Les habitants de Leiterswiller : du repeuplement à la reconstruction de l’église (1648-1736)

Alors que la Guerre de Trente Ans (1618-1648) venait tout juste de s’achever, la nouvelle province d’Alsace, en cours d’annexion au royaume de France, se retrouvait bien exsangue suite aux terribles pertes humaines engendrées par ce conflit. Le comté de Hanau-Lichtenberg ne faisait pas exception et les communautés de son bailliage de Hatten – qui comprenait à cette époque, par ordre d’importance décroissant, le bourg de Hatten, les villages de Rittershoffen, Niederbetschorf et Oberbetschdorf, Schwabwiller, Reimerswiller, Leiterswiller et pour finir celui de Kuhlendorf – y ont payé un lourd tribut.

Pour Leiterswiller, comme beaucoup d’autres, 1648 était donc l’année zéro et l’on peut s’interroger sur la façon dont le repeuplement de la localité s’est par la suite effectué : qui ont été les nouveaux colons ainsi que leur lieux d’origine ; dans quelles parties du village ces derniers se sont installés ; quels étaient leurs occupations, leurs caractères, et comment ces familles ont-elles évolué au sein de la communauté villageoise ?

Nous avons, grâce aux documents conservés aux Archives départementales du Bas-Rhin, quelques éléments de réponse.

La situation avant 1648

La liste des habitants du bailliage, datée du 28 octobre 1590 indique nominativement les chefs de famille pour Hatten (145 feux), Rittershoffen (82 feux), Niederbetschdorf (52 feux), Oberbetschdorf (47 feux), Schwabwiller (21 feux), Reimerswiller (16 feux), Leiterswiller (14 feux) et enfin Kuhlendorf (9 feux), soit un total de 387 feux.

Pour le village de Leiterswiller, les chefs de famille étaient Hansell BENZ, Hans BLES, Hans BUB, Claus CHRISTA, Diebolt CHRISTA, Hans JACOB, Michael KUEN, Andreas LOHR, Hans LOHR, Conrad MARZOLFF, Georg SCHNEIDER, Wendel SCHNEIDER, Benedict VALTIN et Georg WEIMER.

En 1616, le bailliage de Hatten totalise 470 feux. Lors d’un autre pointage, en 1630, l’administration hanauienne y dénombre 399 feux. Quant à Leiterswiller, le village compte 16 feux en 1616, mais déjà plus que 9 en 16305.

D’autre part, il existe également des inventaires après décès pour les habitants de Leiterswiller pendant la Guerre de Trente Ans, sur la période 1617-1627. Il s’agit de ceux concernant Margaretha et Hans BASTIAN (1618), Catharina et Hans BUB (1617), Wendel CLAUS (1622), Margaretha et Jacob FRANCK (1627), Anna et Andreas LOHR (1618), Margaretha et Humpel LOHR (1623), Conrad MARTZ (1623), ainsi qu’Anna et Hans WENDEL (1626). Ce sont donc à priori les documents à caractère filiatif les plus anciens à notre disposition concernant des familles du village.

Ces patronymes, hormis SCHNEIDER qui est très répandu, n’apparaissent plus dans la localité par la suite, ce qui suggère que ces familles-là ont probablement fui le village pour aller se réfugier dans des endroits plus protégés, comme Hatten et son château ou la ville de Haguenau, entre autres. Ou alors ont-ils tout simplement succombé à la période guerrière.

Aucun lien certain n’existe entre les familles BASTIAN, CLAUS, FRANCK et JACOB de l’avant et de l’après-guerre de Trente Ans. Ces patronymes sont néanmoins encore bien présents dans le Hattgau – à Rittershoffen et Hatten notamment dans la seconde moitié du 17e siècle – par la suite et dans le proche bailliage du duc de Deux-Ponts, comprenant notamment le village voisin de Hoffen (pour CLAUS et WEIMER).

Une période confuse (1648-1665)

En 1648, il ne reste plus qu’une seule maison à Leiterswiller5 ; tout est à rebâtir.

Le 18 mai 1655, des habitants de Leiterswiller sont recensés sur une liste de contribuables – Steuerliste. Les habitants sont imposés à hauteur de 5 gulden 5 schilling. Leurs noms ne sont malheureusement pas mentionnés, ni leur nombre.

Vers 1657, six familles d’origine suisse se répartissent sur les hameaux de Kuhlendorf et de Leiterswiller. On ignore la répartition exacte entre les deux hameaux.

En 1660, on dispose cette fois de données plus précises, et en partie nominatives. Quatre familles résident à Leiterswiller et sont redevables du Herrenbeth, la taille. Chaque feu paie également 1 schilling pour le Leibbeth, la taille personnelle, issu de l’ancien servage. Un certain Hans SCHNEIDER est cité et doit livrer une portion de sa récolte d’épeautre à son seigneur, soit 12 viertels. Un autre, Adam WOLFF, qui (s’il s’agit bien de la même personne) était indiqué marchand de sel – Saltzhändler – domicilié à Schwabwiller vers 1657, est lui redevable de 25 viertels d’épeautre. Adam WOLFF sera à nouveau indiqué dans les habitants de Schwabwiller dans un recensement de 1663.

En 1661, seules trois familles paient le Leibbeth. Un nota bene dit qu’un Suisse est parti cette année là du village – hiebey is zue merckhen, das ein Sweitzer inn diesem Jahr weckhgezogen, derowegen 1 schilling abgehet. On ignore son nom, mais sans doute est-ce en fait Adam WOLFF. Hans SCHNEIDER est le seul exploitant agricole à payer le Weeggeld, la taxe de pesée sur la balance publique, ce qui pourrait bien confirmer le départ d’Adam WOLFF.

En 1663, figurent à Leiterswiller les chefs de famille suivants : Hans SCHNEIDER, Samuel STÖBLER et Christmann SPINNINGER. Ils doivent payer une redevance pour soutenir la guerre opposant les Habsbourg à l’empire ottoman. Il s’agit sans doute des trois familles suisses dont il était déjà question deux ans auparavant. Peut-être étaient-elles déjà présentes en 1660 voire même en 1657. Christmann (aussi Christian) SPINNINGER ne restera à partir de ce moment-là plus très longtemps à Leiterswiller puisqu’il sera mentionné dans la liste des habitants de Rittershoffen en janvier 1667, comme bourgeois propriétaire de deux chevaux.

Première occupation pérenne des deux fermes (1665-1668)

Si certaines familles de la localité de Leiterswiller ont peut-être reconstruit leur existence dans les villages voisins du bailliage que sont Rittershoffen et Hatten, elles ne semblent donc pas avoir souhaité y revenir par la suite, suggérant l’abandon par les autochtones d’un hameau en piteux état.

Cet état de fait est corroboré par une archive datée de 1665, le comte Johann Reinhard de Hanau‑Lichtenberg invite Christmann BÜRCKEL et ses enfants à réinvestir la grande métairie de Leiterswiller. On y apprend que deux familles d’origine suisse l’ont occupée d’une manière très libre voire sauvage, sans contrat en bonne et dûe forme semble-t-il. Sans doute s’agissait-il des familles STÖBLER et SPINNINGER, qui quitteront bien les lieux après l’arrivée des BÜRCKEL. On apprend également que la grange de la grande métairie venait juste d’être construite, suggérant un apport financier du comte au préalable de cet accord :

« Nous le Seigneur Jean René comte de Hanau

attestons par la présente que nous sommes liés avec Christmann Bürckle, du canton de Berne, avec l’accord suivant : premièrement je lui laisse au nom et par ratification de la Noble Seigneurie, la grande métairie à Leiterswiller, comprenant la grange nouvellement construite, les étables, les jardins, les terres et prés, qui ont été habités et dont ont joui deux Suisses ici-même et jusqu’à ce jour, et que Christmann avec ses fils et ses gens devront chasser et rendre propre ces biens qui ont été saccagés. A partir de ce jour, et pour 12 années complètes, et en fait il a été discuté, que, parce que sa période de bail à Stuttgart ne se terminera que pour le 2 février 1667 (« auf Lichtmess »), Christmann déclare envoyer à cette ferme, en l’An 1666, deux de ses fils, avec les bêtes et chevaux nécessaires et devront dresser les biens et construire jusqu’à l’arrivée du père. Par là il a été clairement déterminé et accordé, que pendant les 6 premières années, parce que les biens sont encore en contruction et en rénovation, chaque année, à la Saint-Martin, de livrer les impôts à la trésorerie du château, à savoir 8 viertels de seigle, 8 viertels d’épeautre, 8 viertels d’avoine, excepté donc les 6 premières années. Et après que Christman et les siens auront déménagé sur ce bien, ils pourront y rester, plus tard il sera accordé par la Noble Seigneurie qu’ils soient libérés de certains impôts (corvée et autres) hormis la taille, et que si la grange nouvellement bâtie leur serait trop petite, qu’ils en construisent une nouvelle, par cet acte, il a été établi deux exemplaires du bail, l’un pour chaque partie, et a été signé par sa Noble Seigneurie, de sa propre main. Acté à Hatten, le 27 décembre 1665.»

