Michel Fischer dans le pigeonnier avec l’argenterie (image générée par IA)
Nous avions déjà eu l’occasion d’évoquer Michel Fischer, arrivé au printemps 1679 dans le village de Leiterswiller, depuis le pays de Wurtemberg, en compagnie de son épouse Barbara née Guldin et de leurs nombreux enfants, et qui avait pris en gestion l’une des deux fermes seigneuriales du village (1). Ce que nous ignorions alors est la présence d’archives (2) retraçant quelques tranches de leur vie.
Le 20 juillet 1664, le colonel Quirinus von Hohnstedt, chevalier de l’Empire et seigneur en immédiateté impériale de Weitenburg et de Sulzau (Souabe), seigneur de Bacourt (Lorraine), établit un contrat de gérance de la ferme du domaine du château de Weitenburg, qui désigne l’honorable et humble Michel Fischer, originaire du village de Bittelbronn (seigneurie de Haigerloch – Souabe) et établi depuis au moins 1662 à Sulzau, comme fermier seigneurial (“Bestandmeier”) à partir du 11 novembre 1664.
Pour les amateurs de généalogie, de telles précieuses informations, parfois absentes des registres paroissiaux, sont souvent à découvrir dans des documents de cette nature, en lien avec la seigneurie locale. Il arrive, et c’est l’intérêt du présent article, que l’on puisse entrer bien plus en contact avec nos ancêtres, en obtenant leurs témoignages, le témoignage d’autres personnes sur leurs actes et leurs comportements, surtout lorsqu’ils sont inhabituels. Cela constitue un apport biographique très riche, et assez rare, pour cette classe sociale, à cette époque.
Michel Fischer résidait avec sa famille, pour une partie de l’année au moins, au rez-de-chaussée du château, avait deux valets de ferme et une servante. Il devait veiller à l’entretien des bâtiments et à l’exploitation des terres, prés, jardins et terres arables du domaine castral. Dans le cadre de cette gérance, il vendait ainsi des grains, issus de ses récoltes, à Zell am Bodensee, à 100 kilomètres plus au sud.
En outre, son épouse est indiquée comme la première servante de Quirinus von Hohnstedt, celle à qui il allait vouloir confier la mission de prévenir le directeur de la Chevalerie (“Ritterschaft Director”) à Hirrlingen (une localité proche) dans la soirée précédant l’assaut dont il sera question plus loin (Barbara s’était alors excusée, ne pouvant pas partir la nuit, en raison de ses jeunes enfants).
Une vie de château
Le pont-levis du château, abandonné au milieu du XVIIIe siècle, était toujours en place au Weitenburg, et était l’unique accès à la cour du château, le complexe étant entouré d’une muraille et d’un fossé. Il n’existe malheureusement plus de plan précis pour le XVIIe siècle mais l’inventaire du château (mobilier, céréales, vin, animaux et autres choses), ordonné par le duc Eberhard de Wurtemberg le 3 novembre 1669, et établi le 17 novembre suivant, indique la présence, au château même, de plusieurs pièces dédiées au fermier seigneurial et à sa famille. Ceux-ci pouvaient y habiter de façon permanente, bien qu’ils disposaient également d’une habitation liée à la ferme (“Meierhaus”), mais où logeaient peut-être leurs propres domestiques et valets.
Vue générale du château de Weitenburg, XVIe siècle, depuis la vallée du Neckar en février 2016. Le bâtiment le plus élevé était le lieu d’habitation (photo : qwesy qwesy, CC-by 3.0). A droite, la porte d’entrée du logis, datant de 1661, et comportant en chef, et entrelacées, les initiales de Quirinus von Hohnstedt – QVH. (Collection de l’auteur)
Pour la famille Fischer, c’était donc “la vie de château”. Voici les indications de ce qui se trouvait, de façon certaine, dans leurs appartements, à l’étage du bas (“im unteren Stock”) du bâtiment principal, encore existant aujourd’hui et appelé historiquement “Ehinger Bau”:
la pièce principale du fermier seigneurial (“Stub”) : deux tables, une armoire, un coffre-fort
la chambre du fermier seigneurial (“Cammer”) : deux coffres, un lit
la cuisine (“Küche”) : une table, une armoire, deux poêles en fer, un couteau à pain en fer<
des morceaux épars de lits cassés dans la petite pièce du fond (“hinderen Stübell”) et dans le couloir
la chambre des servantes (“Mägdecammer”) : trois lits.
En plus de Barbara, il y avait alors une autre servante connue. Les enfants du couple ont possiblement dormi dans la petite pièce du fond.
C’est dans ce cadre qu’allait survenir, le 3 octobre 1669, un événement marquant dans l’histoire du lieu.
L’assaut du château de Weitenburg et ses suites
Quirinus von Hohnstedt et le duc Eberhard avaient officiellement convenu un échange de seigneuries, à savoir la seigneurie de Weitenburg et de Sulzau contre la seigneurie d’Helfedange, en Lorraine. Mais le domaine lorrain étant gagé, cela avait amorcé un conflit entre les deux protagonistes.
Voici des extraits du témoignage de Michel Fischer, interrogé par les hommes du duc, relativement aux agissements du colonel (3).
