Jean Schwebel est né en 1499 à Bischoffingen, près de Brisach. Il suit ses premiers cours de grammaire à l’école latine de Brisach, chez le Maître Valentin Wickram, vers 1510. Ce dernier, natif de Turckheim, y est cité cette année-là comme directeur (Schulmeister), puis de même à l’école latine St-Georges de Haguenau entre le 1513 et 1518, année où il décède et où il est inhumé à Turckheim. Schwebel s’inscrit ensuite à l’Université de Fribourg-en-Brisgau le 3 mai 1521 (« Johannes Schweblinus de Bischoffingen dioc. Const. »), puis devient moine cistercien, et professeur à l’abbaye cistercienne de Tennenbach près d’Emmendingen, non loin de Fribourg.
Le 29 septembre 1524 (St-Michel), de part sa maitrise des langues anciennes et ses compétences pédagogiques, il est engagé à Strasbourg comme professeur à l’école latine privée
de Maître Lucas Hackfurt (Bathodius), assistant ce dernier, qui organise dès 1523 l’assistance publique. Johann Schwebel est chargé de l’enseignement ainsi que de la pédagogie pour les gens pauvres. En 1525, lors de la Révolte des Paysans, il vint enseigner la littérature comme assistant du Dr. Othon Brunfels, dans la seconde école latine, au couvent des Carmes. Othon Brunfels, qui s’était beaucoup occupé des questions pédagogiques, fit publier en mars 1525 un recueil de préceptes à l’usage des élèves, qui montre qu’il s’attachait autant à l’éducation des enfants qu’à leur instruction. Ce traité intitulé « De disciplina et institutione puerorum, Othonis Brunfelsis Paraenesis » (ci-contre, la première page) fut publié et préfacé (dans les deux versions latine et allemande) par le savant Schwebel, la même année. Schwebel entreprit également la traduction de l’ouvrage en langue allemande, ce qu’il fit réaliser par le notaire Fridolin Meyger.
Jean Schwebel se maria en décembre 1526 avec Mergen dite Marie Boner, fille de Rupert Boner, de Strasbourg, et obtint grâce à son union le droit de bourgeoisie à Strasbourg le 17 janvier 1527, dans la corporation des jardiniers à laquelle appartenaient les Boner… Selon son autobiographie (« Jo. Suebelii vita ab ipso conscripta » in Leges Gymnasii, AMS 1 AST 319), Schwebel quitta Strasbourg suite au décès de sa première épouse le 31 juillet 1527 (et non comme certains le pensent, en raison de ses penchants pour l’anabaptisme). Il se rendit alors à Brisach et œuvra en 1528, à Bâle, comme correcteur chez les imprimeurs André Cratander et Jean Herwagen.
Début 1529, il put rejoindre Strasbourg et servit pendant presque trois ans comme précepteur dans la famille noble de Luthelman Bapst d’Ichtratzheim. Il se remaria le 29 septembre 1531 à Strasbourg avec Apollonia et fut à partir de la fin de cette année-là l’auxiliaire de Maître Jean Sapidus, qui avait repris l’école de Bathodius chez les Dominicains, déjà évoquée. Ce même couvent des Dominicains abritait également le collège des prédicateurs, un internat en fonction depuis mars 1534, et où enseignèrent les célèbres réformateurs Martin Bucer, Wolfgang Capito et Caspar Hedio. Jean Schwebel resta à ce poste jusqu’au 13 août 1536 quand il devint directeur à l’école latine de St-Pierre-le-Vieux (une troisième école créée en 1535), assisté d’un certain Henri Zell, futur cartographe et collaborateur de Nicolas Copernic. L’école de Schwebel comptait en 1537, 45 élèves et 13 commensaux.
