneaux entre les deux tours sur l’écu de la prévôté de Wissembourg mais le pignon d’un toit, contrairement aux créneaux présents sur le bloc armorié en grès. En outre, il y a une inversion des couleurs rouge et argent sur cet écu, ce qui parait un peu étrange.

Les armoiries de l’évêque Marquard de Hattstein, quant à elles issues de son sceau de 1560 sont «de gueules à trois bandes d’argent». En outre, on retrouve sur ce sceau également une figure angélique (deux anges) et trois écus (l’évêché de Spire, le chapitre de Wissembourg et les armoiries personnelles), comme sur le bloc armorié(2). Le florin en or (Fig.3), la médaille en argent (Fig.4) ainsi que le blason dessiné de la Fig.1, sont bien directement rattachés à la personne de Marquard de Hattstein. La médaille fut frappée en l’honneur de sa nomination à la haute-juridiction de la chambre impériale à Spire (1570). Cela ressemble énormément à la sculpture… De même pour le florin en or frappé en 1574.

Sur la médaille et le florin en or, on voit trois bandes en relief, et trois bandes dans le support, qui correspondent respectivement à la couleur argent (en relief comme le métal argent) et à la couleur gueule (rouge, le support donc), soit six bandes au total.

De même pour l’écu de l’évêché de Spire, sur la médaille en argent, la croix d’argent est également en relief, ce qui confirme que le relief du matériau argent suit la couleur argent de l’armoirie. Idem sur l’écu du chapitre de Wissembourg, les tours d’argent sont aussi en argent dans le relief de la monnaie. Ici on distingue bien les créneaux entre les deux tours sur la pièce en argent.

Voici le résultat (Fig.5), après passage d’un calque sur l’écu. La partie supérieure correspond à ce qui est visible sur la sculpture. La partie basse est une extrapolation. L’épaisseur des deux bandes visibles étant la même, nous avons pris la même pour les autres bandes. On constate qu’il y aurait six bandes en tout, ce qui semblerait indiquer qu’il s’agit plutôt de l’écu de Marquard de Hattstein, étant donné que l’écu de l’évêque François-Christophe de Hutten ne comporte que cinq bandes. Quant aux reliefs du bloc armorié, ils correspondent aux reliefs des pièces de monnaie du prince-évêque Marquard de Hattstein et non pas aux reliefs en bois du tonneau de Hutten où les bandes couleur « or » émergent, et non les bandes rouges (coin supérieur droit notamment).

Enfin, l’analyse des armoiries liées à l’abbaye de Wissembourg par un membre de la société d’histoire de Wissembourg de l’époque de Stiefelhagen (début 20e siècle) confirme l’analyse : l’armoirie officielle de l’évêque François-Christophe de Hutten ne comporte pas de créneaux entre les deux tours(3), à contrario des armoiries de l’évêque Marquard de Hattstein, qui conviennent parfaitement. Par conséquent le bloc armorié se rapporte bien au prince-évêque Marquard de Hattstein.

Origine du bloc armorié

Il y avait plusieurs maires Rupp à Steinseltz, notamment Georges Rupp (1928-1990), son père homonyme Georges Rupp (1901-1962) éminent homme politique de l’arrondissement de Wissembourg, qui est né dans cette maison « armoriée » et qui a donné le nom à la rue où se trouve cette maison, et enfin le père de ce dernier Henri Rupp (1867-1924), maire à partir de 1908.

Henri Rupp avait épousé Caroline Greiner, originaire de Niederbetschdorf. Le maire Georges Rupp (fils), lui, s’était marié avec une jeune femme native de Kuhlendorf, Renée Linger. C’est le maire Georges Rupp père (1901-1962), qui a attiré notre attention, car il avait épousé en 1924 à Steinseltz, peu après le décès de son père Henri, Hedwige Biehler (1900-1995). Cette dernière est effectivement née à Altenstadt, d’une famille de meuniers originaires de Kandel (Palatinat) qui était propriétaire du moulin de Saint-Rémy, ban d’Altenstadt, depuis environ 1863-1866(4). Depuis 1504, Steinseltz est sous la coupe des Deux-Ponts et cela jusqu’à la Révolution. Le bâtisseur de la maison, en 1779, encore à cet endroit en 1792 (dates portées), était un certain Martin Wenner, protestant. Le lien avec la prévôté de Wissembourg ou l’évêché de Spire avait immédiatement paru étrange, ce bloc armorié semblait dès le départ venir d’ailleurs.

Il faut savoir aussi que l’Ortsgeschichte de Steinseltz(5), établie par l’instituteur du village en 1908, bien que mentionnant des sculptures sur grès ornant les datations des maisons, ne mentionne aucunement ce bloc armorié. Il n’aurait pourtant pas dû passer inaperçu et aurait dû être relevé ce qui signifie qu’il n’était alors sans doute pas encore visible et aurait été intégré postérieurement à la rédaction de ce texte de juin 1908, accréditant davantage la source orale, qui indique que l’oeuvre venait de la famille de l’épouse du maire Rupp, originaire d’Altenstadt, plus précisément du moulin de Saint-Rémy.

Histoire du moulin de Saint-Rémy

Intéressons-nous donc un peu à l’histoire de ce moulin. Celle-ci a toujours été fortement liée à l’histoire du château (puis fort) de Saint-Rémy, qu’il desservait probablement depuis ses origines. Château et moulin faisaient partie du bailliage de Saint-Rémy, avec également les trois villages environnants de Kapsweyer, Steinfeld et Kleinsteinfeld. En 1504, le bailliage fut rendu intégralement par l’Empereur Maximilien Ier à son premier détenteur, l’Abbaye de Wissembourg, après quelques siècles troublés principalement par le puissant électeur palatin voisin. Le village de Schweighofen, pourtant tout proche, faisait quant à lui partie du second bailliage de la prévôté, celui d’Altenstadt(6). Depuis cette année 1504, le seigneur du bailliage de Saint-Rémy était donc le prince-abbé de Wissembourg, en l’occurrence Rüdiger Fischer, qui devint prévôt du chapitre de Wissembourg à partir de la sécularisation de l’abbaye (1524). Le château fut érigé en 1385 par l’abbé Hugues de Nohfelden, comme l’atteste un autre bloc armorié conservé au Musée Westercamp(7), et peut-être que le premier moulin avait été construit à peu près en cette fin de 14e siècle. Quoiqu’il en soit, sa présence est attestée un siècle plus tard : dans la nuit du 17 janvier 1470, on incendia le moulin de Saint-Rémy, pour empêcher les paysans des environs d’y moudre et au retour on pilla le village de Schweighofen(8). Le 6 mai 1525, lors de la révolte des Rustauds, Saint-Rémy fut pillé et incendié (on imagine que cela concernait aussi bien le château que le moulin). Le château servit ensuite de refuge pendant la Guerre de Trente-Ans. En 1703, le château de Saint-Rémy fut à nouveau détruit lors de la guerre de Succession d’Espagne avant d’être reconverti en fort par Villars en 1706 ; le moulin a pu à ce moment-là également pâtir de cette guerre. Nous disposons d’un plan très précis du site de Saint-Rémy en 1775. On y voit un moulin fonctionnel et intégré dans le fort et les lignes de la Lauter (Fig.6 et 7).

Après la Révolution, c’est Michel Graff, né en 1762 à Leiterswiller, de religion réformée, qui prit en charge le moulin (depuis environ 1798), puis son fils Philippe Graff en 1822. Philippe Graff, une fois veuf, se remaria en 1830. La même année, le fort de Saint-Rémy fut démantelé, « entièrement rasé » dira l’érudit et contemporain Jean Rheinwald. En avril 1985, René Schellmanns écrira encore : « Toujours opérationnel au 18e siècle, [le château] n’a été définitivement détruit et rasé au niveau supérieur des douves ou fossés qu’en 1830. Comme cela arrive souvent dans ce genre d’opérations, les matériaux provenant de la destruction ont été réutilisés (surtout les pierres de taille) tant par la Ville que par des particuliers, p. ex. pour construire le moulin Saint-Rémy sur la Lauter à moins d’une centaine de mètres de là »(9). Les Dernières Nouvelles d’Alsace, en 2004, précisent au sujet du moulin que « durant la deuxième guerre mondiale, les restes du château, tout comme le moulin et la ferme construits à proximité, furent complètement rasés. Des pierres de l’ancien château ont servi aux fondations du foyer paroissial d’Altenstadt, inauguré en 1954 ». En outre, en 1998, le Service de l’Inventaire du Patrimoine culturel de la Région Alsace, qui ne cite pas sa source, indique une provenance plus précise des pierres utilisées par la construction du moulin de Saint-Rémi : « le front nord [de l’enceinte du fort] était incomplet, son matériau ayant servi à la construction du moulin voisin (détruit).»

Mais reprenons un peu le fil du temps. Après la mort de Philippe Graff en 1845, on retrouve la famille Ballweber aux commandes du moulin. Elle y restera moins de temps que les Graff, puisqu’en 1863, un incendie à priori accidentel, ruina à nouveau le moulin. L’incendie avait ravagé tous les bâtiments du moulin le 4 octobre 1863(10) (ci-dessous).

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Après cet épisode tragique, le meunier Adam Jacques Biehler, déjà présent à Altenstadt depuis 1862 et qui avait donc vécu à priori comme eux cet incendie, le reprit à son compte, puisqu’on l’y retrouve comme chef de famille en 1866, lors du recensement de cette année-là(11). Mais un autre drame survint deux décennies plus tard. Le 21 août 1888, l’un de ses fils, Emile Biehler, fut retrouvé mort à 6h du matin, mis en pièces par un engrenage de la turbine(12). Adam Jacques Biehler ne quitta pas pour autant le moulin après ce sinistre épisode. Son fils Charles le reprit au décès de son père en 1892. Et c’est ensuite que naquit Hedwige Biehler, le 26 février 1900, au moulin de Saint-Rémy. Elle épousera Georges Rupp, à Steinseltz, le 7 novembre 1924. Le moulin était connu ensuite, et en dernier lieu, sous le nom de Moulin Ruff. Salomé Marguerite, la fille aînée de Charles Biehler, avait épousé en 1915 le meunier Bernard Ruff, originaire d’Aschbach. C’est lui qui reprit le moulin à la suite de son beau-père. Le moulin de Saint-Rémy fut une dernière fois détruit les 13 et 14 mai 1940, d’abord incendié puis dynamité par les Allemands de la 246e ID, lors de leur offensive pour reconquérir tout ce secteur(13). Le village d’Altenstadt ainsi que Wissembourg furent pris les jours suivants. Cette fois s’acheva l’histoire de ce moulin car il ne fut pas reconstruit. Une nouvelle ère s’ouvrit.

Un bloc armorié similaire provenant de St-Rémy

Le musée Westercamp de Wissembourg comporte dans sa collection un autre bloc armorié très similaire qui avait été trouvé lors des fouilles entreprises sur le site du château de Saint-Rémy en 1976-1977, notamment par René Schellmanns (Fig.8). Il est à attribuer au prince-évêque Philippe-Christophe de Soetern (première moitié du 17e siècle), dont on reconnaît l’armoirie en forme de Z. Le sens du Z est ici inversé par rapport à l’armoirie de la Fig.1, mais il ne faut pas en tenir rigueur. On le retrouve en effet dans cette position sur un autre écu de ce même évêque, figurant sur un tableau monumental en grès visible au Stadtmuseum de Worms (et créé en 1621, Fig.9). Il y a tout lieu de croire que le bloc armorié, sujet de cette étude était également un élément de décoration du château de St-Rémy, au vu des fortes similitudes (triple écu du prévôt) et des dimensions comparables.

On aurait pu supposer que le bloc faisait partie d’un cénotaphe du prélat Marquard de Hattstein, intégré à l’abbaye de Wissembourg, mais il n’en est rien. En effet, Bernhard Herzog dans sa Chronicon Alsatiae éditée en 1592, s’il détaille le cénotaphe du prélat Philippe de Flersheim (décédé en 1552), ne parle en revanche pas d’une quelconque oeuvre destinée au prince-évêque Marquard. Pourtant la date de décès de ce dernier (1581) est bien antérieure à l’écriture de l’ouvrage et des recherches entreprises par Bernhard Herzog au sujet de l’abbaye de Wissembourg. Sachant que l’abbaye n’a pas souffert d’une guerre entre 1581 et 1592, ce bloc armorié n’aurait ainsi pu y disparaître et on peut admettre qu’il était bien exposé à un autre endroit qu’à l’abbaye, à priori donc au château de Saint-Rémy, le siège de l’évêque-prévôt.

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Un bloc armorié similaire d’origine inconnue

Au Musée Westercamp est conservé ce bloc armorié (Fig.10, ci-dessus), dont l’origine est inconnue. Bernard Weigel indiquait ceci : «Etant donné sa datation, cette pierre n’a rien à voir avec le cénotaphe de Philippe de Flersheim décédé en 1552. Se rapporte-t-elle à la prise de possession par l’évêque de Spire de la collégiale wissembourgeoise en 1546 et à l’une des conséquences de l’incorporation ou à un monument édifié alors ? Nous l’ignorons.»(14). Et si en fait, l’évêque-prévôt Philippe de Flersheim avait simplement initié une sorte de tradition de blocs de grès armoriés, décoratifs, pour le château de Saint-Rémy ? Il faut savoir que le château de Saint-Rémy était le siège du prévôt dans ses bailliages du chapitre de Wissembourg : il y dormait et y recevait.

Apparence originelle du bloc armorié de Steinseltz

Il a paru intéressant de vérifier l’existence de blocs armoriés similaires outre-Rhin, avec une figure angélique portant deux écus. Il y en a très peu et datent tous de la fin du XVIe siècle (Renaissance). C’est ainsi qu’on y voit de fortes ressemblances sur le bloc armorié du successeur de l’évêque Marquard de Hattstein, l’évêque Eberhardt de Dienheim, sculpté vers 1600 (Fig.11). Une figure angélique tenant dans ses mains les écus de l’évêché de Spire et du chapitre de Wissembourg.

Une autre figure angélique, tenant dans ses mains deux écus existe également pour cette fin de XVIe siècle (Fig.12). Il s’agit d’une pierre tombale sculptée dans le grès. Il y a également un cadre, qui comporte cette fois des inscriptions.

Le bloc armorié de Steinseltz, on le sait, étant incomplet, on peut ainsi imaginer la dimension réelle qu’il a pu avoir avant sa destruction partielle, même si ce ne sont là que des hypothèses. Y avait-il des inscriptions autour de l’oeuvre ? Était-il intégré dans un édicule, typique de la Renaissance ? Assez probable étant donné les similitudes.

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Le château de St-Rémy, hôte des princes
(XVIe siècle)

En plus d’être le siège de l’évêque-prévôt dans ses bailliages de la prévôté de Wissembourg (« sein Sitz »), le château de Saint-Rémy fut en effet également un lieu d’hébergement pour ses prestigieux invités. Ainsi le prévôt Rüdiger Fischer, en 1537, le présente ainsi aux juridictions : «le château et le lieu avec sa ferme ont été construits à un point tel que le prévôt n’a pas eu pour lui seul une cour et un service communs. Parfois, le château de Saint-Rémi pouvait héberger les électeurs et les princes, comme cela s’est produit à un moment, avec l’hébergement sur plusieurs jours des princes et seigneurs les plus illustres, les plus distingués, les plus nobles, MM. les comtes palatins Louis du Palatinat Prince-électeur, Henri du Palatinat administrateur à Worms et Wolfgang du Palatinat, avec une cinquantaine de chevaux et autant de gens»(17). Cela va sans dire, que le château se devait d’être décoré avec tous les honneurs dus à leur hôte. Ainsi, la mise en lumière des armoiries des prévôts en rehaussait quelque peu le prestige, et affirmait l’appartenance du château à ceux-ci. Il apparait donc tout naturel, au vu du lien entre les Rupp et Saint-Rémy (via cette alliance avec une fille du meunier Biehler), que ce bloc armorié était bel et bien originaire (initialement) du château de Saint-Rémy, parmi ceux d’autres évêques-prévôts. Voici décrite l’arrivée du prélat Marquard de Hattstein lors de sa prise de possession : «L’évêque Marquard de Hattstein fit son entrée à Wissembourg à cheval, le lendemain de l’Assomption 1560, avec un cortège de soixante-dix-huit cavaliers, et descendit comme Rodolphe [de Frankenstein, son prédécesseur] chez le chanoine Jean Gulchen au Reffenthal [docteur en théologie, en droit et en médecine]. La ville lui fit remettre cinq mesures (hectolitres) de vin et dix sacs d’avoine»(18). On y apprend également, comme cela est bien documenté, que les évêques-prévôts avaient coutume depasser la nuit au château de Saint-Rémy lors de la prise de possession de leurs bailliages, après avoir passé leur première journée à Wissembourg. Le second jour, ce sont les villages de leurs bailliages qui lui prêtent serment au château de Saint-Rémy, son siège.

Le bloc armorié était-il déjà prêt dans la décoration du château de Saint-Rémy lors de la journée de prise de possession du prince-évêque Marquard de Hattstein ? Peu sûr mais on peut admettre qu’il a été réalisé au plus proche de son investiture, vers 1560-1562. Il y aura eu ensuite plusieurs événements lors desquels ce bloc armorié a pu passer du château au moulin de Saint-Rémy, surtout à compter de la destruction du château en 1703. Et ça n’est qu’après 1924, année de mariage entre le maire Rupp et Hedwige Biehler, qu’il a donc transité jusqu’à Steinseltz.

Hattstein, Marquard von
Fig.10. Ci-dessus, une gravure représentant le prince-évêque Marquard de Hattstein en 1580, avec une erreur sur le nom de famille (Holstein), et accompagné de sa devise : CERNIT DEUS OMNIA VINDEX (« Il y a un Dieu vengeur qui voit tout »). Source : collection d’estampes de la Bibliothèque Nationale d’Autriche.


(1) Franz Xaver REMLING. Geschichte der Bischöfe zu Speyer, zweiter Band. Mainz, 1854. p.670 : « Das Hauptwappen dieses Bischofes ist eine rothen Schild mit zweien goldenen Schrägbalken. Die Helmzierde bildete ein gebärdeter Jude mit der Spitzkappe. / Les armoiries de cet évêque [François Christophe] sont de gueules à deux bandes d’or. L’ornement du heaume est un juif barbu avec chapeau pointu.

(2) Op.cit., p.359 : « Marquard’s Wappen sit ein rothes Schild mit drei silbernen Querbalken, die Helmzier hat zwei gleichfarbige Fittige. Sein Hauptsiegel, mit der Jahrzahl 1560, ist gewöhnlich in rothes Wachs eingedrückt. Es zeigt in der Mitte unter einem gothischen Baldachin mit vier Thürmchen die Madonna, das Christuskind auf der Rechten und das Zepter in der Linken. Unter den beiden Seitennischen stehen zwei Engel, mit dem Wappen des Hochstiftes und der Probstei Weissenburg. Das Familienwappens Marquard’s ist unterhalb der Madonna angebracht. / Les armoiries de Marquard sont de gueules à trois bandes d’argent, la garniture du heaume est assortie de ces deux couleurs. Son sceau principal, daté de 1560, est généralement estampillé de cire rouge. Au milieu, il montre la Vierge, l’enfant-Jésus à droite et le sceptre à gauche sous un auvent gothique à quatre tours. Sous les deux niches latérales se trouvent deux anges, avec les armoiries de l’évêché de Spire et de la prévôté de Wissembourg. Les armoiries de la famille de Marquard sont placées sous la Madone. »

(3) Paul v.BROCKE. Die Wappen der Abtei und der Stadt Weissenburg im Elsass in Vierter Jahres-Bericht des Vereins zur Erhaltung der Altertümer in Weissenburg und Umgegend, herausgegeben für das Jahr 1908. Ackermann : Weissenburg, 1909. p.71-109, avec impression en fin d’ouvrage des armoiries étudiées. Ainsi à la page 99, l’auteur affirme : « Die Wappenschilde der Bischhöfe Franz Christoph Frhr. von Hutten (1743-1770) und Aug. Phil. Carl Graf v.Limburg-Styrum (1770-1797) zeigen die Burg ohne Zinnenmauer ; an deren Stelle befindet sich zwischen den Zinnentürmen ein Giebel, über dessen Spitze die Krone schwebt. / Les armoiries de l’évêque François Christophe de Hutten contiennent le château sans mur crénelé; à sa place, il y a un pignon entre les tours, surplombé par la couronne. »

(4) AA-Sbg 7M228, 294D/A7, 295D/B7 : Altenstadt – Recensements de population pour les années 1836, 1841, 1846, 1851, 1856, 1861, 1866, 1880 et 1885. AD67 : Etat-civil d’Altenstadt (1793-1912).

(5) Archives municipales de Wissembourg : Ortsgeschichte von Steinseltz, verfasst von Lehrer Wehrung (juin 1908).

(6) Jean RHEINWALD. L’Abbaye et la Ville de Wissembourg : avec quelques châteaux-forts de la Basse Alsace et du Palatinat, Monographie historique. Wentzel : Wissembourg, 1863, page 22.

(7) Musée Westercamp (Wissembourg), N° d’inventaire MWWI.2003.0.203 : La pierre se rapporte à l’abbé bénédictin Hugues de Nohfelden et est datée de 1385. Dans l’Outre-Forêt N°99, page 39, Bernard WEIGEL l’a déchiffré ainsi : ANNO. DNI / M.CCC.L.XXX.V / HUGO [P.P.] ABBAS / HOC CASTRU EDIFICAV, ce qui veut dire : « En l’An du Seigneur 1385, l’abbé Hugues a fait construire ce château. »

(8) Op.cit. : J. Rheinwald, page 139.

(9) René SCHELLMANNS. Le château Saint-Rémy in l’Outre-Forêt n°145 (I-2009).

(10) L’Espérance : courrier de Nancy, du 9-10-1863, page 3. AA-Sbg : Etat-civil d’Altenstadt (1793-1912), contenant les trois actes de décès en cette date du 4 octobre 1863.

(11) AA-Sbg 7M228 : Recensement de population de 1866.

(12) Express, du 26-08-1888, page 3.

(13) Johannes NOSBÜSCH. Damit es nicht vergessen wird… Pfälzische Verlagsanstalt, 1983. p.139 : « Wie der Kappelstein war auch die Remy-Mühle bereits vorher das Ziel deutscher Unternehmungen, doch blieb das zur kleinen Festung ausgebaute Anwesen in französischer Hand. Nun setzen Stosstrupps mit Schlauchbooten über die Lauter und traten zum Sturm an. Der Widerstand war so verbissen, dass die Mühle in Flammen aufging und zum grossen Teil zerstört wurde. Der Rest fiel nach der Einnahme einem Sprengkommando zum Opfer.»