La famille BÜRCKEL est originaire du canton suisse de Berne et plus précisément du village de Niederwachdorf. La famille a initialement émigré vers le proche duché de Württemberg à Maur, une ferme isolée de la paroisse de Münchingen, près de Stuttgart, où elle est arrivée vers 1654.

Un second métayer, Hans SCHNEIDER, apparait dans les documents lors de la ratification des baux des deux métairies en 1667. Ce dernier, visiblement d’origine suisse (sa fille aînée est calviniste) et déjà mentionné en 1660, commence très fort cette nouvelle période puisqu’il écope d’une amende de 8 florins pour insubordination la même année – wegen Unngehorsambs. On lira ensuite en 1668 qu’il n’a toujours pas prêté serment – soll seine Eydspflicht ablegen.

Les baux qui débutent à la St Martin (11 novembre) de l’an 1666 ont été ratifiés le 15 mai 1667 pour les deux métayers Christmann BÜRCKEL (pour 6 ans) et Hans SCHNEIDER (pour la même durée). Christian STEINMANN, le gendre de Hans S., quant à lui, arrive le 20 avril 1667 dans le village et travaillera sur la métairie de ce dernier. Le bail convenu de douze ans avec BÜRCKEL semble en fait être un bail de six ans reconductible une fois. Quant à ses redevances en grains, il n’est plus fait mention de l’exemption sur les six premières années… Le registre de comptabilité de la même année le confirme, car il indique bien ces engrangements de 8 viertels pour chacune des trois céréales, sur la période 1667-1672 (sur les récoltes de Christmann B.). Les redevances pour Hans S. sont un peu inférieures, à savoir 3 viertels de seigle, 9 viertels d’épeautre et 5 viertels d’avoine, suggérant un domaine de fermage un peu moins étendu pour cette seconde métairie. Son bail indique un ratio de 17 % du produit récolté, à payer en argent liquide. Les deux métayers disposent chacun d’un nombre de chevaux conséquent, quatre, ce qui est tout de même important ; peu d’exploitants du bailliage de Hatten en possèdent plus, cinq étant le maximum en ce mois de janvier 1667.

On apprend également dans ces actes relatifs aux baux des métairies que la seigneurie souhaite la rénovation du logis de la ferme de Christmann B., ainsi que de la grange et de l’étable attenantes. Elle insiste sur la nécessité de réparer la toiture, aux frais du receveur bailliager – sonderlich am dachwerck, jedoch auf das genaueste reparirt : und aus der Ambt Schaffnerey bezahlt werden. L’administration demande aussi, du fait que la maison de la ferme donne sur la route du village, qu’elle serve également d’auberge, afin de pouvoir prélever la taxe sur les boissons qu’est l’Umgelddieses Haus weylen es ahn der Landstrass gelegen, wann es ums etwas ausgebessert würdte, zum Wirthshaus dienen, unnd gnädigste Herrschaft ettwas ahn Umbgeldt ertragen. Le comte de Hanau-Lichtenberg a en effet tout intérêt à ce que l’économie du hameau reprenne. Cette auberge est à l’emplacement actuel du restaurant Au Léopard, au carrefour central du village. La famille SCHNEIDER, quant à elle, ne peut se loger directement à la ferme de Leiterswiller, jugée dans une situation pire encore que la grande ferme des BÜRCKEL – ist mit der Behausung und Scheuren noch übeler, alss voriger versehen. La seigneurie le prie d’utiliser en attendant la maison forestière de la forêt de Hatten – das Ihme das Jagdhaus im Hattener Waldt überlassen. La seigneurie indique également qu’elle va faire reconstruire la grange pour la seconde métairie, et propose à Hans S. de racheter la ferme en capital par la suite, en versements échelonnés.

La comptabilité seigneuriale nous indique les investissements de l’administration comtale en 1667 pour les deux métairies de Leiterswiller, puisqu’on y relève des dépenses en matériaux de construction (bois, fer, terre-cuite). Les divers artisans ayant oeuvré sont également payés : le potier de Seltz, le charpentier Michel MEYLING, le maçon tyrolien Peter SCHLATTERER et le forgeron Georg WEYDEL.

Christmann BÜRCKEL n’a pas pu profiter bien longtemps de sa nouvelle situation à Leiterswiller, puisqu’il décède le 14 janvier 1668, à 60 ans. Ce sont ses deux fils Hans et Nicolaus qui prennent sa suite. Hans BÜRCKEL, son aîné, est alors investi de la grande ferme seigneuriale. Si la charge n’est pas héréditaire, l’administration seigneuriale choisit cependant de la transférer sur les enfants du porteur. Toujours la même année, il y a encore des dépenses pour la ferme de Hans BÜRCKEL, les différents corps de métier y sont à nouveaux très actifs dans les travaux de rénovation et de construction des deux étables et des autres bâtiments.

On peut également y prendre connaissance que les HARST, une famille aisée de Bouxwiller, presse en 1668 l’administration hanauienne pour que ses terres à Leiterswiller puissent être mises en bail rapidement – damit ich wiederumb so viel möglich nach und nach zu meinen Gülthen gelangen und kommen möge5.

On voit donc que la seigneurie avait posé de bonnes bases pour la reconstruction et un retour à la prospérité, tout relative, du hameau d’alors. Les autres propriétaires terriens avaient tout intérêt à en faire de même. La commanderie de l’Ordre Teutonique installée à Wissembourg, qui avait alors le droit de patronage sur l’église de Leiterswiller et qui possédait également des terres à proximité de l’église, ou plutôt de ce qu’il en restait, n’est pas citée. Néanmoins, il y a des indices laissant penser que les chevaliers ont également à nouveau affermé leurs terres sur le ban de Leiterswiller, à partir de la Contre-Réforme, conséquence de l’arrivée de l’administration française de Louis XIV, au début des années 1680.

Répertoire des assujettis du bailliage de Hatten (1668)

Le 23 novembre 1668, a été établie par les autorités hanauiennes, un répertoire des assujettis des quatre gros villages lesquels doivent acheter des seaux à incendie – Verzeichnuse de Unnderthanen in den 4 großen Dorffschaften, welche feur eymer kaufen sollen…(cf. note de fin).

Ce répertoire est important, car il permet de déterminer avec précision les principaux habitants du bailliage de Hatten. Non seulement les habitants des quatre villages principaux sont indiqués, mais aussi ceux des villages les plus modestes, dont Leiterswiller. Le document présenté sous forme de liste indique les chefs de famille/foyers pour chaque localité, ceux qui sont assujettis au devoir d’acheter un seau à incendie, et ceux qui en sont exemptés. Parfois est même indiquée leur profession. Ce document cite-t-il de manière exhaustive l’ensemble des foyers habitant le bailliage ? Il est probable que non.

Néanmoins, on peut supposer que chacun de ces foyers disposait d’une habitation propre, habitation qui devait être préservée du feu à l’aide de ces seaux. On note que les ecclésiastiques n’étaient pas cités, parce qu’ils disposaient peut-être d’un statut privilégié les exemptant d’office de cette charge ; évidence sans doute que chaque habitant se devait de porter secours à son pasteur.

A Leiterswiller, les deux métayers Hans BÜRCKEL et Hans SCHNEIDER sont les seuls chefs de feux cités, dans ce document.

La vie à Leiterswiller (1669-1674)

En 1669, la seigneurie finance la construction d’une nouvelle grange pour Hans SCHNEIDER, promise en 1667. L’œuvre est confiée aux charpentiers Wolf Johan ADEL et Johan Jacob WUCHERER – von einer newen Scheuren so Hans Schneidern soll gebauen werden.

La même année, un banquet, auquel assistent les trois charpentiers ainsi que 34 autres convives, est donné à l’auberge de Hans BÜRCKEL pour fêter la construction de la grange de la grande métairie de Leiterswiller – bey Hans Bürckhele dem Würth zu Leuttersweiler, ist durch die 3. Zimmerleuth und 34 Unterthanen daselbsten verzehrt worden als die Scheuer alda ufgeschlagen worden, den 15 Septembris 1669. Nous noterons au passage la confirmation que le métayer est maintenant bel et bien également aubergiste, comme l’avait demandé l’administration. Quelques semaines plus tard, une collation de vin est donnée à l’auberge en l’honneur de la construction de la maison forestière de Leiterswiller – item Hans Bürckhele dem Würth als das Jagdhaus zu Leuttersweiler aufgeschlagen worden, vor Wein so den Bürger gegeben worden, lauth Zettel zahlt des 8 november 1669 – et aux frais du seigneur.