Nous avons à disposition un rapport très intéressant de la main du directeur Schwebel qui nous permet d’obtenir une image précise du fonctionnement d’une école latine à cette époque, en 1537, dont voici une traduction depuis le latin (« Institutio Scholae ad Petrum Seniorem cui praeest Schwebelius, 1537 » in Leges Gymnasii, AMS 1 AST 319) :
”Les leçons commencent l’été à 5h30 et en hiver avant 7h. Tout d’abord, une partie du Nouveau Testament est lue et expliquée en latin et en allemand.
À 6 heures (en hiver à 7 heures), un chant est convenu: « Veni, sancte Spiritus » ou « Veni, Creator »; après quoi la Prière du Seigneur a lieu, et vers 6h15, commencent les leçons, en été.
Les élèves sont divisés en deux classes latines et un département inférieur pour les débutants (« alphabetarii »); mais il n’y a que deux enseignants, Schwebel et Zell; les débutants sont enseignés par l’un ou l’autre, tandis que les latinistes sont combinés. Parfois ils sont aussi confiés au surveillant ou à d’autres élèves plus âgés.
Les leçons, qui ont débuté après 6h, durent jusqu’à 7 heures. Ensuite, le châtiment des élèves indiqués par les censeurs est effectué. Schwebel ne dit pas quelles étaient les peines; mais les représentations de cette époque, dont certaines représentent une école, nous montrent toujours un professeur au bureau, armé d’un bâton. Vers 7h30, certains rentrent chez eux pour le petit-déjeuner, les autres ont apporté leur nourriture et la consomment dans la salle; les plus zélés recopient des versets latins. À partir de 8 heures, la leçon se poursuit jusqu’à environ 10 heures. C’est alors que l’enseignement de la foi a lieu. De 10h à 12h, les étudiants rentrent chez eux pour déjeuner.
De midi à 14h, il est à nouveau enseigné avec diligence. Puis suit une pause de 14 à 15h. De 15h à 16h l’enseignement a de nouveau lieu. Après 16 heures, deux ou trois psaumes sont chantés puis les étudiants sont invités à disposer.
Le travail des enseignants et des élèves dure donc de six heures à seize heures, avec environ 3 heures d’interruption, et cela tous les jours. Il y a une exception le jeudi : pas de prière ni de chant; il sera enseigné immédiatement après l’arrivée des étudiants. À 6 heures, les cloches de l’église sonnent et toute l’école est conduite au sermon. Après le culte on revient à l’école : les élèves légers et désobéissants reçoivent les peines infligées, puis l’enseignement reprend jusqu’à 10h. Le jeudi après-midi est libre; samedi, la leçon s’arrête à 13h. Le nombre total d’heures de leçons est de 38 à 40 par semaine. Même le dimanche, les enfants doivent se rassembler dans la salle de l’école. Déjà par le passé, on a déploré que les enseignants ne conduisent plus leurs élèves à l’église. Le zélé Schwebel ne manque pas de recommander à ses élèves « Erasmi Paraclesis ad christianam philosophiam »; puis suite à l’appel des cloches, toute l’école va au sermon. Même le dimanche après-midi, le professeur va avec ses élèves à l’église, mais il ajoute: « aussi souvent que je trouve le temps ».
Même dans la classe la plus basse, on s’exerce au vocabulaire latin avec la traduction allemande, en écrivant de courtes phrases sur le tableau mural.
Dans la classe moyenne, la grammaire est répétée selon Donat; les « Distiques de Caton », les plus petits « Colloques d’Erasme » sont expliqués et mémorisés.
Dans la classe supérieure, la grammaire latine se répète et se poursuit, la syntaxe, les règles de la prosodie. Les auteurs sont Virgile (« Les Bucoliques »), Erasme (Similia), Salluste. Les thématiques sont utilisées pour écrire des lettres ou des vers.
À partir de 13-14 heures, les étudiants des deux classes supérieures sont généralement enseignés par le professeur Henri Zell. Celui-ci lit avec eux des scènes de Térence ou les grands « Colloques d’Erasme ».
Seulement trois heures par semaine sont utilisées pour le grec; une heure est adoptée pour la théorie du chant; une heure spéciale est également consacrée au catéchisme. Le samedi sera une répétition générale du cours appris pendant la semaine.”