(14) Op.cit. O.F. N°99, p. 39.

(15) Anneliese SEELIGER-ZEISS. Die Inschriften des Grosskreises Karlsruhe. München, 1981. « Nr. 329. Ubstadt (Gem. Ubstadt-Weiher), Obere Str. 168, um 1600. Wappenstein des Speyerer Bischofs Eberhard von Dienheim.»

(16) Op.cit. Seeliger. « Nr. 404. Hofen (Stadt Bönnigheim), ev. Pfarrkirche St. Ottilia. 1562/1585. Grabplatte des Adam Besler und seiner Frau Barbara.»

(17) SCHMITTER (instituteur à Riedseltz). Plünderung und Zerstörung des Schlosses St. Remigius bei Weissenburg in Jahres-Bericht des Vereins zur Erhaltung der Altertümer in Weissenburg und Umgegend, herausgegeben für das Jahr 1906. Ackermann : Weissenburg, 1907. p.18-23. Extraits d’actes de procédures à la Chambre Impériale, datés du 16 mai 1537, la description par le prévôt Rüdiger Fischer afin de faire valoir les droits de la prévôté de Wissembourg sur le Saint-Rémy, après l’anéantissement de celui-ci lors de la guerre des Paysans (1525) : « Schloss und Sitz war mit seinem Vorhof dermassen gebaut gewest, dass sein gnaden (der Probst) nit allein ein gewöhnlich hof und hausshaltung darinn mag haben unnd gehapt. Sonder auch zu Zeitten Chur- und fürsten darinn enthalten und beherbergen mögen, wie denn uff ein Zeit geschehen, so die durchlauchtigsten hochwürdigen durchlauchtigsten und hochgeborenen Fürsten und Herren, Herrn Ludwig Churfürsten, Herrn Heinrich Administrator zu Worms und Herr Wolfgang alle drei pfalzgraven, etlich tag mit etwa fünfzig pferden und soviel personen darinn enthalten und beherbergt worden.»

(18) Op.cit. : J. Rheinwald, p.259.


M. Jean Musaeus, pasteur et alchimiste

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Magister, Pasteur, doyen ecclésiastique, alchimiste, marchand. Plus alchimiste que ministre du culte, il correspond avec plusieurs aristocrates sur son art. Ses activités annexes agacent ses paroissiens à Obermaßfeld ainsi que le surintendant ecclésiastique général de Meiningen. Il se retire à Meiningen vers 1607 et est l’auteur d’un traité d’alchimie appelé Flores Planetarum, qu’il envoie en 1613 au prince Auguste d’Anhalt-Plötzkau.

Obermassfeld

J.Musaeus est né le 28 avril 1549 à Fürstenwalde/Spree, dans le Brandebourg, comme il l’indique lui-même dans l’un de ses écrits avec son affinité pour les sciences occultes (« Als der ich Anno 1549, do die Sonne im Taurum getreten, Drey tage vor Ostern geboren » – né en 1549, alors que le soleil est entré dans le signe du Taureau, trois jours avant Pâques[1]). Son père, alors encore simple pasteur, y était en poste. J.Musaeus était le fils aîné du Dr.Simon Musaeus, disciple de Luther, originaire de Vetschau/Spreewald (Brandenbourg), un théologien et réformateur gnesio-luthérien (la branche luthérienne la plus originelle, la plus intransigeante), également ensuite professeur et recteur de l’Université d’Iéna. Sa mère était Marguerite Adelhauser, issue d’une famille bourgeoise de Cottbus (Brandenburg), que son père avait épousée quelques années à peine avant sa naissance, vers 1547.

Il suivit son père lors de ses multiples affectations ecclésiastiques et académique (Crosse/Oder 1552-1554, Breslau 1554-1557, Gotha 1557-1558, Eisfeld 1558-1559, Iéna 1559-1561). C’est à Iéna où son père avait obtenu la chaire de théologie ainsi que le poste de recteur en 1560, que J.Musaeus s’inscrivit à la réputée université d’Iéna (“Ioannes Museus Furstwaldensis”). Il avait alors à peine 11 ans, ce qui dénote une certaine précocité, et probablement le suivi très strict de son père. Il suivit alors à nouveau sa famille (une fratrie comptant déjà sept enfants – qui atteindra onze enfants en 1572), son père déjà retenu comme surintendant à Brème en octobre 1561, puis de là au poste de prédicateur à la cour (Hofprediger) du Duc Jean VII de Mecklembourg-Schwerin vers 1562. C’est pendant cette période que père et fils s’inscrivent à l’Université de Rostock (12.07.1563 : “Iohannes Musaeus, D.Simonis filius”). Il avait alors quatorze ans. C’est après le passage dans cette université que son parcours est incertain, il semble tout de même obtenir le grade de Magister par la suite[2] (mais visiblement pas à Iéna[3]). Il suit probablement son père à Gera (1565), puis à Toruń (1567) et enfin Cobourg (1570) sans avoir le temps de s’attarder longuement dans une université. À l’inverse de l’un de ses frères cadets, Paul, qui obtiendra ce grade après le décès de leur père. En Saxe, à Cobourg, son père est nommé surintendant ecclésiastique général (General-Superintendant), le poste ecclésiastique le plus élevé de son parcours tumultueux.

C’est dans le comté de Henneberg, en Thuringe, que J.Musaeus choisira de se fixer et de se détacher définitivement de son père, non sans son appui. Il a alors 23 ans lorsqu’il obtient son premier ministère en tant que diacre à Römhild en 1572. Il est remercié l’an suivant du fait de sa filiation, son père étant pris dans la controverse synergétique – les gnesio-luthériens croyaient à l’incapacité de la volonté naturelle à participer à la justification et pensaient que les bonnes œuvres étaient inutiles au Salut.

J.Musaeus trouva rapidement le même poste à Schleusingen, en 1573. C’est pendant ce ministère que son père fut chassé de Coburg (1573) par les modérés et que J.Musaeus se maria à Römhild avec Christine Rüdiger (23 février 1574). Son épouse était la veuve du diacre de Römhild Jean-Georges Boxberger – qui avait été précédemment moine – et la fille de feu le surintendant ecclésiastique de Römhild, M.Adam Rüdiger, initialement curé. Des alliés qui se sont donc convertis au nouveau courant religieux de la Réforme.

Il fut ensuite nommé pasteur et doyen à Obermaßfeld, où il fait son premier sermon en juillet 1575. Le 15 août 1577, il signe la Formule de Concorde, symbole de souplesse (à l’inverse de son père, resté intransigeant jusqu’à son dernier souffle). J.Musaeus reçut un suppléant en 1602 avant de prendre sa retraite vers 1606. A cette époque, il n’y avait pas de pasteur comme J.Musaeus dans tout le comté de Henneberg. Il n’avait pas pu devenir ministre du culte par libre choix, mais seulement de la volonté de son père, car la principale force de son esprit et de sa nature ne résidait pas dans la vie paroissiale, mais dans les affaires d’argent et dans le commerce. Pour cela, il avait du talent, du sens et de l’oreille.

SimonSon père, le Dr. Theologiae Simon Musaeus, l’un des leaders des réformateurs fondamentalistes, ici recteur à Iéna (1560, collection de portraits de l’Université).

Ses penchants et son activité spéculative, dirigés vers les branches industrielles et marchandes les plus diverses, étaient portées et stimulées non par un noble sens religieux, mais par sa prédilection pour les découvertes. Grâce à un esprit naturellement vif et aiguisé par l’expérience, il a parfaitement su, pendant de nombreuses années, comment cacher sa vie professionnelle privée, qui contrastait fortement avec son pastorat. Cette vie était devenue évidente et conduisait à des plaintes de ses paroissiens ; pour le blanchir on lui demandait de se justifier[4]. Il n’a pas hésité à porter des accusations contre ses plaignants. Malgré sa culture protestante prédominante, il se livrait à une forte libre pensée d’une part, de sorte qu’il fréquentait les catholiques, les juifs et les sectaires.

D’autre part, il pratiquait les arts alchimiques des métaux précieux. Par cette dernière activité, il sut gagner la faveur de hautes personnalités. Peu importe la détermination avec laquelle les autorités ecclésiastiques de Meiningen se sont opposées à de telles activités non spirituelles et ont donc cherché à retirer Musaeus de ses fonctions, il a néanmoins réussi à se maintenir longtemps à son poste, en partie grâce à ses talents rhétoriques et en partie grâce au soutien de personnalités puissantes. Cela se manifesta notamment en 1601, lorsqu’il fut jugé nécessaire de procéder à son éloignement et donc de rejeter ses propositions de se faire représenter par un remplaçant dans ses relations d’affaires avec Maßfeld. Comme ses connaissances alchimiques étaient largement connues, les seigneurs d’Assebourg voulaient également pouvoir l’utiliser à leurs fins pendant un certain temps. Avec la permission du duc et administrateur Frédéric Guillaume de Saxe-Weimar, ils se rendirent à Meiningen avec la demande de suspendre le pasteur Musaeus de son bureau pendant trois mois pour leurs besoins afin de fabriquer de l’or. Musaeus a accepté cette offre à condition que son gendre Jean Salender veuille reprendre son pastorat entre-temps. Pour cela, cependant, il devait d’abord être ordiné. Depuis que le surintendant ecclésiastique de Meiningen s’est déclaré contre une telle ordination, qui ne devrait avoir lieu que pour une courte période et non pour un service paroissial permanent, les seigneurs d’Assebourg se sont plaints à l’administrateur princier et le 14 septembre 1601 vint l’ordre de Dresde, que Salender soit ordiné et utilisé comme substitut. L’autorité ecclésiastique supérieure de Meiningen admettait désormais que Salender prendrait en charge les sermons d’Obermaßfeld et de Grimmenthal en remplacement, mais que les sacrements devraient être administrés par le clergé local voisin. Le 24 octobre de cette année-là, les seigneurs d’Assebourg acceptèrent cet arrangement[5]. Salender est depuis resté à Obermaßfeld pour soutenir son beau-père.

Le 25 décembre 1605, son emploi pour les seigneurs d’Assebourg étant terminé, il écrivit au prince Christian II, électeur de Saxe, lui demandant de pouvoir revenir dans son décanat et paroisse d’Obermaßfeld, comme consenti par le régent de ce dernier en 16012. On suppose que l’électeur ne confirma pas son retour à Obermaßfeld, car on retrouve Musaeus dès 1607 à Meiningen, où il passa le reste de sa vie. Le controversé pasteur a trouvé sa paix dans le cimetière St-Martin de Meiningen. Il a pu fonder une famille nombreuse et intellectuellement distinguée, qui a ramené le nom Musaeus à un grand honneur dans les domaines de la science et du pastorat, notamment la descendance de son fils homonyme, un pasteur bien plus soucieux de ses paroissiens que ne l’était son père.

Jean Musaeus – l’alchimiste

On ignore qui l’a intéressé aux arts alchimiques, néanmoins il dit, dans son tract Flores Planetarum, avoir été à la mine de Saalfeld (Thuringe) dans sa jeunesse où il aurait beaucoup discuté et appris au contact des célèbres alchimistes David Beuther, John Dee et son collègue Edward Kelley : “ […] David Peuter, Johan De EE und seine Collega Kelleus zu Salveld uff der Hütten, do ich den in meiner Jugend viel mit Ihnen conversirt […]”.

David Beuther, originaire de Saxe, inspecteur des mines à Annaberg (Saxe), est devenu alchimiste à la cour du prince électeur Auguste de Saxe en 1575 et jusqu’à sa mort en 1582, année où il se serait suicidé, ne parvenant pas à faire de l’or pour son maître. Il est probable que David Beuther ait fait quelques passages à Saalfeld avant 1575 pour affiner son art, donc pendant les premières années de la présence de Musaeus en Thuringe ou à proximité (Cobourg), entre 1570 et 1575, période où il a pu le rencontrer. Entre 1575 et 1582, par contre il travaillait presque exclusivement dans le laboratoire de chimie du prince Auguste de Saxe, sous surveillance, car ne parvenant pas à transmuter les métaux en or. Malheureusement la vie de David Beuther avant 1575 demeure très obscure, ce qui ne nous permet pas de certifier sa présence en Thuringe.

A l’inverse des alchimistes britanniques… En avril 1586, Le Docteur John Dee et Edward Kelley, alors en visite à Leipzig, sentant le vent tourner après qu’un jardinier ait brûlé une copie des travaux de Dee restés à Prague, décident de fuir la capitale impériale et de s’installer dans le secteur d’Erfurt. Le pape Sixte V publia un édit le 29 mai 1586, leur intimant de quitter Prague sous six jours, pour utilisation interdite de la magie. Kelley était le médium de Dee, et les deux savants britanniques étaient arrivés en Europe en 1583, afin d’expérimenter la transmutation des métaux en or et en argent. C’est vers juin 1586 que Dee cherche à s’installer à Saalfeld, à proximité des mines[6] ; ils repartirent de Saalfeld en septembre de la même année pour la Bohème, à Trebona, qu’ils ne quittèrent plus. Dee retournera en Angleterre en 1589. Un certain Dr. Victor Reinhold, de Saalfeld, a visité Dee à Trebona juste après son départ de 1586, suggérant que Dee a bien laissé sa marque dans la ville minière. On peut donc admettre que la rencontre entre Jean Musaeus avec John Dee et Edward Kelley a eu lieu à Saalfeld en 1586.

ImageAlchimiste

Sächsische Landesbibliothek- Staats-und Universitätsbibliothek Dresden, Manuscrit N.36 : Figurae hieroglyphicae de lapide philosophorum, page 12r. Première étape pour la transmutation des métaux en argent et en or (lune et soleil), l’alchimiste mélange des métaux sans valeur dans un grand récipient.

La référence principale de J.Musaeus en alchimie serait John Dee, dont il reprend la monade hiéroglyphique (ci-contre) dans son Flores Planetarum, en le mettant au centre de la table hermétique, elle-même transmise à priori par le même John Dee. Ce dernier était un célèbre mathématicien, astronome, astrologue, géographe et occultiste britannique. Il a consacré une grande partie de sa vie à l’étude de l’alchimie, de la divination et de l’hermétisme.

Musaeus cite par ailleurs dans son Flores Planetarum l’ouvrage de Nicolas Solea, publié en 1600 à Zerbst[7] et dont il reprend aussi des enseignements intéressants (“welcher Flores der weltberühmte Berg Philosophus Nicolaus Solea, in seinem Bergbuch, des Elias Montanus fürstlicher Leib Medicus zum Brieg, in der Schlesien den löblichen Fürsten Lignitz und Anhalt dediziert, viele gedenkt, sonderlich Cap:3 pag:9 das solche Flores halb metallisch sein”).

SignatureJMSignature de Jean Musaeus (1613)

JohenDee

Dr.John Dee à 67 ans (1594). Artiste inconnu.Portrait ayant appartenu à son petit-fils Rowland Dee. Collection de l’université d’Oxford.

Ci-après, le passage majeur traduit de son Flores Planetarum[8], où Jean Musaeus conçoit bien l’alchimie tant sur le plan spirituel que matériel.

La table hermétique de transmutation de l’or et de l’argent

Table hermétique

« Comment obtenir de l’or et de l’argent purs grâce à la conjonction et la fermentation du ciel universel sidéral, élémentaire et métallique [Mercurio] des douze signes célestes [Soleil] et [Lune], et des quatre planètes métalliques Vénus, Mars, Jupiter et Saturne.

Parmi tous les monuments des anciens, pour une certaine délimitation de l’art alchimique, c’est un récapitulatif des innombrables écrits des sages.

Selon l’esprit supérieur de John Dee, il n’y a pas d’autre document synthétique aussi précieux, marqué de signes et de caractères hiéroglyphiques, que cette table. Ainsi cela a été écrit pour le débutant de l’hermétisme trismégiste, aidé par un certain nombre de moyens. John Dee l’utilisa pour écrire sa monade hiéroglyphique. mais avec des caractéristiques découvertes et immédiatement écloses, dont l’élucidation, dès cette époque, arborait une considération toute particulière. Ainsi une telle table des amoureux de la chimie a voulu vous faire voir la division des trois cieux minéraux, dont la structure vient de leurs 7 planètes puissantes, virtuelles, matérielles et formelles, qui ne jaillit que d’un matériau initial l’antimoine sidéral, élémentaire et corporel. C’est une certaine raison pour laquelle nous pouvons aussi avoir une telle distribution, puisqu’il faut nourrir le ciel métallique avec ses six corps métalliques, dans la calcination, à partir de laquelle il est fermenté dissous et transformé en teinture.

La connaissance de la table hermétique nous sert à cet effet, qu’un artiste doit savoir ce que sont l’officine du ciel sidéral et ses six signes ou éléments animaux, qui sont générés dans de telles officines, qui sont six fleurs planétaires, afin que ces métaux morts, qui ont perdu leur esprit animal dans la fonte, pourraient à nouveau s’animer, se teinter et se graduer, car l’animatio est un esprit vivant et non mort. […]”

Famille et descendance

D’après l’éloge funèbre prononcé en 1654 à l’occasion du décès de son fils Jean, Jean Musaeus et son épouse Christine Rüdiger ont eux deux garçons et cinq filles. Voici la liste de leurs enfants et leur alliances :

1 – Marie Musaeus, née vers 1575 à Obermaßfeld, a épousé en 1594, à Meiningen, Jean Steitz, né vers 1568 à Schmalkalden, immatriculé à l’université de Leipzig en 1587, également alchimiste, il est un propriétaire minier important de Schmalkalden. Il était aussi le fils de Jean Steitz (°av.1543-1599 Schmalkalden), bailli à Meiningen, Maßfeld et Kaltennordheim.

2 – Régine Marie Musaeus, née vers 1577 à Obermaßfeld, a épousé vers 1601, sans doute à Obermaßfeld, Jean Salender, pasteur, immatriculé à l’université d’Iéna en 1588 (“Ioannes Salenderus Nidermassfeldensis”), ordiné en février 1602 à Meiningen. Pasteur adjoint de son beau-père à Obermaßfeld (1602-1606).

3 – Jean Wolfgang Musaeus, né vers 1580 à Obermaßfeld, a épousé en 1631, à Meiningen, Mathilde Guth, née en 1593, veuve du pasteur Johannes Grebner, et fille du surintendant de Meiningen (1612-1629) Jean Guth. Il est décédé avant 1646. Deux enfants connus mais ayant peu vécu : Jean Volkmar né et décédé en 1631 à Meiningen et une petite fille (Mägdlein) décédée en 1646 à Meiningen à l’âge de 8 ans.

4 – Jean Musaeus Jr., pasteur, né le 14.02.1582 à Obermaßfeld, a épousé en 1607, à Ilmenau (Thuringe) Sybille Sturm, décédé le 20.11.1654 à Dannheim. École puis lycée à Schleusingen (1590-1599). Imm. Iéna (1599, “Joannes Musaeus, Masfeldensis Hennebergiacus”). Pris d’une terrible fièvre, il revient chez ses parents en 1601 où il reste un moment avant de retourner à Iéna pour terminer son cursus universitaire en 1606. Il devient ensuite Recteur à l’école d’Ilmenau en 1606 et y enseigne six années aux jeunes élèves. Ordiné à Arnstadt en 1612, il est investi pasteur à Langenwiesen le 28.06.1612. On lui proposa quelques années plus tard un poste de prédicateur (Hofprediger) à la cour de la princesse douairière de Henneberg qu’il refusa pour se consacrer pleinement à sa paroisse de Langenwiesen ou il restera en tout 17 ans et demi. Il est alors investi à la paroisse de Dannheim le 28 février 1630 où il restera jusqu’à sa mort. Dans sa descendance, on peut citer de nombreux professeurs d’université, de Docteurs, Magister, etc.

5 – (soeur) Musaeus, non identifiée.

6 – Elisabeth Musaeus, née en novembre 1586 à Obermaßfeld, décédée en 1661 à Meiningen, a épousé en 1607, à Meiningen, Wolfgang Siebenfreund (+1639 Meiningen), célérier et juge censier. Huit enfants, donc cinq ont vécu : Jacques Wolfgang (1611-1673), Catherine (°1613), Elisabeth (°1616), Jean Daniel (°1619) et Madeleine Sibylle (°1627).

7 – Anne Musaeus[9], née vers 1588 à Obermaßfeld, décédée en 1635 à Meiningen, a épousé le 4 juin 1610, à Waltershausen im Grabfeld (Bavière), Otto Schott (°ca.1575, +1630/35), administrateur/trésorier (Vogt) (ca.1608-1617) à Waltershausen, bourgeois de Meiningen (1617), notaire public (1625), trésorier de l’Ecole du comté de Henneberg et de l’hôpital de Grimmenthal (1625-1630/32). Six enfants dont trois ayant vécu : Jean Georges (°1622), Otto Daniel Schott (°1624) peut-être par la suite Receveur du chapitre de Surbourg (67), Madeleine Elisabeth (°1626) qui a épousé le pasteur de Ste-Marie-aux-Mines (68) Emmanuel Agricola, avant de finir ses jours à Rittershoffen (67) en 1695. On ignore ce qu’est devenu Jean Georges.

A cette liste, il faudrait rajouter Georg Adam SCHOTT, né vers 1612 à Meiningen, dont le baptême est lacunaire à Meiningen, tout comme à Waltershausen. En effet l’un de ses fils se prénomme Otto Georges. Il est devenu Magister à l’université de Strasbourg, puis a été chapelain à l’hôpital de Strasbourg, avant d’être pasteur à Muhlbach-sur-Munster (68).

Je remercie Xavier Maillard pour sa collaboration notamment au moment de l’énumération du parcours de Simon Musaeus.


[1] Staatsarchiv Meiningen, Gemeinschaftl. Hennebergisches Archiv, Sektionen Altes Rechnungsachiv II, Maßfelder Amtsrechnungen, Sekt. IV C 2 Nr. 9

[2] Staatsarchiv Dresden, Loc. 08623/04 : Magister Johann Musäus’, Pfarrers zu Obermaßfeld [s. Meiningen], Erlassung. Dossier concernant la mise à l’écart de Johann Musaeus de son ministère à Obermaßfeld (1601-1605), Supplique pour son retour (1605)

[3] Georg Mentz : Die Matrikel der Universität Jena, Band I, 1548 bis 1652 ; §Die Matrikeln der juristischen und der philosophischen Fakultät 1558-1576§. Jena, 1944.