D’après lui, lorsque Quirinus von Hohnstedt revint, depuis la Lorraine, au Weitenburg le 30 septembre 1669, il demanda en premier à voir le fermier seigneurial et trouva, en arrivant au château, dans la pièce principale de ce dernier, l’épouse de Michel Fischer, et lui signifia quec’est bien en désordre ici, ce à quoi Barbara répondit qu’elle ne peut rien y faire, que les choses vont déjà assez mal comme cela.
Le 1er octobre, vers 17 heures, le fermier seigneurial rentra chez lui depuis Zell, et apprit que le colonel était là. Pendant que Michel Fischer se détendait, il demanda au valet ce que faisait le maître des lieux. Le valet lui répondit que ce dernier était en haut dans sa chambre et s’était enfermé. Après s’être occupé de ses chevaux, le fermier seigneurial alla dîner avec sa femme et ses enfants. Fatigué, il s’allongea ensuite sur un banc et dormit jusqu’à environ minuit. À ce moment-là, le colonel cria par la fenêtre et ordonna au fermier seigneurial de le rejoindre. Lorsqu’il arriva, il fut salué par son maître : “Bonheur à toi, bonheur à toi, Michel, comment vas-tu, comment vas-tu ?” Le fermier seigneurial répondit qu’il ne savait pas si les choses allaient bien ou mal, mais il espérait avoir de la chance. Le colonel demanda : “Pourquoi, tu as maintenant un grand seigneur, lui as-tu aussi fait des promesses et prêté serment ?” Le fermier seigneurial répondit qu’il n’avait pas prêté serment au duc, et que même s’il avait un grand seigneur, celui-ci ne lui donnerait pas plus que le colonel, car il devait payer ce qu’il lui devait. En outre, le colonel demanda s’il avait fait un bon profit. Fischer lui répondit qu‘il avait reçu à Zell 2 florins et 20 kreuzers pour un muid de grains, qu’il aurait souhaité les vendre plus cher. Il s’ensuivit selon lui un interrogatoire du colonel au sujet de la fidélité des habitants de Sulzau à son égard, auquel son fermier répondit factuellement. Leur entrevue se termina lorsque le fermier seigneurial demanda au colonel la permission de se retirer car il était fatigué et voulait aller se coucher.
Le 2 octobre, à 19 heures, arrivèrent au château trois bourgeois d’Ergenzingen, un village à proximité, deux charpentiers et un fermier, portant chacun un fusil. Ils demandèrent à voir le colonel. Une fois annoncés, il les laissa monter vers lui et leur demanda comment les choses se présentaient. Le rapport précise qu’ils lui répondirent que leurs femmes étaient à Herrenberg (un bourg des environs) sur le marché, et qu’elles avaient rapporté que 300 soldats du duc Eberhard de Wurtemberg étaient là-bas, prêts à se diriger vers Weitenburg. Michel Fischer dit alors au colonel : « Monsieur le Colonel, fuyez, je vous en prie, pour l’amour du Jugement Dernier, partez pour Rottenburg, ou ailleurs où vous pourriez être en sécurité, car si une telle force arrive, je perdrai tout ce qui m’appartient. » Le colonel lui répondit : « Tu exagères et tu pourrais rendre d’autres gens peureux. Il n’y a pas besoin de cela, il ne vous arrivera rien, on n’aura pas besoin d’utiliser la violence. » Les deux charpentiers dirent alors : « Monsieur le Colonel, vers 22 heures ou 23 heures, les troupes wurtembergeoises seront là. »
Avant que le château ne soit assiégé par les hommes du duc, Michel Fischer reçut pour instruction du seigneur de Weitenburg d’aller chercher en renfort les gitans, connaissances du fermier, alors en campement à Börstingen, le village voisin. Il se rendit auprès des gitans, mais il ne leur dit pas qu’ils devaient venir au château pour aider le colonel. Sinon, ils l’auraient fait volontiers. Il a alors passé quelques heures avec diligence auprès d’eux, pensant que l’alarme serait passée entre-temps, afin qu’il ne soit pas pris au piège au château. Il indique qu’il était déjà minuit lorsque le colonel lui confia cette mission, et qu’il ne retourna au château auprès du colonel que vers 3 heures du matin du jour suivant, comme il avait reçu certaines informations selon lesquelles les troupes wurtembergeoises arriveraient sûrement devant le château vers 22 heures ou 23 heures, et que l’affaire aurait été réglée par les autorités de Rottenburg (la ville la plus proche) et que la transaction aurait ainsi été annulée. Il précise avoir alors inventé une fausse réponse et l’avoir présentée au colonel, disant que les gitans n’étaient pas chez eux mais qu’ils étaient partis pour leurs vols et leurs pillages habituels. Il aurait ordonné à leurs femmes de leur dire dès leur retour que le colonel avait besoin d’eux et qu’ils devaient se dépêcher de venir au château. Fischer ajouta que le colonel était alors très mécontent de lui. Alors pris au piège, le colonel lui proposa dix Reichsthaler pour se battre en sa compagnie, ce que le fermier refusa car il avait mieux réfléchi à l’issue et avait réalisé que cela finirait très mal, avant d’aller se réfugier dans le pigeonnier du château avec le tuilier du lieu, jusqu’à ce que l’assaut soit terminé.