Schwebel resta deux ans à ce poste, avant la réorganisation des écoles de Strasbourg par les scholarques. C’est ainsi que Schwebel fut professeur au Gymnase de Strasbourg fraichement créé, où il donna successivement les leçons en 8e, 6e et 5e classe, entre 1538 et 1547. Schwebel, qui fut nommé économe et pédagogue au collège des prédicateurs du chapitre de Saint-Thomas en 1547 (aux Dominicains), avait également une prébende du même chapitre. Pour des raisons de santé il dut renoncer à la charge et fut nommé directeur de l’école Saint-Thomas en 1553. Vers 1559, il se rend aux thermes de Bad Wildbad (Bade-Wurtemberg) pour se soigner, en compagnie de son épouse et d’un jeune cousin, Michael Schwebel, qui les servait. Il y prit en notes les inscriptions ainsi que le réglement intérieur des thermes, donnant à son voyage une dimension également historique (Archives de Saint-Thomas, AMS).
Jean Schwebel mourut le 10 avril 1566, en ayant pris une part non négligeable dans la consolidation du système éducatif strasbourgeois en termes pédagogiques, système qui servira de modèle dans toute l’Allemagne protestante et au-delà.
Généalogie
Si l’on ne connait pas la parentèle de Jean Schwebel, ce dernier fournit en revanche des informations très détaillées, concernant les enfants nés de son second mariage (aucun n’étant né du premier), dans son texte en latin (« Jo. Suebelii vita ab ipso conscripta » in Leges Gymnasii, AMS 1 AST 319), dont ci-dessous la traduction, pour cette partie généalogique.
Il est paru intéressant de livrer ces informations, car à cette période, c’est relativement rare d’avoir cette précision en dehors des registres paroissiaux, dont peu nous sont parvenus pour cette période 1530-1550. Jean Schwebel indique souvent l’heure, et va jusqu’à indiquer une fausse-couche ou la météo le jour de la naissance. Avait-il des connaissances également en astrologie pour noter l’horaire ? Fort probable à cette époque de la Renaissance.

« Vers la fête de la Saint-Michel de l’année 1531, ma seconde épouse, la vierge Apollonie, m’a été amenée, et d’elle j’ai eu les enfants suivants :
- Année 1533 : Marie la première-née de ma seconde épouse Apollonie, née le 24 janvier, le jour de Vénus (vendredi), vers 4h du matin, en l’année 1533. Décédée le 26 octobre, le jour du Jupiter (jeudi), de l’année 1539.
- 1534 : Jean Schwebel, premier de mes fils, né le 14 octobre, le jour de Mercure (mercredi), au milieu de la journée, un peu après 12h, en l’année 1534. Décédé le 17 octobre, le jour de Venus (vendredi), de l’année 1539.
- 1536 : Euchariste Schwebel, née le 19 février, le jour de Saturne (samedi), environ 3h avant les vêpres (15h), en l’année 1536. Décédé en 1539.
- 1537 : Joseph Schwebel, né le 5 juillet, le jour de Jupiter (jeudi), aux vêpres vers six heures (18h), en l’année 1537. Il mourut déjà le 29 juillet de la même année, ayant ainsi vécu 24 jours dans cette misérable vie.
- 1538 : Rahel Schwebel, ma seconde fille, née le 4 novembre, le jour de la Lune (lundi), aux vêpres à six heures (18h). Décédée le 2 août, le jour de Mars (mardi) dans l’après-midi de l’an 1552. Après avoir vécu 13 ans et 9 mois, vivant une vie pieuse et sobre, elle a été accueillie, lors des plus grands tumultes et guerres, dans un repos bienheureux par Dieu le Père le plus Grand et le plus Saint.
- 1540 : Jean (Luc) Schwebel, né le 5 septembre, le jour du Soleil (dimanche), le matin, un peu après trois heures, de l’année 1540.