[4] Staatsarchiv Meiningen, Gemeinschaftl. Hennebergisches Archiv, 4-10-1040: Kaufmännische Geschäfte des Pfarrers Johann Musaeus zu Obermaßfeld, 1575-1601. – n°164 : référence à la paroisse, salaire et matières scolaires, 1575-1577, 1580; Demande de congé, 1581 (fol. 13) ; Déclarations de tiers sur la conduite de M., commentaires à ce sujet, listes de dettes, 1581, 1588, 1592, 1599-1600 ; Plaintes / actes de procédure de la communauté d’Obermaßfeld, réponses du pasteur, 1598, déclarations du consistoire, 1599 ; Offre de Musaeus de découvrir des mines, 1599 (pp. 110-128) ; Menace de licenciement, fixation d’un délai pour renoncer à l’entreprise, demandeurs d’ajournement, déclarations à ce sujet, 1599-1600 – n°165 : Recommandations personnelles de M., 1576, 1585, 1594 ; correspondance officielle avec M., entre autres recensant des caisses de l’église et l’argent du pont à Obermaßfeld, 1584-1597 ; Responsabilité du consistoire de l’hôpital Grimmenthal, 1595 ; Cautions de tiers, 1596 et suivantes ; Diffamation de tiers par M., commentaires à ce sujet, extraits du procès-verbal, 1598-1599; Explications de Musaeus, 1599-1601 ; Clarification des responsabilités entre gouvernement et consistoire, déclarations des personnes concernées, 1599-1600, compilation des affaires de M., témoignages, extraits du procès-verbal, 1600- 1601. – n°166 : procès-verbaux du consistoire ; Liste des titres de créance ; Collection des affaires ; Témoignages, 1600 ; questionnaires ; évaluations ; index ; écrits de procès, concepts. – n°167 : Recouvrement de dettes, 1576 ; Demandes de subventions, 1580 ; Occupation du poste de maître d’école, 1581 ; Plaintes du maître d’école à Obermaßfeld contre Musaeus, 1581 ; Querelle avec le meunier d’Obermaßfeld, 1585 ; Différend sur les transactions immobilières à Rentwertshausen et Meiningen, 1586 ; Différend avec la municipalité d’Obermaßfeld, 1587 ; Déclarations d’allégations, lettres commerciales, 1592-1600, réponse du consistoire, déclarations de tiers, 1600 ; Liste des comptes débiteurs, 1600 ; congé pour faire de l’or, 1601 (pp. 183-189); Liste de questions.

[5] Staatsarchiv Meiningen, Gemeinschaftl. Hennebergisches Archiv, 4-10-1130, n°575 – Beurlaubung des Pfarrers Johann Musaeus in Obermaßfeld u. Bestellung eines Kaplans, 1600-1602. Contient : Démarches d’Auguste d’Assebourg et de ses frères pour libérer Jean Musaeus afin de rechercher des minerais et de l’ardoise, correspondance avec le prince-électeur Joachim Frédéric de Brandebourg en tant que co-tuteur du prince-électeur Christian de Saxe et avec le gouvernement de Meiningen, déclaration de Musaeus à ce dernier avec une explication de son art d’alchimiste, 1600 avril / mai (pages 1-16, 42-43), juin (pages 17-21), correspondance avec le gouvernement de Meiningen concernant la nomination de Jean Salander comme substitut de son beau-père J. Musaeus, 1601 sept./oct. (p. 23-27), déc. (p. 28-30), avec le prince-électeur Christian de Saxe, 1602 janv. (p. 31-41).

[6] Charlotte Fell Smith : John Dee (1527 – 1608), 1909. p.173 : “Dee, who was starting early next morning to look at a house at Saalfeld, wherein to settle his exiled family”

[7] Nicolas Solea : Ein Buechlein von dem Bergwergk Wie man dasselbige nach der Rutten vnnd Witterung bawen sol Allen so darzu lust haben sehr dienstlich vnd zu wissen noetig Durch Nicolaum Soleam Boemum zu hauff getragen. Jtzt durch Eliam Montanum, Fuerstlichen Anhaltischen Leib-Medicum zum Briege Erstlich an Tag gegeben. 1600, Zerbst.

[8] Traité manuscrit d’alchimie de Jean Musaeus, envoyé en 1613 sous forme de correspondance au prince Auguste de Anhalt-Plötzkau. (Landesarchiv Sachsen-Anhalt, Z 70 Abteilung Köthen, A 17a Nr.105b). La correspondance couvre la période 1610/13.

[9] Landesarchiv Thüringen, Staatsarchiv Meiningen. Gemeinschaftliches Hennebergisches Archiv, Sektion VI, Nr.590 : Courrier de Hans Fähler (assujetti domicilié de Herpf) envoyé en 1623 à la chancellerie du comté de Henneberg à Meiningen. Hans Fähler indique devoir 100 Gulden et les intérêts aux héritiers de Jean Musaeus (décédé en 1619, il cite en l’occurrence son gendre Wolfgang Siebenfreund, bien documenté dans les registres paroissiaux comme étant le gendre du pasteur Jean Musaeus). Par chance, Hans Fähler cite également un autre héritier Otto Schott (“Musaeus Erben einer als Otto Schott”), dont le lien a ainsi pu être établi : sa femme Anna Muser (sur l’acte de mariage de 1610) est en fait Anna Musaeus (erreur d’écriture dans le registre), une fille du pasteur Jean Musaeus…


Jean Koenigolt, maître sourcier

Maître-fontainier ordinaire de l’Évêché de Strasbourg (1628-1636)
Inventeur de la crypte secrète près du château du Haut-Barr (ca.1633)

Maître Jean Koenigolt ( Kingold /  Kinigold / Kinigolt / Königolt / Künigolt ) serait natif de Masevaux. Aucun nom Koenigolt(etc.) n’y a été trouvé dans le registre paroissial et son origine précise reste à étudier. En attendant, nous admettrons qu’il serait né dans la vallée de Masevaux. Il est le maître-fontainier ordinaire de l’Évêché de Strasbourg et depuis mai 1628 au moins il officie aux sources de Soultzmatt (Mundat, terres de l’Évêché de Strasbourg) fraîchement découvertes en juin 1614 par Bartholomée Gross. On l’y trouve comme “gardien des sources aigrelettes” (custos nostrarum acidularum) ou encore “maître-fontainier” (Brunnenmeister), peu après le décès du Maître Michel Benck (21 mai 1625), spécialement débarqué en 1614 du comté d’Egloff, près du lac de Constance, par l’évêque de Strasbourg et archiduc Léopold d’Autriche.

De Re MetallicaExtrait de la bible des métallurgistes  “De Re-Metallica”, de Georgius Agricola (1556). On y voit des sourciers utiliser leurs baguettes afin de localiser les minerais.

Après le décès de sa supposée précédente épouse Marie Bertram le 18 mars 1627 à Soultzmatt (1), Koenigolt s’y marie le 8 mai 1628 avec Catherine Meyer, originaire de la vallée de Saint-Amarin, en présence des témoins Bartholomée Gross (l’inventeur de la première source de Soultzmatt), domestique des barons de Breiten-Landenberg, ainsi que de Michel Walch, gardien et sacristain de l’église St-Sébastien de Soultzmatt. Le baron Melchior Antoine de Breiten-Landenberg, avait épousé le 12 septembre 1618 Marie Ursule Catherine, fille du conseiller (et ancien chambellan) épiscopal à Saverne, le baron Christophe de Wangen et de Geroldseck aux Vosges (ca.1560-1646). Ainsi, Jean Königolt aurait-il déjà entendu parler d’un souterrain près du Haut-Barr lors de son passage à Soultzmatt ?

Dans l’ouvrage du médecin Dr.Schenck (2), il est fait mention de la première source découverte par Bartholomée Gross, ainsi que des quatre autres sources détectées puis captées dans des puits par le maître-fontainier Michel Benck entre 1614 et 1617, portant au nombre de cinq les sources d’eau de Soultzmatt citées dans cet ouvrage. Ce dernier était le fontainier ordinaire de l’évêque de Strasbourg, établi à Soultzmatt. Il a également retrouvé la source perdue du château de Weckenthal près de Berrwiller (3) ainsi que celle du puits du château de Thann (4). Cela montre bien le talent du sourcier ordinaire de l’évêque. C’est le meilleur et à sa mort, l’administration de l’évêché devait le remplacer par un sourcier tout aussi talentueux, qu’il sembla trouver en la personne de Christophe Flieger (juillet 1625). Mais il n’a pas dû rester très longtemps, remplacé lui-même assez rapidement par Jean Koenigolt (5).

SoultzmattExtrait du livre de Schenck (1617) Avec les cinq sources alors déterminées. En-haut à gauche, la première source trouvée par Bartholomée Gross

Ainsi, Jean Koenigolt pourrait être l’auteur de la découverte de la sixième et dernière source de Soultzmatt dite Kupferwasser, mentionnée pour la première fois dans la dissertation de Guérin (1769) (6). En 1628, avec de gros moyens, il aide également la proche ville de Guebwiller, en leur fournissant la tuyauterie nécessaire (361 pièces) pour l’acheminement de l’eau dans les fontaines de la ville (7). On trouve encore mention de Maître Jean à Soultzmatt en décembre 1629, à l’occasion du baptême de son fils Nicolas, puis il fuit le village à cause de la guerre de Trente Ans vers 1631 (8).

Des travaux de rétablissement des voies souterraines, amenant les eaux à la ville épiscopale de Saverne, sont entrepris, à partir d’environ 1631, par Maître Jean Koenigolt (9)(10), toujours missionné par les administrateurs de l’Évêché de Strasbourg. Il est également indiqué bourgeois de Saverne dès 1633. C’est lors de ces travaux de rénovation qu’il arpente, avec ses outils de sourcier, l’ensemble des réseaux souterrains, peut-être et sans doute dans l’espoir de découvrir une nouvelle source d’eau, se rappelant ce qu’il s’était produit à Soultzmatt dans les années 1610, et peut-être encore après.

Mais c’est bien un autre genre de réseau souterrain qu’il va découvrir, un réseau construit par l’homme et non pas par la nature. C’est vers 1633 qu’il cherche et trouve l’entrée du souterrain au château du Grand-Geroldseck, qu’il va l’emprunter et y découvrir une crypte circulaire, au niveau du Haut-Barr, renfermant des objets de toute sorte, notamment plusieurs niches avec des portières en cuivre, fermées à clé, une corne à boire ainsi que plusieurs ballotins suspendus. Maître Jean atteste et témoigne qu’avant l’invasion suédoise, il a fait serment à M. le Chancelier et aux conseillers du Grand Chapitre de Strasbourg, pour ce lieu ou souterrain dans lequel il s’était personnellement rendu seul, qui conservait un grand trésor, de ne le révéler à personne – sauf à l’article de la mort (11). Ensuite, les événements guerriers se précipitèrent et il dut fuir la ville de Saverne aux alentours de l’automne 1636.

Maître Jean, réfugié dans la Confédération Helvétique, fut ensuite au service de la ville thermale de Baden (Argovie, Suisse), à l’occasion de travaux miniers et de la construction d’une fortification dans cette ville (1637-1642) (12). Sans doute utilisait-il également ses facultés pour trouver et extraire des minerais. C’est là qu’il finit ses jours en août 1642, non sans avoir révélé trois jours auparavant, certes de manière confuse, l’ensemble des réseaux souterrains qu’il a pu arpenter, du dessus, comme du dessous, aux alentours de Saverne et du Haut-Barr, et contenant la crypte secrète.

DerBergmann

Le mineur : extrait de “Das Ständebuch”, Jost Ammann (1568). 

Suite à ces révélations, des fouilles ont alors été entreprises par l’évêque de Strasbourg Léopold-Guillaume de Habsbourg, dans les années 1650’s et le début des années 1660’s lorsque la guerre de Trente-Ans fut terminée et le climat redevenu un peu plus calme. Mais après les ravages de la guerre, le secrétaire Jean Reinecker, chargé des fouilles, écrivit qu’il était devenu impossible de trouver un sourcier, un mineur suffisamment compétent (et disponible) pour procéder à une localisation des différents souterrains. A la mort de l’évêque, son successeur ne poursuivit pas ces opérations, trop fastidieuses sans localisation précise. Aujourd’hui, nous avons à nos côtés M. Albert Fagioli, qui dispose d’un véritable don pour effectuer ces localisations souterraines. Les conditions sont désormais très avantageuses, mais la science a mis au rebut les dons extra-sensoriels. Les équipes archéologiques professionnelles vont-elles enfin vouloir élargir le spectre des possibles et rendre aux maîtres-sourciers la place qui leur est destinée ?

(1) RPC Soultzmatt, Registre des actes de décès : “Decimo octavo [18 mars 1627] des Brunnen Meysters Hausfrauw Maria Bertram”. L’acte de décès indique que le mari de la défunte Marie Bertram était le maître-fontainier de Soultzmatt. Comme le nom manque, il pourrait également s’agir de l’épouse du précédent maître-fontainier, celui qui a été choisi en remplacement de Michel Benck fin juillet 1625 : Christophe Flieger.

(2) Johann Georg Schenck : Salivallis Acetosella mineralis nova seu vena vitae salutifera. Basel, 1617. Traité médical des sources des Soultzmatt, qui contient aussi l’historique de la découverte et du captage des cinq sources sur les trois dernières années.

(3) J. Dietrich : Le Chateau de Weckenthal in Bulletin de la Société belfortaine d’émulation, 1873 : “Au nombre de ces travaux, nous citerons la reconstruction de la fontaine. Le fontainier Michel Benck reçoit une gratification d’un florin 9 batz pour avoir cherché et retrouvé, à l’aide de la verge magique, la source perdue”.

(4) Bulletin de la Société pour la conservation des monuments historiques d’Alsace, Berger-Levrault, Strasbourg, 1862. Page 34 : “En 1621, l’archiduc Léopold d’Autriche y fit établir, par son fontainier ordinaire (unser brunnen meister), Michel Benck de Soultzmatt, le puits qu’on vient de remettre au jour. »

(5) Denis Ingold : Un mineur de Steinbach “maître des eaux minérales de Soultzmatt” en 1625 in Annuaire de la Société d’Histoire des régions de Thann-Guebwiller, Tome XX, 2000-2003. La Régence d’Ensisheim reçut l’ordre du souverain de s’adresser aux responsables des mines de Giromagny, de Sainte-Marie-aux-Mines et d’ailleurs pour trouver une “personne qualifiée”, soit un mineur qui s’y connaisse en captage et traitement de l’eau. Selon l’auteur, c’est Christophe Flieger, du secteur minier de Giromagny, qui a été choisi (référence citée : AA-Colmar, 1 C (Régence d’Ensisheim) 375 (lettre de l’archiduc et réponses, 1625).

(6) François Antoine Guérin : Fontibus medicatis Alsatiae. Strasbourg, 1769. Dissertation sur les sources médicinales en Alsace. L’auteur indique que la source Kupferwasser est la plus jeune source découverte à Soultzmatt, et qu’elle ne figure pas dans l’ouvrage de Schenck de 1617, sans préciser pour autant des détails sur le moment de sa découverte. Qui l’a découverte ? Michel Benck ? Christophe Flieger ? Jean Koenigolt ? un autre maître-sourcier ?

(7) Charles Wetterwald : Die alten Brunnen in Gebweiler in Elsassland, Guebwiller, 1933. “Im Jahr 1628 verdingt der Drichelborer Hans Kingolf 361 Stück ebenfalls zu je 2 Schilling.” En 1628, Hans Kingold vendit 361 tuyaux en bois à 2 Schilling/pièce à la ville de Guebwiller, soit tout de même pour une somme conséquente de 72,2 florins. Il n’est pas évident de savoir d’où il pouvait avoir un tel stock de pièces, si ce n’est peut-être dans le matériel des sources de Soultzmatt.

(8) C’est vers fin novembre 1631, que le registre paroissial de Soultzmatt ne semble plus alimenté en nouveaux sacrements. C’est aussi cette année-là qu’on aurait pu y trouver le baptême du deuxième enfant de Jean Koenigolt et Catherine Meyer

(9) Dagobert Fischer : Notice historique sur le Château du Haut-Barr près de Saverne. Saverne : Mosbach, 1927.

(10) Archives du Bas-Rhin : Inventaire analytique du fonds de la régence épiscopale de Saverne 1 G 1-1130 (1286-1789), 1978. L’inventaire cite l’item 1 G 101 pour les fontaines de Saverne (période 1631-1632) et l’item 1 G 102 pour le fontainier de Saverne (1634).

(11) AA-Sbg, 100 J 125 : Attestation du Maître Jean Koenigolt

(12) AA-Sbg, G 981 : Dossier concernant les recherches relatives à la crypte et son trésor près du château du Haut-Barr, suite aux révélations de Jean Koenigolt sur son lit de mort. Le secrétaire épiscopal de Saverne, Jean Reinecker, l’y a fortuitement rencontré en 1637.

De la Transylvanie à l’Outre-Forêt : parcours pastoraux

A l’heure où les différentes communautés chrétiennes fêtent le 500e anniversaire de la Réforme, intéressons-nous un peu au parcours de ces intellectuels protestants, pasteurs ou enseignants, qui se sont installés dans l’Outre-Forêt, et dont l’origine géographique est plutôt inhabituelle : la Transylvanie.

L’élite protestante de Transylvanie

Si la Transylvanie fait écho en nous, eu égard au roman de Bram Stoker, inspiré par le voïvode et prince de Valachie Vlad Țepeș  (1431-1476) surnommé l’Empaleur ou encore Drăculea (soit « fils du dragon »), ce que l’on connaît moins c’est l’histoire quelque peu singulière du territoire où il serait né.

transylvanie

Dans la Transylvanie médiévale, trois nations privilégiées (Unio Trium Nationum, 1438) se partageaient le pouvoir : la noblesse hongroise (et son clergé), les Sicules et les Saxons de Transylvanie (Siebenbürgen Sachsen, le nom vient des sept places médiévales fortifiées alors construites par les colons saxons : Kronstadt, Schäßburg, Mediasch, Hermannstadt, Mühlbach, Bistritz et Klausenburg). Ces trois nations possédaient chacune, et de façon autonome, des zones administratives et de droit. Alors que les Sicules (en Skeklerland) et les Saxons (sur les terres de la Couronne hongroise) y avaient des privilèges étendus, la paysannerie était principalement installée en territoire féodal, divisé en huit comtés, chaque comté étant gouverné par un noble (ou un clerc) hongrois : les comtés de Inner-Szolnok (Szolnok), de Dobeschdorf (Doboka), de Klausenburg (Kolozs), de Thorenburg (Torda), de Weißenburg (Fehér), de Kokelburg (Küküllő), d’Eisenmarkt (Hunyad), ainsi que le district du Fogarascher Land (Fogarasföld). Un grand nombre de paysans saxons de Transylvanie vivaient donc eux aussi sur ces terres comtales, une situation donc relativement complexe.

Après la chute de l’Empire hongrois en 1526, la principauté de Transylvanie autrefois quasi-indépendante, devint vassale de l’Empire ottoman et le resta sur une grande partie de la période entre 1526 et 1699. Les incursions répétées des troupes des Habsbourg et les combats entre les différents protagonistes nobles et leurs prétendants au titre de prince, ont conduit à la destruction des villages et des villes ainsi qu’à l’appauvrissement de la population. Par la peste et la mise en esclavage des habitants par les Turcs et les Tatars de Crimée (rançons), la Transylvanie a connu des pertes importantes de sa population. Les hausses régulières des impôts prélevés pour le sultan ainsi que l’entretien des troupes engagées dans ces conflits endettèrent profondément les villes et les communautés. Ainsi, en 1676, la zone urbaine de Schäßburg (Sighișoara) a brûlé aux trois-quarts. En Alsace, les conditions semblaient de prime abord plus avantageuses qu’en Transylvanie, malgré le début des hostilités dues à la politique expansionniste du Roi-Soleil.

L’étude ici s’intéresse aux saxons de Transylvanie de confession protestante. C’est l’humaniste et théologien de la Renaissance, mais aussi cartographe et imprimeur en Transylvanie, Johannes HONTERUS (1498-1549), qui fut le grand artisan de l’introduction de la Réforme protestante en ce pays. Il y encouragea l’humanisme et prit en charge la conversion de la nation des saxons de Transylvanie à la doctrine luthérienne, il créa notamment dans sa ville natale Kronstadt (Brașov), en 1541, le premier lycée (Gymnasium) du Sud-Est de l’Europe. A cette époque, dans les pays de langue germanique, les étudiants qui fréquentaient les lycées protestants poursuivaient pour certains leurs études et visaient un poste intéressant : administrateur, juriste, médecin, enseignant, pasteur, etc. Ils étaient pour ainsi dire l’élite protestante du peuple germanique. Néanmoins, les saxons de Transylvanie ne disposaient pas d’une Académie, et encore moins d’une université, comme c’était le cas à Strasbourg depuis le milieu du XVIe siècle. Pour entamer leurs études supérieures, ils devaient voyager et souvent, pour les moins aisés, obtenir une bourse d’études. Ils étaient ainsi envoyés dans toutes les universités européennes de leur temps, un nombre plus important à Wittenberg cependant, d’autres à Altorf, Heidelberg, Padoue, Strasbourg, Tübingen, pour ne citer que celles-ci. En contrepartie de leur investissement intellectuel, les instances saxonnes de Transylvanie leur octroyaient souvent de bons postes, en cas de retour au bercail. Parmi ces étudiants, certains ont fait le déplacement dans notre province alsacienne, et en particulier dans l’Outre-Forêt, et ont laissé une descendance…

Les étudiants transylvains à Strasbourg (XVIe-XVIIe siècle)

La première incursion d’un étudiant transylvain à Strasbourg s’est faite auprès des réformateurs de l’Eglise strasbourgeoise, fondée par Martin BUCER. Gregorius Belényesi, en quête de réponses sur les différents courants réformateurs de cette période côtoya à partir de 1542, à Strasbourg, Conrad HUBERT, le disciple de Martin BUCER, passa par Paris, suivit Jean CALVIN à Genève, avant de revenir à Hermannstadt (Sibiu) en 1545[i]. Mais c’est à partir de la création de l’Académie de Strasbourg en 1566, que commencèrent à arriver en plus grand nombre, des quatre coins de l’Europe, des étudiants luthériens. Et surtout à partir de la création de l’Université, en 1621. Parmi eux, 107 étudiants de Transylvanie ont étudié à Strasbourg entre 1588 et 1699, surtout après la guerre de Trente-Ans. Une grande partie d’entre eux sont revenus en Transylvanie en devenant souvent pasteur ou poursuivaient dans l’enseignement, parfois avaient-ils des fonctions plus administratives. D’autres étudiants ont poursuivi leurs études dans d’autres universités, après leur passage à Strasbourg. Il n’en demeure pas moins que le devenir de 53 étudiants strasbourgeois originaires de Transylvanie nous était initialement inconnu.