Pour mesurer l’atmosphère de l’assaut, voici comment Quirinus von Hohnstedt décrit avoir vécu la fin de ce dernier, à l’intérieur du château (4):“… mais alors qu’ils ont commencé à arriver tout en haut de l’escalier, j’ai crié (aux soldats) qu’ils ne devaient pas aller plus loin ou j’ouvrirai le feu, suite à quoi ils ont commencé à tirer. Moi aussi, j’ai alors commencé à tirer comme ils commençaient à vouloir trop approcher. Alors qu’ils ont vu qu’il y avait quelqu’un ici qui pouvait tirer, ils sont redescendus chercher de la paille et du feu, ont posé ceci à l’escalier. Le feu est devenu si haut qu’il a commencé à approcher le toit, j’ai alors dû l’éteindre. Alors qu’ils ont tenté de repasser à la charge et qu’ils ont vu qu’il y avait parfois des coups de feu, ils ont pris les femmes, filles et enfants de paysans, les ont poussés devant eux afin qu’ils soient protégés de mes coups de feu. Mais comme cela n’a pas aidé, ils ont à nouveau allumé le feu et tenté de casser le plancher. Lorsque j’ai vu qu’ils souhaitaient brûler mes chambres, j’ai consenti à donner mon accord. Ils ont alors dit qu’il n’y avait pas d’accord et qu’ils allaient me tuer. J’ai tenu le siège encore quatre heures. Lorsque mes pistolets n’ont plus donné feu, je me suis résolu à hasarder ma vie, je me suis laissé descendre en secret, en passant à travers leur surveillance. J’ai sauté par les rochers et avec l’aide de Dieu je me suis sauvé”.
Après la fuite du chevalier, Michel Fischer profita de la confusion pour subtiliser l’argenterie du château, qu’il mit par la suite en morceaux et tenta de revendre quelques mois plus tard à Schaffhouse (Suisse) par l’entremise de son frère Hans, demeurant à Bittelbronn. Considéré comme pauvre et simple par les autorités de Haigerloch, Hans Fischer fut suspecté de recel par un orfèvre de Schaffhouse et arrêté vers le début du mois de janvier 1670 par les autorités de la cité suisse. Voici les détails de cette affaire impliquant Michel Fischer et lui :
8 janvier 1670 – Courrier de la ville de Schaffhouse (Suisse) concernant l’argenterie volée. (5)(Traduction)
Par la plus sincère dévotion envers Votre Altesse Sérénissime Princière, je ne dois pas cacher qu’en ces jours-ci, un sujet de la seigneurie de Haigerloch, nommé Hans Fischer, ici chez l’un de nos maîtres orfèvres a mis en vente un assortiment d’objets en argent découpés en plusieurs morceaux, qui semblaient avoir été fondues et façonnées, ainsi que 2 cuillères.
Comme cela lui semblait suspect, il a donc remis l’homme ainsi que l’argent, pesant environ 180 loth – environ 3 kgs – à la Noble Seigneurie, en tant qu’autorité supérieure, qui, par devoir d’office, a décidé de le soumettre à un examen juste, au cours duquel il a déclaré que cet argent lui avait été remis par Michel Fischer, aubergiste à Sulzau, pour l’emmener ici, et à Zurich, pour être monnayé, mais il ignorait d’où l’aubergiste avait obtenu cela.
Sur la déclaration de cet homme, qui semble par ailleurs très simple, la Noble Seigneurie est intervenue, et a envoyé un courrier express à Haigerloch pour le déroulement de l’affaire et son état : on leur a répondu que bien que ledit Hans Fischer soit leur sujet, ils ne croient pas qu’il ait volé cet argent, mais plutôt, étant un homme très pauvre et simple, qu’il ait été persuadé par ruse par quelqu’un d’autre d’accepter cette dangereuse mission, par pure naïveté.
Maintenant, comme les autorités de Haigerloch soupçonnent que les autorités de Rottenburg pourraient donner un meilleur éclaircissement sur l’affaire, elles leur ont écrit, et celles-ci ont répondu que bien qu’il n’y ait pas d’aubergiste nommé Michel Fischer à Sulzau, il y a bien un certain individu de ce nom, le frère du Hans Fischer arrêté, qui réside actuellement au château de Weitenburg – où récemment, lors de l’assaut de ce dernier, des objets en argent similaires ont été perdus – et y gère la ferme et selon toute vraisemblance a partagé cette argenterie avec d’autres pillards.
Maintenant, vu les différends rapportés entre Votre Altesse Sérénissime Princière et M. le Colonel Quirinus concernant ledit château, je me demande si je pourrais vous être utile dans cette affaire, et c’est dans ce but que je me soumets humblement, et par ce moyen, je tiens à rappeler respectueusement à Votre Altesse Sérénissime Princière, ainsi qu’à l’honorable Maître de la Cour von Manteuffel, ma disponibilité à servir.
Votre humble serviteur dévoué.
Johann Jacob Stockar von Neuforn
Schaffhouse, le 8 janvier 1670.
Après enquête, Michel Fischer fut ainsi mis en cause. Une fois le duc Eberhard alerté, celui-ci récupéra l’argenterie saisie à Schaffhouse, mais le maintint comme fermier du domaine du château de Weitenburg, annexé de facto aux terres ducales.