Si la famille d’origine suisse BÜRCKEL semble désormais bien intégrée, leurs serviteurs et parents ont pourtant été rappelés à l’ordre en 1670. On apprend ainsi que deux de ses valets ont barré la route au pasteur d’Oberbetschdorf, et que son beau-frère habitant à Hohwiller a proféré une injure. Ils ont pour cela écopé d’une amende. Cette année-là, on note qu’un autre Suisse habite à Leiterswiller, un certain Nicolaus HÜBLER, qui paie le droit de protection des manants pour le dernier trimestre – item gibt Niclaus Hüeble aus der Schweitz für das vierdte Quartal Schirmbgeldt.

Toujours en 1670, Christian STEINMANN, le gendre de Hans SCHNEIDER apparait pour la première fois comme métayer, ou plutôt comme co-métayer de la seconde métairie, au même titre que son beau-père. Sa redevance est de 3 viertels pour chacune des trois céréales, donc la plus faible des trois métayers de Leiterswiller. En outre, il a une petite production de bière de 6 grands ohms (environ 900 litres) – 6 gross Ohms Bier – au troisième trimestre puisqu’il doit s’acquitter du droit d’accise. En comparaison, les frères BÜRCKEL quant à eux, ont une production de boisson alcoolisée bien plus importante, plus précisément 49,5 grands ohms pour cette année-là (environ 7400 litres), dont 20 grands ohms sur la même période que Christian S. A la fin de cette année-là, le receveur Theobald PFENDER indique que les villages de Leiterswiller et de Kühlendorf sont habités par des familles d’origine étrangère, ce qui semble bien confirmer que les SCHNEIDER ne sont pas du cru – diese beyde Dörfer seind mit Landtsfremden Leuthen so Herrschaftlichen Meyer bewohnt.

En 1671, on fête cette fois la construction de la maison de Nicolaus BÜRCKEL – item Niclaus BÜRCKEL zu Leuttersweiler ahne Zehrung zahlt so wegen des newen Hauses alda. Cette année-là Christian STEINMANN ne paiera pas de droit d’accise. On apprend dans le registre paroissial que l’un des valets de la grande métairie est Hans FUCHS, un suisse originaire de Diessbach, canton de Berne. On ignore si c’est l’inculpé de 1670, car il n’apparait dans le registre paroissial d’Oberbetschdorf qu’à partir du 15 janvier 1671, jour où il se marie avec Anna, une servante d’origine suisse. La famille FUCHS s’installera durablement dans le village. Un autre couple, originaire de Diessbach, se maria le même jour au même endroit, Hans ESCHELMANN, aussi journalier à Leiterswiller, avec Barbara FUCHS. L’époux décédera à Leiterswiller deux ans plus tard. A noter également que Barbara BRENTZIGHOFFER, qu’épouse Hans BÜRCKEL à Münchingen en 1661, est aussi originaire de Diessbach, ceci expliquant sans doute ce regroupement à Leiterswiller. En outre, un berger, Peter JUTZI et son épouse Anna sont également mentionnés lors de la naissance de jumeaux le 22 février 1671 à Leiterswiller.

Anna Catharina SCHNEIDER, la fille de Hans SCHNEIDER épouse le 2 juillet 1672 Ulrich LUTTI d’origine suisse, fils de Samuel LUTTI, un tonnelier de Hatten. A cette occasion les festivités ont lieu chez Hans SCHNEIDER, il doit pour cette raison payer un droit d’accise – item hat Hans Schneider alda seines Dochter Hochzeit gehalten in seinem Haus ist ihme solches vor Ambt erlaubt und ahn Ohmgeld zu liefern gesetzt worden so ich empfangen 1 Gulden. Christian STEINMANN reprend sa production de bière au second trimestre 1672, peut-être pour le besoin ponctuel du mariage de sa belle-sœur ? C’est la dernière année où il en produira.

En 1673, on voit réapparaitre l’immigré suisse Nicolaus HÜBLER qui paie le droit de manance pour l’année complète. Ce dernier est encore mentionné en 1674 dans le registre paroissial d’Oberbetschdorf puis disparaît. Hans FUCHS paie également la manance en 1673. Les frères BÜRCKEL paient à compter de 1673 en guise de taxe d’habitation pour la nouvelle maison seigneuriale la somme de 15 Gulden, et pour la seconde maison 8 Gulden. Hans SCHNEIDER et Christian STEINMANN se partagent, pour moitié, un impot de 9 Gulden, pour la troisième maison seigneuriale.

Cette année est marquée aussi par le paiement du premier canon du second bail, le premier bail s’étant clos à la St Martin 1672. Si on ne dispose pas des actes des baux, le registre de comptabilité nous indique que les redevances ont presque doublé. Les baux ont une durée de 6 années (période 1672-1678) et en voici les redevances :

  • Hans et Nicolas BÜRCKEL : 12 viertels de seigle, 14 viertels d’épeautre, 14 viertels d’avoine.
  • Hans SCHNEIDER : 6 viertels de seigle, 9 viertels d’épeautre (pour les 3 premières années et 10 viertels les trois suivantes), 9 viertels d’avoine.
  • Christian STEINMANN : 4 viertels de seigle, 8 viertels d’épeautre, 4 viertels d’avoine.

La Guerre de Hollande et ses effets sur le village (1674-1678)

Ce bel élan de reconstruction est malheureusement stoppé net par la guerre suivante, certes plus courte mais qui a fait dans le hameau beaucoup de dégâts.

Christian STEINMANN décède le 18 août 1674. En octobre 1674, les métayers seigneuriaux de Leiterswiller demandent et obtiennent des remises en partie de leurs fermages, car ils sont dans l’impossibilité de rentrer les foins, et à cause de la perte de céréales piétinées par les troupes françaises qui campaient à 5-6 heures de là ou par la garnison de Soultz5. Les frères BÜRCKEL, Hans SCHNEIDER et la veuve de Christian STEINMANN sont nommés sur ce document. La comptabilité de 1674 indique bien que les trois métayers ne sont redevables que de la moitié de leurs canons, qu’ils ne pourront pourtant pas livrer. Les poules ne pourront pas être fournies non plus pour le carnaval, car les soldats français n’ont laissé que les plumes – in diesem Jahr weilen die Frantzosen alles Geflügel weggenommen, vorstehende Hüner und Cappen nicht eingebracht werden können

En 1675, Leiterswiller est un village abandonné – weilen Kriegshalben dieser Zeit kein Mensch alda wohnen. La population de Leiterswiller se réfugie au château de Hatten comme de nombreux villages alentour5. Hans SCHNEIDER décède cette même année, la seconde métairie semble donc vouée à être reprise par un nouveau porteur. Seul l’avoine est livré cette année-là. Les BÜRCKEL ne livrent que 9 viertels sur les 14 redevables, Hans SCHNEIDER et consorts 5 viertels au lieu des 9 ; la veuve STEINMANN ne livre rien du tout.

En 1676, les troupes françaises incendient la nouvelle maison seigneuriale de la grande métairie des frères BÜRCKEL, récemment construite – ist dies Jahr durch die Frantzosen abgebrandt worden. Terribles pertes : tout est à nouveau à reconstruire. La même année, les trois métayers et consorts ne livrent évidemment aucune redevance, ni aucun gallinacé au château de Hatten.

En 1677, il n’y a toujours personne qui habite à Leiterswiller – weilen dies Jahr niemandt alda wohnen, weniger das weggeldt einfordern können. En 1678, on note que le Weeggeld est cette fois-ci payé, donc les BÜRCKEL sont certainement de retour. Le 11 novembre 1678, les baux arrivent à terme. De nouveaux contrats ne débuteront qu’à la St Martin de l’année suivante. Une année s’écoule ainsi sans aucun contrat officiel.

La reprise à partir de 1679

Hans BÜRCKEL reconstruit sa maison en 1678/79 et ne livre qu’un peu d’avoine à la St Martin 1679 – weilen seine Lehnung vor einem Jahr zu End gangen, er auch allererst wider anfangen bauen, vor dies Jahr uf Ratification gehandelt, dass er mehr nicht ahn Gülth geben. Le nouveau bail, d’une durée de 9 ans cette fois, indique un échelonnement des impôts, notamment la taxe d’habitation (8 Gulden les cinq premières années, puis 10 Gulden les quatre années suivantes). Les redevances céréalières sont également augmentées progressivement : 5 viertels pour chacune des trois céréales la première année, 8 viertels les trois années suivantes, et enfin 12 viertels de seigle, 14 viertels d’épeautre et d’avoine les quatre dernières années du bail.