En 1665, l’Université de Strasbourg était réputée en Franconie comme respectable et accessible ; il devait en être de même dans les autres régions du peuple germanique, comme la Transylvanie saxonne. Chaque étudiant, même celui qui n’avait pas trop de moyens, trouvait toujours aisément un moyen de subvenir à ses besoins dans la capitale alsacienne (« weil die Universität Straßburg damals in guten Stand war, und einer, der nicht allzu große Mittel zum studiren hat, sich mit informiren daselbst leichtlich forthelffen konnte »[ii]).

A partir notamment de l’ouvrage référence de BOPP[iii] qui recense les intellectuels protestants d’Alsace-Lorraine (pour la plupart des pasteurs, des enseignants y figurent aussi), nous pouvons identifier clairement ceux qui, parmi ces étudiants transylvains strasbourgeois, ont passé une partie de leur existence en Alsace. Ceux trouvés (la liste n’est donc pas exhaustive) sont au nombre de cinq, et sont tous passés par l’Outre-Forêt, parmi eux quatre y ont passé le reste de leur vie, ce qui est pour le moins intéressant. A ces cinq, on peut en ajouter un sixième, Georg GUNDHART, qui est lui passé par l’Outre-Forêt sans avoir étudié précédemment à l’Université de Strasbourg.

Ci-dessus, la liste des 53 étudiants strasbourgeois originaires de Transylvanie dont le devenir reste inconnu pour 48 d’entre eux. A remarquer que les noms de famille sont souvent latinisés, leurs lieux d’origine (de naissance en principe) le sont systématiquement mais ont été traduit dans la version allemande de l’époque lorsque cela a été possible (nota bene : Tr.= Transylvanie)

Année d’immatri-culation Faculté Nom Prénom Origine
1595 SOMBORIUS Alexander Tr.
1596 HOGGEUS Martinus Tr.
1619 ROTH Georgius Tr. saxonne
1622 Médecine LADISLAI Georgius Tr.
1650 Théologie ROTH Simon Kleinschenk
1654 Philosophie LITERATI Georgius Großschenk
1654 Philosophie ROTH Johannes Kleinschenk
1655 Théologie ANDREAE Stephanus Hermannstadt
1655 Théologie HULDREICH Andreas Galten
1655 Philosophie MÜLLER Bartholomaeus Streitfurt
1655 Philosophie WACHSMANN Andreas Birthalmen
1656 Théologie WENERTH Johannes Streitfurt
1657 Philosophie BALLMANN Andreas Schäßburg
1657 Philosophie GROLMAYER Michael Helten
1657 Philosophie HERRMANNUS Michael Tr.
1657 Philosophie KESLERUS Paulus Großschenk
1657 Philosophie WOLFF Martinus Tr.
1658 Philosophie SCHÜLLER Simon Scharosch
1658 Philosophie THOMAE Georgius Bistritz
1658 Philosophie TISCHLERUS Matthias Tr.
1659 Théologie LAUTNERUS Georgius « Siburgerus Tr. » (pauvre)
1659 Théologie MEMESCHER Johannes Tr.saxonne (pauvre)
1660 Droit CHRISTIANUS Georgius Appold.
1660 Droit SIFFDIUS Tobias Muschendorf
1660 Droit ZILL Johannes Großschenk
1663 Philosophie GRAU Johannes Bistritz
1663 Philosophie WOLFF Casparus Großschenk
1663 Philosophie ZECKELIUS Jacobus Muschendorf.
1664 Philosophie REYGER Michael Bonesdorf
1664 Théologie S(T)URIUS Michael Hermannstadt
1665 Théologie BOST Michael Schäßburg
1665 Théologie FELMERUS Franciscus Wurmbach
1665 Théologie HEILIGIUS Stephanus Seiden
1665 Théologie WAGNERUS Petrus Deckendorf
1665 Théologie ZANGERUS Stephanus Mediasch
1666 Philosophie FABRICIUS Martinus Schäßburg
1668 Théologie KEYSER Johannes Helten
1668 Théologie RENNERUS Michael Schäßburg
1668 Théologie SYLVANUS Samuel Kronstadt
1669 Philosophie STREID Martinus Aegidius Tr. saxonne
1670 Théologie SCHULERUS Petrus Hermannstadt
1673 Philosophie ROTH Stephanus Herrmannstadt (ou Bistritz?)
1678 Théologie BEER Georgius Schäßburg
1679 Médecine HONIUS Johannes Seiden
1679 Philosophie WENTZELIUS Georgius Tr.
1680 Théologie CONRADI Johannes Großschenk
1681 Philosophie CRAMER Peter Bonesdorf
1681 Théologie WEBER Martinus Bonesdorf
1681 Théologie VONNERUS Michael « Verdino-Tr. »
1683 Théologie ROTH Georgius Prosdorf
1685 Philosophie GROS Georgius Schäßburg
1685 Philosophie SIXTI Georgius Schäßburg
1685 Philosophie SO(S)TERIUS Martinus Tr.
1687 Philosophie ALBRICHIUS Martinus « Peschinô-Tr. »

Six intellectuels transylvains en Outre-Forêt (1668-1738)

 Samuel SYLVANUS (WALDHÜTTER?)

Samuel SYLVANUS est né le 24 septembre 1638 (date calculée) à Kronstadt (Brașov), en Transylvanie. Sa parentèle ne nous est pas connue. La patronyme original WALDHÜTTER n’apparaît pas directement dans les actes le concernant, cependant ce patronyme est très présent à Kronstadt au XVIIe siècle. Samuel S. s’inscrit dans un premier temps à l’Université de Wittenberg le 31 décembre 1659[iv], dont le prestige après la Guerre de Trente-Ans n’était alors plus tout à fait tel qu’il fut au milieu du XVIe siècle, mais qui attirait néanmoins encore un certain nombre d’étudiants, dont ceux originaires de Transylvanie. On retrouve ensuite Samuel S. s’inscrire le 23 novembre 1668 à la Faculté de théologie de l’Université de Strasbourg[v]. SYLVANUS semble être le précurseur de ces pasteurs transylvains s’étant installés dans notre province, puisqu’il arrive à Strasbourg dix bonnes années avant le suivant. On peut s’étonner de ces neuf années entre ses deux inscriptions universitaires, un parcours plutôt atypique. Le 9 mai 1675, Samuel SYLVANUS rend hommage en compagnie de Stephanus KEINZELIUS, un autre Transylvain qui avait par le passé étudié à Strasbourg et qui était retourné au pays en 1673, à Stephanus ROTH, un compatriote étudiant à l’Université de Strasbourg depuis deux ans, qui était décédé brusquement le 26 avril 1675[vi],[vii]. Si cette publication semble anecdotique, elle semble néanmoins confirmer le rôle de référent que semblait porter Samuel SYLVANUS au sein de la communauté des saxons de Transylvanie établis en Alsace, et parmi eux les étudiants. Samuel S. ne restera que peu de temps en Outre-Forêt, contrairement à quatre autres Transylvains de cette étude. D’abord au service des comtes de Hanau-Lichtenberg, il est nommé au poste de diacre à Ingwiller en 1682, puis dessert au titre de pasteur la paroisse d’Obersoultzbach entre août 1683 et septembre 1685[viii]. Il poursuit en 1686 à Westhoffen (près de Wasselonne), en tant que diacre où il sert jusqu’au printemps 1693 ; il est alors nommé pasteur à la paroisse d’Allenwiller, non loin de là[ix]. C’est vers 1690 que Samuel SYLVANUS épousa Eva METZGER, née le 6 juillet 1667 (date calculée), de vingt-neuf ans sa cadette (sic!), la fille aînée de Georg METZGER, forestier de la l’Œuvre Notre-Dame de Strasbourg du domaine d’Elbersforst (Balbronn) ; la Fondation possède en pleine propriété ce domaine forestier depuis 1614[x]. La mère d’Eva est Margaretha DINUS, une fille du prévôt d’Allenwiller. De leur union naquirent au moins trois enfants : Samuel SYLVANUS, l’aîné, qui fut artisan-boucher à Allenwiller, puis instituteur un peu plus tard (Schuldiener, 1746), Eva Margaretha (1696-1707) et Maria Salome (°1705). Après plus de vingt-quatre années au service de la paroisse d’Allenwiller, Samuel SYLVANUS s’éteignit le 9 octobre 1718, à Allenwiller et y fut inhumé deux jours plus tard[xi].

Peter CRAMER (KRAMER, KRÄMER, CRÄMER, CRAMERO, CRAEMERUS)

Peter CRAMER est né vers 1655 dans le village de Bonesdorf (aujourd’hui Alsóbajom), comté de Kokelburg, principauté de Transylvanie. Il est le fils de Donatius CRAMER, agriculteur (ou viticulteur) dans ce comté traversé par les vignes (Weinland) et appartenant alors à un membre de la famille Rhédey, des nobles hongrois, dont l’un d’eux fut également prince de Transylvanie en 1657‑1658. On ignore le réel niveau social de son père, ni quelle importance il avait dans son village. L’on sait néanmoins que la famille CRAMER était déjà présente à Bonesdorf depuis au moins 1630, puisqu’un certain Johannes CRAMER, sans doute apparenté – il a également exercé le ministère pastoral – y est né[xii]. Elevé dans une famille de confession luthérienne, le jeune Peter C., brillant élève, passa son examen de classe terminale en février 1679 au lycée de Schäßburg (Sighișoara)[xiii], qui était à cette période sous la direction du recteur Elias LADIVER, un professeur et dramaturge hongrois, spécialiste d’Aristote. C’est sous son rectorat (1678-1681) que plusieurs textes de dissertation (disputatio) de futurs universitaires, furent publiés. La dissertation était présentée oralement par le futur étudiant lors d’une session publique, sous la présidence du recteur. Ces publications permettaient à l’étudiant, mais aussi à l’auditeur, d’asseoir une certaine renommée ; ainsi ce dernier finançait-il en partie les frais liés à leur édition. Quatre d’entre elles nous sont connues, dont celles de Peter CRAMER et de Martin WEBER (que l’on verra un peu plus loin). Habituellement, le lycéen avait environ 18 ans à cet instant, Peter C. était tout de même âgé d’environ 24 ans, ce qui indique une pause dans son cursus scolaire. La maturité de Peter C. était cependant bien affirmée puisque peu après cet oratoire, LADIVER lui octroya le poste de professeur de la quatrième classe du lycée de Schäßburg (quartus collaborator), qu’il occupa de 1679 au 10 janvier 1681[xiv]. Il y avait alors quatre classes au lycée de Schäßburg, la quatrième était celle des plus jeunes élèves. Peter C. leur introduisit la littérature, la conjugaison (latin), mais aussi la langue grecque. Il avait aussi pour rôle celui de préfet (praefectus), qui était notamment responsable du maintien de l’ordre au sein du lycée [xv]. Comme certains de ses compatriotes et co-religionnaires saxons de Transylvanie, il prépara alors son voyage en direction de la rayonnante cité de Strasbourg, en cours d’annexion par le roi très catholique. La proximité française étant une menace pour les protestants de Strasbourg, ces derniers étaient sans doute bien heureux d’accueillir des intellectuels de leur confession, fussent-ils de Transylvanie. Peter C. s’immatricula à la Faculté de philosophie de l’Université de Strasbourg le 5 mai 1681[xvi]. C’est que Peter C. avait des préférences pastorales… le consistoire l’affecta alors en 1683 à la paroisse de Waldhambach, comté de la Petite-Pierre, appartenant au comte Léopold Louis de Palatinat-Veldenz. Il ouvrit le registre paroissial (« angefangen durch Petrum Cramerum Transylvanum pro tempore Pastore Hamb.[ach] ») et administra son premier sacrement de mariage le 24 août 1683. Quelques mois plus tard, le 28 janvier 1685, il épousa à Strasbourg (paroisse du Temple-Neuf) Anna Maria BRUNN[xvii], la fille de l’orfèvre et messager de la chancellerie, Samuel BRUNN (1625-1686), un arrière-arrière-petit-fils de Conrad HUBERT (1507-1577), dont a déjà été fait allusion précédemment, théologien, compositeur de cantiques, prédicateur et secrétaire du très célèbre réformateur strasbourgeois Martin BUCER[xviii]. De cette union naquirent neuf enfants : Johanna Elisabetha (°1686), qui épousa en premières noces Johann Michael FILLHARDT, prévôt à Lembach (Stabhalter), Simon Petrus (°1687), Johannes (°1688) qui épousa Catharina MULLER à Langensoultzbach, Philipp Jacob (°1691), Samuel (°1693), Regina Magdalena (°1695), Anna Maria (°1697) qui épousa Hans Georg WAGNER à Langensoultzbach, Johann Ludwig (°1700) et Friedrich (°1702) qui épousa Regina RUHLMANN à Langensoultzbach. Après sept années passées à Waldhambach, Peter C. fut nommé dans la seigneurie des Eckbrecht de Durckheim à la paroisse de Frœschwiller en 1690 et desservait également Langensoultzbach, où il s’installa entre 1697 et 1700[xix]. Après plus de quarante-huit années de service auprès des communautés de Langensoultzbach, de Froeschwiller et de leurs dépendances, le fidèle et loyal pasteur Peter CRAMER s’éteignit, le 26 août 1738. Il fut inhumé deux jours plus tard dans le cimetière de Langensoultzbach[xx].

Martin WEBER (TEXTORIS[xxi])

Martin WEBER est né vers 1661 dans le village de Bonesdorf, tout comme son ami Peter CRAMER. Sa parentèle nous est cependant inconnue. Il s’immatricula au lycée d’Hermannstadt en 1676 (adolescente) où il resta jusqu’au 9 janvier 1679, avant de rejoindre à son tour le lycée de Schäßburg et y faire sa classe terminale[xxii]. Un an plus tard, en juin 1680, c’est là qu’il soutint lui aussi son oratoire devant Elias LADIVER (voir encadré), en débattant sur le troisième et dernier volet de la série Controversiarum metaphysicarum, deux autres lycéens ayant débattu également sur le même thème philosophique, et ayant également fait publier leur disputatio. C’est en compagnie de Peter CRAMER que Martin WEBER effectua le voyage vers Strasbourg, puisqu’il s’immatricula également le 5 mai 1681 à l’Université de Strasbourg, cette fois à la Faculté de théologie[xxiii]. On le retrouve ensuite en tant qu’instituteur (praeceptor) à l’école protestante d’Oberbronn à partir de 1687/88, il habite alors à Zinswiller[xxiv], bailliage d’Oberbronn, comté de Linange-Westerbourg. Bopp l’indique également diacre à la paroisse d’Oberbronn en 1694, mais sans doute n’a-t-il dû l’être, au mieux, qu’épisodiquement et uniquement cette année-là[xxv]. En effet, il apparaît à de nombreuses reprises dans le registre paroissial uniquement en tant qu’instituteur (praeceptor). Ca n’est que son successeur Philipp Jacob LUFT qui commence à s’intituler diacre (diaconus), à compter de 1706. Martin W., après près de cinq années d’enseignement à Oberbronn, y épousa le 5 février 1693, Anna Barbara SPECHT, la fille d’un viticulteur et bourgeois d’Oberbronn, Johann Philipp SPECHT[xxvi]. Après tout, Martin W., né dans le Weinland de Transylvanie, était-il lui-même probablement issu du même milieu vigneron. Cinq enfants naquirent de leur union : Johann Friedrich (°1693), Johann Jacob (°1696), Martin (°1698), Maria Elisabetha (°1701), et son fils posthume Johann Georg (°1703). Il est remarquable de noter que les liens entre Martin WEBER et ses compatriotes de Transylvanie, qui se sont eux aussi établis en Outre-Forêt, ont été conservés. Ainsi on peut lire que les pasteurs Johannes HONIUS (que l’on verra plus loin), Peter CRAMER et les épouses de ceux-ci, lui apportèrent leur soutien à l’occasion des parrainages de ses trois premiers enfants (HONIUS en 1693 et 1696, CRAMER en 1698). Après près de quinze années de bons et loyaux services en tant qu’enseignant, Martin WEBER s’éteignit au courant de l’année 1703, dans des circonstances qui demeurent mystérieuses, son acte de sépulture ne nous étant pas parvenu. Si c’est sans doute le plus modeste parmi les intellectuels transylvains de cette étude, c’est le seul dont l’œuvre éditée nous soit parvenue…

Dissertation de fin d’études secondaires de Martin WEBER (juin 1680) : Controversiarum Metaphysicarum Disputatio Tertia. De Affectionibus Entis in specie nempe Uno & Vero indeq manante Usu Theologico, Ethico, Physico & Logico. Hanc sub Dei Opt. Max. Auspice Praeside Elia Ladivero Coll. Eper. P. P. Rectore Scholae Schaesburgensis publicae ventilationi Martinus Textoris Scholae ejúsdem Stud. sistit. Ad diem Junii Anni M.DC.XXC. Cibinii, Excudebat Stephanus Jüngling. A droite la deuxième page, il s’agit de la première des deux pages de remerciements.

Il subsiste deux variantes de cette publication, conservées à la Bibliothèque Nationale de Hongrie (Budapest). Les deux variantes diffèrent seulement en pages 2 et 3 (remerciements). Martin Weber est très exhaustif lorsqu’il remercie les différents dignitaires et maîtres qui ont jalonné son parcours, ce qui est d’un intérêt historique remarquable. En effet, les deux seuls exemplaires qui semblent avoir survécu sont en fait deux variantes. Dans la variante présentée ci-dessus, les remerciements sont adressés aux ecclésiastiques, dans la seconde variante ils sont à destination des maîtres, des administrateurs, des juristes, des collègues. Au total, pas moins de 31 personnes sont citées, ce qui est riche. Les voici (D. = Dominus = Messire) :

(variante 1) Maîtres, protecteurs, rayonnants mécènes, avec tous les honneurs :

D. Michael Helvig (Bourgmestre de la ville de Schäßburg), D. Georg Schobel (pasteur de l’église de Schäßburg, inspecteur scolaire, dizenier du chapitre de Keisd), D. Johann Schweischer (juge de district), D. Andreas Valentini (juge du comté de Schäßburg), D. Georg Jirlingh (trésorier émérite), D. Michael Kreutzer (enseignant), D. Georg Matthiae (fermier), D. Peter Filken, D. Stephan Hintzmann, D. Georg Schnell (directeur d’hôpital), D. Michael Deli (sénateur de Schäßburg), D. Johann Merckell, D. Johann Maurer, D. Johann Schuler, D. Johann Krempes (notaire public), D. Michael Schmidt, D. Martin Streitforder (centumvir).

(variante 2) : Maîtres, protecteurs et promoteurs à l’âge admirable :

D. Stephan Gunthard (pasteur de Bulkesch, dizenier du chapitre de Bulkesch), D. Johann Fabri (pasteur de Grossprobtsdorf), D. Andreas Mätz (pasteur de Feigendorf), D. Matthias Bayer (pasteur de Seiden), D. Paul Werner (pasteur de Baassen), D. Georg Schwartz (Pasteur de Taterloch), D. Andreas Fabri (« Past. Balastalkiensi »), D. Michael Lanius (pasteur de Bonesdorf, Ancien du chapitre), D. Andreas Kaufmann (« Past. Schonensis »), D. Daniel Wachsmann (pasteur de Mechelsdorf), D. Valentin Stampff (pasteur de Kleinprobstdorf), D. Michael Pistoris (« Past. Pustalkiensi »), D. Stephan Krautz (pasteur de Langtal), D. Jacob Manichio (« Pastori Woltzensi »).

Johannes HONIUS (HOHNIUS, HONNIUS, HONI)

Johannes HONIUS est né vers 1647 dans le village de Seiden (Jidvei), en Transylvanie. Son père homonyme était pasteur à Seiden, entre 1643 et 1655[xxvii], et également dizenier du chapitre de Bulkesch (« decanus capituli Bolgatziensis »). Johannes HONIUS s’immatricule au lycée de Mediasch (Mediaș) en 1662, puis une seconde fois en 1665[xxviii]. On le retrouve ensuite à l’Université d’Altdorf près de Nuremberg (Bavière), à compter du 18 février 1676[xxix], bien après son passage au lycée, ce qui est à relever. Comme pour Peter CRAMER, la poursuite de ses études n’a pas dû être chose aisée. Trois ans plus tard, le 20 juin 1679, il s’immatricule à la faculté de médecine de l’Université de Strasbourg [xxx].

Johannes HONIUS rencontra alors Anna Catharina SCHMUTZ, née en 1647 à Strasbourg, avec qui il convola en noces le 19 juin 1681 à Strasbourg (paroisse St-Guillaume). Son épouse, enceinte lors de leur mariage – ce qui n’est pas très « catholique » si l’on peut dire – était la fille d’un capitaine, Melchior SCHMUTZ (+ av.1667), et la veuve de Christoph Wilhelm STROMER (1638-1679), notaire public à Strasbourg, et fils de Georg Philipp STROMER, bourgmestre à Worms en 1636[xxxi]. Le désormais parâtre prit également sous son aile les trois enfants issus du premier lit de son épouse, à savoir Hans Philipp (°1668), Anna Catharina (°1671) et Maria Barbara STROMER (°1673). Le fils aîné du couple, Johannes HONIUS, naquit le 1er décembre 1681 et fut baptisé ce jour-là à l’église St-Guillaume. Sur l’acte de baptême, son père est indiqué instituteur, d’origine hongroise (« ein Praeceptor aus Ungarn ») : il a donc choisi de ne pas poursuivre la médecine et de s’orienter vers un métier plus en rapport avec ce qui semblait être sa vocation et qui était aussi celle de son père. On le retrouve ainsi appelé à servir Dieu. Le pasteur HONIUS fut envoyé à Gumbrechtshoffen et Mertzwiller, des villages du bailliage d’Oberbronn, comté de Linange-Westerbourg. Il y fut en poste au plus tard à partir de 1685[xxxii]. Un second enfant naîtra de son union, Maria Magdalena (°1685), qui épousera en 1715, à Gumbrechtshoffen, Johan Georg IFFERT, fils d’Heinrich IFFERT, percepteur à Wettesingen dans le landgraviat de Cassel (Hesse), « Herrn Henrich Iffert hochfürstlicher Hessen-Casselischer Contributionsverwalter alda », où un certain Johann IFFERT était déjà pasteur, entre 1628 et 1667. Après plus de trente-cinq années au service de l’Eglise, Johannes HONIUS s’éteignit en 1720, à Gumbrechtshoffen.