- L’an du Seigneur 1542 : Christian Schwebel, né le 16 décembre, le jour du Sabat (samedi), un peu avant onze heures, à la lumière claire.
- 1544 : Marie, la seconde, née le 21 septembre, jour du Soleil (dimanche) le matin à la quatrième partie exacte de la sixième heure, à l’approche de la septième (vers 5h45), de l’année 1544.
- 1546 : Pierre Schwebel, il naquit sous cette misérable lumière qui est la nôtre le 17 septembre, jour de Vénus (vendredi), le matin entre sept & huit heures, de l’année 1546. Il mourut le 10 octobre, le jour du Seigneur (dimanche) de la même année.
- Ma femme a eu une fausse couche le 12 mai 1549. »
On ignore pour le moment ce qu’est devenu Christian (°1542), qui semble toujours encore en vie en 1553, mais on sait qu’au moins Jean (°1540) et Marie (°1544) ont atteint l’âge adulte.
Le 21 février 1564, à la Cathédrale, Jean (Jr.) Schwebel épouse Anne Staedel, issue d’une famille patricienne de Strasbourg, qui donnera par la suite cinq ammestres à la ville de Strasbourg.
Le 28 janvier 1566, à l’église St-Thomas, Marie Schwebel épouse Samuel Hubert, fils de Conrad Hubert qui était l’adjoint du célèbre réformateur strasbourgeois Martin Bucer, quelques mois avant le décès de son père Jean Schwebel. Comme l’indiquent certains courriers de l’époque, envoyés à Jean Schwebel, les familles Schwebel et Hubert étaient amies depuis longue date. C’est ainsi qu’Apollonie, veuve Schwebel, épousa en secondes noces Conrad Hubert, le père de son gendre, la même année 1566. Du couple Marie et Samuel Hubert est issue une grande descendance, dont on peut retrouver une branche à Lembach et Wingen(67), dont voici la succession des générations :
- Jean Schwebel (1499-1566), moine cistercien, professeur de lettres anciennes, précepteur, adjoint de Maître Lucas Hackfurt(Bathodius), du Dr. Othon Brunfels et un peu plus tard de Maître Jean Sapidus dans les écoles latines de Strasbourg, directeur de l’école latine de St-Pierre-le-Vieux, professeur au gymnase de Strasbourg, économe et pédagogue au collège des prédicateurs, prébendier du chapitre de St-Thomas et enfin directeur de l’école St-Thomas.
- Marie SCHWEBEL oo Samuel HUBERT (1542-1619), professeur à l’Académie de Strasbourg
- Samuel HUBERT (1577-1636), administrateur gérant à Strasbourg (de la tuilerie près du Rhin, du pont sur le Rhin, du grenier à grains)
- Marie HUBERT (1600-?), épouse Georges BRUNN, boulanger à Strasbourg
- Samuel BRUNN (1625-1686), orfèvre puis messager à la chancellerie de Strasbourg
- Anne-Marie BRUNN (1660-1702/), épouse Jean-Pierre CRAMER, pasteur originaire de Transylvanie. Pasteur 1683/1685-1689 à Waldhambach, destitué, 1690-1738 à Langensoultzbach et Frœschwiller.
- Jeanne Elisabeth CRAMER (1686-1750), épouse Joseph Michel VILLHARDT, prévôt à Lembach puis en secondes noces, en 1724, Jean Martin BEY (1699-1771), forgeron à Lembach
- Martin BEY (1727-1797), laboureur à Lembach
- Susanne Dorothée BEY (1757-/1801), s’établit à Wingen en épousant Jean-Michel SCHWEICKART, maréchal-ferrant à Wingen
- Madeleine SCHWEICKART (1777-1835), Wingen
- Madeleine SAMTMANN (1815-1898), Wingen
- Madeleine FABACHER (1851-1934), Wingen
- Madeleine SCHMITT (1877-1949), Wingen
- Joséphine BILLMANN (1902-1981), Wingen