Michel FISCHER, son épouse Maria Barbara GULDIN et leurs nombreux enfants, sont des colons souabes qui sont arrivés à Leiterswiller au printemps 1679, en provenance du duché de Württemberg. Ce sont eux qui reprennent en charge la seconde métairie, celle de feu Hans SCHNEIDER – Hinngegen hat Michel Fischer aus dem Würtenbergerland deren Haus und Gütter bezogen. Michel FISCHER négocia alors le bail de la seconde métairie dans les mêmes conditions que Hans BÜRCKEL. Les deux baux sont ratifiés par la seigneurie le 20 juin 1680.

La famille FISCHER était antérieurement établie dans la seigneurie de Weitenburg et de Sulzau sur la période 1658-1669, et même avant cela pour l’épouse, puisqu’elle est originaire de Sulzau, petit hameau jouxtant le jeune fleuve Neckar. A peine arrivés à Leiterswiller, Michel F. et sa famille sont déjà à la tâche : en 1679, ils doivent en effet restaurer leur ferme fraîchement récupérée, qui a été laissée dans un état jugé inhabitable – Indeme sonsten kein Menschen disen Heusern wohnen können – suite aux dégâts occasionnés par le passage des troupes lors de la récente Guerre de Hollande. Mais cela va coûter un certain montant, car Michel F. est exonéré de la taxe d’habitation de cette année en raison des coûts de construction auxquels il doit faire face – dass er wegen angewandter baw Costen, dis Jahr kein Zins geben sondern gegeneinander ufgehoben. Hans BÜRCKEL aussi est exonéré de la taxe d’habitation de 1679. Il est indiqué que l’une de ses deux maisons est en ruine – ruinirt.

En 1680, une nouvelle famille, celle de Christophe RUFFENACH, d’origine suisse et plus exactement de Vechigen, canton de Berne, et de son épouse Anna Maria FRITZ, la fille ainée d’un maçon de Weilimdorf, près de Stuttgart, où la famille était précédemment domiciliée, s’installe à Leiterswiller. Il est indiqué que Christophe RUFFENACH a une traite en retard, sur le bien qu’il a acheté à un autre propriétaire terrien, le (feu) sieur de BUCH – und zwar durch Juncker Ambtmann Buchen seelig ein Lehens Plähnel worauf er ein Haus gebawen den 4.Juny 1680 umb 15 Gulden überlassen -, bien sur lequel il construisit sa maison. Le vendeur était le noble Philipp Ludwig von BUCH, bailli et maître d’hôtel du comte de Hanau à Woerth (cité en 1681).

Les RUFFENACH s’installeront définitivement à Leiterswiller.

En 1681, même si sa famille y habite désormais, FISCHER fait réparer encore beaucoup d’éléments des différents bâtiments de la métairie, notamment une partie de la maison seigneuriale, les portes de la grange, etc. Il fait également appel au charpentier de Rittershoffen Michel MEYLING pour ces travaux.

Hans BÜRCKEL et Michel FISCHER signent en 1684 un contrat pour racheter chacun la ferme (avec dépendances) dans laquelle ils vivent. L’acte de vente est établie par le sieur SCHALLER. Le prix de vente est fixé à 250 Gulden pour chaque ferme. La somme sera à payer en cinq échéances de 50 Gulden, chaque année le jour de Noël, entre 1684 et 1688. Promesse que les deux familles, avec l’accord du comte de Hanau-Lichtenberg et de ses administrateurs, ont l’intention de s’installer durablement dans la localité.

Les effets de la Contre-Réforme à Leiterswiller à partir de 1683

Hans Jörg FISCHER, fils aîné de Michel, fait baptiser son fils aîné Jean Boniface FISCHER vers 1686 par le curé de Stundwiller. Le parrain est Jean Boniface JAEGER, bailli de la commanderie de l’Ordre Teutonique à Wissembourg. La marraine est Anne Marie de ZOLLER, fille de Jacques de ZOLLER (~1628‑1691), agent à Strasbourg du duc Charles IV de Lorraine et anobli en 1674.

La noble demoiselle est la belle-sœur de Johan Georg HELDERICH, catholique natif de Haguenau3 et bailli du comte de Hanau pour les bailliages de Hatten, Woerth et Niederbronn (administrant par conséquent le ban de Leiterswiller).

La famille FISCHER avait jusque-là fait baptiser ses enfants dans le culte protestant – en 1679 et 1682 avec les benjamins de Michel FISCHER et de Barbara GULDIN. Elle retrouve ici la religion qu’elle avait sur sa terre d’origine, en Souabe.

Louis XIV, après la prise de Strasbourg en 1681, n’a cessé d’accroître son pouvoir en obligeant les seigneurs locaux de la province d’Alsace à nommer des baillis de confession catholique4. Cela n’est qu’en 1683 que la période de recatholicisation entreprise par l’évêché de Spire débute dans ce secteur de l’Outre-Forêt2, notamment à Stundwiller, un village proche de Leiterswiller. Jean Valentin TUGELIUS, le curé de Stundwiller, s’introduit dans le registre paroissial catholique de ce village comme étant un Reformator, l’un des artisans de la recatholicisation de la campagne alsacienne.

Les familles alliées aux FISCHER, demeurant à Leiterswiller, en feront de même. Joseph KELLER le berger, futur gendre de Michel F., fait également baptiser sa fille ainée le 14 avril 1684 par le curé de Stundwiller.

La fille Johanna de l’ancien métayer Hans SCHNEIDER, désormais mariée avec Jean Georges NIESS de Hoffen, où le couple est domicilié, a également changé de religion. Encore citée calviniste en 1680, on la retrouve mère d’un fils baptisé le 19 avril 1684 par Jean Valentin TUGELIUS.

Ce retour au culte catholique, alors que le seigneur des lieux est luthérien, sera mal perçu par l’administration du bailliage, comme nous le verrons un peu plus loin.

Nouveaux arrivants, nouvelles constructions à partir de 1685

Le berger Joseph KELLER est mentionné dans le registre de comptabilité de 1686 ; il a acheté des terres caduques pour construire, et doit payer des intérêts. Ulrich STROHM paie la manance cette année. Il s’installent tous deux durablement dans le hameau. En 1687, Joseph K. et un nouvel arrivant Hans Jacob GIESSI le forgeron paient la manance pour l’année complète, mais également des intérêts sur un emplacement de construction. Ulrich STROHM apparait à nouveau en payant la manance le premier trimestre 1691. La même année, Michel FISCHER achète un terrain de construction et paie des intérêts.

En 1692, Jacob FEUERSTEIN meunier à Hoffen, d’origine autrichienne, et Hans Michel SCHNITZLER, un suisse d’une famille de vachers établie à Hoffen, paient une amende, ayant eu une rixe dans l’auberge de Hoffen et s’étant dit des injures…

Hans BLUM arrive petit enfant – kleiner Bub – à Leiterswiller vers 1692-1693 (depuis n’a plus la moindre nouvelle ni de ses parents ni de ses frères et sœurs), devient manant en 1698 après avoir acheté une petite maison à Michel FISCHER, puis métayer seigneurial à Leiterswiller en 1707. Il est originaire d’Altenau, électorat de Baden-Durlach ou de Baden-Baden, selon son testament. Il s’installera aussi durablement dans la localité et décédera à Leiterswiller le 4 janvier 1729 après une pénible et douloureuse maladie.

On retrouve ensuite Hans Michel SCHNITZLER qui paie la manance à Leiterswiller le premier semestre de l’année 1694. Il sera le gendre de Michel FISCHER, en épousant sa fille cadette Maria, à la même époque. A partir du second trimestre 1694 apparait Hans Nicolaus WEIMER, qui avait épousé Catherine STROHM, la fille d’Ulrich S., sans doute établie à Leiterswiller à ce moment-là.

L’année suivante, Nicolaus W. achète un terrain de construction.– kleiner Hausplatz so caduc bey der Kirch alda gelegen zum bauen abgeschetzt um 8 Gulden. Durst MÜLLER paie la manance pour le dernier trimestre 1694.

On peut à ce moment-là déjà dresser un petit pointage démographique : Leiterswiller, qui comptait sept maisons occupées en 1691, en compte maintenant neuf en 16955.