 Georg WENTZEL (WENTZELIUS)

Luther_byWentzel - Copie
Lithographie de Jean Wentzel (vers 1830)

Georg WENTZEL est né vers 1643 en Transylvanie. Sa parentèle ne nous est pas connue. Il s’inscrit le 30 avril 1679 à la Faculté de philosophie de l’Université de Strasbourg[xxxiii], comme certains de ses compatriotes il est donc plutôt âgé pour des études, puis est cité en 1686 comme instituteur à Pfaffenhoffen, comté de Hanau-Lichtenberg, dans le même secteur que Samuel SYLVANUS, avec lequel il est probable qu’il ait eu des contacts. Il accepte ensuite en septembre 1686 le poste de Provisor de l’école luthérienne allemande de Wissembourg, à condition qu’il soit rajouté quelque-chose à la dotation annuelle prévue (« Ein missiv von H. Görg Wentzel dem Schuldiener zu Pfafenhofen abgelesen in welchem derselbige sich erklärt, die Provisor Stell bey der Teutschen Schull anzunehmen, wofern Ihme zu der ord. Besoldung etwas addiret werde. », 25 septembre 1686)[xxxiv]. Le Magistrat de Wissembourg, l’organe exécutif de la ville impériale, répondra favorablement à sa demande en rajoutant 60 florins à la dotation proposée initialement et invite Wentzel à prendre dans ce cas ses fonctions au plus vite. Les luthériens de Wissembourg disposaient à cette époque d’une école allemande, dirigée par le Schulmeister (directeur de l’école), assisté du Provisor, ainsi que d’une école latine dirigée par le Rector. En outre, le Provisor était chargé de l’instruction des plus jeunes élèves. Voici la compétence du Provisor Georg Wentzel à son arrivée, fin 1686 : 60 florins, 20 maldres de seigle, 8 cordes de bois, 4 ohms de vin, un logement de fonction gratuit, ainsi que les revenus de l’écolage. Quelques années plus tard, Wentzel s’insurge du fait qu’on ne l’ait pas autorisé à participer au chant aux côtés du directeur de l’école lors des cérémonies funèbres, et prie le Magistrat de faire respecter le règlement l’y autorisant. Le Magistrat y répond favorablement : toute l’école allemande devra se déplacer aux cérémonies, il n’y a pas lieu d’exclure les petits écoliers ou de les mettre en retrait, il en va de la bonne discipline de bien les éduquer (« nachtrucklich befohlen bey also einfallenden Leichbegräbnussen mit der gantzen Schul Frequenz zu erscheinen, und daran die Klein Schulkinder nicht auszumustern oder zuruckzustellen, sonder selbige wie mit andern sein soll, also auch alhir in der Forcht Gottes und guther Disciplin fleissig aufzuerziehen », 17 août 1689). C’est dans le registre de la paroisse St-Jean que Georg WENTZEL nous indique, dans sa signature, son origine de Transylvanie (« Georg Wentzel, Provisor der Teutschen Schulen Natia Transylvania » le 25 décembre 1689, « Georg Wentzel, Siebenbürgner und Provisor » le 30 novembre 1692), ce qui nous a permis de le confondre avec l’étudiant strasbourgeois. Le 2 décembre 1693, le Magistrat indique au nouveau directeur de l’école allemande, Johann Michael WILHELMS, cinq conditions à respecter pour son nouveau poste. La cinquième de ces conditions explique que le Magistrat ne tolérerait pas qu’on vienne porter préjudice au Provisor Wentzel, qui mérite le respect dû à son rang (« dass auch fünftens der Provisor Wentzel so viel die Kürch und Schuhlen Labores und deroselben anorthnung betrefe undter Ihme stehen und den respect Eines im Ambt Ihme vorgesetzten leisten solle damit besorglicher streith und übelständig wessen vermeidten bleibe »). En comparaison, la compétence du directeur WILHELMS est également précisée, à savoir 80 florins, 4 maldres de seigle, 12 cordes de bois, ainsi que des revenus de l’écolage (Schulgeld). On le voit, Georg WENTZEL a du se battre pour se faire une place et pour se faire respecter par ses pairs, avec le soutien, nous l’avons vu, du Magistrat, et l’on ne peut s’empêcher de penser que cela était peut-être dû à son origine quelque peu étrangère.

Georg WENTZEL s’unira le 23 octobre 1691 à Wissembourg, en l’église St-Jean, avec Margaretha VETTER, la fille de feu Peter VETTER, bourgeois tanneur établi à Wissembourg[xxxv]. De leur union naquirent deux enfants. L’aîné Georg Philipp (°1699) épousera en 1725 Maria Margaretha BÖLLEN, la fille d’Alexander BÖLLEN, tonnelier à Wissembourg. Georg Philipp compte dans sa descendance le fameux imagier wissembourgeois Jean Frédéric WENTZEL. Le cadet, Johann Georg (°1702), épousera Maria Veronica MULLER, la fille de l’aubergiste « A l’homme sauvage » de Weiler, Félix MULLER, dont il reprendra l’auberge. A noter, chose intéressante, que le parrain lors du baptême de Johann Georg est un certain Johann Georg GUNDHARDT, pasteur à Dörrenbach (Palatinat), qui avait précédé Peter CRAMER à son poste, à Langensoultzbach et Froeschwiller, où Gundhardt avait officié entre 1685 et 1690. Ainsi l’on peut supposer que Georg WENTZEL avait également gardé des contacts avec ses compatriotes les saxons de Transylvanie, établis dorénavant en Outre-Forêt. Après plus de trente-quatre années en tant que Provisor à Wissembourg, Georg WENTZEL s’éteignit le 6 décembre 1723, à un âge de 80 ans.

Georg GUNDHARDT

Georg GUNDHARDT est né vers 1661 à Mediasch (« Media Transsylvanus Saxo »). Il est fils d’Andreas GUNDHARDT, co-recteur au lycée de Mediasch (« gewesenen Conrector ibidem »). En premier lieu pasteur de Wintersbourg, Berling et Vilsberg, comté de la Petite-Pierre, il épouse à Bouxwiller le 30 novembre 1683 Catharina ENGELBACH, la fille de feu le pasteur de Neuwiller-lès-Saverne Georg ENGELBACH (+03.11.1678 à Neuwiller)[xxxvi]. Il est ensuite affecté, en 1685, aux paroisses de Langensoultzbach et de Froeschwiller. Il y demeura jusqu’à sa relève par Peter CRAMER, en 1690. Il se rendit ensuite à Dörrenbach (Palatinat) où il se remaria le 10 juin 1704 avec Anna Margaretha SCHAEFFER, la fille de Barthold SCHAEFFER. La fille du pasteur, Anna Margaretha, issue du premier lit, épousa le 19 mai 1711 à Dörrenbach un certain Johann Martin GAUCKLER, originaire de Wissembourg, et tourneur de profession. Le pasteur GUNDHARDT était également un amateur d’eau-de-vie (« Branntweintrinker »)[xxxvii], qu’il ne versait visiblement pas « dans ses chaussures »… Si cela est évoqué dans les textes, on peut imaginer que cela a pu lui causer quelques désagréments paroissiaux voire lui être fatal. GUNDHARDT mourut le 9 février 1716 à Dörrenbach.

Notes

[i] Szabó Miklós/Tonk Sándor: Erdélyiek egyetemjárása a korai újkorban 1521–1700 – Fontes rerum scholasticarum VI. (Les universitaires originaires de Transylvanie à la période moderne 1521–1700), Szeged 1992.

[ii] Johann Werner Krauß : Antiquitates et Memorabilia historiae Franconicae: besonders Hildburghausen, Hildburghausen 1753, page 230.

[iii] Marie-Joseph Bopp : Die evangelischen Gemeinden und Hohen Schulen im Elsass und Lothringen von der Reformation bis zur Gegenwart. 2 tomes. Neustadt an der Aisch : Degener, 1963-1965.

[iv] Bernhard Weissenborn: Album Academiae Vitebergensis, Jüngere Reihe. T. 1. 1602-1660. « Samuel Sylvanus Coronâ Transylvanus », 31.12.1659.

[v] Gustav C. Knod : Urkunden und Akten der Stadt Strassburg, Dritte Abtheilung, Die alten Matrikeln der Universität Strassburg (1621-1793), Trübner, Strassburg, 1897, Volume 1, page 641 : « Samuel Sylvanus Coronâ Transylvanus », 23.11.1668.

[vi] AD67 : Registre paroissial protestant de la paroisse St-Pierre-le-Jeune (Strasbourg). Transcription de l’acte de décès : « [26 avril 1675] J.(ung) Stephanus Roth S.(ancta) Theol(ogia) Stud(iosus) bürtig zu Hermannstadt (sic!) in Siebenbürgen. P.(ater) Cognomine Wullenweber, M.(utter) Cath(arina) Thomassin aet(atis) 30. Jahr 3 M.(onat) 3 W.(oche) [inhumation le 28 avril 1675] »

[vii] Stephanus Keinzelius, Samuel Sylvanus : Honor Postremvs, quem Viro Juveni … Domino Stephano Roth, Bistricio Transsylvano : Qui In alma Argentinensium Universitate Anno Christi Salvatoris nostri, MDCLXXV. pridie Nonas Maij … vivere desiit, & animam Deo … recommendavit / gemebundi praestabant Domini Conterranei, Amici, & Sodales

[viii] Registre paroissial d’Obersoultzbach : « Sub Pastoratu Samuelis Sylvani Coronâ Transylvani, sequentes baptizati sunt infantes.[18 Août 1683] », « Samuel Sylvano Pfarrer daselbsten ».

[ix] Registre paroissial d’Allenwiller 1688-1721 : « Nachfolgende getauffte Kinder sind von mir Samuele Sylvano Coronâ Transylvano gewesene Pfarrer der Gemeinen Obersultzbach und Filial Weinburg, auch Diacono in Ingweiler und Diacono in Westhoffen, getauft worden » [2 avril 1693]. ; « Folgende Verstorbene sind von mir Samuele Sylvano von Cronstadt evangelische Pfarrer in Ahlenweiler nachts begraben worden » [29 mars 1693]

[x] Boris Dottori : Le village disparu d’Elmerforst, in : Archéologie médiévale, 2007, 2008, 2009, 2011. La Fondation de l’Œuvre Notre-Dame de Strasbourg est une institution créée au 13e siècle ayant pour but de récolter les fonds nécessaires à la construction et à l’entretien de la cathédrale de Strasbourg. Ces fonds proviennent de dons faits par des particuliers en échange du salut de leur âme, et des revenus issus des domaines fonciers constitués par la Fondation.

[xi] AD67 : Registre paroissial protestant d’Allenwiller. Transcription de l’acte de décès de Samuel SYLVANUS : « Den ixtn viiibris (9ten Octobris) [1718] starb der Weyl[and] wohlehrwürdige und wohlgelehrte Herr Samuel Sylvanus treueifri. den xit. Ejusdem ; seines Alters 80 Jahr 2 Wochen und 2 Tag. In seinem ? allhier war derselbe 24 Jahr und ein halbes. St. M. Johann Jacob Eugelbach Beati adjunctus. EM Eva Metzgerin als Wittwe. Samuel Sylvanus des seligen verstorbenen Sohn »

[xii] Johann CRAMER (KRAMER, KRÄMER, CRAMERUS), né vers 1630 à Bonesdorf (Alsóbajom), immatriculé au lycée de Mediasch (Mediaș) en 1645, 1655 et 1656, est ordonné prêtre le 21 mai 1665 à Straßburg am Mieresch (Aiud), où il décédera quelques années plus tard, vers 1670. L’un de ses fils, Martin, né vers 1669 à Straßburg am Mieresch (aussi appelé Großenyed), a étudié à l’Université de Wittenberg où il s’immatricule le 17 février 1688 : « Martinus Cramerus Enyediensis Transylvanus ». Sources : Mediascher Gymnasial-Matrikel – dactylographie, Gustav Servatius, 1941 ; Staatsarchiv Hermannstadt, Landeskonsistorium Inv. Nr. 8. : Ordinationsmatrikel (1573-1743), p.535 ; Series Pastorum.Die Pfarrer der evangelischen Gemeinden A. B. in der Rumänischen Volksrepublik von der Reformation bis zur Gegenwart. Gustav Arz. (= Siebenbürgische Familienforschung 8/1991, p.32).

[xiii] Le texte de la dissertation de philosophie de Peter CRAMER fut publiée par l’imprimerie de Leutschovia (Levoča, aujourd’hui en Slovaquie), voici son titre : Symperasmata Philosophiae Rationalis, ex prima mentis operativae deducta et elicita, in dimida plagula. Praeside Elia Ladivero, Coll. Eper. P. P. Scholae Schaesburgensis Rectore. Respondente. Petro Cramero Bonosdorfiensi Scho. Stud. Disputabuntur ad diem… Februar. Hor. Matt. Anno M. DC. LXXIX., Leutschoviae. Si la référence bibliographique nous est connue, il semble à ce jour ne plus exister le moindre exemplaire.

[xiv] Georg Daniel Teutsch : Zur Geschichte des Schäßburger Gymnasiums (Forts.-  1678-1741), Progr. Schäßb. Gymn. 1852/53. [Lehrer-Tabelle 1678-1741] S. 37« Petrus Cramer aus Bonesdorf ex praefecto, proficisitur in Germaniam 1681 d. 10. Januar ».

[xv] Friedrich Teutsch : Die siebenbürgisch-sächsischen Schulordnungen. 1: 1543–1778. Hofmann, Berlin 1888 (=Monumenta Germaniae Paedagogica, Band 6). Pages 64-83 : « Jus leges et ordo institutionis rei literariae pro schola Schesburgensi » : réglement scolaire de Schäßburg, établi le 13 mars 1620.

[xvi] Gustav C. Knod (idem), volume 1, page 374 : « Petrus Craemerus, Bonosdorffino Transylvanus », 5 mai 1681, Faculté de Philosophie.

[xvii] AD67 : Registre paroissial protestant de la paroisse du Temple-Neuf (Strasbourg). Transcription de l’acte de mariage : Dom. 4 post Epiphanien  [Anno MDCLXXXV] / Zum 1. mahl H[er]r Peter Cramer fürstl:[isch] Pfaltz-Veldenzischer / Herrschaft in Wald-Hambach Weiland Donatius Cramers gewe-/senen Landmanns der Gräffl:[ischen] Redlischen Herrschaft in Siben-/bürgen nachgelass:[ener] ehel.[iche] S.[ohn] / J[ung]fr[au] Anna Maria H.[err] Samuel Brunn Goldarbeiters und Kanzleybotten alhier ehel:[iche] T.[ochter].

[xviii] Filiation : Conrad HUBERT (1507-1577), diacre, théologien, hymnologue, prédicateur, éditeur des écrits de Bucer / Samuel HUBERT(1542-1619), professeur à l’Académie de Strasbourg / Samuel HUBERT(1577-1636), administrateur-gérant à Strasbourg (de la tuilerie près du Rhin, du pont sur le Rhin, du grenier à grains) / Maria HUBERT(1600-?), épouse de Georg BRUNN, boulanger à Strasbourg / Samuel BRUNN(1625-1686), orfèvre puis messager à la chancellerie de Strasbourg / Anna Maria BRUNN (1660-1702/), épouse de Peter CRAMER, pasteur.

[xix] Johann Adam : Evangelische Kirchengeschichte der elsässischen Territorien bis zur Französischen Revolution, Heitz, Strasbourg, 1928. Page 230 : « Der Pfarrer Peter Cramer aus Bondorf in Siebenbürgen, der 1690 durch den Inspektor der Oberbronner Herrschaft, Jakob Aulber, installiert wurde, wohnte bis 1697 noch in Fröschweiler, dann aber in Langensulzbach. »

[xx] AD67 : Registre paroissial protestant de Langensoultzbach. Transcription de l’acte de décès de Peter CRAMER (le pasteur Johannes HAUGI et son épouse Anna Ursula HANS, venaient de perdre leur fille Catharina Salomé, ceci expliquant la confusion de la rédaction de la fin de l’acte) : « Dienstag den 26. August 1738 Nachts zwischen 11-12 Uhr, ist allhier in Langensoultzbach in dem Herrn seelig entschlafen, und am Donnerstag den 28. darauf ehrlich zu Erden bestattet worden der wohl ehrwürdige alte Greiß, und über 48 Jahre allhier gewesener treufleißiger Pfarrer und Seelsorger der beyde Gemeinden Langensultzbach und Fröschweiller, und etlicher anderer darauf sich beziender Dörflein und Höh : nahmens Petrus CRAMER, aus Bonsdorff in Siebenbürgen gebürtig : nach der von Herr Special HOEFEL in Woerth (nach der von diesen beyden herren im leben längstens gethaue abredt, daß der längst lebende dem anderen wo möglich die Leichpredigt halten solle) über Hosea cap.XI, v.8.9 als über von dem seelige Pfarrer längstens selbsterwehlten Leichentext gahaltener Leichpredigt. [Ja beyder ! mein erst= und eingeborenes Töchterlein, in der nächste Nacht zu Donnerstag auch seelig verschieden war, und also.: der älteste und das jüngste im Pfarrhaus todt lagen) seines hohen alters : 83 jahr : nach… »

[xxi] Comme de nombreux étudiants, Martin Weber utilisait parfois la forme latinisée de son nom.

[xxii] Rudolf Briebrecher: Mitteilungen aus der Nagyszebener (Hermannstädter) Gymnasialmatrikel, [1654-1719] dans : Progr. Ev. Gymn. A.B. Hermannstadt, Schuljahr 1910/1911, Hermannstadt, 1901. Page 43 : N°61 « Martinus Textoris Bonosd[orf]. A[nn]o 79 die 9. Jan. honeste valedixit iturus Schäßb[urg] ».

[xxiii] Gustav C. Knod (idem), volume 1, page 650 : « Martinus Weber Bonosdorffensis Transylvanus », 5 mai 1681, Faculté de Théologie.

[xxiv] AD67 : registre paroissial protestant d’Oberbronn, registre des baptêmes (1685-1695) : [5.11.1688] « Im Nahmen Matthias Jülig als Schreiber urkundig unterschreibt Martin Weber Praeceptor von Zinsweiler erbettener Zeug ». Son prédécesseur à ce poste d’instituteur depuis au moins 1685, Zacharias MEISTER, est cité en dernier lieu (dans le même registre) le 25.07.1687, à l’occasion du baptême de son fils. Martin WEBER a donc été affecté au poste d’instituteur de l’école protestante d’Oberbronn en 1687 ou 1688.

[xxv] Bopp : Die evangelischen Gemeinden und Hohen Schulen im Elsass und Lothringen von der Reformation bis zur Gegenwart. 2 tomes. Neustadt an der Aisch : Degener, 1963-1965. Il indique que la paroisse protestante d’Oberbronn était desservie par deux pasteurs : le premier pasteur était en même temps inspecteur du bailliage d’Oberbronn, son diacre simultanément pasteur de Zinswiller et instituteur à Oberbronn. Il n’indique cependant pas de période. Un peu plus loin, il dit que ce diacre n’a été instituteur que jusqu’en 1710, sans doute parle-t-il de Philipp Jacob LUFT, diacre entre 1703 et 1710, qui a dû prendre en sus la succession de Martin Weber à son poste de précepteur, devenu vacant.

[xxvi] AD67 : registre paroissial protestant d’Oberbronn, registre des mariages (1686-1787) : « Den 5. Februarius [1693] wurden nach dreymahlig Proclamation copulirt, H. Martinus Weber Transylvanus Praceptor allhier und Jfr. Anna Barbara Johann Philipps Spechtens Burgers und Reebmanns Tochter allhier, und ist diesen Actus von folgenden Interessenten bezeugt worden. Martinus Weber, Hans Jacob Schneider, Johan Paulus Mader. »

[xxvii] Friedrich Orendi : Series Pastorum: Seiden. dans Siebenbürgische Familienforschung 11 (1994) 1, page 23. Johannes HONIUS (Villici) père a été ordonné prêtre le 14 octobre 1642 et était pasteur à Seiden entre 1643 jusqu’à sa mort vers 1654/55. Un autre de ses fils était Michael HONIUS, le prédécesseur de Peter Cramer au poste d’enseignant à Schäßburg.

[xxviii] Gustav Servatius : Namen-INDEX der Mediascher Gymnasial-Matrikel, dactylographie, 1941.

[xxix] Elias von Steinmeyer : Die Matrikel der Universität Altdorf (1576-1809), Teil 1, Stürtz, Würzburg, 1912. Page 385 : « Johannes Honius Seidnâ-Transylvanus Saxo », 18 février 1676.

[xxx] Gustav C. Knod (idem), Volume 2, page 27 : « Johannes Honius Seidnâ Transylvanus Saxo », 20 juin 1679.

[xxxi] AD67 : Registre paroissial protestant de la paroisse St-Guillaume (Strasbourg). Transcription de l’acte de mariage : « ejusdem Dominicis [12 et 19. Juin 1681]. Hr. Johannes Hohnius von Saiden in Siebenbürg Hr. Johannes Hohnius gewesen Pfarrers zu Seiden in gedachtem Siebenbürg undt decanus capituli Wolgatziensis nachgelassen ehelicher Sohn undt Frau Anna Catharina Herrn Christoph Wilhelm Stromers gewesenen Notarius inderlassene Wittib. »

[xxxii] AD67 : registre paroissial de Mertzwiller

[xxxiii] Gustav C. Knod (idem), Volume 1, page 373 : « Georgius Wentzelius, Transylvanus », 30.04.1679, Faculté de philosophie.

[xxxiv] AMW 17S 37 : Clément STRIEBIG a confectionné un dossier personnel pour Georg WENTZEL en transcrivant différents documents originaux le concernant (procès-verbaux du Magistrat de la ville de Wissembourg, actes notariés, etc.)

[xxxv] AD67 : registre paroissial protestant de Wissembourg (paroisse St-Jean)

[xxxvi] AD67 : registre paroissial protestant de Bouxwiller, registre des mariages : « von Medwisch aus Siebenbürgen(*), Wohlverordenter fürst. Pfaltzveldenzischer Pfarrer zu Wintersburg und Berling, Lützelsteinischer Herrschaft […] (*)pater H. Andreas Gunthard gewes. Conrector ibidem »

[xxxvii] Georg Biundo : Die evangelischen Geistlichen der Pfalz seit der Reformation (Pfälzisches Pfarrerbuch). Degener, Neustadt an der Aisch, 1968, p.158.

Les habitants de Leiterswiller : du repeuplement à la reconstruction de l’église (1648-1736)

Alors que la Guerre de Trente Ans (1618-1648) venait tout juste de s’achever, la nouvelle province d’Alsace, en cours d’annexion au royaume de France, se retrouvait bien exsangue suite aux terribles pertes humaines engendrées par ce conflit. Le comté de Hanau-Lichtenberg ne faisait pas exception et les communautés de son bailliage de Hatten – qui comprenait à cette époque, par ordre d’importance décroissant, le bourg de Hatten, les villages de Rittershoffen, Niederbetschorf et Oberbetschdorf, Schwabwiller, Reimerswiller, Leiterswiller et pour finir celui de Kuhlendorf – y ont payé un lourd tribut.