L’occupation
Entre-temps, pendant l’occupation du château par les troupes wurtembergeoises, furent notées différentes références à la famille du fermier seigneurial. Elles nous apprennent, de la main du capitaine Schabert, dans la comptabilité liée à cette occupation, qu’en ce qui concerne le saindoux, la fermière seigneuriale de Weitenburg en a fourni, et en contrepartie, suite au dépeçage du mouton, (les soldats) lui ont laissé la graisse de l’animal, il y en avait peu (période du 3 au 6 octobre).
En octobre ou en novembre 1669, le fermier seigneurial de Weitenburg, le maire et encore un bourgeois de Sulzau sont allés vérifier les pierres-bornes locales, ont remis en place celles qui ne l’étaient plus, et ont revendiqué avoir ensuite bu un coup, soit 4 mas (m) de vin (environ 7,67 litres) et aussi consommé un pain de 6 livres. En comparaison, quatre journaliers de Sulzau ont consommé 8m de vin sur deux jours de travail. La consommation moyenne d’un homme semblait donc se situer aux alentours de 2 litres de vin par jour.
Un peu plus loin, dans les dépenses liées au pain, Schabert parle cette fois du fermier seigneurial et ses consorts et des pierres-bornes de la délimitation de Weitenburg (“Grenzsteine auf der Weÿttenburgischen Markung visitiert”).
Pour un nouveau départ
En mai 1670, Quirinus von Hohnstedt accusa Fischer de dettes et de mauvaise gestion. Angoissé et craignant les représailles du colonel au retour prévu de ce dernier en tant que seigneur de Weitenburg, Michel Fischer supplia le duc de le transférer vers une autre ferme du territoire ducal. Sa requête (voir ci-dessous) est un témoignage fort du personnage, qui illustre bien la situation délicate dans laquelle il s’est mis, notamment suite au vol de l’argenterie et à l’arrestation de son frère.
Le 20 mai, le duc renouvela son soutien au fermier dans le travail de celui-ci à Weitenburg, et le 5 septembre décréta qu’il sera rémunéré pour ce bon travail, épargné de poursuites par le colonel, et libre de quitter ensuite son emploi. Après de longues négociations, von Hohnstedt reprit possession de Weitenburg le 2 octobre. Une commission du duché avait formalisé cette reprise en résolvant les différends entre le colonel et Fischer ainsi : la restitution de l’argenterie à l’officier et un paiement de 78 florins et 25 kreuzers et demi au fermier, avant la remise en possession effective.
Le seigneur fit ensuite rédiger de nouvelles prétentions, exigeant de son ancien fermier le remboursement d’un trop-perçu. Alors déjà parti de Weitenburg et sous la protection du grand écuyer (à la cour de Stuttgart) Friedrich Benjamin von Münchingen, Michel Fischer s’en plaignit et le 15 octobre 1670, le haut conseil ducal ordonna au bailli de Herrenberg de faire respecter pleinement les accords de la commission.
14 mai 1670 – Supplique de Michel Fischer, fermier de Weitenburg, au duc Eberhard. (6) (Traduction)
Très illustre Duc, Gracieux Prince et Seigneur,
Votre Altesse Sérénissime n’ignore certainement pas que, après avoir pris possession du château de Weitenburg et de toutes ses dépendances dans une certaine mesure, elle m’a confié, à moi, humble suppliant, la gestion de cette ferme.
Comme je me réjouis profondément et en toute humilité de cette grâce princière, je me suis donc efforcé jusqu’à présent de m’occuper des affaires et de la prospérité de ladite ferme de telle sorte qu’aucune plainte ou reproche ne devrait apparaître à ce sujet.
J’avais notamment l’espoir que ce domaine de Weitenburg deviendrait effectivement la propriété de Votre Altesse Sérénissime.
Cependant, comme la situation évolue malheureusement dans une toute autre direction, et qu’il semble que le Colonel Quirinus doive revenir en possession, je vis maintenant avec les miens dans une grande inquiétude et angoisse à chaque instant, car non seulement je connais suffisamment son tempérament colérique et le traitement dur qu’il a l’habitude d’infliger à ceux sur lesquels il cherche à se venger, mais j’ai aussi déjà été informé par de bons amis voisins des grandes menaces qu’il profère à mon égard, alors que je me sais totalement innocent, au point que je n’ose pas sortir de la dîme de Weitenburg.
C’est pourquoi je suis contraint par nécessité de m’adresser à Votre Altesse Sérénissime et de vous supplier humblement, pour l’amour de Dieu, de daigner gracieusement me garder sous votre haute protection princière et me préserver des dures menaces dudit Colonel Quirinus. Aussi, lorsque la possession lui sera effectivement rendue prochainement, de bien vouloir ordonner au bailli de Herrenberg, sans ou avec votre très humble directive, qu’en présence dudit Colonel Quirinus ou des siens, il procède à un décompte final juste et ordonné, tant pour le reste qui lui est dû selon le précédent décompte que pour mon service depuis lors, et qu’il m’aide ensuite à être libéré de Weitenburg, avec l’engagement de satisfaire sans faute au Colonel Quirinus le restant dû.