Christmann VOGEL paie la manance à partir du 1er trimestre de l’année 1696. Benedict FISCHER, le fils cadet de Michel, à compter de 1697. Son père décède fin février 1699. Il est à ce moment-là confirmé que son fils aîné Hans Jerg est désigné pour lui succéder à la gestion de la métairie, depuis la St Martin 1697. Les deux derniers baux étaient répartis sur les périodes 1679-1688 et 1688-1697. Il y a néanmoins une difficulté. Michel F. avait officiellement souhaité répartir sa métairie en trois tiers, un tiers lui revenant, un pour son fils Hans Jerg, et le dernier pour son gendre, le sanguin Hans Michel SCHNITZLER, qui a déjà été évoqué… A sa mort son tiers aurait dû revenir à son fils Hans Jerg. Voici une traduction de ce qu’a écrit le greffier Mader à ce sujet :

«Alors que les métairies seigneuriales de Leiterswiller ont à nouveau été mises en bail, Michel Fischer le Souabe ici-même a fait inscrire son fils Jean-Georges en même temps que lui, et lui a donné un tiers des biens. Il y a un an, il a essayé de donner également un tiers à son gendre Jean-Michel Schnitzler, ce qui lui avait été permis car le dit Michel Fischer est décédé il y a quelques jours et que sa veuve ne peut poursuivre la métairie. Cette dernière pensait qu’elle pouvait partager le bien entre ses nombreux enfants, or parce que ce sont des valets désordonnés qui se permettent de nuire à la noble seigneurie, déjà parce qu’ils sont tous catholiques et qu’ils ont déjà causé beaucoup de difficultés, en particulier pour la redevance que Monsieur le pasteur de Betschdorf a dû ici leur réclamer. Ils croyaient qu’ils pouvaient la donner à leur curé, de plus on a pu les entendre faire toute une montagne avec ce vieux décès, mais comme ce n’est pas un héritage qui va nécessairement aux enfants, comme je vous l’ai déjà dit et dont j’ai demandé en secret encore quelqu’un d’autre – étant donné que Laurent Hermann le métayer de Kuhlendorf s’est annoncé vouloir reprendre le bien pour son fils afin de bâtir ici une nouvelle métairie – j’ai été envoyé ici par vos seigneurs pour vous dire que pour Jean Georges, lequel est encore en métayage, sa période de bail doit arriver à son terme et qu’ensuite les deux autres tiers pourraient lui revenir également. A Schnitzler, il n’y a rien à lui laisser, et il peut déjà laisser tomber le tiers qui lui avait été transmis initialement, étant donné qu’il n’est pas concerné par le bail. Il avait promis de construire une maison ce qui n’est pas arrivé. Par cet acte, il doit quitter le village avec sa bru et on y mettra d’autres personnes à leur place, telle est la volonté et l’ordre de votre Seigneur. Votre Seigneur.   Hatten, le 2 avril 1699.   Son Obéissant Serviteur. JH Mader »

Concernant cette seconde métairie, on apprend sur un acte établi sept jours plus tard, qu’elle est partagée par moitié entre Hans Jerg FISCHER et Lorentz HERRMANN de Kuhlendorf. En rappelant que la famille FISCHER, pour plusieurs raisons, n’était pas correcte – aus verschiedenen Ursachen nicht allerdings anständig seyen. Le bail court de 1697 à 1706. La grande métairie est quant à elle partagée par moitié entre Hans BÜRCKEL et son gendre Diebold NIESS depuis 1697. Hans B. étant sans doute moins rebelle a eu moins de problème que son voisin.

Hans Jerg F. construit une maison en 1699 ; il a besoin d’un charpentier de Kutzenhausen, paie donc la dime sur ses services. Schnitzler ne paiera pas la manance en 1699.

En 1700, en plus des quatre métayers il y a dix manants à Leiterswiller : Benedict Fischer, Joseph Keller, Hans Blum, Hans Fischer, Hans Fuchs, Hans Peter Beurlen, Durst Muller, Ulrich Strohm, Velten Klein un jeune célibataire et Hans Michel Schnitzler pour les 2 premiers trimestres.

D’autre familles viendront encore par la suite, notamment les DIEBOLT, qui vont occuper la maison de Hans BLUM à partir de 1707. Le moment d’un premier état des lieux, d’une première photographie du village et de ses occupants, est arrivé. Cette démarche aura lieu quelques années plus tard, à compter de 1722.

Livre terrier de Leiterswiller 1722-1726

La plus grosse partie du livre présenté ici, notamment la description des parcelles, est une copie d’un original. Il était jadis utilisé par la commune de Leiterswiller. Il possède davantage de renseignements que l’original, notamment en ce qui concerne les paragraphes appelés modo. Il s’agit d’ajouts : on mentionne les nouveaux propriétaires d’un bien, ainsi que la date de la transaction. La transaction, établie entre l’ancien et le nouveau propriétaire du bien était consignée dans un protocole, un acte notarié rédigé par le greffier de l’administration territoriale. Dans le cas qui nous concerne ici, le greffier du bailliage de Hatten.

Ce livre est également appelé un terrier ou livre terrier, puisqu’en plus des terres, il répertorie méticuleusement toutes les parcelles du ban communal ainsi que les immeubles et leurs propriétaires ou locataires. Il s’agit de l’ancêtre du cadastre dit napoléonien qui est apparu au début du 19e siècle. Le cadastre napoléonien de la commune de Leiterswiller a été initié en 1825. Ce terrier établi sur la période 1722-1726 permettrait de faire un pont entre le 18e siècle et 1825. Concernant la chronologie du terrier, on ignore l’ordre de mesure des parcelles mais on peut admettre que la photographie des immeubles du village a eu lieu vers 1725.

Le livre terrier comporte une introduction qui indique que, sur ordre du roi en 1715, il a été décidé de procéder à un inventaire méticuleux de toutes les parcelles des bans de Basse Alsace. C’est en 1722 que le bailliage de Hatten a décidé de procéder à celui du ban communal de Leiterswiller. Y sont cités les signataires, notamment, ainsi que les principaux administrateurs locaux.

Le texte enchaîne ensuite sur la description des lignes de séparation (Scheide) du ban communal. La partie suivante nous décrit les unités de mesures utilisées. Celle d’après se rapporte à la partie “Dorf” du terrier, avec la description des parcelles bâties et non-bâties, au nombre de vingt, à proximité des habitations du village, la plus intéressante. Les parties suivantes concernent les terres, les prés ainsi que les forêts. Ces parties constituent la plus grande partie du livre terrier, lequel comporte plus de 400 feuillets.

Certaines des mesures sont données en pieds (Schuhe) ; les mesures en pieds peuvent varier d’une région à une autre, la conversion en Mètre est faite avec 1 Pied à 32 cm (1 m = 3 pieds) : la conversion est donc approximative (d’autres sont en Ruthen ou en Vierzels). Elles sont décrites dans la partie Messen du terrier.

Les mesures ont cependant été converties en ares pour faciliter la lecture. La période d’occupation concerne l’occupant du moment ; les prédécesseurs indiqués sont issus de recherches faites sur les registres paroissiaux, sur les actes notariés (inventaires après décès, actes de ventes, actes divers) et sur les documents seigneuriaux (registre de comptabilité du bailliage de Hatten principalement, registres relatifs aux métairies). Enfin, les périodes indiquées et les autres précisions pour les occupants, sont également issues des recherches effectuées sur les familles concernées.

La description de la partie Dorf commence en venant d’Oberroedern (rive droite) et remonte jusqu’à l’actuelle église protestante. Hans BLUM est le premier habitant de l’autre coté de la route à être mentionné. A partir de là, la description du village revient vers le centre du village, puis remonte un peu la route de Rittershoffen, avant de terminer coté Seltzmatt avec l’auberge des BÜRCKEL. Il y a là 14 maisons.

Parcelle n° 1 :                        12,17 ares
Description : Une petite maison à un niveau, la cour, la ferme avec étable, jardin et dépendances. Se situe d’une part à côté de la route du village, d’autre part en partie à coté de la parcelle n° 2 et en partie à côté de la parcelle n° 5. Devant donne sur ladite route et derrière sur le Brück Etzel.
Occupant : Agatha KERER et ses enfants, originaires de Weitbruch. Son époux en secondes noces est le cordonnier Johannes DIEBOLT, qui vit chez elle
Prédécesseurs : Michel FISCHER (1691?-1698), Hans BLUM (1698-1707)
Période d’occupation : à partir de 1707
Successeurs : Philipp GRAFF le jeune (1750-1771), Bernhardt ROTT de Hoffen (1771)

Parcelle n° 2 :                        9,06 ares
Description : Une nouvelle grange avec une étable à l’arrière, cour et ferme, à coté d’une maison à deux niveaux. Se situe d’une part en partie à côté de la parcelle n° 1, et en partie à coté de la parcelle n° 3, et d’autre part à coté de la parcelle n° 8, donne devant sur la route communale, derrière en partie sur Martin DIEBOLT et en partie sur la parcelle n° 5. Par cette ferme, il y a un droit de passage pour les possesseurs des parcelles n° 3 et n° 4.
Occupant : Benedict FISCHER, laboureur, fils cadet de Michel FISCHER
Prédécesseurs : Hans SCHNEIDER (1667-1674), Michel FISCHER (1679-1699)
Période d’occupation : 1699-1752, puis ses héritiers
Successeurs : Pour une moitié : Philipp GRAFF (1762-1766) puis Joseph DIEBOLT Jr.(1766)