Pour Leiterswiller, comme beaucoup d’autres, 1648 était donc l’année zéro et l’on peut s’interroger sur la façon dont le repeuplement de la localité s’est par la suite effectué : qui ont été les nouveaux colons ainsi que leur lieux d’origine ; dans quelles parties du village ces derniers se sont installés ; quels étaient leurs occupations, leurs caractères, et comment ces familles ont-elles évolué au sein de la communauté villageoise ?

Nous avons, grâce aux documents conservés aux Archives départementales du Bas-Rhin, quelques éléments de réponse.

La situation avant 1648

La liste des habitants du bailliage, datée du 28 octobre 1590 indique nominativement les chefs de famille pour Hatten (145 feux), Rittershoffen (82 feux), Niederbetschdorf (52 feux), Oberbetschdorf (47 feux), Schwabwiller (21 feux), Reimerswiller (16 feux), Leiterswiller (14 feux) et enfin Kuhlendorf (9 feux), soit un total de 387 feux.

Pour le village de Leiterswiller, les chefs de famille étaient Hansell BENZ, Hans BLES, Hans BUB, Claus CHRISTA, Diebolt CHRISTA, Hans JACOB, Michael KUEN, Andreas LOHR, Hans LOHR, Conrad MARZOLFF, Georg SCHNEIDER, Wendel SCHNEIDER, Benedict VALTIN et Georg WEIMER.

En 1616, le bailliage de Hatten totalise 470 feux. Lors d’un autre pointage, en 1630, l’administration hanauienne y dénombre 399 feux. Quant à Leiterswiller, le village compte 16 feux en 1616, mais déjà plus que 9 en 16305.

D’autre part, il existe également des inventaires après décès pour les habitants de Leiterswiller pendant la Guerre de Trente Ans, sur la période 1617-1627. Il s’agit de ceux concernant Margaretha et Hans BASTIAN (1618), Catharina et Hans BUB (1617), Wendel CLAUS (1622), Margaretha et Jacob FRANCK (1627), Anna et Andreas LOHR (1618), Margaretha et Humpel LOHR (1623), Conrad MARTZ (1623), ainsi qu’Anna et Hans WENDEL (1626). Ce sont donc à priori les documents à caractère filiatif les plus anciens à notre disposition concernant des familles du village.

Ces patronymes, hormis SCHNEIDER qui est très répandu, n’apparaissent plus dans la localité par la suite, ce qui suggère que ces familles-là ont probablement fui le village pour aller se réfugier dans des endroits plus protégés, comme Hatten et son château ou la ville de Haguenau, entre autres. Ou alors ont-ils tout simplement succombé à la période guerrière.

Aucun lien certain n’existe entre les familles BASTIAN, CLAUS, FRANCK et JACOB de l’avant et de l’après-guerre de Trente Ans. Ces patronymes sont néanmoins encore bien présents dans le Hattgau – à Rittershoffen et Hatten notamment dans la seconde moitié du 17e siècle – par la suite et dans le proche bailliage du duc de Deux-Ponts, comprenant notamment le village voisin de Hoffen (pour CLAUS et WEIMER).

Une période confuse (1648-1665)

En 1648, il ne reste plus qu’une seule maison à Leiterswiller5 ; tout est à rebâtir.

Le 18 mai 1655, des habitants de Leiterswiller sont recensés sur une liste de contribuables – Steuerliste. Les habitants sont imposés à hauteur de 5 gulden 5 schilling. Leurs noms ne sont malheureusement pas mentionnés, ni leur nombre.

Vers 1657, six familles d’origine suisse se répartissent sur les hameaux de Kuhlendorf et de Leiterswiller. On ignore la répartition exacte entre les deux hameaux.

En 1660, on dispose cette fois de données plus précises, et en partie nominatives. Quatre familles résident à Leiterswiller et sont redevables du Herrenbeth, la taille. Chaque feu paie également 1 schilling pour le Leibbeth, la taille personnelle, issu de l’ancien servage. Un certain Hans SCHNEIDER est cité et doit livrer une portion de sa récolte d’épeautre à son seigneur, soit 12 viertels. Un autre, Adam WOLFF, qui (s’il s’agit bien de la même personne) était indiqué marchand de sel – Saltzhändler – domicilié à Schwabwiller vers 1657, est lui redevable de 25 viertels d’épeautre. Adam WOLFF sera à nouveau indiqué dans les habitants de Schwabwiller dans un recensement de 1663.

En 1661, seules trois familles paient le Leibbeth. Un nota bene dit qu’un Suisse est parti cette année là du village – hiebey is zue merckhen, das ein Sweitzer inn diesem Jahr weckhgezogen, derowegen 1 schilling abgehet. On ignore son nom, mais sans doute est-ce en fait Adam WOLFF. Hans SCHNEIDER est le seul exploitant agricole à payer le Weeggeld, la taxe de pesée sur la balance publique, ce qui pourrait bien confirmer le départ d’Adam WOLFF.

En 1663, figurent à Leiterswiller les chefs de famille suivants : Hans SCHNEIDER, Samuel STÖBLER et Christmann SPINNINGER. Ils doivent payer une redevance pour soutenir la guerre opposant les Habsbourg à l’empire ottoman. Il s’agit sans doute des trois familles suisses dont il était déjà question deux ans auparavant. Peut-être étaient-elles déjà présentes en 1660 voire même en 1657. Christmann (aussi Christian) SPINNINGER ne restera à partir de ce moment-là plus très longtemps à Leiterswiller puisqu’il sera mentionné dans la liste des habitants de Rittershoffen en janvier 1667, comme bourgeois propriétaire de deux chevaux.

Première occupation pérenne des deux fermes (1665-1668)

Si certaines familles de la localité de Leiterswiller ont peut-être reconstruit leur existence dans les villages voisins du bailliage que sont Rittershoffen et Hatten, elles ne semblent donc pas avoir souhaité y revenir par la suite, suggérant l’abandon par les autochtones d’un hameau en piteux état.

Cet état de fait est corroboré par une archive datée de 1665, le comte Johann Reinhard de Hanau‑Lichtenberg invite Christmann BÜRCKEL et ses enfants à réinvestir la grande métairie de Leiterswiller. On y apprend que deux familles d’origine suisse l’ont occupée d’une manière très libre voire sauvage, sans contrat en bonne et dûe forme semble-t-il. Sans doute s’agissait-il des familles STÖBLER et SPINNINGER, qui quitteront bien les lieux après l’arrivée des BÜRCKEL. On apprend également que la grange de la grande métairie venait juste d’être construite, suggérant un apport financier du comte au préalable de cet accord :

« Nous le Seigneur Jean René comte de Hanau

attestons par la présente que nous sommes liés avec Christmann Bürckle, du canton de Berne, avec l’accord suivant : premièrement je lui laisse au nom et par ratification de la Noble Seigneurie, la grande métairie à Leiterswiller, comprenant la grange nouvellement construite, les étables, les jardins, les terres et prés, qui ont été habités et dont ont joui deux Suisses ici-même et jusqu’à ce jour, et que Christmann avec ses fils et ses gens devront chasser et rendre propre ces biens qui ont été saccagés. A partir de ce jour, et pour 12 années complètes, et en fait il a été discuté, que, parce que sa période de bail à Stuttgart ne se terminera que pour le 2 février 1667 (« auf Lichtmess »), Christmann déclare envoyer à cette ferme, en l’An 1666, deux de ses fils, avec les bêtes et chevaux nécessaires et devront dresser les biens et construire jusqu’à l’arrivée du père. Par là il a été clairement déterminé et accordé, que pendant les 6 premières années, parce que les biens sont encore en contruction et en rénovation, chaque année, à la Saint-Martin, de livrer les impôts à la trésorerie du château, à savoir 8 viertels de seigle, 8 viertels d’épeautre, 8 viertels d’avoine, excepté donc les 6 premières années. Et après que Christman et les siens auront déménagé sur ce bien, ils pourront y rester, plus tard il sera accordé par la Noble Seigneurie qu’ils soient libérés de certains impôts (corvée et autres) hormis la taille, et que si la grange nouvellement bâtie leur serait trop petite, qu’ils en construisent une nouvelle, par cet acte, il a été établi deux exemplaires du bail, l’un pour chaque partie, et a été signé par sa Noble Seigneurie, de sa propre main. Acté à Hatten, le 27 décembre 1665.»

La famille BÜRCKEL est originaire du canton suisse de Berne et plus précisément du village de Niederwachdorf. La famille a initialement émigré vers le proche duché de Württemberg à Maur, une ferme isolée de la paroisse de Münchingen, près de Stuttgart, où elle est arrivée vers 1654.

Un second métayer, Hans SCHNEIDER, apparait dans les documents lors de la ratification des baux des deux métairies en 1667. Ce dernier, visiblement d’origine suisse (sa fille aînée est calviniste) et déjà mentionné en 1660, commence très fort cette nouvelle période puisqu’il écope d’une amende de 8 florins pour insubordination la même année – wegen Unngehorsambs. On lira ensuite en 1668 qu’il n’a toujours pas prêté serment – soll seine Eydspflicht ablegen.

Les baux qui débutent à la St Martin (11 novembre) de l’an 1666 ont été ratifiés le 15 mai 1667 pour les deux métayers Christmann BÜRCKEL (pour 6 ans) et Hans SCHNEIDER (pour la même durée). Christian STEINMANN, le gendre de Hans S., quant à lui, arrive le 20 avril 1667 dans le village et travaillera sur la métairie de ce dernier. Le bail convenu de douze ans avec BÜRCKEL semble en fait être un bail de six ans reconductible une fois. Quant à ses redevances en grains, il n’est plus fait mention de l’exemption sur les six premières années… Le registre de comptabilité de la même année le confirme, car il indique bien ces engrangements de 8 viertels pour chacune des trois céréales, sur la période 1667-1672 (sur les récoltes de Christmann B.). Les redevances pour Hans S. sont un peu inférieures, à savoir 3 viertels de seigle, 9 viertels d’épeautre et 5 viertels d’avoine, suggérant un domaine de fermage un peu moins étendu pour cette seconde métairie. Son bail indique un ratio de 17 % du produit récolté, à payer en argent liquide. Les deux métayers disposent chacun d’un nombre de chevaux conséquent, quatre, ce qui est tout de même important ; peu d’exploitants du bailliage de Hatten en possèdent plus, cinq étant le maximum en ce mois de janvier 1667.

On apprend également dans ces actes relatifs aux baux des métairies que la seigneurie souhaite la rénovation du logis de la ferme de Christmann B., ainsi que de la grange et de l’étable attenantes. Elle insiste sur la nécessité de réparer la toiture, aux frais du receveur bailliager – sonderlich am dachwerck, jedoch auf das genaueste reparirt : und aus der Ambt Schaffnerey bezahlt werden. L’administration demande aussi, du fait que la maison de la ferme donne sur la route du village, qu’elle serve également d’auberge, afin de pouvoir prélever la taxe sur les boissons qu’est l’Umgelddieses Haus weylen es ahn der Landstrass gelegen, wann es ums etwas ausgebessert würdte, zum Wirthshaus dienen, unnd gnädigste Herrschaft ettwas ahn Umbgeldt ertragen. Le comte de Hanau-Lichtenberg a en effet tout intérêt à ce que l’économie du hameau reprenne. Cette auberge est à l’emplacement actuel du restaurant Au Léopard, au carrefour central du village. La famille SCHNEIDER, quant à elle, ne peut se loger directement à la ferme de Leiterswiller, jugée dans une situation pire encore que la grande ferme des BÜRCKEL – ist mit der Behausung und Scheuren noch übeler, alss voriger versehen. La seigneurie le prie d’utiliser en attendant la maison forestière de la forêt de Hatten – das Ihme das Jagdhaus im Hattener Waldt überlassen. La seigneurie indique également qu’elle va faire reconstruire la grange pour la seconde métairie, et propose à Hans S. de racheter la ferme en capital par la suite, en versements échelonnés.

La comptabilité seigneuriale nous indique les investissements de l’administration comtale en 1667 pour les deux métairies de Leiterswiller, puisqu’on y relève des dépenses en matériaux de construction (bois, fer, terre-cuite). Les divers artisans ayant oeuvré sont également payés : le potier de Seltz, le charpentier Michel MEYLING, le maçon tyrolien Peter SCHLATTERER et le forgeron Georg WEYDEL.

Christmann BÜRCKEL n’a pas pu profiter bien longtemps de sa nouvelle situation à Leiterswiller, puisqu’il décède le 14 janvier 1668, à 60 ans. Ce sont ses deux fils Hans et Nicolaus qui prennent sa suite. Hans BÜRCKEL, son aîné, est alors investi de la grande ferme seigneuriale. Si la charge n’est pas héréditaire, l’administration seigneuriale choisit cependant de la transférer sur les enfants du porteur. Toujours la même année, il y a encore des dépenses pour la ferme de Hans BÜRCKEL, les différents corps de métier y sont à nouveaux très actifs dans les travaux de rénovation et de construction des deux étables et des autres bâtiments.

On peut également y prendre connaissance que les HARST, une famille aisée de Bouxwiller, presse en 1668 l’administration hanauienne pour que ses terres à Leiterswiller puissent être mises en bail rapidement – damit ich wiederumb so viel möglich nach und nach zu meinen Gülthen gelangen und kommen möge5.

On voit donc que la seigneurie avait posé de bonnes bases pour la reconstruction et un retour à la prospérité, tout relative, du hameau d’alors. Les autres propriétaires terriens avaient tout intérêt à en faire de même. La commanderie de l’Ordre Teutonique installée à Wissembourg, qui avait alors le droit de patronage sur l’église de Leiterswiller et qui possédait également des terres à proximité de l’église, ou plutôt de ce qu’il en restait, n’est pas citée. Néanmoins, il y a des indices laissant penser que les chevaliers ont également à nouveau affermé leurs terres sur le ban de Leiterswiller, à partir de la Contre-Réforme, conséquence de l’arrivée de l’administration française de Louis XIV, au début des années 1680.

Répertoire des assujettis du bailliage de Hatten (1668)

Le 23 novembre 1668, a été établie par les autorités hanauiennes, un répertoire des assujettis des quatre gros villages lesquels doivent acheter des seaux à incendie – Verzeichnuse de Unnderthanen in den 4 großen Dorffschaften, welche feur eymer kaufen sollen…(cf. note de fin).

Ce répertoire est important, car il permet de déterminer avec précision les principaux habitants du bailliage de Hatten. Non seulement les habitants des quatre villages principaux sont indiqués, mais aussi ceux des villages les plus modestes, dont Leiterswiller. Le document présenté sous forme de liste indique les chefs de famille/foyers pour chaque localité, ceux qui sont assujettis au devoir d’acheter un seau à incendie, et ceux qui en sont exemptés. Parfois est même indiquée leur profession. Ce document cite-t-il de manière exhaustive l’ensemble des foyers habitant le bailliage ? Il est probable que non.

Néanmoins, on peut supposer que chacun de ces foyers disposait d’une habitation propre, habitation qui devait être préservée du feu à l’aide de ces seaux. On note que les ecclésiastiques n’étaient pas cités, parce qu’ils disposaient peut-être d’un statut privilégié les exemptant d’office de cette charge ; évidence sans doute que chaque habitant se devait de porter secours à son pasteur.

A Leiterswiller, les deux métayers Hans BÜRCKEL et Hans SCHNEIDER sont les seuls chefs de feux cités, dans ce document.

La vie à Leiterswiller (1669-1674)

En 1669, la seigneurie finance la construction d’une nouvelle grange pour Hans SCHNEIDER, promise en 1667. L’œuvre est confiée aux charpentiers Wolf Johan ADEL et Johan Jacob WUCHERER – von einer newen Scheuren so Hans Schneidern soll gebauen werden.

La même année, un banquet, auquel assistent les trois charpentiers ainsi que 34 autres convives, est donné à l’auberge de Hans BÜRCKEL pour fêter la construction de la grange de la grande métairie de Leiterswiller – bey Hans Bürckhele dem Würth zu Leuttersweiler, ist durch die 3. Zimmerleuth und 34 Unterthanen daselbsten verzehrt worden als die Scheuer alda ufgeschlagen worden, den 15 Septembris 1669. Nous noterons au passage la confirmation que le métayer est maintenant bel et bien également aubergiste, comme l’avait demandé l’administration. Quelques semaines plus tard, une collation de vin est donnée à l’auberge en l’honneur de la construction de la maison forestière de Leiterswiller – item Hans Bürckhele dem Würth als das Jagdhaus zu Leuttersweiler aufgeschlagen worden, vor Wein so den Bürger gegeben worden, lauth Zettel zahlt des 8 november 1669 – et aux frais du seigneur.

Si la famille d’origine suisse BÜRCKEL semble désormais bien intégrée, leurs serviteurs et parents ont pourtant été rappelés à l’ordre en 1670. On apprend ainsi que deux de ses valets ont barré la route au pasteur d’Oberbetschdorf, et que son beau-frère habitant à Hohwiller a proféré une injure. Ils ont pour cela écopé d’une amende. Cette année-là, on note qu’un autre Suisse habite à Leiterswiller, un certain Nicolaus HÜBLER, qui paie le droit de protection des manants pour le dernier trimestre – item gibt Niclaus Hüeble aus der Schweitz für das vierdte Quartal Schirmbgeldt.

Toujours en 1670, Christian STEINMANN, le gendre de Hans SCHNEIDER apparait pour la première fois comme métayer, ou plutôt comme co-métayer de la seconde métairie, au même titre que son beau-père. Sa redevance est de 3 viertels pour chacune des trois céréales, donc la plus faible des trois métayers de Leiterswiller. En outre, il a une petite production de bière de 6 grands ohms (environ 900 litres) – 6 gross Ohms Bier – au troisième trimestre puisqu’il doit s’acquitter du droit d’accise. En comparaison, les frères BÜRCKEL quant à eux, ont une production de boisson alcoolisée bien plus importante, plus précisément 49,5 grands ohms pour cette année-là (environ 7400 litres), dont 20 grands ohms sur la même période que Christian S. A la fin de cette année-là, le receveur Theobald PFENDER indique que les villages de Leiterswiller et de Kühlendorf sont habités par des familles d’origine étrangère, ce qui semble bien confirmer que les SCHNEIDER ne sont pas du cru – diese beyde Dörfer seind mit Landtsfremden Leuthen so Herrschaftlichen Meyer bewohnt.

En 1671, on fête cette fois la construction de la maison de Nicolaus BÜRCKEL – item Niclaus BÜRCKEL zu Leuttersweiler ahne Zehrung zahlt so wegen des newen Hauses alda. Cette année-là Christian STEINMANN ne paiera pas de droit d’accise. On apprend dans le registre paroissial que l’un des valets de la grande métairie est Hans FUCHS, un suisse originaire de Diessbach, canton de Berne. On ignore si c’est l’inculpé de 1670, car il n’apparait dans le registre paroissial d’Oberbetschdorf qu’à partir du 15 janvier 1671, jour où il se marie avec Anna, une servante d’origine suisse. La famille FUCHS s’installera durablement dans le village. Un autre couple, originaire de Diessbach, se maria le même jour au même endroit, Hans ESCHELMANN, aussi journalier à Leiterswiller, avec Barbara FUCHS. L’époux décédera à Leiterswiller deux ans plus tard. A noter également que Barbara BRENTZIGHOFFER, qu’épouse Hans BÜRCKEL à Münchingen en 1661, est aussi originaire de Diessbach, ceci expliquant sans doute ce regroupement à Leiterswiller. En outre, un berger, Peter JUTZI et son épouse Anna sont également mentionnés lors de la naissance de jumeaux le 22 février 1671 à Leiterswiller.

Anna Catharina SCHNEIDER, la fille de Hans SCHNEIDER épouse le 2 juillet 1672 Ulrich LUTTI d’origine suisse, fils de Samuel LUTTI, un tonnelier de Hatten. A cette occasion les festivités ont lieu chez Hans SCHNEIDER, il doit pour cette raison payer un droit d’accise – item hat Hans Schneider alda seines Dochter Hochzeit gehalten in seinem Haus ist ihme solches vor Ambt erlaubt und ahn Ohmgeld zu liefern gesetzt worden so ich empfangen 1 Gulden. Christian STEINMANN reprend sa production de bière au second trimestre 1672, peut-être pour le besoin ponctuel du mariage de sa belle-sœur ? C’est la dernière année où il en produira.

En 1673, on voit réapparaitre l’immigré suisse Nicolaus HÜBLER qui paie le droit de manance pour l’année complète. Ce dernier est encore mentionné en 1674 dans le registre paroissial d’Oberbetschdorf puis disparaît. Hans FUCHS paie également la manance en 1673. Les frères BÜRCKEL paient à compter de 1673 en guise de taxe d’habitation pour la nouvelle maison seigneuriale la somme de 15 Gulden, et pour la seconde maison 8 Gulden. Hans SCHNEIDER et Christian STEINMANN se partagent, pour moitié, un impot de 9 Gulden, pour la troisième maison seigneuriale.

Cette année est marquée aussi par le paiement du premier canon du second bail, le premier bail s’étant clos à la St Martin 1672. Si on ne dispose pas des actes des baux, le registre de comptabilité nous indique que les redevances ont presque doublé. Les baux ont une durée de 6 années (période 1672-1678) et en voici les redevances :

  • Hans et Nicolas BÜRCKEL : 12 viertels de seigle, 14 viertels d’épeautre, 14 viertels d’avoine.
  • Hans SCHNEIDER : 6 viertels de seigle, 9 viertels d’épeautre (pour les 3 premières années et 10 viertels les trois suivantes), 9 viertels d’avoine.
  • Christian STEINMANN : 4 viertels de seigle, 8 viertels d’épeautre, 4 viertels d’avoine.

La Guerre de Hollande et ses effets sur le village (1674-1678)

Ce bel élan de reconstruction est malheureusement stoppé net par la guerre suivante, certes plus courte mais qui a fait dans le hameau beaucoup de dégâts.