Et comme je n’ai d’autre intention que de me nourrir honnêtement et loyalement ainsi que les miens avec l’aide de Dieu par les affaires qui me sont confiées, je supplie encore humblement Votre Altesse Sérénissime de me faire la grâce princière de me permettre de m’installer dans quelque autre ferme dans les terres de Votre Altesse Sérénissime, sous votre gracieuse protection.
Le duc Eberhard III de Wurtemberg, vers 1670
Je recommande Votre Altesse Sérénissime à la direction du Très-Haut et me remets humblement, moi pauvre suppliant, à votre grâce princière.
Stuttgart, le 14 mai 1670,
de Votre Altesse Sérénissime
le très humble et obéissant fermier à Weitenburg
Michaell Fischer
Cependant le colonel maintint ses prétentions, qu’il précisa l’année suivante. Le duc Eberhard décréta alors en date du 15 novembre 1671 qu’un futur décompte devait être lu au duc Ulrich (son frère devenu aveugle) pour avis, mais ce dernier décéda quelques semaines plus tard. En 1673, le colonel renouvela ses revendications contre Fischer, et en janvier 1680 tenta une énième relance auprès du nouveau, et fils du précédent, duc régnant. Celle-ci ne rencontra probablement pas plus de succès, étant donné que le colonel réclamait aussi à la famille ducale le titre d’une obligation de plus de 9000 florins de feu le duc Ulrich, débiteur du chevalier…
Comme le précise Quirinus von Hohnstedt dans ce dernier courrier, Michel Fischer aurait été employé assez rapidement, à compter de son départ de Weitenburg en octobre 1670, comme fermier au service du grand écuyer von Münchingen. Le 28 juin 1676, on retrouve effectivement une trace, dans le registre paroissial de Münchingen (Souabe), d’un Michel Fischer, qui enterre sa fille Catherine, âgée de quatre mois et demi (7). Il aurait ainsi été affecté dans une ferme de Münchingen ou de Mauer (un écart de la localité) appartenant au grand écuyer.
Si l’on manque de détails concernant son passage à Münchingen, on sait donc que Michel Fischer reprit ensuite la gestion de la seconde ferme seigneuriale de Leiterswiller dans le bailliage de Hatten, qui était restée vacante. Il obtint le contrat de bail dans les mêmes conditions que Hans Bürckel, précédemment fermier à Mauer (Münchingen). Les deux baux sont ratifiés par la seigneurie le 20 juin 1680.
A peine arrivés à Leiterswiller, Michel Fischer le Souabe (“der Schwob”) et sa famille sont déjà à la tâche : en 1679, ils doivent en effet restaurer leur ferme fraîchement récupérée, qui a été laissée dans un état jugé inhabitable suite aux dégâts occasionnés par le passage des troupes lors de la récente Guerre de Hollande. Mais cela va coûter un certain montant, car Fischer est exonéré de la taxe d’habitation de cette année en raison des coûts de (re)construction auxquels il doit faire face.
En 1684, il conclut un contrat pour racheter au seigneur, le comte de Hanau, pour la somme de 250 florins les bâtiments de sa ferme. Peu après l’établissement de la Contre-Réforme à Stundwiller, Fischer et sa famille y adhérèrent et revinrent ainsi à la religion catholique, qu’ils avaient précédemment quittée. Cela et le fait qu’il voulut verser la dîme à son curé plutôt qu’au pasteur déplurent aux administrateurs du comte et ces désordres valurent à la famille Fischer d’être au moins un certain temps mal considérée par l’autorité bailliagère. Michel mourut à la fin du mois de mars 1699, après vingt années passées à construire pour sa famille un avenir dans le village de Leiterswiller.
De son mariage avec Barbara Guldin, probablement originaire de la seigneurie de Weitenburg et de Sulzau, sont issus onze enfants, entre environ 1658 et 1682, dont seuls sept (trois garçons et quatre filles) devinrent adultes et vécurent en Alsace. Deux fils deviendront également des fermiers seigneuriaux, un autre sera berger. La fille aînée épousera un berger, la cadette sera la femme d’un journalier, et les benjamines s’uniront à des fermiers.
Notes
1) Fabien Fischer :Les habitants de Leiterswiller du repeuplement à la reconstruction de l’église (1648-1736), in l’Outre-Forêt, n° 173, p. 15-26.
2) Hauptstaatsarchiv Stuttgart : A 356 – Fonds du haut-bailliage de Herrenberg, duché de Wurtemberg : Bü 45 (Weitenburg et Sulzau), Bü 19 (Château de Weitenburg). Archives contenant des documents intéressant la famille princière, concernant la seigneurie de Weitenburg et Sulzau, notamment consécutivement à l’assaut du château.
3) Hauptstaatsarchiv Stuttgart A 356 Bü 45,2 – pièce n°16.
4) Hauptstaatsarchiv Stuttgart : B 581 Bü 1452. Correspondance de Quirinus von Hohnstedt concernant l’échange et la vente de la noble seigneurie de Weitenburg avec Son Altesse Sérénissime Princière de Wurtemberg.
7) Landeskirchliches Archiv Stuttgart : Registre des sépultures de Münchingen (paroisse protestante) : 1596-1730.
Petite maison sur le carrefour de Leiterswiller, construite à partir de 1691, année où Michel Fischer acquit le terrain pour la somme de dix florins. Il la vendit en 1698. (Collection de l’auteur).