Parcelle n° 3 :                         2,08 ares
Description : Une petite maison à un niveau, et la moitié d’une grange nouvellement construite, des étables et la petite cour, d’une part à coté de la parcelle n° 2, d’autre part à côté de la parcelle n° 4, donne devant sur la parcelle n° 8, derrière sur son propre jardin. Il y a un droit de passage par la cour de la parcelle n° 2.
Occupant : Joseph DIEBOLT, laboureur, fils ainé de Johannes DIEBOLT, le cordonnier et de Dorothea TAPECKER
Prédécesseurs : inconnus
Période d’occupation : jusqu’en 1754, puis ses héritiers
Successeurs : Heinrich STOLZ (1787-…)

Parcelle n° 4                        2,07 ares
– Joseph Diebolt eigen.
Description : Une petite maison à deux niveaux, construite à l’arrière de la maison de la parcelle n° 2, avec un petit jardin et la moitié d’une grange, d’une part à côté la parcelle n° 8, d’autre part à coté de la parcelle n° 3, donne devant sur la parcelle n° 8, derrière sur son jardin. Il y a un droit de passage par la cour de la parcelle n° 2.
Prédécesseurs : inconnus
Occupant : Joseph DIEBOLT, déjà cité
Période d’occupation : jusqu’en 1754, puis ses héritiers
Successeurs : inconnus

Parcelle n° 5                        45,31 ares
Description : Un jardin, d’une part à coté de la parcelle n° 1, d’autre part à coté de la parcelle n° 3, donne derrière sur le pré du Brück Etzel, devant sur la parcelle n° 2
Occupant : Benedict FISCHER, déjà cité
Prédécesseurs : Hans SCHNEIDER (1667-1674), Michel FISCHER (1679-1699)
Période d’occupation : 1699-1752, puis ses héritiers
Successeurs : Joseph DIEBOLT Jr. (1761), puis Philipp GRAFF pour moitié (1762), Heinrich STOLTZ achète un morceau de 0,27 ares (1787)

Parcelle n° 6                        11,39 ares
Description : Un jardin, d’une part à coté de la parcelle n° 5, d’autre part à coté de la parcelle n° 7, donne devant en partie sur la ferme de Joseph DIEBOLT, et en partie sur la parcelle n° 8, donne à l’arrière sur le pré du Brück Etzel
Occupant : Joseph DIEBOLT, déjà cité
Prédécesseurs : inconnus
Période d’occupation : jusqu’en 1754, puis ses héritiers
Successeurs : Heinrich STOLTZ (1787)

Parcelle n° 7                        13,98 ares
Description : Un jardin, d’une part à coté de la parcelle n° 6, d’autre part à coté de la parcelle n° 8, donne devant sur la parcelle n° 8 et à l’arrière sur le Brück Etzel
Occupant : Joseph DIEBOLT, déjà cité
Prédécesseurs : inconnus
Période d’occupation : jusqu’en 1754, puis ses héritiers
Successeurs : inconnus

Parcelle n° 8                        35,47 ares
Description : Une maison à un niveau, avec ferme, cour, grange, étable, fontaine et jardin, d’une part en partie à coté de la parcelle n° 2 et en partie à coté de la parcelle de Joseph Diebolt, d’autre part en partie à coté du cimetière et en partie à coté du jardin du cimetière, donne devant sur la route communale, derrière sur le Brück Etzel.
Occupant : Nicolaus WEIMER, laboureur
Prédécesseurs : terres caduques
Période d’occupation : 1694-1736, puis ses héritiers
Successeurs : Joseph DIEBOLT Jr. 0,79 ares (1740), puis 1,3 m² (1759), Michael HAHN (1772-1825…) la totalité restante, Heinrich STOLTZ prend 1,3 m² (1787)

Parcelle n° 9                        9,85 ares + 3,11 ares (jardins)
Description : La vieille église St-Gilles (Sancto egidio) en ruines (zerfallene) et son cimetière, d’une part à coté de la ferme de la parcelle n° 8, d’autre part à coté et contre la courbe faite par la route communale en pointe, devant sur ladite route, et à l’arrière sur les deux petits jardins suivants. Un jardin appelé Kirchengärthel d’une part à coté de la parcelle n° 8, d’autre part à coté du bien de l’Ordre Teutonique, donne à l’avant sur le cimetière et à l’arrière sur le jardin de la parcelle n° 8.
Église remise en service : par la paroisse catholique royale de Hatten (vers 1736)

Parcelle n° 10                        49,70 ares
Description : Le bien de l’Ordre Teutonique (Teutsch Herren Guth). Un jardin, d’une part à coté de l’église St-Gilles, donne devant en partie sur le cimetière et en partie sur la route, et à l’arrière sur le pré de la Brück Etzel.
Futurs acquérants : Philipp HAHN pour moitié, Georg MILLEMANN pour l’autre moitié (vers 1796)

Parcelle n° 11                        26,42 ares
Description : Une petite maison à un niveau, avec étable, fontaine et jardin, d’une part à côté du jardin de l’Ordre Teutonique, d’autre part à coté du Baum Ackerlein, donne devant sur la route du village, et derrière sur le pré du Brück Ezel.
Occupant : Eva WEHRMULLER, épouse de Lorentz DOLL, laboureur
Prédécesseurs : inconnus
Période d’occupation : jusqu’en 1761
Successeurs : Heinrich STOLTZ (1761)

Ici on passe de l’autre coté de la route, actuellement « rue principale ».

Parcelle n° 12                        30,56 ares
Description : Une petite maison à un niveau, avec ferme, cour, jardin, fontaine, avec une petite grange et une petite étable, d’une part à côté de la route du village, d’autre part à côté de l’ancienne route de Wissembourg, donne derrière sur ladite route et devant en pointe aux deux extrémités sur l’Allmend
Occupant : Michel RUFFENACH, laboureur
Prédécesseurs : terres caduques puis son père Christoph RUFFENACH et sa mère Anna Maria FRITZ, veuve (1680-1704)
Période d’occupation : à partir de 1704, puis ses héritiers
Successeurs : Heinrich STOLTZ (1753) pour moitié, et Jacob KINTZEL pour l’autre moitié (1755). Hans Georg HARTUNG pour l’une des moitiés (1761)

Parcelle n° 13                        27,45 ares
Description : Une maison à deux niveaux, avec ferme, cour, grange, étable, fontaine et jardin, d’une part à côté de l’ancienne route de Wissembourg, d’autre part à coté du Niederallmendweeg, donne devant sur la route du village, et derrière sur le champ Schlangenacker.
Occupant : Hans BLUM, métayer seigneurial
Prédécesseurs : terres caduques
Période d’occupation : 1707-1729
Successeurs : sa veuve Maria Elisabetha ROCH (1729) puis son nouveau mari Jacques KINTZEL (1730), puis les héritiers Jacob KINTZEL (23,83 ares) et Barbara KINTZEL (3,38 ares)

Ici on passe de l’autre coté du Niederallmendweg, actuellement rue des champs.

Parcelle n° 14                        45,30 ares
Description : Une maison à deux niveaux, avec ferme, cour, deux granges, une étable, une fontaine et un abreuvoir à chevaux, d’une part en partie à coté du Niederallmendweg et en partie à coté de l’Allmend, d’autre part en partie à coté de la parcelle n° 15 et en partie à coté du champ, donne devant en partie sur la route du village et en partie sur l’Allmend, donne derrière sur le champ.
Occupant : Hans Georg FISCHER, métayer seigneurial
Prédécesseurs : terres caduques
Période d’occupation : 1699-1742
Successeurs : Pour moitié coté Niederallmendweg son petit-fils Michel FISCHER (1742-1786), laboureur, puis le fils de ce dernier Joseph FISCHER (1786), fermier de la petit dîme de l’Ordre Teutonique (cité en 1789). L’autre moitié (une nouvelle ferme sera construite sur cette partie peu avant 1742) reviendra à son fils aîné Hans Martin FISCHER (1742-1767), métayer seigneurial.