Christian STEINMANN décède le 18 août 1674. En octobre 1674, les métayers seigneuriaux de Leiterswiller demandent et obtiennent des remises en partie de leurs fermages, car ils sont dans l’impossibilité de rentrer les foins, et à cause de la perte de céréales piétinées par les troupes françaises qui campaient à 5-6 heures de là ou par la garnison de Soultz5. Les frères BÜRCKEL, Hans SCHNEIDER et la veuve de Christian STEINMANN sont nommés sur ce document. La comptabilité de 1674 indique bien que les trois métayers ne sont redevables que de la moitié de leurs canons, qu’ils ne pourront pourtant pas livrer. Les poules ne pourront pas être fournies non plus pour le carnaval, car les soldats français n’ont laissé que les plumes – in diesem Jahr weilen die Frantzosen alles Geflügel weggenommen, vorstehende Hüner und Cappen nicht eingebracht werden können

En 1675, Leiterswiller est un village abandonné – weilen Kriegshalben dieser Zeit kein Mensch alda wohnen. La population de Leiterswiller se réfugie au château de Hatten comme de nombreux villages alentour5. Hans SCHNEIDER décède cette même année, la seconde métairie semble donc vouée à être reprise par un nouveau porteur. Seul l’avoine est livré cette année-là. Les BÜRCKEL ne livrent que 9 viertels sur les 14 redevables, Hans SCHNEIDER et consorts 5 viertels au lieu des 9 ; la veuve STEINMANN ne livre rien du tout.

En 1676, les troupes françaises incendient la nouvelle maison seigneuriale de la grande métairie des frères BÜRCKEL, récemment construite – ist dies Jahr durch die Frantzosen abgebrandt worden. Terribles pertes : tout est à nouveau à reconstruire. La même année, les trois métayers et consorts ne livrent évidemment aucune redevance, ni aucun gallinacé au château de Hatten.

En 1677, il n’y a toujours personne qui habite à Leiterswiller – weilen dies Jahr niemandt alda wohnen, weniger das weggeldt einfordern können. En 1678, on note que le Weeggeld est cette fois-ci payé, donc les BÜRCKEL sont certainement de retour. Le 11 novembre 1678, les baux arrivent à terme. De nouveaux contrats ne débuteront qu’à la St Martin de l’année suivante. Une année s’écoule ainsi sans aucun contrat officiel.

La reprise à partir de 1679

Hans BÜRCKEL reconstruit sa maison en 1678/79 et ne livre qu’un peu d’avoine à la St Martin 1679 – weilen seine Lehnung vor einem Jahr zu End gangen, er auch allererst wider anfangen bauen, vor dies Jahr uf Ratification gehandelt, dass er mehr nicht ahn Gülth geben. Le nouveau bail, d’une durée de 9 ans cette fois, indique un échelonnement des impôts, notamment la taxe d’habitation (8 Gulden les cinq premières années, puis 10 Gulden les quatre années suivantes). Les redevances céréalières sont également augmentées progressivement : 5 viertels pour chacune des trois céréales la première année, 8 viertels les trois années suivantes, et enfin 12 viertels de seigle, 14 viertels d’épeautre et d’avoine les quatre dernières années du bail.

Michel FISCHER, son épouse Maria Barbara GULDIN et leurs nombreux enfants, sont des colons souabes qui sont arrivés à Leiterswiller au printemps 1679, en provenance du duché de Württemberg. Ce sont eux qui reprennent en charge la seconde métairie, celle de feu Hans SCHNEIDER – Hinngegen hat Michel Fischer aus dem Würtenbergerland deren Haus und Gütter bezogen. Michel FISCHER négocia alors le bail de la seconde métairie dans les mêmes conditions que Hans BÜRCKEL. Les deux baux sont ratifiés par la seigneurie le 20 juin 1680.

La famille FISCHER était antérieurement établie dans la seigneurie de Weitenburg et de Sulzau sur la période 1658-1669, et même avant cela pour l’épouse, puisqu’elle est originaire de Sulzau, petit hameau jouxtant le jeune fleuve Neckar. A peine arrivés à Leiterswiller, Michel F. et sa famille sont déjà à la tâche : en 1679, ils doivent en effet restaurer leur ferme fraîchement récupérée, qui a été laissée dans un état jugé inhabitable – Indeme sonsten kein Menschen disen Heusern wohnen können – suite aux dégâts occasionnés par le passage des troupes lors de la récente Guerre de Hollande. Mais cela va coûter un certain montant, car Michel F. est exonéré de la taxe d’habitation de cette année en raison des coûts de construction auxquels il doit faire face – dass er wegen angewandter baw Costen, dis Jahr kein Zins geben sondern gegeneinander ufgehoben. Hans BÜRCKEL aussi est exonéré de la taxe d’habitation de 1679. Il est indiqué que l’une de ses deux maisons est en ruine – ruinirt.

En 1680, une nouvelle famille, celle de Christophe RUFFENACH, d’origine suisse et plus exactement de Vechigen, canton de Berne, et de son épouse Anna Maria FRITZ, la fille ainée d’un maçon de Weilimdorf, près de Stuttgart, où la famille était précédemment domiciliée, s’installe à Leiterswiller. Il est indiqué que Christophe RUFFENACH a une traite en retard, sur le bien qu’il a acheté à un autre propriétaire terrien, le (feu) sieur de BUCH – und zwar durch Juncker Ambtmann Buchen seelig ein Lehens Plähnel worauf er ein Haus gebawen den 4.Juny 1680 umb 15 Gulden überlassen -, bien sur lequel il construisit sa maison. Le vendeur était le noble Philipp Ludwig von BUCH, bailli et maître d’hôtel du comte de Hanau à Woerth (cité en 1681).

Les RUFFENACH s’installeront définitivement à Leiterswiller.

En 1681, même si sa famille y habite désormais, FISCHER fait réparer encore beaucoup d’éléments des différents bâtiments de la métairie, notamment une partie de la maison seigneuriale, les portes de la grange, etc. Il fait également appel au charpentier de Rittershoffen Michel MEYLING pour ces travaux.

Hans BÜRCKEL et Michel FISCHER signent en 1684 un contrat pour racheter chacun la ferme (avec dépendances) dans laquelle ils vivent. L’acte de vente est établie par le sieur SCHALLER. Le prix de vente est fixé à 250 Gulden pour chaque ferme. La somme sera à payer en cinq échéances de 50 Gulden, chaque année le jour de Noël, entre 1684 et 1688. Promesse que les deux familles, avec l’accord du comte de Hanau-Lichtenberg et de ses administrateurs, ont l’intention de s’installer durablement dans la localité.

Les effets de la Contre-Réforme à Leiterswiller à partir de 1683

Hans Jörg FISCHER, fils aîné de Michel, fait baptiser son fils aîné Jean Boniface FISCHER vers 1686 par le curé de Stundwiller. Le parrain est Jean Boniface JAEGER, bailli de la commanderie de l’Ordre Teutonique à Wissembourg. La marraine est Anne Marie de ZOLLER, fille de Jacques de ZOLLER (~1628‑1691), agent à Strasbourg du duc Charles IV de Lorraine et anobli en 1674.

La noble demoiselle est la belle-sœur de Johan Georg HELDERICH, catholique natif de Haguenau3 et bailli du comte de Hanau pour les bailliages de Hatten, Woerth et Niederbronn (administrant par conséquent le ban de Leiterswiller).

La famille FISCHER avait jusque-là fait baptiser ses enfants dans le culte protestant – en 1679 et 1682 avec les benjamins de Michel FISCHER et de Barbara GULDIN. Elle retrouve ici la religion qu’elle avait sur sa terre d’origine, en Souabe.

Louis XIV, après la prise de Strasbourg en 1681, n’a cessé d’accroître son pouvoir en obligeant les seigneurs locaux de la province d’Alsace à nommer des baillis de confession catholique4. Cela n’est qu’en 1683 que la période de recatholicisation entreprise par l’évêché de Spire débute dans ce secteur de l’Outre-Forêt2, notamment à Stundwiller, un village proche de Leiterswiller. Jean Valentin TUGELIUS, le curé de Stundwiller, s’introduit dans le registre paroissial catholique de ce village comme étant un Reformator, l’un des artisans de la recatholicisation de la campagne alsacienne.

Les familles alliées aux FISCHER, demeurant à Leiterswiller, en feront de même. Joseph KELLER le berger, futur gendre de Michel F., fait également baptiser sa fille ainée le 14 avril 1684 par le curé de Stundwiller.

La fille Johanna de l’ancien métayer Hans SCHNEIDER, désormais mariée avec Jean Georges NIESS de Hoffen, où le couple est domicilié, a également changé de religion. Encore citée calviniste en 1680, on la retrouve mère d’un fils baptisé le 19 avril 1684 par Jean Valentin TUGELIUS.

Ce retour au culte catholique, alors que le seigneur des lieux est luthérien, sera mal perçu par l’administration du bailliage, comme nous le verrons un peu plus loin.

Nouveaux arrivants, nouvelles constructions à partir de 1685

Le berger Joseph KELLER est mentionné dans le registre de comptabilité de 1686 ; il a acheté des terres caduques pour construire, et doit payer des intérêts. Ulrich STROHM paie la manance cette année. Il s’installent tous deux durablement dans le hameau. En 1687, Joseph K. et un nouvel arrivant Hans Jacob GIESSI le forgeron paient la manance pour l’année complète, mais également des intérêts sur un emplacement de construction. Ulrich STROHM apparait à nouveau en payant la manance le premier trimestre 1691. La même année, Michel FISCHER achète un terrain de construction et paie des intérêts.

En 1692, Jacob FEUERSTEIN meunier à Hoffen, d’origine autrichienne, et Hans Michel SCHNITZLER, un suisse d’une famille de vachers établie à Hoffen, paient une amende, ayant eu une rixe dans l’auberge de Hoffen et s’étant dit des injures…

Hans BLUM arrive petit enfant – kleiner Bub – à Leiterswiller vers 1692-1693 (depuis n’a plus la moindre nouvelle ni de ses parents ni de ses frères et sœurs), devient manant en 1698 après avoir acheté une petite maison à Michel FISCHER, puis métayer seigneurial à Leiterswiller en 1707. Il est originaire d’Altenau, électorat de Baden-Durlach ou de Baden-Baden, selon son testament. Il s’installera aussi durablement dans la localité et décédera à Leiterswiller le 4 janvier 1729 après une pénible et douloureuse maladie.

On retrouve ensuite Hans Michel SCHNITZLER qui paie la manance à Leiterswiller le premier semestre de l’année 1694. Il sera le gendre de Michel FISCHER, en épousant sa fille cadette Maria, à la même époque. A partir du second trimestre 1694 apparait Hans Nicolaus WEIMER, qui avait épousé Catherine STROHM, la fille d’Ulrich S., sans doute établie à Leiterswiller à ce moment-là.

L’année suivante, Nicolaus W. achète un terrain de construction.– kleiner Hausplatz so caduc bey der Kirch alda gelegen zum bauen abgeschetzt um 8 Gulden. Durst MÜLLER paie la manance pour le dernier trimestre 1694.

On peut à ce moment-là déjà dresser un petit pointage démographique : Leiterswiller, qui comptait sept maisons occupées en 1691, en compte maintenant neuf en 16955.

Christmann VOGEL paie la manance à partir du 1er trimestre de l’année 1696. Benedict FISCHER, le fils cadet de Michel, à compter de 1697. Son père décède fin février 1699. Il est à ce moment-là confirmé que son fils aîné Hans Jerg est désigné pour lui succéder à la gestion de la métairie, depuis la St Martin 1697. Les deux derniers baux étaient répartis sur les périodes 1679-1688 et 1688-1697. Il y a néanmoins une difficulté. Michel F. avait officiellement souhaité répartir sa métairie en trois tiers, un tiers lui revenant, un pour son fils Hans Jerg, et le dernier pour son gendre, le sanguin Hans Michel SCHNITZLER, qui a déjà été évoqué… A sa mort son tiers aurait dû revenir à son fils Hans Jerg. Voici une traduction de ce qu’a écrit le greffier Mader à ce sujet :

«Alors que les métairies seigneuriales de Leiterswiller ont à nouveau été mises en bail, Michel Fischer le Souabe ici-même a fait inscrire son fils Jean-Georges en même temps que lui, et lui a donné un tiers des biens. Il y a un an, il a essayé de donner également un tiers à son gendre Jean-Michel Schnitzler, ce qui lui avait été permis car le dit Michel Fischer est décédé il y a quelques jours et que sa veuve ne peut poursuivre la métairie. Cette dernière pensait qu’elle pouvait partager le bien entre ses nombreux enfants, or parce que ce sont des valets désordonnés qui se permettent de nuire à la noble seigneurie, déjà parce qu’ils sont tous catholiques et qu’ils ont déjà causé beaucoup de difficultés, en particulier pour la redevance que Monsieur le pasteur de Betschdorf a dû ici leur réclamer. Ils croyaient qu’ils pouvaient la donner à leur curé, de plus on a pu les entendre faire toute une montagne avec ce vieux décès, mais comme ce n’est pas un héritage qui va nécessairement aux enfants, comme je vous l’ai déjà dit et dont j’ai demandé en secret encore quelqu’un d’autre – étant donné que Laurent Hermann le métayer de Kuhlendorf s’est annoncé vouloir reprendre le bien pour son fils afin de bâtir ici une nouvelle métairie – j’ai été envoyé ici par vos seigneurs pour vous dire que pour Jean Georges, lequel est encore en métayage, sa période de bail doit arriver à son terme et qu’ensuite les deux autres tiers pourraient lui revenir également. A Schnitzler, il n’y a rien à lui laisser, et il peut déjà laisser tomber le tiers qui lui avait été transmis initialement, étant donné qu’il n’est pas concerné par le bail. Il avait promis de construire une maison ce qui n’est pas arrivé. Par cet acte, il doit quitter le village avec sa bru et on y mettra d’autres personnes à leur place, telle est la volonté et l’ordre de votre Seigneur. Votre Seigneur.   Hatten, le 2 avril 1699.   Son Obéissant Serviteur. JH Mader »

Concernant cette seconde métairie, on apprend sur un acte établi sept jours plus tard, qu’elle est partagée par moitié entre Hans Jerg FISCHER et Lorentz HERRMANN de Kuhlendorf. En rappelant que la famille FISCHER, pour plusieurs raisons, n’était pas correcte – aus verschiedenen Ursachen nicht allerdings anständig seyen. Le bail court de 1697 à 1706. La grande métairie est quant à elle partagée par moitié entre Hans BÜRCKEL et son gendre Diebold NIESS depuis 1697. Hans B. étant sans doute moins rebelle a eu moins de problème que son voisin.

Hans Jerg F. construit une maison en 1699 ; il a besoin d’un charpentier de Kutzenhausen, paie donc la dime sur ses services. Schnitzler ne paiera pas la manance en 1699.

En 1700, en plus des quatre métayers il y a dix manants à Leiterswiller : Benedict Fischer, Joseph Keller, Hans Blum, Hans Fischer, Hans Fuchs, Hans Peter Beurlen, Durst Muller, Ulrich Strohm, Velten Klein un jeune célibataire et Hans Michel Schnitzler pour les 2 premiers trimestres.

D’autre familles viendront encore par la suite, notamment les DIEBOLT, qui vont occuper la maison de Hans BLUM à partir de 1707. Le moment d’un premier état des lieux, d’une première photographie du village et de ses occupants, est arrivé. Cette démarche aura lieu quelques années plus tard, à compter de 1722.

Livre terrier de Leiterswiller 1722-1726

La plus grosse partie du livre présenté ici, notamment la description des parcelles, est une copie d’un original. Il était jadis utilisé par la commune de Leiterswiller. Il possède davantage de renseignements que l’original, notamment en ce qui concerne les paragraphes appelés modo. Il s’agit d’ajouts : on mentionne les nouveaux propriétaires d’un bien, ainsi que la date de la transaction. La transaction, établie entre l’ancien et le nouveau propriétaire du bien était consignée dans un protocole, un acte notarié rédigé par le greffier de l’administration territoriale. Dans le cas qui nous concerne ici, le greffier du bailliage de Hatten.

Ce livre est également appelé un terrier ou livre terrier, puisqu’en plus des terres, il répertorie méticuleusement toutes les parcelles du ban communal ainsi que les immeubles et leurs propriétaires ou locataires. Il s’agit de l’ancêtre du cadastre dit napoléonien qui est apparu au début du 19e siècle. Le cadastre napoléonien de la commune de Leiterswiller a été initié en 1825. Ce terrier établi sur la période 1722-1726 permettrait de faire un pont entre le 18e siècle et 1825. Concernant la chronologie du terrier, on ignore l’ordre de mesure des parcelles mais on peut admettre que la photographie des immeubles du village a eu lieu vers 1725.

Le livre terrier comporte une introduction qui indique que, sur ordre du roi en 1715, il a été décidé de procéder à un inventaire méticuleux de toutes les parcelles des bans de Basse Alsace. C’est en 1722 que le bailliage de Hatten a décidé de procéder à celui du ban communal de Leiterswiller. Y sont cités les signataires, notamment, ainsi que les principaux administrateurs locaux.

Le texte enchaîne ensuite sur la description des lignes de séparation (Scheide) du ban communal. La partie suivante nous décrit les unités de mesures utilisées. Celle d’après se rapporte à la partie “Dorf” du terrier, avec la description des parcelles bâties et non-bâties, au nombre de vingt, à proximité des habitations du village, la plus intéressante. Les parties suivantes concernent les terres, les prés ainsi que les forêts. Ces parties constituent la plus grande partie du livre terrier, lequel comporte plus de 400 feuillets.

Certaines des mesures sont données en pieds (Schuhe) ; les mesures en pieds peuvent varier d’une région à une autre, la conversion en Mètre est faite avec 1 Pied à 32 cm (1 m = 3 pieds) : la conversion est donc approximative (d’autres sont en Ruthen ou en Vierzels). Elles sont décrites dans la partie Messen du terrier.

Les mesures ont cependant été converties en ares pour faciliter la lecture. La période d’occupation concerne l’occupant du moment ; les prédécesseurs indiqués sont issus de recherches faites sur les registres paroissiaux, sur les actes notariés (inventaires après décès, actes de ventes, actes divers) et sur les documents seigneuriaux (registre de comptabilité du bailliage de Hatten principalement, registres relatifs aux métairies). Enfin, les périodes indiquées et les autres précisions pour les occupants, sont également issues des recherches effectuées sur les familles concernées.

La description de la partie Dorf commence en venant d’Oberroedern (rive droite) et remonte jusqu’à l’actuelle église protestante. Hans BLUM est le premier habitant de l’autre coté de la route à être mentionné. A partir de là, la description du village revient vers le centre du village, puis remonte un peu la route de Rittershoffen, avant de terminer coté Seltzmatt avec l’auberge des BÜRCKEL. Il y a là 14 maisons.

Parcelle n° 1 :                        12,17 ares
Description : Une petite maison à un niveau, la cour, la ferme avec étable, jardin et dépendances. Se situe d’une part à côté de la route du village, d’autre part en partie à coté de la parcelle n° 2 et en partie à côté de la parcelle n° 5. Devant donne sur ladite route et derrière sur le Brück Etzel.
Occupant : Agatha KERER et ses enfants, originaires de Weitbruch. Son époux en secondes noces est le cordonnier Johannes DIEBOLT, qui vit chez elle
Prédécesseurs : Michel FISCHER (1691?-1698), Hans BLUM (1698-1707)
Période d’occupation : à partir de 1707
Successeurs : Philipp GRAFF le jeune (1750-1771), Bernhardt ROTT de Hoffen (1771)

Parcelle n° 2 :                        9,06 ares
Description : Une nouvelle grange avec une étable à l’arrière, cour et ferme, à coté d’une maison à deux niveaux. Se situe d’une part en partie à côté de la parcelle n° 1, et en partie à coté de la parcelle n° 3, et d’autre part à coté de la parcelle n° 8, donne devant sur la route communale, derrière en partie sur Martin DIEBOLT et en partie sur la parcelle n° 5. Par cette ferme, il y a un droit de passage pour les possesseurs des parcelles n° 3 et n° 4.
Occupant : Benedict FISCHER, laboureur, fils cadet de Michel FISCHER
Prédécesseurs : Hans SCHNEIDER (1667-1674), Michel FISCHER (1679-1699)
Période d’occupation : 1699-1752, puis ses héritiers
Successeurs : Pour une moitié : Philipp GRAFF (1762-1766) puis Joseph DIEBOLT Jr.(1766)

Parcelle n° 3 :                         2,08 ares
Description : Une petite maison à un niveau, et la moitié d’une grange nouvellement construite, des étables et la petite cour, d’une part à coté de la parcelle n° 2, d’autre part à côté de la parcelle n° 4, donne devant sur la parcelle n° 8, derrière sur son propre jardin. Il y a un droit de passage par la cour de la parcelle n° 2.
Occupant : Joseph DIEBOLT, laboureur, fils ainé de Johannes DIEBOLT, le cordonnier et de Dorothea TAPECKER
Prédécesseurs : inconnus
Période d’occupation : jusqu’en 1754, puis ses héritiers
Successeurs : Heinrich STOLZ (1787-…)

Parcelle n° 4                        2,07 ares
– Joseph Diebolt eigen.
Description : Une petite maison à deux niveaux, construite à l’arrière de la maison de la parcelle n° 2, avec un petit jardin et la moitié d’une grange, d’une part à côté la parcelle n° 8, d’autre part à coté de la parcelle n° 3, donne devant sur la parcelle n° 8, derrière sur son jardin. Il y a un droit de passage par la cour de la parcelle n° 2.
Prédécesseurs : inconnus
Occupant : Joseph DIEBOLT, déjà cité
Période d’occupation : jusqu’en 1754, puis ses héritiers
Successeurs : inconnus

Parcelle n° 5                        45,31 ares
Description : Un jardin, d’une part à coté de la parcelle n° 1, d’autre part à coté de la parcelle n° 3, donne derrière sur le pré du Brück Etzel, devant sur la parcelle n° 2
Occupant : Benedict FISCHER, déjà cité
Prédécesseurs : Hans SCHNEIDER (1667-1674), Michel FISCHER (1679-1699)
Période d’occupation : 1699-1752, puis ses héritiers
Successeurs : Joseph DIEBOLT Jr. (1761), puis Philipp GRAFF pour moitié (1762), Heinrich STOLTZ achète un morceau de 0,27 ares (1787)

Parcelle n° 6                        11,39 ares
Description : Un jardin, d’une part à coté de la parcelle n° 5, d’autre part à coté de la parcelle n° 7, donne devant en partie sur la ferme de Joseph DIEBOLT, et en partie sur la parcelle n° 8, donne à l’arrière sur le pré du Brück Etzel
Occupant : Joseph DIEBOLT, déjà cité
Prédécesseurs : inconnus
Période d’occupation : jusqu’en 1754, puis ses héritiers
Successeurs : Heinrich STOLTZ (1787)

Parcelle n° 7                        13,98 ares
Description : Un jardin, d’une part à coté de la parcelle n° 6, d’autre part à coté de la parcelle n° 8, donne devant sur la parcelle n° 8 et à l’arrière sur le Brück Etzel
Occupant : Joseph DIEBOLT, déjà cité
Prédécesseurs : inconnus
Période d’occupation : jusqu’en 1754, puis ses héritiers
Successeurs : inconnus

Parcelle n° 8                        35,47 ares
Description : Une maison à un niveau, avec ferme, cour, grange, étable, fontaine et jardin, d’une part en partie à coté de la parcelle n° 2 et en partie à coté de la parcelle de Joseph Diebolt, d’autre part en partie à coté du cimetière et en partie à coté du jardin du cimetière, donne devant sur la route communale, derrière sur le Brück Etzel.
Occupant : Nicolaus WEIMER, laboureur
Prédécesseurs : terres caduques
Période d’occupation : 1694-1736, puis ses héritiers
Successeurs : Joseph DIEBOLT Jr. 0,79 ares (1740), puis 1,3 m² (1759), Michael HAHN (1772-1825…) la totalité restante, Heinrich STOLTZ prend 1,3 m² (1787)

Parcelle n° 9                        9,85 ares + 3,11 ares (jardins)
Description : La vieille église St-Gilles (Sancto egidio) en ruines (zerfallene) et son cimetière, d’une part à coté de la ferme de la parcelle n° 8, d’autre part à coté et contre la courbe faite par la route communale en pointe, devant sur ladite route, et à l’arrière sur les deux petits jardins suivants. Un jardin appelé Kirchengärthel d’une part à coté de la parcelle n° 8, d’autre part à coté du bien de l’Ordre Teutonique, donne à l’avant sur le cimetière et à l’arrière sur le jardin de la parcelle n° 8.
Église remise en service : par la paroisse catholique royale de Hatten (vers 1736)

Parcelle n° 10                        49,70 ares
Description : Le bien de l’Ordre Teutonique (Teutsch Herren Guth). Un jardin, d’une part à coté de l’église St-Gilles, donne devant en partie sur le cimetière et en partie sur la route, et à l’arrière sur le pré de la Brück Etzel.
Futurs acquérants : Philipp HAHN pour moitié, Georg MILLEMANN pour l’autre moitié (vers 1796)

Parcelle n° 11                        26,42 ares
Description : Une petite maison à un niveau, avec étable, fontaine et jardin, d’une part à côté du jardin de l’Ordre Teutonique, d’autre part à coté du Baum Ackerlein, donne devant sur la route du village, et derrière sur le pré du Brück Ezel.
Occupant : Eva WEHRMULLER, épouse de Lorentz DOLL, laboureur
Prédécesseurs : inconnus
Période d’occupation : jusqu’en 1761
Successeurs : Heinrich STOLTZ (1761)

Ici on passe de l’autre coté de la route, actuellement « rue principale ».