L’église protestante de Leiterswiller, devant laquelle auraient été enterrés les villageois (aux alentours de la croix monumentale), et cela même avant sa reconstruction en 1736 (photo : Ralph Hammann, CC-by-sa 4.0).
Jean Schwebel est né en 1499 à Bischoffingen, près de Brisach. Il suit ses premiers cours de grammaire à l’école latine de Brisach, chez le Maître Valentin Wickram, vers 1510. Ce dernier, natif de Turckheim, y est cité cette année-là comme directeur (Schulmeister), puis de même à l’école latine St-Georges de Haguenau entre le 1513 et 1518, année où il décède et où il est inhumé à Turckheim. Schwebel s’inscrit ensuite à l’Université de Fribourg-en-Brisgau le 3 mai 1521 (« Johannes Schweblinus de Bischoffingen dioc. Const. »), puis devient moine cistercien, et professeur à l’abbaye cistercienne de Tennenbach près d’Emmendingen, non loin de Fribourg.
Le 29 septembre 1524 (St-Michel), de part sa maitrise des langues anciennes et ses compétences pédagogiques, il est engagé à Strasbourg comme professeur à l’école latine privée de Maître Lucas Hackfurt (Bathodius), assistant ce dernier, qui organise dès 1523 l’assistance publique. Johann Schwebel est chargé de l’enseignement ainsi que de la pédagogie pour les gens pauvres. En 1525, lors de la Révolte des Paysans, il vint enseigner la littérature comme assistant du Dr. Othon Brunfels, dans la seconde école latine, au couvent des Carmes. Othon Brunfels, qui s’était beaucoup occupé des questions pédagogiques, fit publier en mars 1525 un recueil de préceptes à l’usage des élèves, qui montre qu’il s’attachait autant à l’éducation des enfants qu’à leur instruction. Ce traité intitulé « De disciplina et institutione puerorum, Othonis Brunfelsis Paraenesis » (ci-contre, la première page) fut publié et préfacé (dans les deux versions latine et allemande) par le savant Schwebel, la même année. Schwebel entreprit également la traduction de l’ouvrage en langue allemande, ce qu’il fit réaliser par le notaire Fridolin Meyger.
Jean Schwebel se maria en décembre 1526 avec Mergen dite Marie Boner, fille de Rupert Boner, de Strasbourg, et obtint grâce à son union le droit de bourgeoisie à Strasbourg le 17 janvier 1527, dans la corporation des jardiniers à laquelle appartenaient les Boner… Selon son autobiographie (« Jo. Suebelii vita ab ipso conscripta » in Leges Gymnasii, AMS 1 AST 319), Schwebel quitta Strasbourg suite au décès de sa première épouse le 31 juillet 1527 (et non comme certains le pensent, en raison de ses penchants pour l’anabaptisme). Il se rendit alors à Brisach et œuvra en 1528, à Bâle, comme correcteur chez les imprimeurs André Cratander et Jean Herwagen.
Début 1529, il put rejoindre Strasbourg et servit pendant presque trois ans comme précepteur dans la famille noble de Luthelman Bapst d’Ichtratzheim. Il se remaria le 29 septembre 1531 à Strasbourg avec Apollonia et fut à partir de la fin de cette année-là l’auxiliaire de Maître Jean Sapidus, qui avait repris l’école de Bathodius chez les Dominicains, déjà évoquée. Ce même couvent des Dominicains abritait également le collège des prédicateurs, un internat en fonction depuis mars 1534, et où enseignèrent les célèbres réformateurs Martin Bucer, Wolfgang Capito et Caspar Hedio. Jean Schwebel resta à ce poste jusqu’au 13 août 1536 quand il devint directeur à l’école latine de St-Pierre-le-Vieux (une troisième école créée en 1535), assisté d’un certain Henri Zell, futur cartographe et collaborateur de Nicolas Copernic. L’école de Schwebel comptait en 1537, 45 élèves et 13 commensaux.
Nous avons à disposition un rapport très intéressant de la main du directeur Schwebel qui nous permet d’obtenir une image précise du fonctionnement d’une école latine à cette époque, en 1537, dont voici une traduction depuis le latin (« Institutio Scholae ad Petrum Seniorem cui praeest Schwebelius, 1537 » in Leges Gymnasii, AMS 1 AST 319) :
”Les leçons commencent l’été à 5h30 et en hiver avant 7h. Tout d’abord, une partie du Nouveau Testament est lue et expliquée en latin et en allemand.
À 6 heures (en hiver à 7 heures), un chant est convenu: « Veni, sancte Spiritus » ou « Veni, Creator »; après quoi la Prière du Seigneur a lieu, et vers 6h15, commencent les leçons, en été.
Les élèves sont divisés en deux classes latines et un département inférieur pour les débutants (« alphabetarii »); mais il n’y a que deux enseignants, Schwebel et Zell; les débutants sont enseignés par l’un ou l’autre, tandis que les latinistes sont combinés. Parfois ils sont aussi confiés au surveillant ou à d’autres élèves plus âgés.