Parcelle n° 15                        25,12 ares
Description : Une maison à deux niveaux, avec ferme, cour, grange, étable et jardin, avec la moitié d’une fontaine située sur la délimitation, d’une part à coté de la parcelle n° 14, d’autre part en partie à coté du champ et en partie à coté du jardin de la parcelle n° 16, donne devant sur l’Allmend, derrière sur le champ.
Occupant : Diebold NIESS, métayer seigneurial
Prédécesseurs : inconnus
Période d’occupation : ~1694-1734
Successeurs : Philipp GRAF (1734-1758), puis 4,52 ares sont rajoutés à la parcelle et Georg EHRHARD et Georg SCHATZLEN achètent pour chacun une moitié (1758-…)

Parcelle n° 16                        11,65 ares
Description : Un jardin avec les droits sur la fontaine située sur la délimitation, d’une part à côté de la parcelle n° 15, d’autre part à coté de la parcelle n° 18, donne devant en partie sur l’Allmend et en partie sur la parcelle n° 17, donne derrière sur le champ
Occupant : Hans Jacob WEIMER, laboureur
Prédécesseurs : inconnus
Période d’occupation : ~1725-1782 (lui et ses héritiers)
Successeurs : 6,48 ares pour Philipp STÖHR (1781-…). 4,93 ares dont la petite maison (sans doute construite après la rédaction du terrier) pour Joseph BUCH (1782-…) puis Peter SCHWARTZ (date inconnue)

Parcelle n° 17                        6,21 ares
Description : Une petite maison à un niveau, avec fermette et jardin, d’une part à coté du précédent jardin, d’autre part à coté du chemin de Rittershoffen, donne devant sur l’Allmend, et derrière sur la parcelle n° 18.
Occupant : Johannes KIRSCHNER
Prédécesseurs : inconnus
Période d’occupation : ~1725-1756 (lui et ses héritiers)
Successeurs : Martin GRAFF (1756), Diebold MATERER (1762), puis une place à partir de celà (1,57 ares) pour Philippe STÖHR (1781), puis Martin ISLER (1785). Egalement une petite place Johannes KIRSCHNER (1731), Jacob WEIMER (1747), Philipp GRAFF (1748).

Parcelle n° 18                        24,59 ares
Description : Une petite maison à un niveau, avec cour, ferme, grange et petite étable, jardin et fontaine, d’une part en partie à coté de Jean Jacques WEIMER et en partie à coté de la parcelle n° 17, d’autre part à coté du champ.
Occupant : Hans Georg FUCHS
Prédécesseurs : sans doute son père Hans FUCHS (ca.1671- ca.1706)
Période d’occupation : ca.1706/1709-1762
Successeurs : Philipp GRAFF (une petite place, 1744), Diebold MATERER (une petite place dont la maison, 1762), Hans SCHAAF (la moitié de la ferme, 1766), la partie de Diebold MATERER revient à Martin GLASS (avril 1769), puis à Michel MILLEMANN et son épouse (décembre 1769), puis pour à moitié Jacob FISCHER et Johannes FISCHER (1771).

Ici on passe de l’autre coté du Niederallmendweg, actuellement rue principale, direction Rittershoffen. On revient vers le centre du village et vers l’auberge, actuellement Restaurant Au Léopard.

Parcelle n° 19                        4,15 ares + 15,54 ares pour le jardin dit der Hirthen Garten
Description : Une petite maison à un niveau, avec petite cour et jardin, appelée das Hirthen Haus (la maison du berger), d’une part à coté de la route de Rittershoffen, d’autre part à coté du jardin de la parcelle n° 20. La cour est en pointe sur l’Allmend, à l’avant et l’arrière.
Un jardin appelé der Hirthen Garthen (le jardin du berger), d’une part à coté de chemin de Rittershoffen, d’autre part à coté du Wäldel (petit bois), donne en-haut sur le Wäldel, et en-bas sur le jardin et la ferme de la parcelle n° 20.
Occupant : La commune
Prédécesseurs : probablement les bergers du lieu, Peter JUTZI (1671), Joseph KELLER (ca.1686-ca.1709)
Période d’occupation : inconnue
Successeurs : inconnus

Parcelle n° 20                        93,47 ares
Description : Une maison à deux niveaux, cour et ferme, où il y avait précédemment trois corps de ferme, ainsi que deux granges, des étables, trois fontaines, et le jardin attenant. Maison appelée das Würthshauss zum Adler (l’auberge A l’aigle), d’une part en partie à coté de la route de Rittershoffen et en partie à coté du Hirthen Haus, d’autre part à coté du Seltzmatt, donne devant sur la route communale, à l’arrière en partie sur le Hirthen Garten et en partie sur le Herren Wäldel.
Occupant : Adam BÜRCKEL (1710-1732), métayer seigneurial et aubergiste.
Prédécesseurs : Christmann BÜRCKEL (1665-1668), Hans BÜRCKEL (1668-1710), métayers seigneuriaux et aubergistes.
Successeurs : les héritiers BÜRCKEL (1732) dont Adam B. qui achète un quart du jardin (1748), Eva B. un autre quart (1749). Herr JÄCKEL de Hatten et Michel MILLEMANN achètent 14,5 ares (1770), Herr BEYER Junior 29 ares (1774).

L’église de Leiterswiller – histoire confessionnelle et reconstruction

L’édifice fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis 1924. Comme l’indique le registre paroissial catholique de Rittershoffen, l’évêque suffragant du diocèse de Strasbourg dit de la petite église qu’elle est complètement détruite – penitas destructam – lors de sa visite diocésaine. L’acte est daté du 11 novembre 1724. Les habitants de Leiterswiller, à majorité catholique, demandent à cette occasion au diocèse qu’il leur apporte une aide financière pour le projet de reconstruction de l’église.

L’église, qui conserve cependant quelques vestiges des époques du 15e et du 16e siècle, est inutilisable jusqu’à sa reconstruction, comme le confirme également le registre paroissial protestant de Rittershoffen. Les sacrements de baptême et de mariage, ainsi que les offices d’enterrement, sont en effet effectués dans les églises alentour pour les différentes confessions. Il devait donc en être de même pour les messes et cultes en-dehors de ces événements.

Le cimetière de l’église était néanmoins utilisé, il fut dans la proximité directe de l’église, du coté sud où l’on aperçoit encore une croix monumentale datée de 1784, comme le confirme le livre terrier de 1725. Les inhumations sont confirmées par les registres paroissiaux pré-cités, tout comme le registre paroissial de Hatten (période 1723-1733). Celles-ci ont été effectuées aussi bien par les curés de Stundwiller (et peut-être de Schoenenbourg) puis de Hatten, que par les pasteurs d’Oberbetschdorf puis de Rittershoffen qui desservaient à différentes périodes les habitants du petit village de Leiterswiller. Le plan cadastral de 1825 indique encore l’emplacement du cimetière à cet endroit. La construction du nouveau cimetière, le cimetière actuel, n’a eu lieu que plus tard.

À la suite de la visite épiscopale, il semblerait que les doléances des paroissiens habitant à Leiterswiller aient porté leurs fruits, puisque la petite église fut reconstruite en 1736 (date portée) par la paroisse catholique de Hatten, dont le curé desservait également Rittershoffen et Leiterswiller. Lors de la période révolutionnaire, elle était à nouveau utilisée également par les protestants comme l’indique Marie-Joseph BOPP dans son ouvrage1, ce qui pose la question de la date d’application effective du simultaneum (c’est-à-dire l’usage de l’église par les deux confessions) à la petite église de Leiterswiller, qui semble être 1736, date de la reconstruction. En effet, le baptême du 11 mai 1738 cité en référence indique un baptême protestant dans cette église reconstruite par les catholiques. La notion d’un simultaneum en continu entre 1736 et 1897 reste l’hypothèse la plus logique, même s’il est possible qu’il y eut par intervales des périodes où la localité n’était peut-être plus desservie, ou du moins plus régulièrement, par le pasteur de Rittershoffen. Marie-Joseph BOPP indique la période révolutionnaire comme début de réutilisation par les protestants, ce qui renforce cette hypothèse. Le simultaneum dura jusqu’en 1897, année de la construction et de l’inauguration de l’église catholique actuelle.

***

Les habitants du village de Leiterswiller, avec l’appui relatif de leur seigneur, ont réussi non seulement à pérenniser leurs exploitations agricoles, mais surtout à redonner vie au hameau. D’origine suisse ou ultra-rhénane, arrivant d’Alsace ou d’ailleurs, chaque famille a donné toute son énergie à sa survie et à la consolidation de ses biens et propriétés. La reconstruction de cette église marque symboliquement la fin de la réhabilitation du hameau et le début d’une nouvelle ère.