Parcelle n° 12                        30,56 ares
Description : Une petite maison à un niveau, avec ferme, cour, jardin, fontaine, avec une petite grange et une petite étable, d’une part à côté de la route du village, d’autre part à côté de l’ancienne route de Wissembourg, donne derrière sur ladite route et devant en pointe aux deux extrémités sur l’Allmend
Occupant : Michel RUFFENACH, laboureur
Prédécesseurs : terres caduques puis son père Christoph RUFFENACH et sa mère Anna Maria FRITZ, veuve (1680-1704)
Période d’occupation : à partir de 1704, puis ses héritiers
Successeurs : Heinrich STOLTZ (1753) pour moitié, et Jacob KINTZEL pour l’autre moitié (1755). Hans Georg HARTUNG pour l’une des moitiés (1761)

Parcelle n° 13                        27,45 ares
Description : Une maison à deux niveaux, avec ferme, cour, grange, étable, fontaine et jardin, d’une part à côté de l’ancienne route de Wissembourg, d’autre part à coté du Niederallmendweeg, donne devant sur la route du village, et derrière sur le champ Schlangenacker.
Occupant : Hans BLUM, métayer seigneurial
Prédécesseurs : terres caduques
Période d’occupation : 1707-1729
Successeurs : sa veuve Maria Elisabetha ROCH (1729) puis son nouveau mari Jacques KINTZEL (1730), puis les héritiers Jacob KINTZEL (23,83 ares) et Barbara KINTZEL (3,38 ares)

Ici on passe de l’autre coté du Niederallmendweg, actuellement rue des champs.

Parcelle n° 14                        45,30 ares
Description : Une maison à deux niveaux, avec ferme, cour, deux granges, une étable, une fontaine et un abreuvoir à chevaux, d’une part en partie à coté du Niederallmendweg et en partie à coté de l’Allmend, d’autre part en partie à coté de la parcelle n° 15 et en partie à coté du champ, donne devant en partie sur la route du village et en partie sur l’Allmend, donne derrière sur le champ.
Occupant : Hans Georg FISCHER, métayer seigneurial
Prédécesseurs : terres caduques
Période d’occupation : 1699-1742
Successeurs : Pour moitié coté Niederallmendweg son petit-fils Michel FISCHER (1742-1786), laboureur, puis le fils de ce dernier Joseph FISCHER (1786), fermier de la petit dîme de l’Ordre Teutonique (cité en 1789). L’autre moitié (une nouvelle ferme sera construite sur cette partie peu avant 1742) reviendra à son fils aîné Hans Martin FISCHER (1742-1767), métayer seigneurial.

Parcelle n° 15                        25,12 ares
Description : Une maison à deux niveaux, avec ferme, cour, grange, étable et jardin, avec la moitié d’une fontaine située sur la délimitation, d’une part à coté de la parcelle n° 14, d’autre part en partie à coté du champ et en partie à coté du jardin de la parcelle n° 16, donne devant sur l’Allmend, derrière sur le champ.
Occupant : Diebold NIESS, métayer seigneurial
Prédécesseurs : inconnus
Période d’occupation : ~1694-1734
Successeurs : Philipp GRAF (1734-1758), puis 4,52 ares sont rajoutés à la parcelle et Georg EHRHARD et Georg SCHATZLEN achètent pour chacun une moitié (1758-…)

Parcelle n° 16                        11,65 ares
Description : Un jardin avec les droits sur la fontaine située sur la délimitation, d’une part à côté de la parcelle n° 15, d’autre part à coté de la parcelle n° 18, donne devant en partie sur l’Allmend et en partie sur la parcelle n° 17, donne derrière sur le champ
Occupant : Hans Jacob WEIMER, laboureur
Prédécesseurs : inconnus
Période d’occupation : ~1725-1782 (lui et ses héritiers)
Successeurs : 6,48 ares pour Philipp STÖHR (1781-…). 4,93 ares dont la petite maison (sans doute construite après la rédaction du terrier) pour Joseph BUCH (1782-…) puis Peter SCHWARTZ (date inconnue)

Parcelle n° 17                        6,21 ares
Description : Une petite maison à un niveau, avec fermette et jardin, d’une part à coté du précédent jardin, d’autre part à coté du chemin de Rittershoffen, donne devant sur l’Allmend, et derrière sur la parcelle n° 18.
Occupant : Johannes KIRSCHNER
Prédécesseurs : inconnus
Période d’occupation : ~1725-1756 (lui et ses héritiers)
Successeurs : Martin GRAFF (1756), Diebold MATERER (1762), puis une place à partir de celà (1,57 ares) pour Philippe STÖHR (1781), puis Martin ISLER (1785). Egalement une petite place Johannes KIRSCHNER (1731), Jacob WEIMER (1747), Philipp GRAFF (1748).

Parcelle n° 18                        24,59 ares
Description : Une petite maison à un niveau, avec cour, ferme, grange et petite étable, jardin et fontaine, d’une part en partie à coté de Jean Jacques WEIMER et en partie à coté de la parcelle n° 17, d’autre part à coté du champ.
Occupant : Hans Georg FUCHS
Prédécesseurs : sans doute son père Hans FUCHS (ca.1671- ca.1706)
Période d’occupation : ca.1706/1709-1762
Successeurs : Philipp GRAFF (une petite place, 1744), Diebold MATERER (une petite place dont la maison, 1762), Hans SCHAAF (la moitié de la ferme, 1766), la partie de Diebold MATERER revient à Martin GLASS (avril 1769), puis à Michel MILLEMANN et son épouse (décembre 1769), puis pour à moitié Jacob FISCHER et Johannes FISCHER (1771).

Ici on passe de l’autre coté du Niederallmendweg, actuellement rue principale, direction Rittershoffen. On revient vers le centre du village et vers l’auberge, actuellement Restaurant Au Léopard.

Parcelle n° 19                        4,15 ares + 15,54 ares pour le jardin dit der Hirthen Garten
Description : Une petite maison à un niveau, avec petite cour et jardin, appelée das Hirthen Haus (la maison du berger), d’une part à coté de la route de Rittershoffen, d’autre part à coté du jardin de la parcelle n° 20. La cour est en pointe sur l’Allmend, à l’avant et l’arrière.
Un jardin appelé der Hirthen Garthen (le jardin du berger), d’une part à coté de chemin de Rittershoffen, d’autre part à coté du Wäldel (petit bois), donne en-haut sur le Wäldel, et en-bas sur le jardin et la ferme de la parcelle n° 20.
Occupant : La commune
Prédécesseurs : probablement les bergers du lieu, Peter JUTZI (1671), Joseph KELLER (ca.1686-ca.1709)
Période d’occupation : inconnue
Successeurs : inconnus

Parcelle n° 20                        93,47 ares
Description : Une maison à deux niveaux, cour et ferme, où il y avait précédemment trois corps de ferme, ainsi que deux granges, des étables, trois fontaines, et le jardin attenant. Maison appelée das Würthshauss zum Adler (l’auberge A l’aigle), d’une part en partie à coté de la route de Rittershoffen et en partie à coté du Hirthen Haus, d’autre part à coté du Seltzmatt, donne devant sur la route communale, à l’arrière en partie sur le Hirthen Garten et en partie sur le Herren Wäldel.
Occupant : Adam BÜRCKEL (1710-1732), métayer seigneurial et aubergiste.
Prédécesseurs : Christmann BÜRCKEL (1665-1668), Hans BÜRCKEL (1668-1710), métayers seigneuriaux et aubergistes.
Successeurs : les héritiers BÜRCKEL (1732) dont Adam B. qui achète un quart du jardin (1748), Eva B. un autre quart (1749). Herr JÄCKEL de Hatten et Michel MILLEMANN achètent 14,5 ares (1770), Herr BEYER Junior 29 ares (1774).

L’église de Leiterswiller – histoire confessionnelle et reconstruction

L’édifice fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis 1924. Comme l’indique le registre paroissial catholique de Rittershoffen, l’évêque suffragant du diocèse de Strasbourg dit de la petite église qu’elle est complètement détruite – penitas destructam – lors de sa visite diocésaine. L’acte est daté du 11 novembre 1724. Les habitants de Leiterswiller, à majorité catholique, demandent à cette occasion au diocèse qu’il leur apporte une aide financière pour le projet de reconstruction de l’église.

L’église, qui conserve cependant quelques vestiges des époques du 15e et du 16e siècle, est inutilisable jusqu’à sa reconstruction, comme le confirme également le registre paroissial protestant de Rittershoffen. Les sacrements de baptême et de mariage, ainsi que les offices d’enterrement, sont en effet effectués dans les églises alentour pour les différentes confessions. Il devait donc en être de même pour les messes et cultes en-dehors de ces événements.

Le cimetière de l’église était néanmoins utilisé, il fut dans la proximité directe de l’église, du coté sud où l’on aperçoit encore une croix monumentale datée de 1784, comme le confirme le livre terrier de 1725. Les inhumations sont confirmées par les registres paroissiaux pré-cités, tout comme le registre paroissial de Hatten (période 1723-1733). Celles-ci ont été effectuées aussi bien par les curés de Stundwiller (et peut-être de Schoenenbourg) puis de Hatten, que par les pasteurs d’Oberbetschdorf puis de Rittershoffen qui desservaient à différentes périodes les habitants du petit village de Leiterswiller. Le plan cadastral de 1825 indique encore l’emplacement du cimetière à cet endroit. La construction du nouveau cimetière, le cimetière actuel, n’a eu lieu que plus tard.

À la suite de la visite épiscopale, il semblerait que les doléances des paroissiens habitant à Leiterswiller aient porté leurs fruits, puisque la petite église fut reconstruite en 1736 (date portée) par la paroisse catholique de Hatten, dont le curé desservait également Rittershoffen et Leiterswiller. Lors de la période révolutionnaire, elle était à nouveau utilisée également par les protestants comme l’indique Marie-Joseph BOPP dans son ouvrage1, ce qui pose la question de la date d’application effective du simultaneum (c’est-à-dire l’usage de l’église par les deux confessions) à la petite église de Leiterswiller, qui semble être 1736, date de la reconstruction. En effet, le baptême du 11 mai 1738 cité en référence indique un baptême protestant dans cette église reconstruite par les catholiques. La notion d’un simultaneum en continu entre 1736 et 1897 reste l’hypothèse la plus logique, même s’il est possible qu’il y eut par intervales des périodes où la localité n’était peut-être plus desservie, ou du moins plus régulièrement, par le pasteur de Rittershoffen. Marie-Joseph BOPP indique la période révolutionnaire comme début de réutilisation par les protestants, ce qui renforce cette hypothèse. Le simultaneum dura jusqu’en 1897, année de la construction et de l’inauguration de l’église catholique actuelle.

***

Les habitants du village de Leiterswiller, avec l’appui relatif de leur seigneur, ont réussi non seulement à pérenniser leurs exploitations agricoles, mais surtout à redonner vie au hameau. D’origine suisse ou ultra-rhénane, arrivant d’Alsace ou d’ailleurs, chaque famille a donné toute son énergie à sa survie et à la consolidation de ses biens et propriétés. La reconstruction de cette église marque symboliquement la fin de la réhabilitation du hameau et le début d’une nouvelle ère.

Sources

AD67 E371 : reçus du receveur et prévôt Foltz, du baillage de Cleebourg (possession du duc de Deux-Ponts)
AD67 E1796 : documents relatifs aux métairies de Leiterswiller (1665-1727)
AD67 E1828 : actes divers, notamment des listes d’assujettis du bailliage de Hatten pour 1657, 1663, 1675
AD67 E1839 : actes divers, notamment des listes d’assujettis du bailliage de Hatten en 1671
AD67 E1870 : Répertoire des assujettis du bailliage de Hatten en 1668 (n.a. = exempté de l’achat du seau à incendie)
Hatten (42 feux) : Michel BISCH, Jacob BISCH le jeune, Jacob BISCH le vieux, Diboldt BURG, Hans DÄCKS, Hans Michel DÄCKS, veuve Arbogast DÄCKS, Hans Jörg DREHER, Hans Michel DREHER le cordonnier, Michel EYGELEN, Hans GEYER, Adam GÖTZ, Hans GRAFF, Simon GRESEL, Hans HEIMLICH, Jacob HEIMLICH le jeune, Jacob HEIMLICH le verrier, Mathes HEIMLICH le boulanger, Mathes HEIMLICH le vieux, Christmann HELLER, Hans Velten HERMAN le jeune, Hans Velten HERMAN le vieux, Hans Jörg HUMBERTH le jeune boulanger, Hans HUMPERTH, Jacob JUNG, Jacob KUHN, Adam KUNTZ, Meinerth LAGELSTICH, Simon LUX, veuve Michel MEYER, Michel MEYLING le charpentier, Johan Zacharius REYF, Jörg REYFSTECK, Peter RINGELSTACHER, Martin ROHRBACHER, Peter RUPPRECHT le vieux, Hans RUPRECHT, Gilch SAUFFEL, Hans SCHWEIGER, Hans SEBASTIAN, veuve Michel WAGNER, Lux WILTMAN le Schultheis
Rittershoffen (25 feux) : Linhardt ARBOGAST, Lorentz BALDASER, Peter BALL (n.a.), Jörg BARTHOLME, Jacob CHRISTMANN le Stabhalter (n.a.), Jörg FRANCK, Simon FRIESENECKER capitaine de cavalerie (n.a.), Hans GÖTZMANN le jeune, veuve Hans HUMPEL, Hans JACOB (n.a.), Adam KEHRER, Marx KNAB, Michel KNAB, Hans KOCH (n.a.), Hans KOCHERSPERGER, Jacob MATHIS, Diboldt SOMMER, Christian SPININGER (n.a.), Diboldt STECK, Jacob WAGNER, Arbogast WAHL, Diboldt WERNERT, Hans Jacob WUCHERER, Diboldt WURTZ, Benedict le cordonnier (n.a.)
Niederbetschdorf (16 feux) : Hans BAUM, Hans Velten BERTHEL, Wolf CULLUS, Wendel DANGLER, Bastian HAUSHALTER, Hans Peter JACOB, Jacob JUDEL, Hans KETHERER, Christmann KLEIBER, Jörg KLEIBER, Hans KNECHT, Hans LUX, Wolf Johan ADEL, Hans Peter SCHULDES, Jörg SOMMER, Hans STURM
Oberbetschdorf (16 feux) : Hans BIREBAUM, Ludwig BOCK, Frantz EBEL, Fritz EMY, Jacob GEWECKS, Hans GRAFF, Bles GRESEL, Marx GRESEL, Hans Velten GRÜNNAGEL, Hans HEINING, Andreas HOLTZMANN, Hans JÖRGEN, Hans KAUFMANN, Hans Jacob MANHARDT, Hans Jacob WEBER, Diboldt WOLFF
Schwabwiller (11 feux) : Hans Jacob BERTHEL (n.a.), Joseph FEIDLING, Hans GREINER, Fritz HERTZOG, Hans HERTZOG, Thoman HORTUS, Hans KAUFMANN (n.a.), Hans KÜHNER, Hans Michel MORTZ, Hans SAUERBRUCH, Jost STOEKLIN
Reimerswiller (5 feux) : Diboldt FATZINGER, Hans KREPPE, Hans Ehrardt MOHR, Durst SOHM, Jacob SOHM
Kuhlendorf (4 feux) : Hans HERMAN métayer, Jacob LITY métayer, Ulrich SAMEN métayer, Peter STUDER
Leiterswiller (2 feux) : Hans SCHNEIDER le bourgeois doit prêter le serment requis, Hans BIRCKHEL le métayer
AD67 E1871 : répertoire des assujettis du bailliage de Hatten du 14 janvier 1667 : bourgeois, manants, veuves et jeunes hommes
AD67 E1872 : répertoire des assujettis du bailliage de Hatten en 1590, 1616
AD67   E3278-E3310 : comptabilité du bailliage de Hatten (1660-1661; 1667-1709 avec quelques années lacunaires)
AD67 3E 183/13 : registre paroissial catholique de Hatten (les sépultures dans le cimetière de Leiterswiller entre 1723 et 1733)
AD67 3E 339/1 : registre paroissial protestant d’Oberbetschdorf
AD67 3E 404/1 : registre paroissial protestant de Rittershoffen
AD67 3E 404/3 : registre paroissial protestant de Rittershoffen, page 16 : l’acte de baptême d’Anna Maria RUFFENACH du 11 mai 1738 dit qu’il ne reste plus de personnes de religion luthérienne – weil im dorff keine mehrer evangelischen seyn – mais il en reste cependant de religion réformée
AD67 3E 484/1 : registre paroissial catholique de Stundwiller
AD67   6E40.2/116 : Notariat : inventaires après décès à Leiterswiller
AD67 6E46/40 : Notariat de Woerth : actes notariés divers (ventes, etc.)
AD67 1E 1/77 : livre terrier de Leiterswiller pour 1722-1726
AD67 8E 262/1 : livre terrier de Leiterswiller pour 1722-1726 (copie)
Unités de Mesures et équivalences/conversions décrites dans le livre terrier :

                Équivalences entre les mesures utilisées dans le livre terrier :
1 Morgen ou Manns Matt contient : 4 Vierzel ou 128 Ruthen ou 32 768 Quadrat Schuhe
½ Morgen ou ½ Manns Matt contient : 64 Ruthen ou 16 384 Schuhe
¾ Morgen contient : 96 Ruthen ou 24 576 Schuhe
½ Viertzel contient : 16 Ruthen ou 4096 Schuhe
Conversion en mesures françaises décrites dans le livre terrier:
24 Schuhe = 23 frantzösische Schuhe
1 Acker ou Morgen : 31 402,66   frantzösische Quadrat Schuhe
1 Viertzel : 7 850,66 frantzösische Quadrat Schuhe
1 Quadrat Ruth : 245,33 frantzösische Quadrat Schuhe
En partant du pouce français on obtient les équivalences suivantes :
Schue ou Pied de roi = 12 pouces = 12 x 0,02707 m = 0,32484 m
Quadrat Schue ou Pied carré = 0,105521 m²
Conversion en m²/ares :
1 Acker ou Morgen ou Manns Matt : 33,13640789 ares
1 Viertzel : 8,28410197 ares
1 Quadrat Ruth : 0,25887818 ares
1 Quadrat Schue ou Pied carré = 0,105521 m²

AD67 P381 : cadastre napoléonien de Leiterswiller (1825)
Archives municipales de Haguenau : registre paroissial St-Georges (B 1628-1678)
Base Mérimée du Ministère français de la Culture
Landeskirchliches Archiv Stuttgart : Kirchenbuch Münchingen (1569-1705)

Littérature

  1. Marie-Joseph BOPP : Die evangelischen Gemeinden und Hohen Schulen im Elsass und Lothringen von der Reformation bis zur Gegenwart. 2 tomes. Neustadt an der Aisch : Degener, 1963-1965, page 236 : “Die 1740 gebaute, dem Hl. Aegidius geweihte Kirche gehörte den Katholiken. Seit der Revolution wurde sie auch von den Protestanten benutzt”
  2. Laurent JALABERT : Catholiques et protestants sur la rive gauche du Rhin : droits, confessions et coexistence religieuse de 1648 à 1789. Bruxelles : PIE Lang , 2009.
  3. Gustav Carl KNOD : Urkunden und Akten der Stadt Strassburg; Abth. 3: Die alten Matrikeln der Universität Strassburg 1621 bis 1793, Bd. 2: Die Matrikeln der medicinischen und juristischen Facultät (1897), page 535.
  4. Georges LIVET : L’intendance d’Alsace sous Louix XIV (1648-1715). Paris : F.-X. Le Roux, 1956.
  5. Daniel PETER : Naître, vivre et mourir dans l’Outre-Forêt (1648-1848). Strasbourg : CHAAN, 1995.
  6. A. SCHMITTER et M. SCHMITTER : Les vieux patronymes de HATTEN de 1440 à 1675, et du HATTGAU de 1655 à 1675, Bibliothèque du CGA, dactylographié, 1992.