Les leçons, qui ont débuté après 6h, durent jusqu’à 7 heures. Ensuite, le châtiment des élèves indiqués par les censeurs est effectué. Schwebel ne dit pas quelles étaient les peines; mais les représentations de cette époque, dont certaines représentent une école, nous montrent toujours un professeur au bureau, armé d’un bâton. Vers 7h30, certains rentrent chez eux pour le petit-déjeuner, les autres ont apporté leur nourriture et la consomment dans la salle; les plus zélés recopient des versets latins. À partir de 8 heures, la leçon se poursuit jusqu’à environ 10 heures. C’est alors que l’enseignement de la foi a lieu. De 10h à 12h, les étudiants rentrent chez eux pour déjeuner.
De midi à 14h, il est à nouveau enseigné avec diligence. Puis suit une pause de 14 à 15h. De 15h à 16h l’enseignement a de nouveau lieu. Après 16 heures, deux ou trois psaumes sont chantés puis les étudiants sont invités à disposer.
Le travail des enseignants et des élèves dure donc de six heures à seize heures, avec environ 3 heures d’interruption, et cela tous les jours. Il y a une exception le jeudi : pas de prière ni de chant; il sera enseigné immédiatement après l’arrivée des étudiants. À 6 heures, les cloches de l’église sonnent et toute l’école est conduite au sermon. Après le culte on revient à l’école : les élèves légers et désobéissants reçoivent les peines infligées, puis l’enseignement reprend jusqu’à 10h. Le jeudi après-midi est libre; samedi, la leçon s’arrête à 13h. Le nombre total d’heures de leçons est de 38 à 40 par semaine. Même le dimanche, les enfants doivent se rassembler dans la salle de l’école. Déjà par le passé, on a déploré que les enseignants ne conduisent plus leurs élèves à l’église. Le zélé Schwebel ne manque pas de recommander à ses élèves « Erasmi Paraclesis ad christianam philosophiam »; puis suite à l’appel des cloches, toute l’école va au sermon. Même le dimanche après-midi, le professeur va avec ses élèves à l’église, mais il ajoute: « aussi souvent que je trouve le temps ».
Même dans la classe la plus basse, on s’exerce au vocabulaire latin avec la traduction allemande, en écrivant de courtes phrases sur le tableau mural.
Dans la classe moyenne, la grammaire est répétée selon Donat; les « Distiques de Caton », les plus petits « Colloques d’Erasme » sont expliqués et mémorisés.
Dans la classe supérieure, la grammaire latine se répète et se poursuit, la syntaxe, les règles de la prosodie. Les auteurs sont Virgile (« Les Bucoliques »), Erasme (Similia), Salluste. Les thématiques sont utilisées pour écrire des lettres ou des vers.
À partir de 13-14 heures, les étudiants des deux classes supérieures sont généralement enseignés par le professeur Henri Zell. Celui-ci lit avec eux des scènes de Térence ou les grands « Colloques d’Erasme ».
Seulement trois heures par semaine sont utilisées pour le grec; une heure est adoptée pour la théorie du chant; une heure spéciale est également consacrée au catéchisme. Le samedi sera une répétition générale du cours appris pendant la semaine.”
Schwebel resta deux ans à ce poste, avant la réorganisation des écoles de Strasbourg par les scholarques. C’est ainsi que Schwebel fut professeur au Gymnase de Strasbourg fraichement créé, où il donna successivement les leçons en 8e, 6e et 5e classe, entre 1538 et 1547. Schwebel, qui fut nommé économe et pédagogue au collège des prédicateurs du chapitre de Saint-Thomas en 1547 (aux Dominicains), avait également une prébende du même chapitre. Pour des raisons de santé il dut renoncer à la charge et fut nommé directeur de l’école Saint-Thomas en 1553. Vers 1559, il se rend aux thermes de Bad Wildbad (Bade-Wurtemberg) pour se soigner, en compagnie de son épouse et d’un jeune cousin, Michael Schwebel, qui les servait. Il y prit en notes les inscriptions ainsi que le réglement intérieur des thermes, donnant à son voyage une dimension également historique (Archives de Saint-Thomas, AMS).
Jean Schwebel mourut le 10 avril 1566, en ayant pris une part non négligeable dans la consolidation du système éducatif strasbourgeois en termes pédagogiques, système qui servira de modèle dans toute l’Allemagne protestante et au-delà.
Généalogie
Si l’on ne connait pas la parentèle de Jean Schwebel, ce dernier fournit en revanche des informations très détaillées, concernant les enfants nés de son second mariage (aucun n’étant né du premier), dans son texte en latin (« Jo. Suebelii vita ab ipso conscripta » in Leges Gymnasii, AMS 1 AST 319), dont ci-dessous la traduction, pour cette partie généalogique.
Il est paru intéressant de livrer ces informations, car à cette période, c’est relativement rare d’avoir cette précision en dehors des registres paroissiaux, dont peu nous sont parvenus pour cette période 1530-1550. Jean Schwebel indique souvent l’heure, et va jusqu’à indiquer une fausse-couche ou la météo le jour de la naissance. Avait-il des connaissances également en astrologie pour noter l’horaire ? Fort probable à cette époque de la Renaissance.
Extrait de « Jo. Suebelii vita ab ipso conscripta » in Leges Gymnasii, AMS – 1 AST 319.