Sources

AD67 E371 : reçus du receveur et prévôt Foltz, du baillage de Cleebourg (possession du duc de Deux-Ponts)
AD67 E1796 : documents relatifs aux métairies de Leiterswiller (1665-1727)
AD67 E1828 : actes divers, notamment des listes d’assujettis du bailliage de Hatten pour 1657, 1663, 1675
AD67 E1839 : actes divers, notamment des listes d’assujettis du bailliage de Hatten en 1671
AD67 E1870 : Répertoire des assujettis du bailliage de Hatten en 1668 (n.a. = exempté de l’achat du seau à incendie)
Hatten (42 feux) : Michel BISCH, Jacob BISCH le jeune, Jacob BISCH le vieux, Diboldt BURG, Hans DÄCKS, Hans Michel DÄCKS, veuve Arbogast DÄCKS, Hans Jörg DREHER, Hans Michel DREHER le cordonnier, Michel EYGELEN, Hans GEYER, Adam GÖTZ, Hans GRAFF, Simon GRESEL, Hans HEIMLICH, Jacob HEIMLICH le jeune, Jacob HEIMLICH le verrier, Mathes HEIMLICH le boulanger, Mathes HEIMLICH le vieux, Christmann HELLER, Hans Velten HERMAN le jeune, Hans Velten HERMAN le vieux, Hans Jörg HUMBERTH le jeune boulanger, Hans HUMPERTH, Jacob JUNG, Jacob KUHN, Adam KUNTZ, Meinerth LAGELSTICH, Simon LUX, veuve Michel MEYER, Michel MEYLING le charpentier, Johan Zacharius REYF, Jörg REYFSTECK, Peter RINGELSTACHER, Martin ROHRBACHER, Peter RUPPRECHT le vieux, Hans RUPRECHT, Gilch SAUFFEL, Hans SCHWEIGER, Hans SEBASTIAN, veuve Michel WAGNER, Lux WILTMAN le Schultheis
Rittershoffen (25 feux) : Linhardt ARBOGAST, Lorentz BALDASER, Peter BALL (n.a.), Jörg BARTHOLME, Jacob CHRISTMANN le Stabhalter (n.a.), Jörg FRANCK, Simon FRIESENECKER capitaine de cavalerie (n.a.), Hans GÖTZMANN le jeune, veuve Hans HUMPEL, Hans JACOB (n.a.), Adam KEHRER, Marx KNAB, Michel KNAB, Hans KOCH (n.a.), Hans KOCHERSPERGER, Jacob MATHIS, Diboldt SOMMER, Christian SPININGER (n.a.), Diboldt STECK, Jacob WAGNER, Arbogast WAHL, Diboldt WERNERT, Hans Jacob WUCHERER, Diboldt WURTZ, Benedict le cordonnier (n.a.)
Niederbetschdorf (16 feux) : Hans BAUM, Hans Velten BERTHEL, Wolf CULLUS, Wendel DANGLER, Bastian HAUSHALTER, Hans Peter JACOB, Jacob JUDEL, Hans KETHERER, Christmann KLEIBER, Jörg KLEIBER, Hans KNECHT, Hans LUX, Wolf Johan ADEL, Hans Peter SCHULDES, Jörg SOMMER, Hans STURM
Oberbetschdorf (16 feux) : Hans BIREBAUM, Ludwig BOCK, Frantz EBEL, Fritz EMY, Jacob GEWECKS, Hans GRAFF, Bles GRESEL, Marx GRESEL, Hans Velten GRÜNNAGEL, Hans HEINING, Andreas HOLTZMANN, Hans JÖRGEN, Hans KAUFMANN, Hans Jacob MANHARDT, Hans Jacob WEBER, Diboldt WOLFF
Schwabwiller (11 feux) : Hans Jacob BERTHEL (n.a.), Joseph FEIDLING, Hans GREINER, Fritz HERTZOG, Hans HERTZOG, Thoman HORTUS, Hans KAUFMANN (n.a.), Hans KÜHNER, Hans Michel MORTZ, Hans SAUERBRUCH, Jost STOEKLIN
Reimerswiller (5 feux) : Diboldt FATZINGER, Hans KREPPE, Hans Ehrardt MOHR, Durst SOHM, Jacob SOHM
Kuhlendorf (4 feux) : Hans HERMAN métayer, Jacob LITY métayer, Ulrich SAMEN métayer, Peter STUDER
Leiterswiller (2 feux) : Hans SCHNEIDER le bourgeois doit prêter le serment requis, Hans BIRCKHEL le métayer
AD67 E1871 : répertoire des assujettis du bailliage de Hatten du 14 janvier 1667 : bourgeois, manants, veuves et jeunes hommes
AD67 E1872 : répertoire des assujettis du bailliage de Hatten en 1590, 1616
AD67   E3278-E3310 : comptabilité du bailliage de Hatten (1660-1661; 1667-1709 avec quelques années lacunaires)
AD67 3E 183/13 : registre paroissial catholique de Hatten (les sépultures dans le cimetière de Leiterswiller entre 1723 et 1733)
AD67 3E 339/1 : registre paroissial protestant d’Oberbetschdorf
AD67 3E 404/1 : registre paroissial protestant de Rittershoffen
AD67 3E 404/3 : registre paroissial protestant de Rittershoffen, page 16 : l’acte de baptême d’Anna Maria RUFFENACH du 11 mai 1738 dit qu’il ne reste plus de personnes de religion luthérienne – weil im dorff keine mehrer evangelischen seyn – mais il en reste cependant de religion réformée
AD67 3E 484/1 : registre paroissial catholique de Stundwiller
AD67   6E40.2/116 : Notariat : inventaires après décès à Leiterswiller
AD67 6E46/40 : Notariat de Woerth : actes notariés divers (ventes, etc.)
AD67 1E 1/77 : livre terrier de Leiterswiller pour 1722-1726
AD67 8E 262/1 : livre terrier de Leiterswiller pour 1722-1726 (copie)
Unités de Mesures et équivalences/conversions décrites dans le livre terrier :

                Équivalences entre les mesures utilisées dans le livre terrier :
1 Morgen ou Manns Matt contient : 4 Vierzel ou 128 Ruthen ou 32 768 Quadrat Schuhe
½ Morgen ou ½ Manns Matt contient : 64 Ruthen ou 16 384 Schuhe
¾ Morgen contient : 96 Ruthen ou 24 576 Schuhe
½ Viertzel contient : 16 Ruthen ou 4096 Schuhe
Conversion en mesures françaises décrites dans le livre terrier:
24 Schuhe = 23 frantzösische Schuhe
1 Acker ou Morgen : 31 402,66   frantzösische Quadrat Schuhe
1 Viertzel : 7 850,66 frantzösische Quadrat Schuhe
1 Quadrat Ruth : 245,33 frantzösische Quadrat Schuhe
En partant du pouce français on obtient les équivalences suivantes :
Schue ou Pied de roi = 12 pouces = 12 x 0,02707 m = 0,32484 m
Quadrat Schue ou Pied carré = 0,105521 m²
Conversion en m²/ares :
1 Acker ou Morgen ou Manns Matt : 33,13640789 ares
1 Viertzel : 8,28410197 ares
1 Quadrat Ruth : 0,25887818 ares
1 Quadrat Schue ou Pied carré = 0,105521 m²

AD67 P381 : cadastre napoléonien de Leiterswiller (1825)
Archives municipales de Haguenau : registre paroissial St-Georges (B 1628-1678)
Base Mérimée du Ministère français de la Culture
Landeskirchliches Archiv Stuttgart : Kirchenbuch Münchingen (1569-1705)

Littérature

  1. Marie-Joseph BOPP : Die evangelischen Gemeinden und Hohen Schulen im Elsass und Lothringen von der Reformation bis zur Gegenwart. 2 tomes. Neustadt an der Aisch : Degener, 1963-1965, page 236 : “Die 1740 gebaute, dem Hl. Aegidius geweihte Kirche gehörte den Katholiken. Seit der Revolution wurde sie auch von den Protestanten benutzt”
  2. Laurent JALABERT : Catholiques et protestants sur la rive gauche du Rhin : droits, confessions et coexistence religieuse de 1648 à 1789. Bruxelles : PIE Lang , 2009.
  3. Gustav Carl KNOD : Urkunden und Akten der Stadt Strassburg; Abth. 3: Die alten Matrikeln der Universität Strassburg 1621 bis 1793, Bd. 2: Die Matrikeln der medicinischen und juristischen Facultät (1897), page 535.
  4. Georges LIVET : L’intendance d’Alsace sous Louix XIV (1648-1715). Paris : F.-X. Le Roux, 1956.
  5. Daniel PETER : Naître, vivre et mourir dans l’Outre-Forêt (1648-1848). Strasbourg : CHAAN, 1995.
  6. A. SCHMITTER et M. SCHMITTER : Les vieux patronymes de HATTEN de 1440 à 1675, et du HATTGAU de 1655 à 1675, Bibliothèque du CGA, dactylographié, 1992.

2 commentaires sur « Les habitants de Leiterswiller : du repeuplement à la reconstruction de l’église (1648-1736) »

Répondre à Fabien FISCHER Annuler la réponse.