« Vers la fête de la Saint-Michel de l’année 1531, ma seconde épouse, la vierge Apollonie, m’a été amenée, et d’elle j’ai eu les enfants suivants :
Année 1533 : Marie la première-née de ma seconde épouse Apollonie, née le 24 janvier, le jour de Vénus (vendredi), vers 4h du matin, en l’année 1533. Décédée le 26 octobre, le jour du Jupiter (jeudi), de l’année 1539.
1534 : Jean Schwebel, premier de mes fils, né le 14 octobre, le jour de Mercure (mercredi), au milieu de la journée, un peu après 12h, en l’année 1534. Décédé le 17 octobre, le jour de Venus (vendredi), de l’année 1539.
1536 : Euchariste Schwebel, née le 19 février, le jour de Saturne (samedi), environ 3h avant les vêpres (15h), en l’année 1536. Décédé en 1539.
1537 : Joseph Schwebel, né le 5 juillet, le jour de Jupiter (jeudi), aux vêpres vers six heures (18h), en l’année 1537. Il mourut déjà le 29 juillet de la même année, ayant ainsi vécu 24 jours dans cette misérable vie.
1538 : Rahel Schwebel, ma seconde fille, née le 4 novembre, le jour de la Lune (lundi), aux vêpres à six heures (18h). Décédée le 2 août, le jour de Mars (mardi) dans l’après-midi de l’an 1552. Après avoir vécu 13 ans et 9 mois, vivant une vie pieuse et sobre, elle a été accueillie, lors des plus grands tumultes et guerres, dans un repos bienheureux par Dieu le Père le plus Grand et le plus Saint.
1540 : Jean (Luc) Schwebel, né le 5 septembre, le jour du Soleil (dimanche), le matin, un peu après trois heures, de l’année 1540.
L’an du Seigneur 1542 : ChristianSchwebel, né le 16 décembre, le jour du Sabat (samedi), un peu avant onze heures, à la lumière claire.
1544 : Marie, la seconde, née le 21 septembre, jour du Soleil (dimanche) le matin à la quatrième partie exacte de la sixième heure, à l’approche de la septième (vers 5h45), de l’année 1544.
1546 : Pierre Schwebel, il naquit sous cette misérable lumière qui est la nôtre le 17 septembre, jour de Vénus (vendredi), le matin entre sept & huit heures, de l’année 1546. Il mourut le 10 octobre, le jour du Seigneur (dimanche) de la même année.
Ma femme a eu une fausse couche le 12 mai 1549. »
On ignore pour le moment ce qu’est devenu Christian (°1542), qui semble toujours encore en vie en 1553, mais on sait qu’au moins Jean (°1540) et Marie (°1544) ont atteint l’âge adulte.
Le 21 février 1564, à la Cathédrale, Jean (Jr.) Schwebel épouse Anne Staedel, issue d’une famille patricienne de Strasbourg, qui donnera par la suite cinq ammestres à la ville de Strasbourg.
Le 28 janvier 1566, à l’église St-Thomas, Marie Schwebel épouse Samuel Hubert, fils de Conrad Hubert qui était l’adjoint du célèbre réformateur strasbourgeois Martin Bucer, quelques mois avant le décès de son père Jean Schwebel. Comme l’indiquent certains courriers de l’époque, envoyés à Jean Schwebel, les familles Schwebel et Hubert étaient amies depuis longue date. C’est ainsi qu’Apollonie, veuve Schwebel, épousa en secondes noces Conrad Hubert, le père de son gendre, la même année 1566. Du couple Marie et Samuel Hubert est issue une grande descendance, dont on peut retrouver une branche à Lembach et Wingen(67), dont voici la succession des générations :
Jean Schwebel (1499-1566), moine cistercien, professeur de lettres anciennes, précepteur, adjoint de Maître Lucas Hackfurt(Bathodius), du Dr. Othon Brunfels et un peu plus tard de Maître Jean Sapidus dans les écoles latines de Strasbourg, directeur de l’école latine de St-Pierre-le-Vieux, professeur au gymnase de Strasbourg, économe et pédagogue au collège des prédicateurs, prébendier du chapitre de St-Thomas et enfin directeur de l’école St-Thomas.
Marie SCHWEBEL oo Samuel HUBERT (1542-1619), professeur à l’Académie de Strasbourg
Samuel HUBERT (1577-1636), administrateur gérant à Strasbourg (de la tuilerie près du Rhin, du pont sur le Rhin, du grenier à grains)
Marie HUBERT (1600-?), épouse Georges BRUNN, boulanger à Strasbourg
Samuel BRUNN (1625-1686), orfèvre puis messager à la chancellerie de Strasbourg
Anne-Marie BRUNN (1660-1702/), épouse Jean-Pierre CRAMER, pasteur originaire de Transylvanie. Pasteur 1683/1685-1689 à Waldhambach, destitué, 1690-1738 à Langensoultzbach et Frœschwiller.
Jeanne Elisabeth CRAMER (1686-1750), épouse Joseph Michel VILLHARDT, prévôt à Lembach puis en secondes noces, en 1724, Jean Martin BEY (1699-1771), forgeron à Lembach
Martin BEY (1727-1797), laboureur à Lembach
Susanne Dorothée BEY (1757-/1801), s’établit à Wingen en épousant Jean-Michel SCHWEICKART, maréchal-ferrant à Wingen